Glacé

Glacé

Quatrième de couverture :

Dans une vallée encaissée des Pyrénées, au petit matin d’une journée glaciale de décembre, les ouvriers d’une centrale hydroélectrique découvrent le corps sans tête d’un cheval, accroché à la falaise. Ce même jour une jeune psychologue prend son premier poste dans le centre psychiatrique de haute sécurité qui surplombe la vallée.
Le commandant Servaz, flic hypocondriaque et intuitif, se voit confier l’enquête la plus étrange de toute sa carrière.

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Mon avis :

J’avais oublié le résumé, depuis le temps que l’on m’avait prêté ce roman. En le relisant, j’apprends que le héros, Servaz, est hypocondriaque. Ça, je ne l’ai pas remarqué durant ma lecture. En revanche, j’ai bien constaté que reluquer les femmes, c’est son truc.
Autant le dire tout de suite, je suis assez déçue par ce livre. Pourtant, Glacé de Bernard Minier commençait bien, annonçant une enquête qui me tiendrait en haleine. Malheureusement, les réflexions du personnage principal sur le corps des femmes m’ont gênée, me faisant parfois sortir du récit (à chaque fois, je me disais : « Non mais c’est pas possible! Il est où le rapport? T’es là pour quoi, mon gars? », et autres réflexions personnelles de cet acabit). Durant un bon moment, j’ai pensé que je pouvais bien passer outre, que l’enquête valait le coup. Figurez-vous que j’ai déchanté.
Notons que j’ai lu Glacé du début à la fin – j’ai lu chaque page, chaque ligne, chaque mot. J’ai été jusqu’au bout. D’une part, je voulais relever le sexisme du bouquin pour pouvoir appuyer mes propos (vous pouvez aussi appeler cela du masochisme), d’autre part, j’avais espoir de me tromper quant à qui est coupable et pourquoi ces horreurs – cela aurait été une bonne surprise. Je pense que vous comprenez, au vu de mes dires, que ça n’a pas été le cas.

Glacé commence avec le meurtre atroce d’un cheval, décapité et dépecé, placé d’une façon très morbide et spectaculaire en haut d’une montagne. La gendarmerie et la police sont sur le coup, et les deux services doivent collaborer. Ca fait beaucoup pour un cheval, dirons certain·es. C’est vrai, mais le crime est d’une horreur sans nom, et ce n’est pas n’importe quel cheval : c’est un jeune étalon qui fait la fierté du célèbre et puissant homme d’affaire Eric Lombard. Rapidement, les regards se tournent vers l’institut Wargnier, un hôpital psychiatrique situé à quelques kilomètre de là ; il a pour particularité d’héberger les pires criminels d’Europe, ceux qui sont trop dangereux pour la prison, trop dangereux pour les hôpitaux psychiatriques classiques. Quelques jours plus tard, c’est un homme, pendu à un pont, qui est retrouvé mort. Et si le cheval n’était qu’un prémisse à une série d’horreurs de plus grande ampleur ? Pour les policiers et les gendarmes, le temps presse, il faut mettre la main sur le ou les coupable(s). A la tête de l’enquête, nous avons Martin Servaz, commandant de police qui ne manque pas d’expérience et, surtout, héros du roman. Il est en binôme avec Irène Ziegler, capitaine de gendarmerie qui à l’avantage de bien connaître le coin. Au-dessus, on a la procureur Cathy d’Humières. Et si l’histoire se concentre sur Servaz, certains chapitres sont l’occasion de nous plonger dans les tréfonds du Mal en nous faisant suivre Diane Berg ; elle est une psychologue suisse qui vient d’arriver à l’institut Wargnier.
Pour ce qui est des personnages, j’ai beaucoup aimé la procureur, d’Humières. La première fois qu’on fait sa rencontre, elle demande à Servaz son signe astrologique ; je ne crois pas à ces choses-là mais ça m’a amusée. Surtout, c’est une femme qui sait ce qu’elle veut : une bonne carrière, grimper les échelons et être reconnue pour son travail. Ziegler m’est sympathique, elle est sportive, bonne enquêtrice…, mais je l’ai trouvée totalement effacée dans l’intrigue, sauf à un moment, lorsque l’on approche du dénouement. Et c’est dommage car je trouve qu’en tant que personnage, elle pouvait apporter bien plus ! Mais bon, le héros, c’est Servaz et pas Ziegler. Et effectivement, le commandant a tout ce qu’il faut du héros de polar : excellent enquêteur, assez âgé pour avoir de la bouteille mais pas trop vieux non plus, histoire d’avoir un personnage encore plein de ressources ; il a ses faiblesses, à savoir qu’il n’est pas très sportif, a quelques peurs (il a le vertige, notamment) et n’est pas très bon tireur. En cela, il forme un bon duo avec Ziegler car l’un compense les faiblesses de l’autre, et vice versa. Si Ziegler avait été plus (et mieux) mise en avant, on aurait pu avoir un super binôme dans la veine du maître et de l’élève (quoique l’élève est déjà très compétente, pour le coup, mais Servaz aurait pu donner des « trucs et astuces » à Ziegler pour devenir meilleure enquêtrice, comme il a bien plus d’expérience de terrain). Malheureusement, ce n’est pas le cas et, à peine le commandant de police a-t-il rencontré la capitaine de gendarmerie qu’il s’intéresse à… Bon, oui, un peu ses compétences mais surtout son physique. Hélas, lors des cent premières pages (le roman en fait 730), je n’ai pas pensé à prendre de note, je vous partage donc ici quelques extraits des pages suivantes :

