Nous les filles de nulle part

Nous les filles de nulle part

Quatrième de couverture :

Grace vient d’entrer au lycée de Prescott après avoir déménagé. Dans la chambre de sa nouvelle maison, elle découvre des mots griffés sur le mur : Aidez-moi. Tuez-moi, je suis déjà morte.
Ces mots, c’est Lucy, qui les a tracés. Lucy, qui a accusé trois garçons de Prescott de l’avoir violée. Lucy, qui a été traitée de menteuse par le reste du lycée. Lucy, que la police n’a pas écoutée. Lucy, qui a fui la ville avec ses parents.
Très vite, Grace comprend que cette violence s’exerce à tous les niveaux dans la ville de Prescott : quand les joueurs de l’équipe de foot notent le physique des filles qui passent devant eux ; quand son amie Rosina doit éviter les avances des clients du restaurant où elle travaille ; et surtout sur le blog du moment, « Les vrais mecs de Prescott » dont la ligne éditoriale consiste principalement à considérer les femmes comme des objets.
Grace, Erin et Rosina sont décidées à agir, mais elles ne peuvent le faire seules.

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Mon avis :

Trigger warning : il est questions de viols, il y a une touche de racisme… Un roman qui n’est donc pas à mettre entre toutes les mains, et l’éditeur conseille d’ailleurs « à partir de 15 ans ».

J’ai lu ce roman parce qu’il entre dans le cadre du Feminibooks Challenge : courant avril, il faut lire un livre jeunesse engagé. Je l’ai également lu car j’en avais entendu parlé et il me tentait bien. Mais si je savais que Nous les filles de nulle part aborderait des sujets difficiles, je ne me doutais pas à quel point ce serait violent à lire. Certes, c’est un point de vue très subjectif, mais j’ai trouvé que certains passages étaient vraiment durs à lire – et je ne parle pas des viols en eux-mêmes, c’est pour dire…
Grace vient d’emménager à Prescott et, dans sa nouvelle chambre, elle découvre des messages de désespoir et de détresse. Elle va découvrir que ce sont les mots de Lucy, une fille qui a accusé l’année passée trois garçons de viol. Mais elle n’a pas été écoutée, elle a été moquée, et elle a fini par fuir la ville avec sa famille. Ce drame bouleverse Grace qui, devant une telle injustice, se décide alors à agir. A ses côtés, il y a Erin, qui est atteinte du syndrome d’Asperger et qui est probablement le personnage qui m’a le plus touchée, et Rosina, d’origines latines qui subit le racisme et des avances sexuelles au restaurant familiale où elle travaille. De plus, ce que sa famille ne sait pas, c’est qu’elle est lesbienne. Les trois copines lancent le mouvement « Nous les filles de nulle part » consistant en des réunions, des prises de paroles, et des actions. Autour d’elles gravitent tout un tas de jeunes femmes et de filles aux profils très différents, et c’est leur rencontre qui va enfin faire bouger les choses. Sauf que rien n’est simple… C’est là que le récit est bon : il ne tombe pas dans la facilité et nos héroïnes vont devoir se battre, ne rien lâcher. Et je dois dire que je n’ai pas vu la fin venir – malheureusement je ne peux pas vous en parler ici car ça pourrait vous la gâcher.
J’ai bien aimé que chaque chapitre se concentre sur un personnage différent à chaque fois. Il y a bien sûr des chapitres axés sur Grace, d’autres sur Erin et d’autres encore sur Rosina, mais il y en a aussi qui présentent plusieurs protagonistes, sans citer leur nom mais nous finissons par deviner de qui il s’agit au fur et à mesure que l’intrigue avance. Il y a également des extraits de l’horrible blog « Les vrais mecs de Prescott » qui dénigre les femmes (c’est un euphémisme) ; c’est très désagréable à lire mais l’autrice, Amy Reed, a eu raison d’inclure de tels propos dans son roman déjà parce que ce genre de site existe, malheureusement, et parce que ça renforce la détermination des Filles de nulle part.
Passons maintenant à ce que j’ai moins apprécié : la narration. En effet, j’ai trouvé que cela donnait un sentiment très distant avec les protagonistes. La raison est que le récit est à la troisième personne, au présent et que les phrases sont très courtes. Cela donne des phrases de ce genre : « Elle se lève, fait trois pas, s’assoit. Le téléphone sonne, elle le décroche, écoute son interlocuteur. La nouvelle la bouleverse. » (j’ai volontairement inventé l’exemple pour ne rien dévoiler du roman). Et, pour être honnête, il est rare que j’accroche à ce genre de narration.
Alors voilà, je ne suis pas fan de l’écriture et le récit est très dur, surtout au début de l’histoire. Parfois, c’était tellement horrible que je me demandais comment je pouvais continuer à lire Nous les filles de nulle part – vous savez, quand on lit ou voit quelque chose de terrible se produire, qu’on a envie de détourner le regard, de partir, mais qu’on est comme tétanisé ? C’était exactement ça. Et quand j’arrivais à poser le livre, je ne savais pas pourquoi je le reprenais ensuite – pour poursuivre ma lecture, bien sûr, mais il arrive qu’on n’ait pas envie de continuer une histoire. J’ai fini par comprendre : petit à petit, je m’attachais à Erin, Rosina et Grace ; je voulais connaître la finalité de leur lutte, je voulais qu’elles réussissent. Finalement, ce qui est dur à lire dans ce roman, c’est qu’il s’agit d’un miroir de la réalité et qu’elle est horrible. Vous savez, ces affaires où un violeur va prendre deux ans ferme alors qu’un voleur va prendre vingt ans ferme ? Eh bien, sans que ce soit ça le propos du roman d’Amy Reed, ça s’en rapproche. Et en même temps, il est porteur d’espoir, il invite les filles et les femmes à ne plus de laisser faire, à s’unir afin de combattre les oppresseurs.

Nous les filles de nulle part n’est pas un roman à mettre entre toutes les mains. Si j’ai aimé le message et la solidarité qui se met en place petit à petit, je n’encenserai toutefois pas ce roman pour les raisons évoquées ci-dessus. Un livre à découvrir si vous voulez lire un livre jeunesse engagé.

Nous les filles de nulle part, Amy Reed • Titre VO : The Nowhere Girls Traduction : Valérie Le Plouhinec • Albin Michel • 2018 • 544 pages • 19€ • Genre : littérature jeunesse, féminisme, viol • ISBN : 9782226401441

Ce livre participe au Feminibooks Challenge.

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3 réflexions sur “Nous les filles de nulle part

  1. Ma toute petite culture dit :

    Perso, j’ai adoré ! J’ai adoré car c’est un roman où les filles remettent en cause une normalité installée, qui est tout sauf normale. On sent qu’une fibre féministe s’éveille, et ce petit déclic est fascinant. Rien que pour ça, pour ce qu’il peut allumer chez certaines jeunes filles, je ne peux qu’encenser ce roman !

    Aimé par 1 personne

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