Les impatientes

Les impatientes

Quatrième de couverture :

Trois femmes, trois histoires, trois destins liés. Ce roman polyphonique retrace le destin de la jeune Ramla, arrachée à son amour pour être mariée à l’époux de Safira, tandis que Hindou, sa sœur, est contrainte d’épouser son cousin. Patience ! C’est le seul et unique conseil qui leur est donné par leur entourage, puisqu’il est impensable d’aller contre la volonté d’Allah. Comme le dit le proverbe peul : « Au bout de la patience, il y a le ciel.» Mais le ciel peut devenir un enfer. Comment ces trois femmes impatientes parviendront-elles à se libérer ?

Mariage forcé, viol conjugal, consensus et polygamie : ce roman de Djaïli Amadou Amal brise les tabous en dénonçant la condition féminine au Sahel et nous livre un roman bouleversant sur la question universelle des violences faites aux femmes.

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Mon avis :

Les impatientes de Djaïli Amadou Amal, sorti en 2020, est initialement paru en 2017 sous le titre de Munyal, les larmes de la patience. En 2020, ce roman a été édité sous une forme retravaillée et il a obtenu le Goncourt des lycéens.

Ce qui m’a le plus marquée dans Les impatientes, c’est le contrôle exercé sur les femmes, mais un contrôle qui ne vient pas directement des hommes. Les plus âgées apprennent aux plus jeunes que l’idéal pour une femme, c’est un homme qui les mette à l’abri du besoin, que le bonheur, c’est d’avoir des cadeaux et de fonder une famille ; une femme doit respecter les autres épouses de son mari, elles doivent montrer une belle harmonie entre elles et ne pas l’ennuyer avec leurs problèmes, mais on leur dit de se méfier des unes et des autres. Les femmes sont divisées, elles ne sont pas là pour être amies, pour se soutenir… Tout cela n’est qu’une image de façade, le but premier étant de satisfaire l’époux et de lui donner une descendance. Bien sûr, cela est plus complexe et c’est en partie ce que nous montre le roman, mais je ne suis pas là pour vous faire un résumé détaillé des Impatientes, seulement pour vous donner mon avis. Pour supporter tout cela, on dit à ces femmes munyal, patience. C’est le maître-mot de cette histoire. Ne pas se mettre en colère, ne pas jalouser, ne pas provoquer ni hausser la voix… Attendre, se montrer patiente. Mais justement, la patience, c’est ce qui fait défaut aux trois femmes que nous suivons ici.
Ramla et Hindou, deux sœurs de 17 ans, vont être mariées : Ramla à un homme riche et qui était jusque-là connu pour sa monogamie, en plus de sa grande richesse, Hindou à un de leurs cousins. Cela va donc faire de Ramla la deuxième femme de son futur époux, la première étant Safira, mariée depuis vingt années avec cet homme, et autant dire qu’elle ne voit pas d’un bon œil l’arrivée d’une jeunette qui a l’âge de sa fille. La patience, c’est bien beau, mais ce n’est pas pour elle – elle ne veut pas de cette nouvelle femme qui risque de lui ravir l’attention et l’affection de son mari. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que Ramla était d’abord promise à un homme qu’elle aime. Ce que Ramla ne sait pas, ce sont toutes les violences que sa sœur Hindou va subir.
Les histoires de ces trois femmes, qui s’entremêlent, sont racontés à la première personne, au présent, ce qui donne un aspect assez factuel au récit : « il se passe ça, je ressens telle émotion… » C’est presque comme si Safira, Ramla et Hindou se détachaient de leur propre histoire afin de mieux la supporter. De fait, à ma grande surprise, je me suis retrouvée très impliquée dans Les impatientes et, malgré l’écriture au ton quasiment neutre, j’ai été bouleversée et touchée par le désespoir de ces femmes et par leur colère. Si l’écriture n’est pas marquante, si elle semble éviter les affects, on ne peut toutefois pas sortir de cette lecture sans rien avoir ressenti.
Je le précise même si vous l’avez probablement compris en me lisant, mais Les impatientes parle entre autre des violences conjugales, viols compris. Ce n’est certes pas détaillé mais je préfère vous en informer, selon votre sensibilité à de tels sujets.

Pour conclure, je dirais que, si Les impatientes ne marque pas par son écriture, les trois femmes dont on suit l’histoire ont en revanche quelque chose de douloureusement communicatif, les non-dits écrasant tout sur leur passage, leur colère et leur haine face aux injustices dont elles sont victimes nous prenant aux tripes. Au vu des émotions transmises, je comprends pourquoi Les impatientes a reçu le Goncourt des lycéens et je ne peux que, à mon tour, vous le recommander.
Bonne lecture à vous.

Les impatientes, Djaïli Amadou Amal Editions Emmanuelle Collas • 2020 • 243 pages • 17€ • Genre : femmes, mariages forcés • ISBN : 9782490155255

Ce livre participe au challenge Voix d’autrices.

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