Premières lignes #246

Salutations, les lecturovores !
Ma sœur m’a prêté des romans il y a quelques temps et l’un de ceux-ci est Les années douces de Hiromi Kawakami. Je l’ai choisi totalement au hasard pour ce rendez-vous et, en lisant les premières lignes, j’ai été convaincue, je les ai beaucoup aimées ; je me devais donc de les partager avec vous.
Bonne lecture et bon dimanche !

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

La lune et les piles

En bonne et due forme, c’est le professeur Matsumoto Harutsuna, mais moi je l’appelle seulement « le maître ». Et encore sans majuscule, le maître, tout simplement.
Je l’avais eu comme prof de japonais au lycée. Ce n’était pas le professeur principal, moi en plus je ne suivais pas les cours de japonais avec une assiduité particulière, si bien qu’il ne m’était pas resté de lui une impression notable. Après ma sortie du lycée, j’étais restée très longtemps sans le voir.
Il y a quelques années, je me suis retrouvée à côté de lui dans un petit troquet près de la gare, et depuis, nous en sommes venus à nous rencontre de temps à autre. Il était assis au comptoir, le dos légèrement tourné.
Pendant que je m’installais au comptoir, j’ai commandé sans attendre : « Des haricots fermentés au thon, des tiges de lotus frites, et des échalotes au sel, s’il vous plaît ! » pour entendre presque simultanément le vieux dos fatigué énoncer : « Echalotes au sel, tiges de lotus frites, haricots fermentés au thon ! » Tout en me faisant la remarque que nous avions des goûts semblables, je l’ai observé tandis que lui aussi se tournait de mon côté. Alors que j’hésitais encore, à peu près certaine d’avoir déjà vu cette tête quelque part, le maître a ouvert la bouche le premier et m’a dit : « Vous êtes Omachi Tsukiko, n’est-ce pas ? » Stupéfaite, j’ai opiné de la tête. Il a continué : « Je vous ai vue ici plusieurs fois déjà, vous savez ! » Sans pouvoir détacher mes yeux de lui, j’ai murmuré une vague réponse. Cheveux blancs coiffés avec soin, chemise soigneusement repassée, gilet gris. Sur le comptoir, un flacon de saké, une assiette sur laquelle sont alignées des lamelles de baleine fumée, et un petit bol qui contient encore quelques filaments d’algues au vinaigre. Pendant que je reste confondue par les similitudes de mes goûts avec ceux de ce digne vieillard, je me souviens vaguement de sa silhouette dressée sur l’estrade de la salle de classe de mon lycée.

Les années douces, Hiromi Kawakami, 2001.

Les années douces

8 réflexions sur “Premières lignes #246

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