Les griffes et les crocs

Les griffes et les crocs

Quatrième de couverture :

Bon Agornin a eu une longue et belle vie, mais sa fin est proche, il le sent. Étendu près de son trésor, il attend la mort. Toute sa famille est réunie pour vivre avec lui ses derniers instants : ses deux fils et ses trois filles, ainsi que son gendre l’illustre Daverak, qui héritera de son domaine.
Bon Agornin tient absolument à se confesser à son fils aîné, il veut partir absous de ses péchés, d’autant que ces derniers sont immenses : afin de pouvoir devenir un dragon de soixante-dix pieds de long, capable de voler et de cracher du feu, il a dévoré son frère et sa sœur – les carcasses de bœuf ne suffisent pas pour mener à bien une telle entreprise…
« Je n’ai pas eu le choix », se justifie-t-il, dans son dernier souffle. Avant d’être dvoré à son tour par ses héritiers, comme le veut la tradition chez les dragons.

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Mon avis :

J’ai beaucoup aimé ce roman. Bon, d’une façon générale, j’aime énormément le travail de Jo Walton, c’est une autrice qui est désormais une valeur sûre pour moi. Les griffes et les crocs est le quatrième de ses romans que je lis et je sais donc qu’à chaque fois je vais trouver une histoire très différente des précédentes, une plume qui me plaît, une façon de raconter qui me ravie et des personnages féminins toujours touchants, parfois extraordinaires.
Les griffes et les crocs s’inspire des romans victoriens à la particularité près que les personnages de Walton sont des dragons. Ceux-ci vivent dans une société relativement similaire à la nôtre et le récit pourrait bien ne pas être plus original qu’un roman de Jane Austen si ce n’étaient les dragons (attention, je ne dis pas qu’Austen n’a pas fait preuve d’originalité, plutôt que son travail a inspiré pas mal de romans, de films… depuis). Car aussi proche cette société soit-elle de ce que nous connaissons (à une époque où il faut une dot pour marier sa fille, où celle-ci dépend de son père et la femme de son mari, où les riches gèrent tranquillement leur domaine en parcourant les bals tandis que les fermiers triment…), moult choses apportent de la profondeur, de la nuance, et permettent que l’on ne se retrouve pas avec une simple copie de notre monde. En premier lieu, il y a les différents statuts sociaux avec son pendant masculin et son pendant féminin (Illustre/Illuste, Exalté/Exalte, Bienheureux, etc.) et offrant divers pouvoirs, diverses forces auprès des autres dragons. On constate également qu’il y a une Histoire, que ces reptiles cracheurs de feu ont dû faire face aux Yarges, qu’il y a eu des guerres, des progrès… Mais surtout, ce que l’on remarque d’emblée, ce que l’on nous met sous le nez dès le début du roman, c’est l’héritage des enfants à la mort d’un parent : l’or, bien sûr, mais aussi et surtout la carcasse dont ils vont pouvoir se repaître. En effet, pour devenir plus grands, plus résistants, plus forts…, les dragons doivent manger d’autres dragons. Et c’est peu avant le décès du vieux Bon Agornin que le récit commence ; du partage de son corps va naître un conflit entre l’Illustre Daverak, époux de Berend Agornin, et Avan Agornin, le plus jeune des frères. Et comme les deux jeunes sœurs de couvée ne peuvent vivre seules, Haner est envoyée auprès de Berend et Daverak, Selendra auprès de Penn, le plus grand des frères.
C’est tout un univers de convenances, de colère, d’amour, qui s’offre à nous. Je ne vais rien dire du récit de peur de vous dévoiler des éléments mais sachez qu’il m’a beaucoup plu, je ne me suis ennuyée à aucun moment et la plume de Jo Walton accompagne merveilleusement bien cette histoire, rendant certains dialogues grinçants comme il faut, parfois plein de désarroi, ou plein de douceur… Plein d’émotions, en somme. De fait, je vais plutôt vous parler de certains personnages (là aussi, je vais éviter de trop approfondir pour vous laisser le loisir de les découvrir). Et je commence avec Selendra et Haner. Les deux dragonnelles ont toujours vécu ensemble et ça a été un déchirement pour elles comme pour moi de les voir séparer. Au moment où on les rencontre, on constate leur lien indéniable, l’affection qu’elles ont l’une pour l’autre. Pour moi, ce sont les personnages qui évoluent le plus – leur séparation n’est que le début des épreuves… J’ai également beaucoup apprécié Penn et sa femme Felin, ainsi que leurs relations avec la riche famille Benandi, tout comme j’ai apprécié détester Daverak – un dragon des plus ignobles, si vous voulez mon avis. Nous suivons également Avan – évidemment, il intente un procès à son puissant beau-frère, déchirant la famille par la même occasion ! Avan m’a été fort sympathique mais il est vrai que, dès le début, j’ai pris son parti.

Les griffes et les crocs, c’est un roman typiquement victorien, avec des personnages de dragons attachants, aux convictions qui parfois évoluent mais toujours sont présentes. C’est un roman très bien écrit qui se dévore avec plaisir. Une nouvelle fois, j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir un roman de Jo Walton, décidément une autrice que j’adore.
A noter que c’est à nouveau Florence Dolisi qui traduit ce roman de Walton, et c’est encore une belle réussite.

Très bonne lecture à vous, cher·es lecturovores.

Les griffes et les crocs, Jo Walton • Titre VO : Tooth and Claw Traduction : Florence Dolisi Folio • 2003 (VO) • 480 pages • 8,50€ • Genre : fantasy, dragons, pastiche • ISBN : 9782072856693

Ce livre participe au Challenge de l’Imaginaire.

17 réflexions sur “Les griffes et les crocs

  1. Light And Smell dit :

    Si tous les romans de l’autrice me tentent et qu’on m’a beaucoup conseillé Mes vrais enfants, j’avoue que c’est finalement celui-ci qui me donne le plus envie de m’asseoir pour une longue session de lecture. J’adore cette idée de proposer un roman victorien habité par des dragons avec leur propre Histoire, us et coutumes…

    Aimé par 1 personne

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