Gyo

Quatrième de couverture :

Les poissons marchent…
Au cours des vacances en amoureux qu’ils sont venus passer à Okinawa, Kaori et Tadashi font une étrange découverte : des poissons à pattes courant sur la plage ! Bientôt, c’est une nuée de ces créatures étonnantes qui débarque sur la terre ferme alors qu’un requin aux dents démesurées commence à attaquer les baigneurs !!

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Mon avis :

J’ai découvert Gyo totalement par hasard, une amie ayant acheté ce manga d’occasion et me l’ayant prêté. Comme il a été réédité récemment (en mars 2021) dans une version intégrale (les deux tomes réunis en un volume), je vous mets en bas les informations sur cette nouvelle édition.

Gyo nous raconte l’histoire de Tadashi et de Kaori, un jeune couple, qui se retrouvent confronté·es à des poissons qui marchent et qui puent atrocement. Et comme si cela ne suffisait pas, ils peuvent se montrer dangereux et tuer. Tadashi va donc devoir protéger son amie, si sensible aux odeurs et qui n’en supportent pas non plus la vue – les poissons qui marchent lui font peur, et à juste titre.
Je suis ressortie de ma lecture un peu mitigée car certaines choses m’ont dérangées, à commencer par le fait que Kaori soit le type-même de la meuf insupportable. Dès le début, alors que les deux jeunes gens sont en mer et que Tadashi plonge, Kaori en a marre, d’autant plus qu’elle trouve que ça sent mauvais (on comprend rapidement pourquoi) et elle demande donc à rentrer. Jusque-là, rien de notable mais plus le récit va avancer, plus notre héroïne va demander, voire exiger, que son compagnon fasse ceci, cela… Typiquement, ça pue, il doit remédier au problème – quitte à se mettre lui-même en danger. Et finalement, à force de trouver que ça pue tout le temps, le jeune homme comme nous-même commençons à ne plus la croire, à nous dire qu’il n’y a rien et que c’est un peu comme dans Pierre et le loup quand le gamin cri « Au feu! » à tout bout de champ. Finalement, on se rend compte que Kaori n’est pas si pénible que ce que la construction du récit nous laisse entendre, en revanche elle reste une sempiternelle demoiselle en détresse ; à part son odorat sur-développé et sa beauté, elle n’a rien de notable si ce n’est qu’elle crie, qu’elle fuit et qu’elle a besoin d’être sauvée.
L’autre point qui m’a dérangée, c’est l’humour. L’humour macabre peut faire rire, je suis d’accord. En revanche, dans Gyo, c’est un humour qui ne vole pas haut : voyez-vous les espèces de tubes qui sortent des branchies du poisson sur la couverture du premier tome ? Et qui sortent de la bouche d’une créature humanoïde sur celle du second tome ? Sans divulgacher quoi que ce soit, disons que ces monstres sortis de la mer sécrète un gaz et que ces tuyaux se retrouvent dans tous les orifices permettant de dégager des gazes, si vous voyez ce que je veux dire. Donc il se passe quoi, quand on les enlève ? Les monstres pètent ! Eh oui… Et au milieu du sérieux et de la terreur qui se dégage de l’ensemble de ce manga, je dois dire que j’ai trouvé que cela tombait comme un cheveux sur la soupe, et j’admets avoir trouvé ça un peu affligeant – ce n’est pas que ce n’est pas drôle, c’est surtout que je trouve ça mal amené. Toutefois, le pire est dans la deuxième partie du récit mais cela, je n’en parlerai pas ici (on peut en discuter par mail pour spoiler allègrement si vous le souhaitez).
Cela étant dit, l’histoire n’en reste pas moins très prenante. On sent que le mangaka, Junji Ito, maîtrise sa narration et fait monter la tension dès le début. Comme je vous le disait plus haut, Gyo s’ouvre sur Tadashi qui fait de la plongée. C’est alors qu’il remonte en catastrophe sur le bateau où se prélasse Kaori : il a vu des requins. Retour sur la terre ferme, les deux jeunes gens discutent tranquillement, font des remarques qui n’ont pas de sens particulier, tout du moins pour l’instant. Et alors que le couple pensait passer la soirée tranquillement, voilà qu’une odeur infecte se fait sentir et nos deux amoureux se disputent. C’est alors qu’un événement se produit et que tout s’enclenche. A partir de ce moment-là, il ne cesse de se passer quelque chose, que ce soit une fuite, une réflexion, une attaque, une découverte… Cela devient alors très compliqué de lâcher ce manga. Pourtant, c’est une histoire d’horreur : les poissons ne sont pas juste des poissons qui marchent et l’aspect lui-même de ces créatures est dérangeant – mais c’est loin d’être le plus repoussant (je vous renvoie à la couverture du tome 2 – si ça n’avait tenu qu’à moi, jamais je n’aurais acheté ce manga et je suis d’autant plus contente que la nouvelle édition soit bien plus sobre de ce côté-là).
Clairement, le dessin et la construction des planches jouent pour beaucoup dans l’ambiance de Gyo. Malgré l’emploi de trames (pour donner les nuances de gris dans les manga), les dessins sont très contrastés avec une forte utilisation du noir et du blanc ; l’utilisation des traits est également marquante : plus il y en a et plus on sent que la situation va tourner au vinaigre, i ce n’est qu’elle est déjà alarmante. La violence est peu montrée, plus suggérée, en revanche l’aspect horrifique des créatures se fait de plus en plus présent. Pourtant, bien qu’il y ait beaucoup de monstrueux à voir, il en va de façon très différente avec les personnages, notamment en ce qui concerne notre petit couple : Kaori et Tadashi sont beaux et cela permet à nous, en tant que lecteur·rices, de nous rattacher à quelque chose d’humain dans ce récit, et qui soulage en quelque sorte notre vue. Le contraste est saisissant et je me suis retrouver à chercher la présence de ces deux-là dans les pages – comme si Tadashi et Kaori étaient des bouées de secours. Notons également les regards des personnages qui, hormis celui de l’oncle et d’un autre individu dans le deuxième volume, sont vraiment marquants de par leur expression et transmettent beaucoup, notamment quand il s’agit de terreur.

Gyo est donc un bon manga d’horreur. La fin est quelque peu frustrante (j’aurais aimé quelques pages supplémentaires) et je n’ai pas trouvé ce manga parfait notamment à cause de l’humour (est-il volontaire ou non, je ne sais pas) et de certaines représentations dans le deuxième tome. Cependant, il est indéniable que Junji Ito maîtrise son récit et joue très bien avec la tension et la terreur de l’histoire qu’il nous raconte.
Amateur·rices d’horreur, je vous invite à découvrir Gyo.

Gyo – intégrale, Junjo Ito • Titre VO : Gyo  Traduction : Akinori Matsumoto Editions Delcourt/Tonkam • 2021 (VO 2002) • 416 pages• 24,95€ • Genre : manga, seinen, horreur • ISBN : 9782413031581

Ce livre participe au challenge Des histoires et des bulles.
Ce livre participe au Challenge de l’Imaginaire.

14 réflexions sur “Gyo

  1. tampopo24 dit :

    Je n’ai pas lu celui-là parce que le concept autour des poissons ne m’attirait pas mais Junji Ito est vraiment un maître de l’horreur. Souvent j’aime ses compo psychédéliques.
    J’attends la réédition de Tomie de pied ferme 😁

    J'aime

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