Tout le monde peut être féministe

Tout le monde peut être féministe

Première de couverture :

« Pour faire simple, le féminisme est un mouvement qui vise à mettre fin au sexisme, à l’exploitation et à l’oppression sexistes ». C’est ainsi que commence Tout le monde peut être féministe, une introduction courte et accessible à la théorie féministe, écrite par l’une de ses militantes les plus influentes. Conçu pour être lu par toute personne, peu importe son âge, sa classe, son genre ou sa race, ce livre répond de manière simple et argumentée à la question « qu’est-ce que le féminisme ? » en soulignant l’importance de ce mouvement aujourd’hui. bell hooks y clarifie les thèmes féministes les plus importants ainsi que les controverses avec beaucoup de bon sens, loin de tout jargon idéologique. Elle fournit aussi une évaluation critique des succès et des échecs du féminisme contemporain en discutant d’un large éventail de sujets, comme les droits reproductifs, la violence sexuelle, les question de race, de classe ou de travail.
Ce petit guide, à mettre en toutes les mains, nous invite à rechercher les alternatives à la culture patriarcale, raciste et homophobe, et à bâtir ainsi un avenir différent.

.
Mon avis :

Je pense que tout est dit sur la première de couverture : les thèmes, l’accessibilité, etc. Toutefois, si je parle de Tout le monde peut être féministe sur mon blog, c’est bel et bien pour en faire un retour, et non pas juste parler de ce que vous y trouverez.
bell hooks est une intellectuelle et militante féministe. Si elle a écrit des dizaines d’ouvrages, très peu sont finalement traduits en français ; vous avez peut-être déjà entendu de Ne suis-je pas une femme ?, qui est probablement le plus connu. En 2000, en anglais, est paru Feminism is For Everybody, sorti vingt ans plus tard en français sous le titre Tout le monde peut être féministe. J’en ai discuté avec une amie et nous sommes toutes les deux très perplexes quant au choix de traduction du titre : normalement, ce devrait être « Le féminisme est pour tout le monde » qui induit un fait, alors que « tout le monde peut être… » indique plutôt une possibilité. C’est un choix très étrange, non ?
Quoiqu’il en soit, revenons-en à bell hooks. Pourquoi a-t-elle choisi d’écrire ce livre alors qu’il y en a déjà tant qui parlent de féminisme ? La réponse est simple : vous ne vous en rendez peut-être pas compte car, à l’heure actuelle, beaucoup d’ouvrages qui sortent sur le sujet s’avèrent très accessibles, pourtant cela n’a pas toujours été le cas. De fait, il y a déjà bel et bien pas mal d’essais mais ils sont souvent écrits dans un style universitaire plutôt difficile d’accès (je pense par exemple à Elsa Dorlin ; j’adore son travail mais il faut être concentré·e), ou ils sont bourrés de références et, si vous ne les connaissez pas, cela peut vous embrouiller dans votre lecture… Bref, vous voyez le genre. Ayant conscience de cela et étant convaincue que le féminisme est pour tout le monde, bell hooks a donc écrit ce livre, dans le but de rendre accessibles à un maximum de personnes les théories féministes. Et effectivement, Tout le monde peut être féministe se lit bien, il n’y a pas de termes obscurs, et on comprend donc facilement les différents enjeux dont nous parle l’autrice.
Dans un premier temps, hooks revient sur le féminisme en tant que combat politique. Par la suite, elle parle de sororité, de l’éducation et de la prise de conscience du patriarcat comme nuisance pour toustes ; elle nous parle aussi du corps et des droits reproductifs, du travail, de la race et du genre, du couple, des lesbiennes, etc. Il est certain qu’elle n’aborde pas tous les sujets – en 166 pages, cela est bien impossible ! Toutefois, elle arrive à condenser de façon claire et précise de nombreuses luttes du féminisme. En cela, c’est une vraie réussite car son objectif de rendre accessible le féminisme est atteint.
J’ai particulièrement aimé ce que bell hooks dit sur le travail ; ce n’est pas tant avoir un travail qu’avoir une autosuffisance économique qui est important dans la recherche de l’égalité. En effet, avoir un travail, si c’est pour être payée au lance-pierre, ne vaut pas le coup. L’idée est de pouvoir s’émanciper – et dans nos sociétés capitalistes, cela passe par l’argent. J’ai également apprécié qu’elle nous invite à privilégier les représentations alternatives aux représentations de la norme (qui est patriarcale, et donc sexiste) ; cela semble logique et c’est ce vers quoi certains médias tendent aujourd’hui. Pourtant, il faut encore expliquer bien trop souvent l’importance des représentations qui sortent de la norme. Donc disons-le : avoir des représentations positives de personnes comme soi-même, c’est pouvoir avoir une meilleure perception de soi, c’est pouvoir s’accepter tel que l’on est ; avoir des représentations de personnes qui n’entrent pas dans la norme, c’est pouvoir accepter ces personnes au quotidien, accepter qu’elles ne soient pas comme nous et les respecter (je dis beaucoup trop « accepter » et ce n’est probablement le meilleur terme qui soit, mais aucun autre ne me vient à l’esprit).
Chacun de ses chapitres est construit de façon à nous présenter l’historique du combat, ce qui a été fait (que ce soit une réussite ou non, une ébauche…), et ils se terminent par des pistes à explorer pour poursuivre la lutte, pour l’améliorer. J’ai trouvé cela très intéressant – bien plus que dans de nombreux livres qui présentent simplement les choses comme elles sont, sans particulièrement donner de pistes. Faire un constat est une bonne chose, mais il faut aussi savoir avancer.

J’ai apprécié le discours de bell hooks et Tout le monde peut être féministe s’est révélé être une lecture à la fois dense (en terme de contenu, de sujets abordés) et simple. C’est un ouvrage que je vous recommande volontiers. A sa lecture, vous ne pourrez que constater que le féminisme est pour tout le monde ; bell hooks le démontre bien.
Les Editions Divergences est assurément une maison d’édition que je vais suivre de plus près, et bell hooks est une femme dont je lirai d’autres textes, c’est certain.
Bonne lecture à vous.

Tout le monde peut être féministe, bell hooks • Titre VO : Feminism is For Everybody. Passionate Politics • Traduction : Alex Taillard • Editions Divergences • 2020 (2000 pour la VO) • 168 pages • Genre : essai, féminisme • ISBN : 9791097088286

7 réflexions sur “Tout le monde peut être féministe

  1. Light And Smell dit :

    J’avoue que le changement de titre ne m’aurait pas pour une fois perturbée, mais je comprends qu’il puisse susciter des questionnements…maintenant que tu le mentionnes et que tu m’a donc poussée à y réfléchir.
    Faire percutant, simple et pourtant dense en si peu de pages, ce n’est pas donné à tout le monde ! Et la construction des chapitres semble d’une réelle intelligence pour comprendre, faire un état de lieu et se projeter vers des pistes d’amélioration.
    Merci pour cette découverte !

    Aimé par 2 personnes

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s