Les beaux yeux d’Irène étaient cernés et il la trouva encore plus séduisante.

Qu’il trouve sa collègue séduisante, pourquoi pas. En soit, je n’ai pas de souci avec ça et c’est juste un détail, on comprend que Ziegler est belle, qu’elle a du charme. En revanche, là où ça me pose problème, c’est quand elle se retrouve sexualisée au prétexte qu’elle a un piercing dans le nez :

Ziegler avait un tatouage [sur la nuque] et un anneau dans le nez. Peut-être qu’elle avait d’autres bijoux intimes ailleurs : au nombril, voire même au niveau des tétons ou du sexe, comme il l’avait lu quelque part. Cette idée le troubla. Est-ce que cela changeait sa façon de raisonner ? Il se demanda soudain en quoi consistait la vie intime d’une femme comme elle tout en étant conscient que la sienne se réduisait depuis quelques années à un désert.

J’ai pensé à vous partager plein d’extraits mais je l’ai déjà fait en story sur Instagram (c’est enregistré en story permanente, vous pouvez donc y avoir accès à tout moment). De fait, je vous résume ce qu’on trouve dans Glacé : beaucoup de sexisme (envers les hommes également, mais juste parce qu’ils ne savent pas faire le ménage), du racisme (un moment, l’intelligence de Samira Cheung est vantée, disant que c’est normal car elle a des gènes et une éducation chinoises ; ça peut sembler positif car l’intelligence est perçue de façon positive, sauf que ça n’en reste pas moins un cliché raciste), de la grossophobie, de la putophobie, et je ne vous parle même pas du bar lesbien désigné comme « bar à touffes » par l’un des personnages… J’en passe et des meilleurs. Ma pépite revient, dans Glacé, à la phrase suivante :

Cette colline ronde et douce comme le corps d’une femme.

C’est beau, non ? (non, pas du tout.)
Bref, on a un condensé de male gaze emprunt des plus mauvais clichés possibles. Le pire, c’est que ça tombe souvent comme un cheveux sur la soupe : Servaz mène l’enquête (ou même Espérandieu, d’ailleurs) et, soudainement, il voit une femme et voilà qu’il est plein d’ardeurs. Mec, tu viens lui poser des questions concernant l’enquête, d’où tu analyses son physique et compares sa chevelure à celle de l’épouse de ton adjoint ? Franchement, c’est aberrant.
Alors certes, le livre a été publié en 2011, peut-être que Bernard Minier ne décrit plus ainsi les personnages féminins. Je vous parle uniquement de ce que l’on trouve dans Glacé. Je n’ai pas lu ses autres romans et je n’y tiens pas.
Maintenant que nous avons vu toute cette partie que je trouve très problématique, passons à l’histoire. L’une des choses qui m’a fait tenir jusqu’au bout du récit, ce sont les très bons avis concernant ce thriller. De fait, si j’ai pensé démasquer le(s) coupable(s) dès les premiers chapitres, comme j’ai pensé voir les ficelles de manipulation du récit, je me suis également dit que ça ne devait pas être si simple et que je devais me planter quelque part. Sauf que j’ai terminé ma lecture avec le goût amer de la déception : j’avais vu juste sur tous les points. OK, le « pourquoi les meurtres » a tardé un peu mais il me restait des centaines de pages à lire quand je l’ai compris. Et le pire, c’est que je me suis demandée pourquoi les enquêteurs et enquêtrices ne faisaient pas telle ou telle vérification, pourquoi un recoupement n’était pas fait à ce moment-là, etc. J’imagine que Servaz et ses camarades avaient la tête dans le guidon. Donc voilà, tout ça pour dire que j’ai trouvé que les personnages bâclaient un peu quelques pistes (certains devaient être trop en proie à leurs ardeurs) et que la conclusion de l’enquête était finalement assez prévisible. Il y a vaguement du suspens à un moment donné, mais je n’y ai pas cru et le retournement de situation ne m’a donc fait ni chaud ni froid.

