Premières lignes #277

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

 

CHAPITRE 1

 

LE CLAIRON DE BEAUPRÉ,
ÉDITION DU 15 AVRIL 1990

Will contempla d’un air absent les titres du journal : lancement du télescope Hubble, décès de Greta Garbo, appel à la paix de Nelson Mandela… Il soupira et ouvrit le quotidien directement à la page des petites annonces.
Il devait dénicher un job pour cet été. Ses parents avaient été clairs : ils ne le supporteraient pas une saison de plus à tourner en rond dans la maison. Will savait qu’ils cherchaient surtout à ce que leur fils expérimente l’autonomie. Il approchait de ses dix-sept ans et, dans quelques temps, il quitterait le foyer pour poursuivre ses études.
La page convoitée s’étala bientôt devant lui, mur intimidant dont chaque brique promettait autant d’espoirs que de déceptions. Il parcourut la première colonne comme un alpiniste étudie une paroi avant son ascension. Quelques formules attirèrent son attention : job d’été, tourisme, horaires souples. Il prit une longue inspiration et plongea dans sa lecture. Il parcourut posément chaque annonce, parfois à plusieurs reprises afin de décrypter les abréviations que les radins utilisaient pour gagner dix centimes sur le nombre de lettres.
Prestations de menuisier, d’employé, offre de garde d’enfants, de cours à donner, recherches d’apprenti… Au milieu de la deuxième page, il sentit la migraine le gagner. Il se tortilla sur sa chaise, se massa le front et tomba sur un minuscule entrefilet tout en bas de la rubrique. Il le considéra avec perplexité. Il ne l’avait pas remarqué auparavant, ce qui était étonnant car il avait été entouré au feutre rouge.
Il se pencha et lut : Hôtel Parallell cherche homme à tout faire pour la période juillet-août. Se rendre sur place, chemin des Sept-Chutes, pour plus d’informations.
Plusieurs pensées jaillirent simultanément dans l’esprit de Will. La première était l’orthographe fantaisiste du nom de l’établissement, avec ses deux paires de L comme autant de segments parallèles. Une coquille du rédacteur ou un effet voulu par le gérant ?
La seconde réflexion était qu’il n’avait jamais vu aucun hôtel aux Sept-Chutes. D’un autre côté, on construisait tellement vite, ces jours-ci… Et puis, si l’annonce recherchait de la main-d’œuvre pour cet été, c’est peut-être qu’elle n’avait pas encore recruté de saisonniers, ce qui allait dans le sens d’une édification récente.
Et pour finir, qui avait entouré l’insert ? Il baissa la tête jusqu’à effleurer le papier. Ce n’était pas un effet d’impression destiné à mettre le paragraphe en évidence mais bien un tracé manuel.

Hôtel Parallell, Alexis Flamand, 2021.

Hôtel Parallell

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