L’identité masculine en crise au tournant du siècle

L’identité masculine en crise au tournant du siècle

Quatrième de couverture :

1871-1914, avec le choc du conflit franco-allemand et le surgissement de mouvements d’émancipation féminine. Les hommes vont s’exprimer : une pluie de romans et d’essais va tenter de dire la norme, de restreindre l’avancée féminine sur la scène politique et sociale. Derrière les mots se découvre non pas le visage des femmes, mais une identité masculine en crise, une interrogation souffrante et obsessionnelle sur la place du masculin dans le monde. La masculinité a une histoire. Il fallait en tracer les contours pour mieux comprendre les enjeux passés et présents de la confrontation entre les hommes et les femmes.

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Mon avis :

L’identité masculine en crise au tournant du siècle est un essai dans lequel son autrice, Annelise Maugue, revient sur les mouvements d’émancipation féminine entre 1871 et 1914 et, surtout, sur les réactions de certains hommes, notamment des écrivains parmi lesquels Dumas fils, plutôt mécontents que les femmes se détachent d’eux, s’émancipent. Elles le font par exemple en quittant le foyer pour travailler (délaissant les enfants à des nourrices), en choisissant parfois de ne pas se marier, en étudiant… Viles qu’elles sont ! Et l’une des choses que j’ai grandement apprécié dans cet essai, c’est le sarcasme de l’autrice ; tout en traitant bien son sujet, elle ne se gêne toutefois pas pour y ajouter du mordant, rendant alors plus supportable la lecture. Non pas que ce soit difficile à lire mais plutôt parce que les propos et théories des hommes rapportés dans L’identité masculine en crise au tournant du siècle sont parfois très violents, imputant aux femmes tous les maux de la société. C’est d’autant plus brutal que l’argumentaire de ces hommes, que l’on pourrait associer aux masculinistes d’aujourd’hui, n’a pas vraiment évolué avec le temps…
Leur technique principale, c’est l’écriture, notamment par le biais de romans dans lesquels les émancipées sont culpabilisées, comparées au modèle de la bonne épouse… Et en même temps, cette figure idéale ne semble pas si idéale que cela. S’appuyant sur les textes de ces écrivains, Maugue distingue plusieurs figures féminines et ce sont celles-ci, associées les unes aux autres, qui forment le véritable idéal féminin. Ainsi l’on retrouve l’épouse fidèle et présente pour ses enfants ; la mère du narrateur, aimante, riche d’expériences, dévouée à son fils  ; plus surprenant, il y a la petite sœur, jeune créature dont la pensée peut être modelée selon celle de son frère (en faisant attention que l’élève ne dépasse jamais le maître), etc. Les femmes ne sont donc jamais parfaites mais doivent s’efforcer de l’être en prenant donc de nombreux modèles en exemple. Pour faire simple, elles doivent être dévouées mais pas étouffer leur mari (car elles doivent toujours être mariées à un homme, à moins d’être sous l’autorité du père), elles doivent être belles mais ne pas dépenser de trop pour leurs toilettes, elles doivent être intelligentes mais pas trop, ne jamais être meilleures que les hommes, etc. Cela fait beaucoup, je suis bien d’accord.
Dans leurs romans, ces écrivains crachent sans vergogne sur les femmes mais surtout sur les féministes et les émancipées. Si elles ont des mœurs trop libres, si elles quittent mari et enfants, si elles sont amoureuses d’une autre femme (ah non, pardon, ce genre de sentiment est impossible : si elles couchent avec une autre femme), si elles se préoccupent trop de plaire, si elles veulent apprendre… elles finissent leur vie misérables, elles subissent les pires tourments, voire elles meurent. Ce qui arrive quand même beaucoup moins aux douces femmes qui prennent tendrement soin de leur mari et de leurs enfants.
Mais c’est quoi le rapport avec ces romans, l’image qu’ils renvoient des femmes parfaites et des autres, à fuir, si l’on en croit leurs auteurs ? Quel est l’intérêt de cet essai ? Figurez-vous que les intérêts sont nombreux et que je ne vais pas du tout vous en faire la liste, mais retenez que les représentations que l’on trouve dans les livres, les films, les clips… ont un impact sur la société. Il n’y a pas que ça, bien sûr, mais ça joue et il est donc important de varier les représentations dans les œuvres littéraires, cinématographiques… Aussi, si nous évoluons, si la société dans son ensemble évolue, il reste toujours des personnes (en l’occurrence des hommes, essentiellement) pour prôner des modèles d’un autre âge. Ici, que doivent les femmes ? S’occuper des époux et des enfants, rien d’autre. Travailler, sortir, étudier… ? Hors de question, celles-ci sont à diaboliser ! Et dites vous bien que L’identité masculine en crise… a été édité pour la première fois en 1987 – il y a plus de trente ans, exactement. Pour le dire familièrement, je trouve que ça craint.
L’identité masculine en crise… nous présente un constat des avancées féministes de l’époque et surtout leurs fervents opposants et leurs arguments. Bien sûr, Maugue ne fait pas que nous les présenter platement, elle nous les donne, les explique, n’oublie pas de préciser le contexte… et elle nous donne également les contre-arguments, s’appuyant alors sur des faits qui ont largement eu le temps d’être vérifiés.
En lisant cet essai, je me suis dit que, finalement, ces hommes avaient quand même bien peur de la solitude, de devoir s’occuper d’eux-mêmes… Peur du changement, aussi, bien confortables qu’ils étaient, s’asseyant sur une domination injustifiée (qu’ils ont tenté, en vain, de justifier).