Finalement, l’enquête de Glacé n’est pas si mauvaise mais je regrette que l’ensemble soit si prévisible, et je regrette encore plus le sexisme ambiant du bouquin. Notons que ça se calme à un moment (il faut bien faire avancer l’intrigue), mais ça reste toujours latent.
Honnêtement, je ne vous recommande pas ce roman.

Glacé, Bernard Minier • Pocket • 2011 • 730 pages • 8,90€ • Genre : thriller, montagne • ISBN : 9782266219976

19 réflexions sur “Glacé

  1. Light And Smell dit :

    Après tous les défauts que tu expliques clairement (d’ailleurs bravo pour avoir tenu tout le roman), je n’ai même plus envie de me pencher sur l’enquête, d’autant qu’elle ne semble même pas apporter cette dose de suspense qu’on est en droit d’attendre d’un thriller.

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  2. lespagesquitournent dit :

    J’avais aimé l’enquête, mais je n’avais pas spécialement fait attention au reste… En voyant des stories, j’ai effectivement grincé des dents ! Et j’ai été surprise de ne rien avoir remarqué cette misogynie absolument révoltante…
    Je comprends ton avis…

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    • Ma Lecturothèque dit :

      Eh oui, et quand j’ai dit que je le lisais, j’ai eu des commentaires disant « j’ai adoré », donc l’histoire a fonctionné sur une partie des lecteur·rices – et si on ne prend en compte que l’histoire, je l’ai trouvée prévisible mais je comprends qu’elle puisse plaire. Seulement, il n’y a pas que l’histoire à faire le roman (il y a aussi les personnages, l’écriture, la façon de raconter, etc.).

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  3. Nath - Mes Lectures du Dimanche dit :

    Waw, j’ai lu ce bouquin et je n’avais pas relevé ce problème ! C’est dingue… je me souviens que le premier tome m’avait surtout semblé fort long mais ça c’était amélioré avec le second. Si je n’ai pas été gênée par les allusions, je comprends pourtant que ça ait pu te déranger !

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  4. Émilie dit :

    Bon. J’ai sûrement bien fait de l’abandonner ^^ Ses deux derniers romans sont plus modernes dans le style et les idées, il y a moins de maladresses, sexistes notamment, même si certaines réflexions m’ont fait lever les yeux au ciel. Pour le reste, les enquêtes sont classiques, les dénouement prévisibles, la construction basique 😑

    La citation de la colline m’a rappelé une phrase que j’avais retenue de Charade de Loison, hyper sexiste aussi, dans laquelle le personnage s’excitait tout seul parce qu’il traversait la ville de Branles. Sérieusement ? 😂 Quand tu en arrives à ce niveau, la question de savoir si tu as vraiment un truc intéressant à raconter, se pose… Si tu proposes du béton à tes lecteurs, tu n’as pas besoin de tous ces artifices sexistes, racistes et compagnie pour donner de la densité et de la profondeur aux intrigues et personnages. Ça me dépasse…

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  5. Allys dit :

    Ah ! Je l’ai lu aussi parce que les commentaires étaient supers. Mais je m’y suis beaucoup ennuyée. Les commentaires sexistes ne m’ont même pas effleurée, j’ai juste haussé les épaules. Par contre les personnages sont, pour la plupart, des caricatures et ça, j’avoue que ça m’a gênée. J’avoue cependant avoir sauté des pages quand l’auteur commence à nous expliquer les traitements dans les détails quand on visite l’hôpital psychiatrique. Pas très intéressant pour l’histoire ça. Sans compter que la fin est d’un ridicule fini.

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    • Ma Lecturothèque dit :

      Le problème est que le sexisme est tellement intégré dans notre société que les commentaires en sont d’une banalité affligeante, on n’y fait même plus attention.
      Les passages se déroulant dans l’hôpital psychiatrique ne m’ont pas gênée, mais je n’ai pas pour autant trouvé qu’ils apportaient grand chose au récit. Pour la fin, tu parles des relations entre les personnages ou de la fin de l’enquête ?

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      • Allys dit :

        Je parle bien de la fin de l’enquête. C’est un peu tiré par les cheveux. Je pense qu’il y avait matière à faire quelque chose de bien et de prenant avec l’amour dérangeant du meurtrier pour sa soeur, le cercueil conservé comme une relique, etc. Mais, la course poursuite avec les motoneiges, la chute… c’est un peu recuit.
        Dommage

        Aimé par 1 personne

  6. Petite Plume dit :

    J’avais vu tes story sur instagram et je suis juste hallucinée des propos du personnage sur les femmes, surtout que les réflexions placées par l’auteur ont l’air comme tu le dis de sortir de nulle part et de n’avoir aucun intérêt pour le récit !

    Aimé par 1 personne

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