Premières lignes #280

Salutations, les lecturovores !
Ce dimanche, je vous propose de découvrir les premières lignes de L’Opoponax de Monique Wittig. C’est un roman sur l’enfance et j’avoue que j’appréhendais quelque peu, pour des raisons que j’ignore. Mais quand j’ai ouvert le livre… mon appréhension est restée. Je pense que vous allez comprendre en lisant les lignes ci-dessous. Pourtant, quelques dizaines de pages plus tard, impossible de décrocher.
On ne va pas le nier, L’Opoponax est un roman dense et exigent. Toutefois, il mérite d’être lu – choisissez seulement le bon moment pour vous y mettre.
Bon dimanche à vous.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

Le petit garçon qui s’appelle Robert Payen entre dans la classe le dernier en criant qui c’est qui veut voir ma quéquette, qui c’est qui veut voir ma quéquette. Il est en train de reboutonner sa culotte. Il a des chaussettes en laine beige. Ma sœur lui dit de se taire, et pourquoi tu arrives toujours le dernier. Ce petit garçon qui n’a que la route à traverser et qui arrive toujours le dernier. On voit sa maison de la porte de l’école, il y a des arbres devant. Quelquefois pendant la récréation sa mère l’appelle. Elle est à la dernière fenêtre, on l’aperçoit par-dessus les arbres. Des draps pendent sur le mur. Robert, viens chercher ton cache-nez. Elle crie fort mais Robert Payen ne répond pas, ce qui fait qu’on continue d’entendre la voix qui appelle Robert. La première fois que Catherine Legrand est venue à l’école, elle a vu de la route la cour de récréation l’herbe et les lilas au bord du grillage, c’est du fil de fer lisse qui dessine des losanges, quand il pleut les gouttes d’eau glissent et s’accrochent dans les coins, c’est plus haut qu’elle. Elle tient la main de la mère qui pousse la porte. Il y a beaucoup d’enfants qui jouent dans la cour de l’école mais pas du tout de grandes personnes seulement la mère de Catherine Legrand et il vaudrait mieux qu’elle ne rentre pas dans l’école c’est seulement les enfants, il faut lui dire, est-ce qu’il faut lui dire, et dedans l’école c’est très grand, il y a beaucoup de pupitres, il y a un gros poêle rond avec encore du grillage à losanges autour, on voit le tuyau qui monte presque jusqu’au plafond, par endroits il est en accordéon, ma sœur est sur une échelle contre la fenêtre, elle fait quelque chose, elle essaie de fermer la dernière vitre.

L’Opoponax, Monique Wittig, 1964.

L’Opoponax

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

10 réflexions sur “Premières lignes #280

  1. LadyButterfly dit :

    Je connais Monique Wittig et si je me souviens bien, j’ai dû lire L’Opoponax à l’université ( tout ce qui concernait le Nouveau Roman,, Sarraute et cie). Je dois dire que j’avais dû m’accrocher un peu parce que, oui, ça brouille pas mal les pistes. D’un point de vue littéraire, c’est un sacré défi, en tout cas, et un exercice de style plus qu’intéressant…

    Aimé par 1 personne

    • Ma Lecturothèque dit :

      C’est vrai que l’exercice de style est intéressant et impressionnant ! Mais je crois que, si je n’avais dû regarder que ça, je n’aurais pas terminer « L’Opoponax ». Tu penses que c’est un roman que tu relirais a posteriori, avec un nouveau regard ?

      J'aime

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