Premières lignes #319

Salutations !
Mi-mai sortira au format poche un roman qui me faisait envie lors de sa sortie en grand format et je vais donc enfin saisir l’occasion de découvrir cette histoire. Je vous partage aujourd’hui les premières lignes de Florida d’Olivier Bourdeaut, l’auteur du bien connu En attendant Bojangles (que je n’ai pas lu).

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

 

Chapitre 1

Scotché sur une poubelle à l’intérieur du Popeyes Louisiana Kitchen, au coin des avenues Parkside et Flatbush :

Cherche jeune coloc célibataire pour le T4 du 5e étage. Loyer : 700 $. Conditions : être queer et trans friendly. Ne pas craindre le feu ni les chiens. Tout signe sauf Balance, on en a déjà un. Appeler Niko.

— Ça t’ennuie si je te touche ?
C’est la première question que son hôte tatoué pose à August après qu’elle s’est assise sur le coussin central fatigué du sofa de cuir brun – une épave toute craquelée dont elle n’a cessé de croiser le sosie au cours de ses quatre ans et demi de fac. Du genre où l’on s’écroule, où l’on se laisse ensevelir sous les bouquins, où l’on se réfugie lors des soirées pour boire un Coca éventé et ne plus avoir à parler à quiconque. Le cliché du canap’ de récup de toute colocation d’étudiants qui se respecte.
Le reste du mobilier d’étudiants est du même acabit : dépareillé, chiné dans des brocantes ou ramassé dans la rue, exception faite du fauteuil Eames haut de gamme, en face d’elle, dans lequel le tatoué (Niko de son petit nom, à en croire l’annonce) vient de s’installer.
Tout le logement est à l’avenant. Il mêle le familier au plus inhabituel. Une pièce étriquée, aux murs peints dans des tons verts et jaunes criards. Des plantes qui pendouillent dans tous les coins ou presque, avec leurs tiges lancées à l’assaut des étagères et leur délicat parfum de terreau. Les fenêtres – aux cadres collés par la peinture comme dans les vieux appartement de La Nouvelle-Orléans – ont des vitres à moitié recouvertes de dessins, donnant à la lumière de l’après-midi qui filtre à travers le papier une couleur tamisée, presque cireuse.
Dans un coin se dresse une statue de Judy Garland grandeur nature, constituée de pièces de vélo et de poussins en guimauve. On serait bien en peine de reconnaître l’actrice, sans cette pancarte qui proclame : « BONJOUR, JE M’APPELLE JUDY GARLAND ».
La main tendue, Niko observe August à travers la vapeur qui s’élève de sa tasse de thé. Il a un look rocker (noir, c’est noir), une coupe undercut de jais qui contraste avec sa peau mate plutôt claire, une mâchoire carrée et un cristal qui brille à l’une de ses oreilles. Des tatouages lui courent le long des bras et débordent de son col boutonné pour lui lécher le cou. Sa voix est un peu rauque, comme s’il venait tout juste de se débarrasser d’un rhume. Avec sa langue, il fait joujou avec un cure-dents qu’il balade le long de ses lèvres. Un vrai Danny Zuko, quoi.
August le dévisage, prise de court par sa demande.
— Pardon… Tu disais ?
— Mes intentions sont pures, précise Niko.
Il a une planche Ouija tatouée sur le dos de sa main. « FULL MOON » (pleine lune), lit-elle sur ses phalanges. Il ne manquait plus que ça…
— C’est juste pour me faire une meilleure idée de ton taux vibratoire. Parfois, le contact physique, ça aide.

One Last Stop, Casey McQuiston, 2021.

One Last Stop

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