La dernière fois que j’ai cru mourir c’était il y a longtemps

La dernière fois que j’ai cru mourir c’était il y a longtemps

Quatrième de couverture :

« Devant mon assiette vide, l’escalope de dinde et les haricots verts du dîner avalés, je fais défiler les photos du bout des doigts. Je me vois – muscles des cuisses saillants sous les leggings, quadrillage des abdos, chaque rigole un petit miracle de biologie et de patience. La bosse d’un biceps, la veine d’un coude, les épaules fières. Je fixe mon corps qui n’apparaît qu’en photo et jamais devant le miroir, cette silhouette insaisissable qui, quand j’essaie de l’observer en vrai, quand je baisse les yeux sur mon ventre et palpe mes bras, devient immanquablement plus grasse, plus molle, infiniment plus empotée que la mécanique longue et fine qui se dessine à l’écran.

« Je choisis le quatrième liché, celui que Caleb a pris lorsqu’il m’a dit d’arrêter de sourire. J’imagine que c’est à ça que je ressemblais ce matin quand j’essayais de me concentrer juste avant le record, quand j’ignorais les sonneries répétées de mon portable et les appels au secours de Camélia. J’ouvre Instagram. Contrairement à ce que beaucoup de mes abonnés semblent croire, je n’abuse pas des filtres. Je n’aime pas tricher. Je me contente d’augmenter la luminosité pour corriger l’éclairage de la salle qui me donne la jaunisse. »

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Mon avis :

