Missouri 1627

Missouri 1627

Quatrième de couverture :

À 17 ans, Veronica a un avenir prometteur. Élève populaire et brillante, elle vient d’être admise dans une prestigieuse université et sa vie semble toute tracée. Pourtant, le jour où elle découvre qu’elle est enceinte, son monde s’écroule et toutes ses certitudes s’envolent. Elle n’est pas prête.
Parfois, dans la vie, il y a des tests qu’on préfèrerait rater…
Veronica n’a qu’une seule solution : se rendre dans une clinique à 1627 kilomètres de chez elle. Désespérée, elle se tourne vers son ex-meilleure amie, Bailey, punkette affranchie, la seule à qui elle peut demander de l’aide. Commence alors un périple à mille à l’heure sur les routes des États-Unis.
Ces deux filles, que tout oppose, vont devoir affronter le monde et prendre leur destin en main.

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Mon avis :

Veronica, dite Ronnie, est une lycéenne de 17 ans qui avait tout pour elle : intelligente, belle, populaire, le parfait petit-ami, un bel avenir… Jusqu’au jour où elle se retrouve enceinte. Avoir un enfant à 17 ans l’empêcherait de réaliser ses rêves et elle prend alors la décision d’avorter. Mais à qui demander de l’aide ? Sûrement pas à ses parents qui, très croyants, refuseront qu’elle avorte. Or, la clinique la moins éloignée de chez elle demande une autorisation parentale quand l’enfant qui souhaite avorter est mineur. Ne reste alors plus qu’à aller dans le Missouri, à 1627 kilomètre de chez elle. Comment y aller ? C’est une autre question à laquelle Ronnie ne tardera pas à trouver la réponse en son ancienne meilleure amie, Bailey.
Je pense ne rien vous apprendre en vous disant que le droit à l’avortement, l’IVG (Interruption Volontaire de Grossesse) est un droit fragile, et ce partout dans le monde. Je ne vais parler ici que des Etats-Unis d’Amérique puisque c’est là-bas que prend place l’action de Missouri 1627 mais aussi parce que c’est l’un des seuls pays sur lesquels je suis plutôt bien informée. Aux USA, c’est au début des années 1970 que l’arrêt Roe v. Wade est passé, permettant aux femmes d’avorter et, depuis, de nombreuses cliniques ont été créées. Seulement, le mouvement pro-life (ou « pro-vie », en français) continue de lutter contre ce droit et ces dernières années, de nombreuses cliniques ont vu leur accès de plus en plus resrteint (par exemple en demandant une autorisation des parents pour les mineurs, comme dans Missouri 1627), ou bien des lois, en fonction des Etats, obligeant les praticien·nes à faire écouter le cœur de l’embryon à la femme, en leur donnant des délais de réflexion qui empêchent alors les avortement « tardifs », etc. Sans parler des médecins qui ont été assassiné·es pour avoir pratiqué des avortements ; il y a également des cliniques qui ferment… Bref, vous l’aurez compris, c’est un droit très fragile.
Jenni Hendricks et Ted Caplan, en écrivant Missouri 1627, ont pris le parti de traité tout cela avec humour, rendant ainsi le roman plutôt léger à lire malgré le sujet relativement lourd. Iels ont également pris le parti de montrer qu’une IVG n’est pas obligatoirement dramatique, que les femmes ne vivent pas forcément mal l’avortement – c’est, ici, une histoire de libération.
Missouri 1627 est un roman mélangeant le buddy movie (film de potes, souvent avec des hommes) et le road trip, le tout à la sauce adolescente et féministe. Si l’histoire nous parle bien de droit à l’IVG, il est aussi question d’émancipation : Ronnie est enfermée dans le carcan des apparences ; non seulement elle doit être elle-même parfaite, mais en plus elle doit avoir les bonnes fréquentations, les bonnes copines… Ainsi, pour garder ses amies, elle choisit ce qu’elle leur raconte ou non – mais, en amitié, ne devrait-on pas pouvoir tout se dire ? (Si.) Je ne vais pas développer ce point car l’on suit le cheminement de l’héroïne autour de ce sujet tout au long du roman, du moment où elle s’apprête à faire un test de grossesse à la dernière page, et ça m’a beaucoup plu de la voir évoluer au fil des pages, je vous invite donc à lire le livre pour découvrir tout ça. En revanche, je peux vous dire qu’elle s’affranchit également de son petit-copain, Kevin. Celui-ci est très beau, très attentionné, nombreuses sont les camarades de classe de Ronnie qui aimeraient sortir avec lui… mais il a aussi ses failles et, croyez-moi, ce n’est pas joli à voir (pour être claire, je l’ai trouvé complètement taré). D’ailleurs, tant que je parle de lui, je dois vous avouer que j’ai trouvé son traitement assez grossier, caricatural. Pour autant, ça ne m’a pas dérangée plus que cela : la caricature vient du fait que de telles personnes existent et qu’on en a grossi les traits, et il faut bien dire que ça colle à l’ambiance et au rythme du roman, donnant lieu parfois à des scènes un peu dingues – mais drôles. Pour en revenir à Ronnie, c’est le personnage principal du roman et la narration se fait par son biais, à la première personne, et nous découvrons ainsi ses réflexions et son évolution personnelle au fil des pages. Si, en tant qu’héroïne, elle est très éloignée de moi (l’âge, la course à la popularité, sa famille…), je me suis tout de même beaucoup attachée à elle. Mais cela, ce n’est pas uniquement grâce à elle-même, c’est aussi grâce à Bailey, son ancienne meilleure amie. Bailey est elle aussi un archétype, et tout le contraire de Ronnie, par la même occasion : elle a les cheveux courts, colorés en turquoise, elle ne porte pratiquement que du noir et des vêtements d’un goût douteux, elle n’a pas de potes… Mais son duo avec Ronnie, tout au long du roman, fonctionne super bien et je dois vous dire que j’ai franchement apprécié son humour mordant.
L’histoire défile sous nos yeux à toute vitesse, on attache notre ceinture et on profite de notre lecture, lancé à toute berzingue sur la route de la liberté. Le rythme est prenant, il arrive plein de péripéties, tantôt drôles, tantôt flippantes, parfois émouvantes, et les deux adolescentes font de très chouettes rencontres ainsi que des mauvaises. Mais, ouf, dans Missouri 1627, l’idée est de passé un bon moment malgré la gravité du propos, alors on respire et on s’amuse nous aussi.

En un mot comme en 889 (c’est le nombre de mots de mon retour ci-dessus, tout à fait!), Missouri 1627 est une super lecture avec des héroïnes que j’ai beaucoup apprécié, de même que leur histoire. Je ne peux que vous conseiller ce roman et, pour ma part, je me dis que je regarderais bien le film…
Bonne lecture et bonne route à vous !

Missouri 1627, Jenni Hendricks et Ted Caplan • Titre VO : Unpregnant Traduction : Sidonie Van den Dries Bayard • 2021 • 366 pages • 15,90€ • Genre : road trip, roman jeunesse, avortement • ISBN : 9791036303685

Ce livre participe au challenge Voix d’autrices.

23 réflexions sur “Missouri 1627

  1. L'ourse bibliophile dit :

    J’ai également beaucoup apprécié la balance entre la gravité et la légèreté tout au long de ce roman ! Et personnellement, je ne trouve même pas de mots pour qualifier ce petit ami (dont j’ai déjà oublié le prénom) tant toutes ses actions sont problématiques !

    Aimé par 1 personne

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