Stone Butch Blues

Stone Butch Blues

♥ COUP DE CŒUR ♥

 

Quatrième de couverture :

Stone Butch Blues raconte l’histoire de Jess, né·e aux Etats-Unis dans les années 1950 au sein d’une famille juive et prolétaire.

« C’est un garçon ou une fille ? »
Face à cette question qui lui est sans cesse adressée, Jess cherche et trouve des réponses, différentes selon les moments de sa vie. A travers les décennies, son parcours croise luttes antiracistes et féministes, grèves ouvrières, syndicalisme, mouvement de libération homosexuelle, communautés lesbiennes et transitions de genre.

Ce roman nous parle d’amour, d’amitié, de politique. Par-dessus tout, Stone Butch Blues est un hommage à la solidarité et à la construction de ces communautés qui nous permettent de tenir ensemble et de survivre à la violence de ce monde.

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Mon avis :

Pendant mes années de fac, j’ai pas mal entendu parler de Stone Butch Blues ; les personnes qui m’en parlaient étaient unanimes : je devais lire ce roman. Soit, mais le problème était qu’il n’existait alors aucune traduction française, et je ne lisais vraiment pas bien l’anglais. Depuis, Leslie Feinberg, qui a écrit ce merveilleux livre, en a récupéré les droits et donné des consignes pour d’éventuelles nouvelles traductions (SBB avait déjà été traduit en grec, en italien, en allemand, en slovène, en chinois…) avant de décéder. Je vous passe les détails mais tout cela nous mène donc à un collectif de passionné·es, Hystériques & Associé·es, qui a traduit Stone Butch Blues en français. Il est donc désormais disponible dans notre langue, gratuitement en numérique et à prix coûtant au format papier. J’ai pour ma part opté pour l’édition papier, et ce pour plusieurs raisons : si le bouquin était aussi bien que ce que l’on m’en avait dit, je voulais l’avoir en physique ; je trouve qu’il y a plus de confort de lecture à lire sur papier (sauf que le livre est lourd) ; et je voulais également soutenir le collectif. Bon, d’accord, c’est bien beau tout ça, mais ça raconte quoi ?
1949, Buffalo, au nord-est des Etats-Unis d’Amérique. C’est non loin de là que naît Jess, notre personnage principal. Depuis toute petite, Jess ne se sent pas à sa place, que ce soit à l’école ou même au sein de sa propre famille, qu’elle finit par quitter à l’âge de 16 ans à peine. Et c’est tout simplement de ça dont il est question dans ce roman : suivre la vie d’une personne qui se cherche, avec pour trame de fond les Etats-Unis durant la seconde moitié du XXe siècle, et ce du point de vue d’une butch prolétaire. Peut-être me demanderez-vous ce qu’est une butch, ou peut-être le savez-vous déjà. Quoiqu’il en soit, voici un petit rappel : le terme « butch » est employé pour désigner les lesbiennes dites masculines, et elles sont souvent associées aux fems, des lesbiennes très féminines. En français, de façon péjorative, il est parfois question de « camionneuse » pour désigner une butch.
Et donc Jess est une butch ; depuis qu’elle est petite, elle rêve de porter les costumes de son père alors qu’on lui impose les robes (cela poussera ses parent à l’envoyer en hôpital psychiatrique). Adolescente, elle ne rechigne pas du tout à faire des métiers que l’on réserve aux hommes et elle est admirative de ces « vieilles » lesbiennes baraquées, bien sapées et à l’aise dans leurs jeans et leurs pantalons, etc. Elle est par ailleurs rapidement prise sous l’aile de Butch Al et de sa compagne Jacqueline, et c’est grâce à ces deux femmes que notre jeune Jess va découvrir un univers qui lui était jusque-là inconnu, mais aussi une nouvelle famille. Sauf que nous sommes aux USA dans les années 1960 et les émeutes de Stonewall ne viennent pas de nulle part : au quotidien, pour Jess et ses ami·es, ce sont les regards, les réflexions, et parfois même les coups et les viols. Stone Butch Blues est un roman terriblement dur. A plusieurs reprises, j’ai eu les larmes aux yeux, à la fois de rage et de tristesse, et sans cesse j’ai eu peur pour l’héroïne et ses proches. Vraiment, quand on lit SBB, il faut s’accrocher car on se prend des vagues de violence en pleine face et ce n’est vraiment pas simple à lire ; certains passages ont été difficiles alors même que le texte ne s’attarde pas dans les descriptions des actes. Ce qui a rendu ces lignes particulièrement dures, c’est qu’il s’agit d’une fiction historique : Leslie Feinberg, a qui l’on doit ce roman, a puisé dans son vécu et celui de son entourage, ainsi que dans les événements du XXe siècle, pour écrire Stone Butch Blues. Alors, forcément, quand on lit le livre, on ne peut être qu’impacté·es par cette lecture.
Pourtant, malgré la violence et la brutalité, j’ai adoré ce roman. Je l’ai adoré parce que, malgré toute la douleur, toute la souffrance et la tristesse, j’y ai trouvé beaucoup de solidarité, d’amitié, d’amour et d’adelphité. J’ai été touchée par cette histoire, par ses personnages et la fierté qui découle de Stone Butch Blues. J’ai aimé voir Jess grandir, évoluer au fil du temps (nous lae suivons sur plusieurs années). J’ai aimé découvrir la lutte des classes aux Etats-Unis. J’ai aimé les questionnements autour du genre et de l’identité. J’ai aimé… tant de choses.
Je relis mes lignes et je constate que, si l’on enlève la partie purement critique de ce livre, je n’en dis pas grand chose. La vérité est que j’ai été tellement happée et bouleversé par le roman de Leslie Feinberg, et celui-ci parle de tant de choses, que je ne sais pas quoi vous dire, par où commencer. Alors je vous parle simplement de cette myriade d’émotions qui m’a traversée lors de ma lecture ; je vous dit comme j’ai aimé Jess et ses ami·es ; je vous dis que ce roman est un roman sur les oppressions, mais aussi sur les amitiés, sur les amours, sur la vie et la survie, sur la résistance, sur la fierté ; je vous dis comme j’ai aimé qu’il parle autant des Etats-Unis que des questions d’identité, de racisme… Je vous dis comme j’ai tout aimé dans ce livre. Stone Butch Blues m’a tellement plu que j’aurais voulu que l’histoire se poursuive, qu’elle ne se termine jamais. J’ai conclu ma prise de notes, dans mon carnet de lecture, par : « Je suis heureuse qu’un tel roman existe. »

Stone Butch Blues de Feinberg est un récit incroyable et bouleversant que je ne peux que vous recommander, à condition de le lire au bon moment tant il peut se montrer brutal – le témoignage d’une époque, pourrait-on dire.
Bonne découverte à vous.

Stone Butch Blues, Leslie Feinberg • Titre VO : Stone Butch Blues • Traduction : collectif Hystériques & Associé·es • Hystériques & Associé·es • 1993 (VO) • 541 pages • 16€ • Genre : butch, fiction historique

7 réflexions sur “Stone Butch Blues

  1. Light And Smell dit :

    Vu ton avis, on ne peut que louer le fait que ce roman ait été enfin traduit. Je t’avoue que je ne connaissais pas mais en te lisant, on sent réellement toute sa puissance, sa dureté mais aussi sa beauté. Et comme tu le soulignes, le fait qu’il soit inspiré par un vécu lui donne une autre aura… Merci pour cette découverte et ton avis tout en émotions.

    Aimé par 1 personne

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