La dernière fois que j’ai cru mourir c’était il y a longtemps est le premier roman de Clémence Michallon et il sort ce 25 septembre. J’ai eu la chance de le découvrir avant sa sortie et je tiens à remercier Elvire et les Éditions iXe pour leur confiance. Comme toujours, je vous partage mon ressenti tel qu’il est, qu’importe qu’il s’agisse d’un SP ou d’un achat personnel.
La dernière fois que j’ai cru mourir c’était il y a longtemps raconte l’histoire de Véronica, une culturiste assez suivie sur les réseaux sociaux, qui vit grâce à des sponsors, des plannings d’entraînements qu’elle prépare et vend ensuite sur le net, etc. Dans trois mois aura lieu une grosse compétition qui pourrait lui permettre de toucher gros et de se faire une place au sein de l’élite, elle doit donc s’entraîner encore plus dur, se préparer au mieux pour ce nouveau défi. Mais voilà que sa sœur, Camélia, l’appelle en catastrophe : enceinte, elle a eu un accident et doit désormais rester alitée pour les prochains mois à venir. Elle a besoin de l’aide de Véronica, il faut que celle-ci gère son commerce à sa place. Or il s’agit d’une pâtisserie et Véronica n’y connaît franchement rien si ce n’est estimer le nombre de calories, glucides… de chaque gâteau. C’est donc un nouvel univers, pastel, sucré, délicat, qui s’ouvre à Véronica, habituée des salles de sport, à la sueur, la performance sportive, le dépassement de soi. Et se dépasser, c’est ce qu’elle va devoir faire pour réussir à tout conjuguer.
Dans ce roman, on y découvre le culturisme – pas forcément tout son univers mais une bonne partie, me semble-t-il : la persévérance, les concours, le contrôle de soi, le contrôle de sa nourriture et la préparation physique qu’il faut pour toujours tendre au meilleur niveau possible. Pour cela, il faut visiblement faire pas mal de sacrifices. Cela dit, Véronica ne parle pas de sacrifices car c’est ce qu’elle aime faire, nous dit-elle, et c’est ce qui régule sa vie. Croyez-moi, « régulation » est le motle plus approprié car cela va de son quotidien (renforcement musculaire le matin, bloguer, s’occuper d’Instagram, faire des courses et préparer ses repas en avance… la journée, travailler le cardio le soir) à sa nourriture (les grammes ingurgités, combien de protéines? …), au contrôle de sa taille, etc. Il se trouve que, pour être au top, elle suit un régime en plus de s’entraîner mais, pour être honnête, j’ai trouvé que cela relevait plus du trouble alimentaire que d’un régime. Mais, allez, parlons plutôt de l’histoire et des personnages qui l’animent.
Il y a bien sûr Véronica, à la fois héroïne et narratrice, personnage complexe et pour qui je n’ai pu m’empêcher d’avoir de la compassion, mais il y a également sa sœur, Camélia. Celle-ci, j’admets avoir eu un peu de mal avec elle : je comprends qu’elle préfère se reposer sur un membre de sa famille plutôt que sur un ou une inconnu·e mais, dans sa façon de faire, ça ressemble plus à du forcing. Toutefois, il est vrai qu’elle a su me toucher à quelques occasions. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle ne laisse pas indifférent·e ! Il y a également Caleb, le coach sportif, qui m’a plu d’emblée tout autant que j’ai eu une sorte de répulsion le concernant – cela m’arrive parfois, que ce soit justifié ou non, c’est très personnel. Il est là pour soutenir Véronica, pour l’aider dans ses performances, l’aider à adapter son régime en fonction des compétitions et des objectifs… C’est un homme très présent dans la vie de la jeune femme. Enfin, il y a Nico qui travaille à la pâtisserie de Camélia et qui va donc être comme un mentor dans ce domaine pour Véronica. Nico est l’un de mes personnages préférés, il y a quelque chose de très doux en lui que j’apprécie beaucoup. En plus de ce qu’il apporte à l’héroïne, il a sa propre vie. Ainsi tout ne tourne pas autour de la pâtisserie et, le soir, il est drag queen (ce n’est pas le sujet le plus abordé dans le livre, toutefois). En fait, ce dont je me rends compte a posteriori et qui est l’une des forces de ce roman, c’est que les personnages sont nuancés, ont du relief et sont, par bien des aspects, réalistes. On aurait pu me dire que c’est basé sur une histoire vraie (ce qui n’est pas le cas, à ma connaissance), j’y aurais cru sans problème.
Pour ce qui est de l’histoire, elle est dense, il se passe beaucoup de choses et cela pousse Véronica à avancer, à évoluer. À s’épuiser, aussi. Ce corps, cette mécanique si bien huilée qui pourrait bien craquer si on n’y prend pas garde, c’est ce qui nous permet de bouger, c’est un outil de travail primordial pour l’héroïne, et elle y fait donc d’autant plus attention. Mais le cajole-t-elle pour autant ? Le corps, c’est ce qui est au centre du récit. Pour la culturiste, pour son coach, mais aussi pour Camélia, ce corps qui défaille et l’oblige à rester alitée, et pour Nico qui performe le genre durant la nuit. Le corps, encore et toujours. Mais s’il est bien la pierre angulaire du roman, d’autres sujets sont également bien présents – in fine, certains touchent également au corps, de près ou de loin. Je ne vais pas développer là-dessus : ma chronique se fait longue et je crains vous dévoiler certains pans du récit.

La dernière fois que j’ai cru mourir c’était il y a longtemps, c’est une histoire foisonnante, avec ses hauts et ses bas, avec ses interrogations, ces choses qui frôlent la surface et pourtant nous interpellent avec force… La dernière fois que j’ai cru mourir c’était il y a longtemps, ce sont des individus qui se croisent, se côtoient, qui avancent à leur rythme, qui essaient de se mouvoir dans ce monde parfois trop rigide. La dernière fois que j’ai cru mourir c’était il y a longtemps, c’est un roman qui m’a plu, dont j’ai aimé l’histoire comme les personnages, et qui m’a laissé une forte impression.
La dernière fois que j’ai cru mourir c’était il y a longtemps est une belle réussite et je me demande déjà quel récit Clémence Michallon nous offrira pour son prochain livre.
Bonne lecture à vous.

La dernière fois que j’ai cru mourir c’était il y a longtemps, Clémence Michallon Editions iXe • 2020 • 315 pages • 19€ • Genre : culturisme, troubles alimentaires, corps • ISBN : 9791090062573

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