Toucher le noir

Toucher le noir

Quatrième de couverture :

Onze grands noms du thriller français nous font toucher le noir, jusqu’au creux de l’âme…
Solène Bakowski, Éric Cherrière, Ghislain Gilberti, Maud Mayeras, Mickaël Mention, Valentin Musso, Benoît Philippon, Jacques Saussey, Laurent Scalèse, Danielle Thiéry, Franck Thilliez. Ces onze auteurs prestigieux, maîtres incontestés du frisson, nous entraînent dans une exploration sensorielle inédite autour du toucher. Avec eux, vous plongerez dans les plus sombres abysses, effleurerez la grâce et l’enfer d’un même geste, tutoierez l’horreur du bout des doigts…
Dix nouvelles inédites pour autant d’expériences tactiles, éclectiques, terrifiantes et toujours surprenantes.
Oserez-vous frôler le noir d’aussi près ?

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Mon avis :

Après Ecouter le noir et Regarder le noir, Toucher le noir vient compléter cette série d’anthologies. On y découvre onze nouvelles d’auteurs et d’autrices assez connu·es dans le monde du thriller francophone. Cette année, le thème est donc le toucher et chacun·e l’a interprété à sa façon ; si toutes les nouvelles entrent dans la catégorie polar, et si toutes parle de ce sens, j’ai été ravie de découvrir à quel point les récits étaient variés ! Certains s’oublient plutôt facilement, écrasés par d’autres qui sont terriblement marquants – si vous lisez ce recueil, je suis certaine que vous serez touché·es par les mêmes nouvelles que moi, qu’elles vous laisseront un sacré souvenir.
Chacun de ces textes étant tous très différents les uns des des autres, je vous propose cette fois un petit retour de chacun d’entre eux.

8118 : Envers de Franck Thilliez et Laurent Scalese :
Un homme rentre chez lui quand il se retrouve face à un assassin. Le reste du récit se fait à rebours afin de nous révéler, au compte-goutte, comment on en est arrivé à cette situation.
Cette nouvelle est une bonne entrée en matière pour Toucher le noir, toutefois, j’ai tiqué sur quelques maladresses au sujet des femmes transgenres (au sujet de Baby Kat, elle est présentée comme transsexuelle et ayant la force d’un homme [sic], entre autres choses). Cela dit, le thème principal, qui est ici la vente d’armes et ses effets désastreux sur la société, est bien abordé et j’ai franchement bien aimé cette narration qui commence par la fin. Sans les maladresses, ça m’aurait énormément plu – un bon hors-d’œuvre pour cette anthologie, de quoi mettre l’eau à la bouche (je sais, nous sommes ici dans Toucher le noir et non Goûter le noir qui devrait être l’un des deux prochains recueils, mais que voulez-vous, c’était tentant et c’est ce qui m’est venu à l’esprit alors que je commençais à lire la deuxième nouvelle).

Retour de soirée de Valentin Musso :
Après une sympathique soirée au restaurant avec des ami·es, Sandrine et Paul rentrent à la maison. Sandrine est au volant – son mari a bu – quand un terrible accident se produit.
A travers trois chapitres, Valentin Musso nous fait revivre la soirée ; comme pour 8118 : Envers, l’histoire débute par la fin. C’est une façon de raconter que j’ai apprécié dans ces deux nouvelles car elle fait monter petit à petit la tension, tout en répondant à nos questions (notamment à « pourquoi ? »). Si j’ai bien aimé ce récit, c’est bizarrement celui qui me reste le moins en tête. Il faut dire qu’il est au début de l’anthologie et que, surtout, les nouvelles qui suivent envoient du bois !

L’Ange de la vallée de Solène Bakowski :
L’action prend place en un village perdu au beau milieu de nulle part, où la sécheresse ne cesse de faire des ravages. Un beau jour, une petite fille est attaquée par des loups alors qu’elle garde le troupeau de moutons. L’enfant trouve refuge dans l’église et, alors qu’elle était près de se faire dévorer, un miracle se produit sous les yeux de la Vierge… et du curé, qui a assisté à la scène. L’homme voit alors en la fillette l’Envoyée de Dieu.
Cette nouvelle, bon sang ! Cette histoire de gamine touchée par la grâce de Dieu est terrible, y a pas à dire, et ce dans tous les sens du terme ; j’ai beaucoup aimé et, d’un autre côté, ce qui y est raconté m’a horrifiée. C’est l’une de mes nouvelles préférées du recueil.

Signé de Benoît Philippon :
Un autre texte que j’ai beaucoup aimé. Marcy est une artiste plasticienne dont les œuvres se vendent sacrément bien. Un jour, elle apprend que des gens s’attaquent aux personnes qu’elle a tatoué afin de les dépecer.
Les histoires de ce genre, je trouve ça horrible. Je pense par exemple au Silence des agneaux ; j’ai aimé les lire, mais quelle horreur ! En tout cas, Benoît Philippon signe un texte qui se lit bien, qui est très prenant et qui s’achève terriblement bien (quoique cela dépende pour qui mais, en tant que lectrice, j’ai apprécié). Au passage, l’auteur tacle le monde de l’art ; c’est un peu caricatural mais ça ne vise pas moins juste.

