Premières lignes #311

En octobre dernier, si je me souviens bien, est sorti Vertèbres de Morgane Caussarieu dont j’ai pas mal entendu parler. J’ai voulu découvrir les premières lignes de ce roman horrifique et nul doute que je le lirai quand viendra l’automne. Et ce sont donc celles-ci que j’ai décidé de vous partager aujourd’hui. Il y est question de changement, de métamorphose – sans surprise, puisque c’est là une histoire de loup-garou…
Bon dimanche à vous.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

 

Ils dérivent dans la tiédeur épaisse. Identiques.
Ils entendent le sang qui s’écoule, et cette palpitation sourde, ce rythme si puissant. Ce tambour.
Ils s’attirent. Parfois ils se frôlent à peine, parfois ils se touchent. Chair contre chair. Des protubérances qui ne sont pas encore des doigts et qui pourtant cherchent à se saisir. Toi et moi. Moi et toi .
Ils sont l’un contre l’autre, maintenant. Ils se collent. Ils se collent sans se voir. Transparents et molasses. Ils se collent de toutes leurs minuscules forces. Ils s’aiment.
Ne me quitte jamais.
Toi et moi. Moi et toi.
Ils commencent à se souder. L’un à l’autre. À s’imbriquer. À se distordre.
On ne les séparera plus. Membres entremêlés. Peau qui se mêle à la peau.
Ça y est.
Ils sont Un. Un seul être mais deux têtes, quatre bras, quatre jambes.
Ils poussent, ils poussent ensemble. Ils s’imitent.
Puis finalement ils se gênent. Pas assez d’espace.
L’un freine l’autre.
Les voilà devenus opposants. Ils luttent. Ils luttent pour gagner le droit de croître.
Moi, Moi, Moi.
Pas toi .
L’un cède. Il y en a toujours un qui cède.
Le plus faible se ratatine. Le plus fort le recouvre. Il grandit tout autour de lui. L’absorbe. Le cannibalise.
L’autre est prisonnier à l’intérieur. Devenu parasite. Juste un parasite.
Les vertèbres du premier s’articulent et se déploient. Le deuxième reste mou. Tout petit. Ses quelques os fondent. Lui, le parasite, jamais il ne ressortira. Jamais il ne sera.
Et son double dévorant pousse et pousse et grossit et l’écrase.

Vertèbres, Morgane Caussarieu, 2021.

Vertèbres

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7 réflexions sur “Premières lignes #311

    • Ma Lecturothèque dit :

      Pareil, ça me tente tellement ! Et ce sera une découverte pour moi ; je sais qu’elle a écrit d’autres livres mais je n’ai encore jamais eu l’occasion d’en lire, et celui-ci, « Vertèbres », me tente énormément, c’est donc l’occasion ^^

      J’aime

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