SCUM Manifesto

SCUM Manifesto

Quatrième de couverture :

SCUM, c’est l’énorme crachat que Valerie Solanas renvoie aux hommes. Sa violence est une réponse à la violence. Avant que Kate Millett ne théorise la politique sexuelle du mâle, Valerie Solanas l’a dénoncée au niveau viscéral, et à la différence de Betty Friedman elle ne s’en prend pas aux institutions mais aux hommes qui les incarnent, tous les hommes, avec férocité.

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Mon avis :

SCUM Manifesto, c’est en quelque sorte une utopie misandre signée Valerie Solanas. La misandrie renvoie à de la haine et il est vrai que ce texte est assez violent, on ne va pas se mentir. Toutefois, Solanas avait ses raisons de détester les hommes et, bien que certaines choses m’aient laissée pantoise, bien que je ne sois pas toujours d’accord avec ce qu’elle dit, il y a toutefois des idées intéressantes et des propos toujours d’actualité. Pour résumer ce livre, disons que Solanas y affirme qu’un monde sans hommes serait le plus merveilleux des mondes, car ce sont eux qui ont amené les guerres, les inégalités, l’insécurité… Et pour le coup, on ne peut pas dire qu’elle ait tort, puisque les figures de pouvoir et d’autorité étaient jusque-là masculines.
Soulignons par ailleurs que, probablement de part son époque, le texte est transphobe. Donc oui, il y a des choses que j’ai apprécié concernant les réflexions portées l’écrivaine, mais tout ce qui est transphobie et essentialisme m’ont en revanche pas mal dérangée, si ce n’est que je n’ai pas du tout aimé (je veux bien remettre les choses dans leur contexte mais ce n’est pas toujours évident).
SCUM Manifesto, c’est un pamphlet contre le patriarcat, mais c’est aussi une vive critique de la bourgeoisie, des sous-cultures (qui ne sont en définitive que des extensions du patriarcat)… et Valerie Solanas propose alors d’enrayer tout ceci de façon très simple : les femmes s’arrêtent de travailler, elles ne font plus rien (ni même les tâches ménagères). L’idée est que, alors, la société patriarcale, qui s’appuie sur la domination des femmes, s’effondrera ; ainsi les femmes pourront aisément prendre le pouvoir à leur tour et s’en sortiront très bien sans les hommes. Après tout, il est possible d’enfanter sans eux, elles s’occupent déjà du foyer, de l’éducation des enfants et de gagner également de l’argent (cela dit, Solanas propose également d’abolir le capitalisme), etc. Et tout cela, c’est intéressant, assez juste, bien que très violent. Et c’est là que je comprends pourquoi certains ont peur des féministes : ils les imaginent être une armée de Solanas – ce qui est totalement faux, entendons-nous bien, les féministes sont loin d’être toutes des misandres en puissance.
Toutefois, on ne peut nier la radicalité et la violence des propos, et ça peut clairement rebuter. Moi-même, en commençant ma lecture, je me suis demandée dans quoi je mettais les pieds. Pourtant, plus qu’un appel réel à la violence et à la haine, je l’ai pris comme un texte exutoire en réponse à la brutalité du patriarcat. Peut-être Solanas écrivait-elle en toute honnêté et en affirmant ses intentions (elle a, après tout, tiré sur Andy Warhol et d’autres personnes), et qu’elle voulait que son texte soit pris au premier degré mais, n’en sachant rien, je ne vous parle que de mon ressenti propre. Ainsi, comme certaines personnes vont trouver une forme de catharsis dans des films où les gros flingues et les poings parlent, ou dans des œuvres prônant une vengeance brutale, SCUM Manifesto a pour moi un peu de ce côté défouloir, en plus d’avoir des réflexions pertinentes (et malheureusement toujours d’actualité).

En conclusion, je dirais que SCUM Manifesto est un texte à découvrir, mais qui ne plaira pas à tout le monde. Je pense qu’être un minimum déconstruit·e est essentiel pour bien appréhender ce pamphlet contre le patriarcat, et non pas le prendre pour une blague – car ce n’en est pas une.
J’ai lu une version gratuite sur le net (le lien est en bas) mais vous pouvez bien sûr acheter la nouvelle édition parue chez 1001 nuits (il coûte 4,50€), avec une préface de Lauren Bastide qui est très bien, paraît-il.
Bonne découverte à vous.

SCUM Manifesto, Valerie Solanas • Titre VO : SCUM Manifesto Traduction : Emmanuelle de Lesseps Zanzara athée • 1967 (VO) • 40 pages • gratuit • féminisme, misandrie

14 réflexions sur “SCUM Manifesto

  1. topobiblioteca dit :

    J’ai lu Moi les hommes je les déteste que j’ai pour le coup détesté même si elle évoque du vrai, elle n’a aucun argument et balance uniquement de la violence. Je ne suis pas misandre, loin de là mais je suis curieuse de lire celui ci qui est re paru dernièrement…

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  2. Vampilou fait son Cinéma dit :

    Pour le coup, je ne crois pas que ce soit pour moi, peut-être trop extrême dans les idées…Disons que je trouve que la misandrie n’est clair pas la solution, beaucoup d’hommes sont à blâmer, c’est évident, mais beaucoup d’autres n’ont rien à se reprocher et je trouve ça difficile pour cette catégorie de subir ces jugements !

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  3. Ada dit :

    D’accord, il faut donc une prise de recul pour lire ce livre (que les hommes n’ont pas, ils ne l’ont déjà pas pour les pamphlets féministes de Chimamanda Ngozi Adichie, et, à un niveau plus élevé, je confirme aussi qu’il y en a très peu pour le livre de Pauline Harmange).

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    • Ma Lecturothèque dit :

      Tout à fait ! Valerie Solanas a peut-être écrit se texte au premier, je n’en sais rien, mais je conseille effectivement d’avoir un peu de recul avant de se lancer dedans ; ce serait dommage de passer à côté de propos intéressants au prétexte que l’on prendrait ce livre pour une blague (qu’il n’est pas).
      Je n’ai pas encore lu « Moi, les hommes, je les déteste » mais je compte bien le faire. De ce que j’avais compris et que ta chronique, que je viens de lire (https://latourneedelivres.wordpress.com/2020/08/27/moi-les-hommes-je-les-deteste-de-pauline-harmange-les-livres-feministes-23/ pour les intéressé·es), confirme, c’est qu’en vérité seul le titre est vraiment « violent » mais, juste à ce prétexte, sans avoir lu le livre, les gens (notamment les hommes) s’insurgent, se scandalisent, veulent le faire bannir… C’est bas de plafond.

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      • Ada dit :

        Oui, franchement, le ton de cette autrice est assez doux, sans pour autant laisser passer des choses. Oui, comme tu l’as dit, il n’y a que le titre qui choque, et encore… Ca ne choque pas tout le monde /tousse/

        Il faudra que je lise SCUM Manifesto alors !

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  4. LadyButterfly dit :

    Comme je suis curieuse, je suis allée lire le début en ligne. Il y a des choses intéressantes et terriblement vraies mais c’est quand même bien violent. La violence, connaissant l’histoire de Solanas, ça ne m’étonne pas. Mais est-ce que j’ai besoin de plus de violence dans ma vie ? La réponse est assez vite trouvée…
    Donc, oui, intéressant mais, même avec du recul, à prendre avec des pincettes.

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