Mer Carnage de Eric Cherrière :
Nous sommes là dans une histoire de vengeance. Il y a des années de cela, les parents du narrateur ont été tués. L’homme finit par apprendre que le meurtrier serait en liberté et exercerait désormais le métier de sage-femme.
Notons qu’Eric Cherrière s’emploie à parler de « sage-homme » mais que ce terme est inexacte car « sage-femme » renvoie à la personne qui connaît la femme et peut lui apporter les soins ; la femme de « sage-femme » est… la femme enceinte.
En plus de la quête de vengeance, j’ai apprécié que le récit soit ancré dans l’actualité (les migrant·es, les ONG qui envoient des bateaux en mer pour les sauver… on en parlait pas mal à un moment). Pour ce qui est de l’histoire, elle est bien menée et, jusqu’à la fin, j’aurais douté. J’aime quand la conclusion n’est jamais évidente.

No Smoking de Michaël Mention :
Nous sommes dans les années 1970, deux hommes se retrouvent coincés dans un ascenseur.
Si ce n’est pas ma nouvelle préférée ni la plus marquante, je l’ai tout de même beaucoup appréciée, notamment parce que le découpage (un chapitre = une minute) fait monter la pression lentement mais sûrement, et parce que l’histoire ne manque pas de rebondissements.

Doigts d’honneur de Danielle Thierry :
Un jeune pianiste est retrouvé mort, les doigts coupés.
Pas de surprise du côté du coupable ni des raisons de l’acte, pourtant j’ai bien aimé cette nouvelle dont la conclusion se marie très bien avec le titre. Une bonne découverte.

L’ombre de la proie de Ghislain Gilberti :
Avec L’ombre de la proie, on part dans du fantastique. D’un côté, nous avons un homme qui, depuis des semaines, suit une fillette – il aurait pu passer à l’acte plus tôt mais a choisi la prudence, et de faire durer son plaisir. De l’autre côté, on a un groupe de justiciers et justicières de l’ombre, qui ont justement cet homme à l’œil.
J’ai beaucoup aimé la première partie, la seconde m’a en revanche moins emballée. Non pas à cause du surnaturel mais plus à cause de l’aspect un peu brouillon que prenait le récit. Je ne sais pas si c’était trop court ou simplement pas assez développé, mais ça me laisse un sentiment de facilité pour un passage important de la nouvelle (d’un coup, tout était englouti et l’affaire réglée). L’idée me plaisait pourtant énormément.

Une main en or de Jacques Saussey :
Un directeur de prison se fait beaucoup d’argent sur le dos de l’un de ses prisonniers particulièrement doué pour le dessin. Ce dernier, après l’avoir appris, décide de se faire la malle.
Je ne veux rien dévoiler de plus de cette nouvelle qui m’a surprise, mais sachez juste que j’ai trouvé l’idée intéressante et qu’elle propose une fin assez glaçante. Le texte est bien écrit et les descriptions nous plongent bien dans le bain.

Zuru Zuru de Maud Mayeras :
Un jour, le père de la petite Bibi l’emmène chez un sorcier. Elle repart avec un talisman, censé lui porter chance toute sa vie : le cœur d’un enfant albinos.
Zuru Zuru fait clairement partie des mes nouvelles préférées de ce recueil. C’est terrifiant, c’est glaçant, et quand on pense voir une touche d’espoir, tout s’effondre. Ici, Mayeras nous raconte l’horreur de l’amour tout en parlant de pratiques qui ont hélas encore lieu aujourd’hui. Une façon terrible d’aborder le sort abominable qui attend de nombreuses personnes albinos en Afrique, tout en nous présentant une histoire pleine d’amour.

8118 : Endroit de Franck Thilliez et Laurent Scalese :
Pour le coup, je suis déçue : c’est exactement le même récit que 8118 : Envers, à la différence que l’histoire est racontée dans l’ordre chronologique. Je pensais que ça apporterait quelque chose en plus mais non, rien. Dommage de conclure ainsi une si bonne anthologie. Je comprends tout à fait l’idée, mais ça n’a pas fonctionné avec moi.

Et voilà, nous avons fait le tour de Toucher le noir ! Comme je vous le disais en introduction, les récits sont vraiment variés, et l’ensemble est très bon. Si vous aimez les thrillers, je vous conseille donc vivement cette anthologie, qui est en plus l’occasion de découvrir de nouvelles plumes.

Toucher le noir a été écrit sous la direction d’Yvan Fauth, que vous pouvez suivre sur son blog EmOtionS.
Le retour de Pierre, du blog Black Novel1, m’a sacrément motivée à me lancer enfin dans cette lecture.

Toucher le noir, collectif • Belfond • 2021 • 336 pages • 21€ • Genre : anthologie, thriller • ISBN : 9782714494337

19 réflexions sur “Toucher le noir

    • Ma Lecturothèque dit :

      Et pour le coup, certaines nouvelles sont bien loin des thrillers classiques, avec les flics, les enquêtes… Je pense qu’il y en a vraiment pour tous les goûts – il faut juste être prêt·e à toucher la part la plus sombre de l’humanité !

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