L’Opoponax

L’Opoponax

Quatrième de couverture :

Mon Opoponax, c’est peut-être, c’est même à peu près sûrement le premier livre moderne qui ait été fait sur l’enfance. Mon Opoponax, c’est l’exécution capitale de quatre-vingt-dix pour cent des livres qui ont été faits sur l’enfance. C’est la fin d’une certaine littérature et j’en remercie le ciel. C’est un livre à la fois admirable et très important parce qu’il est régi par une règle de fer, jamais enfreinte ou presque jamais, celle de n’utiliser qu’un matériau descriptif pur. Ce dernier prend ici tout son sens. Il est celui-là même – mais porté au plain-chant par l’auteur – dont l’enfance se sert pour déblayer et dénombrer son univers. Ce qui revient à dire que mon Opoponax est un chef d’œuvre d’écriture parce qu’il est écrit dans la langue exacte de l’Opoponax.

Marguerite Duras
Extrait de la postface

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Mon avis :

Cela fait un moment que je connais Monique Wittig, ayant lu La pensée straight – un ensemble de textes théoriques sur l’hétéronormativité très intéressant. De son premier roman, L’Opoponax, je n’en savais pas grand chose si ce n’était qu’il avait eu un certain succès (il a par ailleurs obtenu le prix Médicis). Et voilà qu’il y a quelques semaines, je tombe sur le podcast de Camille intitulé « Sexy Wittig ». Alors je décide d’emprunter le roman à la bibliothèque municipale. Ça commence mal car le résumé en quatrième de couverture, qui est un extrait de la postface écrite par Marguerite Duras, ne me parle pas du tout. Qu’importe, des résumés qui me plongent dans le brouillard, ce n’est ni la première ni la dernière fois que ça arrive. Autant s’engager tout de suite dans la lecture, l’occasion de se faire un véritable avis sur le texte. Sauf que, là aussi, ça n’a pas bien commencé. Je vous ai récemment partagé les premières lignes de L’Opoponax en soulignant que c’était une lecture dense et exigeant, et c’est bel et bien le cas. De fait, en découvrant le début du récit, je me suis bien demandée dans quoi je m’engageais, et pour cause ! 
La première chose qui saute aux yeux, lorsque l’on ouvre L’Opoponax, c’est ce paragraphe unique, qui occupe tout l’espace de la page et des suivantes. Personnellement, ça m’a semblé indigeste et étouffant. Et puis il y a peu de virgules, notamment au cours de la première partie du roman. Toutefois, après une trentaine de pages, j’étais bizarrement plongée dans ce texte. J’avais le sentiment que c’était un ou une enfant qui me racontait son quotidien, ses jeux avec d’autres, parfois leurs mauvaises blagues, mais aussi leurs complicités. Cela s’est finalement vérifié au fil des pages. Et soudain est apparue une respiration dans le texte, une fin de chapitre, un blanc, une nouvelle page, une nouvelle tranche de vie. Car c’est ça, L’Opoponax : un roman sur l’enfance, et les enfants, ça grandit. S’il peut y avoir des ellipses dans le chapitre/paragraphe, elles ne semblent pas bien grandes, tandis que les ellipses signifiées par ces blancs en fin de chapitre semblent plus importantes. Pas de mesure de temps, toutefois ; un nouveau chapitre commence et l’on constate, par l’apparition de nouveaux noms, par les jeux qui changent, ou même l’école, que ces enfants grandissent.
Vraiment, je le redis, ce n’est pas trop le genre de lecture que j’affectionne particulièrement, et ce roman est exigeant et dense, pourtant je me suis retrouvée happée par l’histoire. J’ai réfléchi à la façon de vous présenter L’Opoponax, qui par ailleurs est le premier roman de Monique Wittig, mais je n’arrive toujours pas à mettre les mots sur mon ressenti. J’ai bizarrement aimé. Je crois que c’est en partie dû au fait que j’ai trouvé les relations bien retranscrites. La justesse de la description de l’enfance apporte au texte une touche d’universalité ; oui, on peut sentir que c’est marqué dans une certaine époque, mais ce qu’il y a dans l’innocence de ces enfants, dans leur naïveté parfois pleine de cruauté, ce qu’il y a dans leurs échanges, dans leurs découvertes… c’est quelque chose que beaucoup d’entre nous avons vécu quand nous étions jeunes.
Je corrige toutefois un point dont je parle plus haut : ce n’est pas un·e enfant qui est narrateur ou narratrice de l’histoire. Pourtant, le « on » et le « je » sont bien présents. Mais alors ? Alors c’est ce fameux Opoponax, cette chose toujours présente, que l’on a du mal à identifier et que chacun et chacune d’entre nous interprètera toujours différemment. Pour moi, il s’agit avant tout d’un témoin de l’enfance, qui se fait plus présent et plus tangible au fil du temps. C’est une chose qui dévoile les sentiments, les exacerbe parfois. Voilà ce qu’est pour moi l’Opoponax.

J’ai le sentiment d’oublier d’écrire certaines choses – peut-être l’Opoponax me les aura-t-il prit de mon esprit. Tant pis, me voilà en train de conclure mon retour sur ce roman de Wittig. L’Opoponax est bien exigeant, dans lequel il est difficile de s’y plonger, mais qui mérite d’être lu. Une fois que l’on commence, une fois un petit cap dépassé, il devient difficile de s’arrêter.
Si vous vous lancez dans cette aventure en terre d’enfance, je vous souhaite une belle découverte et une bonne lecture.

L’Opoponax, Monique Wittig Les Editions de Minuit • 1964 (première publication) • 267 pages • 9€ • Genre : enfance, premier roman, littérature française • ISBN : 9782707306623

Ce livre participe au challenge Voix d’autrices.

 

8 réflexions sur “L’Opoponax

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