L’identité masculine en crise au tournant du siècle est un essai toujours très actuel bien que les textes des auteurs étudiés datent d’une époque révolue. En effet, leurs propos sont toujours d’actualité, hélas. Annelise Maugue décortique tout cela et nous explique ainsi comment ces hommes ce sont sentis attaqués par des femmes qui cherchaient à s’émanciper, comment ils ont tenté de contrer le changement… C’est très intéressant à lire, c’est un ouvrage à découvrir.

L’identité masculine en crise au tournant du siècle, Annelise Maugue Payot • 1987 (première publication) • 235 pages • 8,75€ • Genre : émancipation des femmes, textes, essai • ISBN : 9782228894500

9 réflexions sur “L’identité masculine en crise au tournant du siècle

  1. Les Mots de Mahault dit :

    Je note ce titre (merci pour ma pal 🙃). Je vois ce que tu veux dire lorsque tu parles de ce sarcasme qui aide à « supporter » ce genre de lecture : c’est parfois tellement usant, ça aide je trouve à mieux gérer la violence qui se dégage des faits et idéaux énumérés.

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  2. Alizé dit :

    Ah il est super ton avis, après l’avoir vu dans ton bilan je l’avais déjà mis dans ma pal, mais franchement je pense qu’il sera une de mes prochaines lectures. C’est marrant comment la liberté des femmes est souvent entravée par ceux qui pensent avoir une connaissance meilleure.

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  3. Ada dit :

    Ca me fait penser à ma lecture en cours, « Backlash » (sorti en 1991) de Susan Faludi. Elle n’y parle pas que de ça mais aborde bien comment son représentées les femmes dans les années 80 par rapport à la décennie qui l’a précédé… D’où le « backlash » (la revanche). Je note ce livre, même si je n’aurais probablement pas le courage de le lire de suite !

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  4. LadyButterfly dit :

    C’est très intéressant. D’ailleurs, il me semble que j’en avais entendu parler (ou plutôt lu un article) lors de ….la sortie du livre ou pas longtemps après, peut-être quand j’ai commencé à bosser en librairie (ça me rajeunit pas vraiment ^^). Après, le sujet m’a toujours intéressée donc ça se tient.

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