Orlando

Orlando

Quatrième de couverture :

Virginia Woolf raconte la vie d’un héros dont l’existence s’étend du milieu du XVIe siècle jusqu’à nos jours, et qui change de sexe à mi-parcours. D’abord poète à l’époque élisabéthaine, puis ambassadeur à Constantinople, Orlando devient au XVIIIe siècle une bohémienne ; s’habituant à sa condition de femme, il traverse ainsi l’époque victorienne puis atterrit dans les années 1920 où, toujours femme et devenu poète à succès, Orlando est à la recherche du sens du temps.
Paru en 1928, ce roman est marqué par l’innovation formelle de Virginia Woolf, son intérêt pour l’histoire de son pays, l’Angleterre, enfin sa passion pour Vita Sackville-West, aristocrate, romancière, poète, dont Orlando est la transposition fantasmée. Mêlant tous les genres littéraires – biographie, roman historique, autobiographie –, cet extraordinaire roman questionne, de manière très actuelle, l’instabilité des identités.

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Mon avis :

Orlando est un jeune homme riche, beau, qui a du succès auprès des femmes, qui aime la poésie et en écrit secrètement. Ainsi se présente le héros de Virginia Woolf dans un premier temps. Mais, alors qu’il a désormais 30 ans et que nous arrivons à la moitié du roman, Orlando se réveille changée : elle est désormais une femme.
Orlando est présenté comme une biographie (son titre original est Orlando: A Biography) et, si l’on entend généralement parler de ce roman grâce à son retournement de situation, où Orlando devient femme, il parle toutefois de bien plus de choses et c’est cela qui m’a plu. Mais commençons par le négatif, ainsi nous en serons débarassé·es pour la suite. Il faut savoir que j’ai eu un peu de mal à rentrer dans l’histoire. On nous parle d’un jeune aristocrate qui joue avec une « tête de Maure » et, si le récit prend certes place au XVIe siècle, je vous avoue que cela m’a déroutée : est-ce une vraie tête ou cela désigne-t-il autre chose ? Heureusement, on passe rapidement à la suite. Toutefois, il y a autre chose qui parcoure le roman tout du long : des notes. A la fin de mon édition, il y a pratiquement 50 pages de notes, c’est énorme ! Cela a beau être intéressant, ma lecture s’en est retrouvée hachée. Pour pallier à ce problème, voici mon conseil : lisez plusieurs notes à la suite. Il est probable que, si vous connaissez déjà très bien Virginia Woolf et ses proches, vous pouviez vous passer de la plupart des notes car beaucoup d’entre elles sont des références à des lieux que l’écrivaine fréquentait, des idées qu’elle développe dans d’autres ouvrages… Parfois, ce sont des références à des poèmes ou des pièces de théâtres de grands auteurs anglais comme Shakespeare. Quoiqu’il en soit, j’ai apprécié lire les notes, elles m’ont permis de saisir la profondeur du texte de Virginia Woolf sur certains aspects, mais il y en a tout de même trop pour me laisser plonger entièrement dans le roman. Me faisant cette réflexion, alors que je n’étais qu’au commencement de ma lecture, je me suis demandée si, finalement, ce n’était pas une histoire que l’on pouvait lire petit bout par petit bout mais, m’interrogeant, la réponse m’est apparue de façon très évidente : impossible, les chapitres comme les paragraphes sont longs, très longs. Il est en effet assez fréquent qu’un paragraphe fasse une page complète. De fait, Orlando n’est pas un roman à picorer ; il faut s’y plonger entièrement, le commencer et ne plus s’arrêter. Cela a du bon, d’après moi, mais est donc difficilement faisable avec toute la richesse des notes qui se glissent tout au long du roman.
Enfin, pour terminer les points négatifs, notons que les dernières pages traînent sacrément en longueur. J’avais passé un bon moment, je savais que le récit n’allait pas tarder à se terminer et ma lecture m’avait enthousiasmée, mais voilà que la conclusion s’étend, opte pour une sorte de fin fantasque dont je n’ai pas tout saisi : qu’en était-il réellement de certains personnages ? Etait-ce réel ou Orlando perdait-elle pied ? Je me suis retrouvée perdue. Toutefois, Orlando est une œuvre pleine de qualités et je vais donc désormais vous en parler.
Ce roman de Virginia Woolf est une biographie d’un genre différent, qui s’étale sur les siècles, faisant ainsi rencontrer à Orlando de nombreux individus en des lieux différents, la faisant incarner de multiples personnalités et changer de sexe alors que, finalement, elle reste au fond la même personne. C’est un point qui est peu développé (et n’a pas besoin de l’être davantage) mais qui m’a beaucoup plu : malgré toutes les apparences, une personne reste elle-même. Ainsi, qu’Orlando soit un homme proche de la reine, qu’il soit ambassadeur, qu’elle soit poétesse…, Orlando reste Orlando.
C’est une biographie d’un genre différent aussi parce qu’il s’agit en quelque sorte de l’histoire romancée de Vita Sackville-West et de sa famille, de ses pères et de ses mères. Par le biais d’un unique personnage, on découvre de nombreux éléments qui font références à des événements qui ont marqué la vie des Sackville-West, parfois des non-dits (pourtant bien sus), quand ce ne sont pas clairement des transpositions du réel dans le roman. Alors nous découvrons la société anglaise à travers les époques, ses travers, ses interdits, ses plaisirs, etc. Cela était certes intéressant mais, ce que j’ai le plus apprécié dans Orlando, c’est la façon dont Virginia Woolf profite pour se faire biographe et interpeler les lecteur·rices sur ce métier et l’exercice difficile qu’il est, s’adressant parfois directement à nous et expliquant les choix qu’elle fait. Et pour continuer sur la rédaction d’une œuvre, elle nous parle également de la poésie, qu’Orlando aime au point d’en écrire (pas toujours avec succès). En fait, tout au long du roman et par le biais de son personnage principal, Woolf aborde de nombreux sujets de façon intéressante et qui reste pertinent dans le récit. Parce qu’en plus de l’écriture, elle nous parle des vêtements qui font les personnes et non l’inverse (Orlando femme aurait porté les mêmes vêtements qu’Orlando homme, ou inversement, leur vision du monde aurait alors été la même), elle nous parle d’identité, de personnalité, etc. Surtout, elle était en avance sur son temps et, à ce sujet, ce qui m’a le plus marquée, c’est quand le héros devient héroïne ; Virginia Woolf commence à nous parler d’Orlando au masculin et se reprend : c’est désormais une femme, nous devons donc employer les bons pronoms, même si l’on parle de l’Orlando du passé. Cela peut paraître anodin pour certain·es, pourtant c’est un sujet actuel et important dans le cadre des transidentités, puisque beaucoup de personnes trans se font mégenrer (employer « il » au lieu de « elle » et inversement…), volontairement ou non. Alors certes, Woolf ne pensait probablement pas à tout cela en écrivant ces lignes, pourtant c’est là que j’ai compris à quel point elle était visionnaire – et pas que sur ce sujet !

