Viendra le temps du feu

Viendra le temps du feu

Quatrième de couverture :

« Elles étaient toutes brisées et pourtant incassables. Elles existaient ensemble comme un tout solidaire, un orchestre puissant, les organes noués en ordre aléatoire, un grand corps frémissant. Et j’étais l’une d’entre elles. »
Une société totalitaire aux frontières closes, bordée par un fleuve. Sur l’autre rive subsistent les vestiges d’une communauté de résistantes inspirée des Guérillères de Monique Wittig. Dans la capitale du territoire fermé, divers personnages se racontent, leurs aspirations, leurs souvenirs, comment survivre, se cacher et se faufiler dans un monde où les livres sont interdits.
Une dystopie où se reflètent les crises que nous traversons aujourd’hui. Un roman choral poétique et incandescent, où l’on parle d’émancipation des corps, d’esprit de révolte et de sororité. Un hommage à la littérature et à son potentiel émancipateur et subversif.

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Mon avis :

De Wendy Delorme, je n’ai lu que Insurrections ! En territoire sexuel et je ne m’en souviens pas – ma lecture date pas mal et je peux seulement dire que j’avais alors trouvé le livre intéressant. J’étais curieuse de lire son roman Viendra le temps du feu et, d’un autre côté, j’ai longtemps freiné des quatre fers car le résumé m’évoque (aujourd’hui encore) une dystopie assez banale : pays clos, refermé sur lui-même, livres interdits, révolte, etc. D’un autre côté, j’étais attirée par l’émancipation des personnages et l’esprit de sororité qui semblaient être des points majeurs du roman. Alors, quand je suis tombée dessus à la bibliothèque, j’ai arrêté de réfléchir et je l’ai emprunté. Aujourd’hui, je vais donc vous parler d’une dystopie, de femmes, de sororité, d’amour, de survie.

Il m’a fallu environ trente pages pour me plongée dans ce roman mais, une fois dedans, je n’arrivais plus à en sortir et aujourd’hui encore, quelques semaines après ma lecture, Viendra le temps du feu laisse encore un fort sentiment en moi. Et ce n’était pas gagné car, comme dans d’autres dystopies, l’on retrouve le schéma bien trop classique d’une autorité qui bride les libertés individuelles – notamment celles des femmes –, qui contrôle le savoir et les loisirs (par la destruction de livres, par exemple) ainsi que les allées et venues de ses concitoyens et concitoyennes, qui prône le maintien du pays par la procréation, etc. C’est du vu et revu et ça m’a un peu inquiétée après tout le bien que j’avais entendu sur ce roman de Wendy Delorme. Sauf que la bascule, celle qui permet de distinguer ce livre d’un autre, arrive très vite – presque dès les premières pages.
Le récit, qui se fait à la première personne, nous propose de suivre plusieurs individus ; on y va crescendo, en se concentrant d’abord sur Ève et Louise, jusqu’à se que Rosa fasse une courte apparition, annonçant alors l’intervention prochaine d’autres protagonistes. Si les récits où l’on suit nombre de personnages ne me dérangent pas, je vous avoue que les introduire petit à petit était une idée plus que bienvenue, me permettant ainsi d’apprendre à bien connaître Ève et Louise, puis Rosa, etc., et évitant ainsi toute confusion sur qui est qui, qui vit où, dans quelles conditions. Disons-le également, et c’est ce qui fait qu’il m’a fallu une petite trentaine de pages pour me mettre dedans, c’est que, outre cette alternance des points de vues, outre le fait que je découvrais les personnages, j’étais perdues dans le temps – les lieux, ça allait. Mais au final, c’est normal puisque nous commençons Viendra le temps du feu avec Ève qui se rappelle – chaque jour – la mort de ses compagnes, de ses amies, de ses sœurs, qui se rappelle les tirs, les cris, le massacre, le feu. Qui se rappelle ce à quoi elle a échappé et qui, chaque jour passant, pour l’enfant qu’elle a eu, se reconstruit et survie dans cette société qui lui est étrangère, se force à se fondre dans la masse pour la petite qu’elle protège et qu’elle veut voir grandir sauve. De son côté, Louise est bien intégrée, pourtant, elle dénote : elle a beau former un très beau couple avec son conjoint, il leur manque un enfant, essentiel à la société. Son discours, lorsque nous la suivons, est différent de celui d’Ève, mère et rescapée. Mais s’il y a une véritable dichotomie entre ces deux femmes, elles n’en sont pas moins semblables, à commencer par l’intérêt que nous leur portons.
Le roman s’appelle Viendra le temps du feu et il est en effet beaucoup question de ce feu, de destruction, avec ce qu’a vécu le groupe de femmes au sein duquel ont vécu Ève, Rosa et tant d’autres. Pourtant, le titre dit bien « Viendra », et non « Est venu le temps du feu ». Alors, à suivre nos héroïnes et héros, on ne peut qu’espérer que ce temps futur ne viendra pas trop tard ; on est avec elleux, on voit leurs doutes, leurs souffrances, mais aussi tout leur amour (pour une personne en particulier, pour leur famille, pour leurs semblables…). On voit que, au quotidien, bien qu’iels semblent se fondre dans le moule de la société, il y a des réflexions, personnelles ou partagées, il y a des actes, et l’on sent que quelque chose couve : la colère, la haine du système, la révolte – le feu. Et alors que l’on apprend à connaître Louise, Raphaël, Ève, Rosa…, enfin, vient le temps du feu.

Avec Viendra le temps du feu, Wendy Delorme signe un roman dystopique très fort, mettant en avant un nombre important de femmes et, surtout, il est vibrant. C’est un texte véritablement sororal, où l’unité est une force, un soutien, mais aussi un vecteur d’amour. Et c’est beau. Malgré les horreurs que vivent ou qu’ont vécu les personnages, c’est beau. Parce que le livre transcende les émotions pour nous offrir des histoires riches, des héros·ïnes intéressant·es.
Je vous invite donc chaudement à découvrir cette dystopie.

Viendra le temps du feu, Wendy Delorme  Cambourakis • 2021 • 265 pages • 18€ • Genre : dystopie, femmes, sororité • ISBN : 9782366245578

Ce livre participe au Challenge de l’Imaginaire.

10 réflexions sur “Viendra le temps du feu

    • Ma Lecturothèque dit :

      Je t’avoue que, pour la couverture, je suis un peu partagée : je ne sais pas pourquoi mais, d’une façon, je l’aime beaucoup, et de l’autre, bof. En revanche, j’ai beaucoup aimé l’histoire ! Je suis contente que tu aies apprécié ma chronique, merci beaucoup.
      Passe une très bonne soirée, et bonne lecture à toi aussi 😊

      Aimé par 1 personne

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