Le bûcher de Moorea

Le bûcher de Moorea

Résumé de l’éditeur :

Derrière chaque paradis, il y a un enfer. Bienvenue en Polynésie !

Dans le lagon de Moorea, les eaux calmes et bleues bercent quelques voiliers tranquilles. Les cocotiers dansent au vent. Les tiarés exhalent leur parfum. Pourtant, à l’abri de la forêt, des flammes se fraient un chemin vers le ciel. Lilith Tereia, jeune photographe, tourne son appareil vers le bûcher. Devant son objectif, des bras, des jambes, des troncs se consument. Et quatre têtes.
Pour quels dieux peut-on faire aujourd’hui de tels sacrifices ? Avec Maema, journaliste au quotidien de Tahiti, Lilith est happée dans le tourbillon de l’enquête. Les deux vahinés croiseront le chemin d’un homme venu de France chercher une autre vie. Un homme qui tutoie la mort.

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Mon avis :

Le bûcher de Moorea est un thriller qui commençait super bien : des corps démembrés sont découverts dans un bûcher. L’héroïne, Lilith Tereia, est photographe pour un journal local et est dépêchée sur place pour ramener quelques images. Tout comme la journaliste qui l’accompagne, Maema, la photographe semble être une femme libre, indépendante. Ajoutez à cela qu’elle est bisexuelle, s’affranchissant ainsi de plusieurs cases, qu’elle est tatouée… Bref, on a une héroïne qui a l’air super cool !
Les lieux occupent également une place importante dans l’appréciation du roman : l’action se déroule à Tahiti et l’écrivain, Patrice Guirao, en profite pour nous faire de belles descriptions, sans occulter pour autant la vie des locaux. On est vraiment plongé en Polynésie, avec sa beauté, ses parfums, ses chemins de terre, mais aussi cet imaginaire colonisationniste qu’en ont les Blancs. Il y a plein de termes (en tahitien, je suppose) dans le roman, ce qui ajoute à l’immersion, et j’ai beaucoup aimé – heureusement qu’il y avait un lexique à la fin, ce qui m’a parfois aidé à comprendre mais, globalement, on arrive à deviner de quoi il est question. Avec Le bûcher de Moorea, Guirao signe un polar dit « noir azur », un polar venu directement de Polynésie, qui mêle le sordide au bleu idyllique des lagons. Et ça, j’ai beaucoup aimé. Mais la désillusion n’a pas tardé…
C’est un bon polar, avec une enquête intéressante et prenante, pour ça, aucun problème. En revanche, quand vous lisez le résumé de l’éditeur, vous vous attendez à ce que Lilith mène l’enquête, et c’est d’ailleurs souligné lorsque l’on ouvre le roman : « Une enquête de Lilith Tereia ». Si vous lisez les deux dernières phrases du résumé, vous vous attendez à ce que l’héroïne et son acolyte, Maema, fassent la rencontre d’un homme qui semble avoir son importance, certes, mais paraît aussi secondaire par rapport aux deux femmes. Sauf que… non, c’est plutôt lui le personnage principal de ce roman. En comparaison, Lilith n’est guère présente, elle s’efface au profit de l’histoire de cet homme nommé Nael ; non seulement il occupe tout l’espace, mais son histoire m’a moins passionnée que celle du bûcher. Parce que oui, le titre du livre a beau être Le bûcher de Moorea, cette enquête passe un peu à la trappe, tout comme Lilith. Le bouquin aurait dû s’appeler La folle quête de Nael en Polynésie. À partir de là, je vais spoiler quelques éléments sur le personnage de Nael – non pas que ce soit secret, ce sont des choses que l’on apprend dès les premiers chapitres, mais il n’en est pas question dans le résumé. Alors, si vous voulez éviter de découvrir ces éléments dans ma chronique, je vous invite à sauter directement à la conclusion. Ce que l’on nous dit très vite, concernant Nael, c’est que c’est un tueur en série et qu’il communique avec un rat. Après avoir tué une vieille dame, pour une raison que je ne vais pas dévoiler, il décide de partir en Polynésie à la recherche de son passé. Il fait la rencontre de l’oncle de Lilith et c’est ainsi que leurs chemins vont se croiser. Et en fait, comme je vous l’ai dit, on passe une grande partie du roman à suivre Nael et sa quête et, comme c’est un meurtrier et qu’en plus il est fou, il n’a rien d’attachant et on ne peut que se sentir très éloigné de cet anti-héros. Ajoutez à cela qu’à la fin Lilith devient d’une passivité presque affligeante, je vous laisse imaginer ma déception, moi qui avait cru qu’on aurait une journaliste pour héroïne, qu’elle ne se laisserait pas marcher sur les pieds et qu’elle mènerait de A à Z l’enquête sur le fameux bûcher. Je me suis faite avoir sur toute la ligne.

Le bûcher de Moorea a certes des qualités mais le résumé trompe sur la marchandise : non, on ne suit pas plus que ça Lilith, et le bûcher, on s’en fiche pas mal. Le véritable personnage principal de ce roman est Nael, qui est totalement antipathique et qui n’a rien à voir avec l’enquête de la soi-disant héroïne. J’aurais plus apprécié cette lecture si j’avais su d’emblée de quoi il en retournait véritablement. Dommage car c’est bien écrit et c’était vraiment chouette de découvrir Tahiti par le biais de l’enquête, dont la conclusion est par ailleurs bien trouvée.
Du coup, est-ce que je recommande ? Bah pas vraiment. Je veux des polars noir azur, mais je veux aussi une vraie héroïne, pas un second couteau, et je veux une histoire comme promise dans le résumé. Oui, je veux beaucoup de choses, mais c’est normal.

 

Le bûcher de Moorea, Patrice Guirao Robert Laffont  • 2019 • 400 pages • 19€ • Genre : polar noir azur • ISBN : 9782221238899

7 réflexions sur “Le bûcher de Moorea

  1. OmbreBones dit :

    Et t’as totalement raison ! Quand je lis le résumé puis ta chronique je n’ai pas l’impression que l’éditeur a été très honnête sur son travail, c’est frustrant. J’aurai été bien plus dure à ta place, c’est le genre de chose qui m’énerve. Merci pour ton honnêteté dans ta chronique !

    Aimé par 1 personne

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