Au final, passé la première dizaine de pages, j’ai apprécié ma lecture, m’y plongeant entièrement, savourant ma lecture et découvrant avec plaisir les nombreux sujets, souvent autour de l’écriture, que Virginia Woolf aborde. Arrivé à la moitié du livre, au moment où Orlando devient femme, j’ai été enchantée par le texte. Je regrette alors les dernières pages tirant en longueur, qui ont quelque peu terni mon intérêt. Toutefois, je vous recommande cette lecture si vous avez déjà lu d’autres romans ou textes de cette écrivaine, et que vous avez aimé.
Belle découverte à vous.

Orlando, Virginia Woolf • Titre VO : Orlando: A Biography Traduction : Jacques Aubert Folio • 2018 (1931 pour la première édition VO) • 413 pages • 6,90€ • Genre : littérature anglaise, biographie • ISBN : 9782070452132

Ce livre participe au challenge Voix d’autrices.

23 réflexions sur “Orlando

    • Ma Lecturothèque dit :

      Je n’ai pas encore lu « Peau d’homme » mais j’espère le découvrir cette année ^^
      C’est en effet dommage. J’en ai discuté avec une amie – celle qui m’a prêté le livre – et elle a globalement le même ressenti que moi (sauf que pour elle, ça ne devient vraiment intéressant que lorsque Orlando devient femme!).

      Aimé par 1 personne

  1. fury dit :

    Je suis trop heureuse de lire ton avis sur ce livre ! Décidément on partage pas mal de lectures ^^
    Je l’ai lu une première fois en anglais, dans une édition sans notes donc je n’ai pas eu cette impression hachée. Par contre, ma deuxième lecture en français s’est faite avec une édition annotée, et là je retrouve ce que tu peux lui reprocher. Je trouve néanmoins intéressant, au delà des précisions sur les personnages, les remises en contexte sur les différentes époques. Ca m’a permis de mieux me situer.
    Pour ce qui est de l’histoire, c’est du génie ! L’écriture qui frôle l’absurde, les interpellations de la biographe à ses lecteur·rice·s, la transformation (transition ?) d’Orlando d’homme à femme, avec un peu de non-binarité… cette biographie sonne comme une déclaration d’amour à Vita Sackville-West, qui a été son amante/amoureuse platonique/proche amie pendant des années et des années. Tout ça a chamboulé mon ptit coeur de lectrice !

    Aimé par 1 personne

    • Ma Lecturothèque dit :

      L’écriture est l’une des choses que j’aime le plus, dans les livres de Woolf – ça et les sujets qu’elle aborde =)
      J’ai la correspondance de Virginia et Vita dans ma PAL, et je compte bien la lire cette année (j’avais déjà feuilleté et j’étais tombée sur certains passages – wow ! cœur, love, je sens que je vais aimer!)

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    • Ma Lecturothèque dit :

      Le plus conseillé, c’est « Un lieu à soi » (ou « Une chambre à soi ») mais je ne l’ai pas encore lu ; j’ai lu quelques sympathiques nouvelles mais, surtout, un essai d’une dizaine de pages, « How Should One Read a Book? » (existe aussi en français), qui m’a beaucoup plu ^^

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