Mes bien chères sœurs

Mes bien chères sœurs

Quatrième de couverture :

« Ceci est une adresse. Aux femmes en général, autant qu’à leurs alliés. Je vous écris d’où je peux. Le privé est politique, l’intime littérature. »
En France, la quatrième vague féministe a fait on entrée : non plus des militantes, mais des femmes ordinaires. Qui remettent en cause les us et les coutumes du pays de la gaudriole, où une femme sur dix est violée au cours de sa vie, et où tous les trois jours une femme est assassinée par son conjoint.
Dans ce court texte incisif qui prône la sororité comme outil de puissance virale, Chloé Delaume aborde la question du renouvellement du féminisme, de l’extinction en cours du patriarcat, de ce qu’il se passe, et peut se passer, depuis le mouvement #metoo.

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Mon avis :

Dans ce court texte sur la sororité, Chloé Delaume aborde des sujets qui peuvent paraître variés mais qui, en vérité, sont liés les uns aux autres : les injonctions sur le corps des femmes, les constructions sociales, la quatrième vague féministe, le mouvement #metoo, etc. Contrairement à d’autres essais, il n’y a pas un foisonnement de ressources, il n’y a pas de bibliographie… Dans Mes bien chères sœurs, Chloé Delaume parle de son vécu, de son ressenti, de ses observations personnelles sur la société et en vient à la conclusion que nous avons besoin de cette fameuse sororité. Mais qu’est-ce donc que la sororité ? D’où vient ce terme ? Elle dédie un chapitre à ces questions et l’on ne sera pas surpris·e d’apprendre que ce mot existait avant le XVIe et qu’il est par la suite tombé dans l’oubli (comme « autrice » ? Hum, hum…). « Sororité » était employé pour parler de communautés de femmes et, si Delaume ne parle pas forcément de créer une (ou des) communauté(s) de femmes, elle parle en revanche de ce que cela implique, à savoir s’écouter, se soutenir, s’entraider…
Pour être tout à fait honnête, le premier chapitre m’a rebutée, j’y suis restée totalement hermétique. Ensuite, le deuxième faisait référence à King Kong théorie de Virginie Despentes en reprenant sous forme d’anaphore le célèbre « J’écris de chez les… ». Et moi, j’aime beaucoup ce texte de Despentes, donc j’ai apprécié mais, d’un autre côté, ce début de phrase était si répété qu’il en devenait beaucoup trop redondant pour moi. Heureusement, avec le troisième chapitre, j’ai commencé à vraiment apprécier Mes bien chères sœurs, quoiqu’alors je me faisais la réflexion que je n’apprenais rien. Et, tout au long du livre, c’est ce que j’ai pensé : « je n’apprends rien ». Pourtant, cela ne m’a pas empêché d’apprécier ma lecture, malgré un début un peu compliqué. En effet, il n’est pas besoin d’apprendre quelque chose pour passer un bon moment, et puis c’est assez sympathique de voir des choses formulées différemment – ça ouvre de nouvelles perspectives pour l’expression de notre pensée. Je vous partage  d’ailleurs une citation (p. 78 de l’édition Seuil parue en 2019) que je trouve juste :

Libérer, invoquer, canaliser, afficher, exposer, exhiber la parole des femmes dans l’espace public permet de masquer l’absence d’action.

Elle ne fait pas ici référence aux comptes féministes présents sur les réseaux sociaux mais bien aux médias mainstream et aux personnalités publiques et politiques qui parlent beaucoup de lutte contre les violences faites aux femmes, pour l’égalité des salaires, etc. mais qui ne font rien de leur parole (vous souvenez-vous de cette fameuse « grande cause du quinquennat »?). C’était quelque chose que j’avais pensé mais que je n’avais pas formulé.
Et c’est aussi ça, le texte de Delaume : une écriture, une expression personnelle. Cela mélange parfois une certaine poésie avec la brutalité du quotidien. Je ne connaissais pas l’autrice, je n’avais encore jamais rien lu d’elle alors j’ai été surprise par sa plume mais, passé cette surprise, elle a su m’embarquer et j’ai été sensible aux mots et aux messages.

En fin de compte, bien que le début ait été difficile pour moi à appréhender, j’ai passer un bon moment de lecture et j’ai enfin compris qu’il n’est pas besoin d’apprendre quoique ce soit pour apprécier un essai. Ici, la plume de Chloé Delaume a finalement su se frayer un chemin en moi et je vous invite donc à découvrir cet ouvrage et vous faire votre propre avis.

P.-S. : les choses vont très vite et, à peine parlions-nous de sororité qu’un nouveau terme, plus inclusif, est apparu : adelphité. Celui-ci permet d’intégrer les minorités de genre au sein de cette communauté fluctuante et, par la même occasion, reconnaît les oppressions que ces personnes subissent elles aussi.

Mes bien chères sœurs, Chloé Delaume Seuil • 2019 • 122 pages • 13,50€ • Genre : essai, féminisme, sororité • ISBN : 9782021347111

25 réflexions sur “Mes bien chères sœurs

  1. fury dit :

    J’étais curieuse de lire ce livre, mais j’ai été très refroidie par Les sorcières de la république de la même autrice dont je n’ai pas du tout aimé le style d’écriture. Ce que tu en dis achève de me convaincre, s’il me passe entre les mains je le lirai peut-être, mais je ne suis pas très tentée ^^

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    • Ma Lecturothèque dit :

      Je comprends ! Si jamais il t’intrigue malgré tout, je te conseille de l’emprunter en bibliothèque et je pense que tu peux sauter sans problème le premier chapitre, ça ne devrait pas gêner dans la compréhension du propos par la suite.

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  2. pepparshoes dit :

    Je me disais que c’était peut-être un peu court pour moi, et peut-être que j’en sais déjà beaucoup sur la thématique, mais ton PS m’a convaincu par contre ! Tu me donnes envie de me lancer ! Pour ma part, je vais lire Excessives ! ce week-end, de Louise Ebel, j’espère en apprendre plus sur ces femmes qui cassaient les codes dans l’histoire française 🙂

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    • Ma Lecturothèque dit :

      Il me semble que la deuxième vague a débuté autour des années 1960-1970, avec la libération sexuelle, etc., et la troisième à la fin du XXe siècle. Cette quatrième vague, d’après Wikipedia, débuterait autour de 2012 mais je l’aurais placée plus tardivement (vers 2017), mais bon, moi et les dates… ^^’
      Après, j’imagine qu’il y a quelque chose de fluctuant, que l’on peut rarement donner un moment précis, etc.

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