Florida

Florida

Résumé de l’éditeur :

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Mon avis :

Ca y est, c’est l’anniversaire d’Elizabeth et elle va enfin découvrir la surprise que sa mère lui a préparé ! Et autant dire que, pour une surprise, c’en est une : un gâteau d’anniversaire mangé en quatrième vitesse, une jolie robe de princesse, une douche rapide, un peu de route et les voilà dans une salle polyvalente à la lumière jaunâtre, entourées d’une multitude d’autres princesses et de leurs parents. Le véritable cadeau de la mère à Elizabeth est une participation à un concours de mini-miss. Et la fillette le gagne ! Débute alors une vie de contrôle du corps.

Olivier Bourdeaut s’est fait connaître en écrivant En attendant Bojangles, roman que je n’ai pas lu car il a été très encensé (trop pour moi) ; il a eu un tel succès qu’il a été adapté au cinéma. Mais avoir lu Florida me donne envie de découvrir les autres romans de Bourdeaut, même s’il semble que ce dernier titre soit le plus abouti.
Florida, c’est l’histoire que nous raconte une jeune femme, Elizabeth. Ce roman est son journal, grâce auquel elle s’exprime  et qu’elle semble nous destiner, nous confiant ainsi son amertume, sa haine, son vécu. Si elle nous laisse entendre qu’il s’est récemment passé quelque chose de grave, elle choisit toutefois de nous raconter les événements dans l’ordre. Et, ce qui est pour moi une force de ce livre, c’est que l’on a certes son seul point de vue mais que, petit à petit, on arrive à défaire les fils, à comprendre ce qui est de son ressenti et quel a pu être celui d’autrui – pas forcément plus glorieux que ce qu’Elizabeth nous raconte. Une autre force du livre, c’est que la protagoniste ne manque pas de mordant.
Florida, c’est l’histoire d’une fillette, puis d’une femme, prisonnière du regard des autres, dont le corps ne lui appartient jamais réellement, même quand elle pense en reprendre le contrôle. Pour moi, le seul moment où son corps lui appartient vraiment est lors de sa dernière représentation de mini-miss. Ces concours, d’ailleurs, lui plaisent, au début. Elle finit première lors de sa première participation, le jour de ses sept ans ! On pourrait y voir un signe, non ? En tout cas, sa mère en conclut qu’elle a de l’avenir en tant que mini-miss et décide donc de l’entraîner, de travailler des chorégraphies avec elle, se met en tête qu’il y a des solutions pour que sa fille soit plus belle encore, quitte à passer par la chirurgie esthétique. Au début, ça lui plaît, à Elizabeth. Elle a gagné une fois, elle fait plein de choses avec sa mère, elles sont soudées… La petite s’amuse ! Mais elle semble rester, après sa première victoire, l’éternelle deuxième sur le podium. La frustration s’installe, les exigences de sa mère deviennent de plus en plus pesantes pour la fillette et, de son point de vue d’adulte qui écrit ces lignes, il est évident que c’est une aberration de maquiller son enfant comme une voiture volée, de lui faire travailler des danses plutôt que les devoirs pour l’école… Elle est passée à côté de beaucoup de choses pour assouvir les désirs de gloire de sa mère. Et l’on ne peut alors que comprendre ce qui a amené Elizabeth à sa dernière représentation en tant que mini-miss – un appel à l’aide, mais sa détresse a-t-elle vraiment été entendue ? Un peu plus tard, alors que son corps se transforme, elle comprend qu’elle peut s’en servir comme d’une arme pour se venger de sa mère, mais aussi de son père, lui qui n’a fait que regarder de loin, content de ces moments de solitude à la maison, quand mère et fille parcouraient les routes pour participer à des concours les week-ends.
Il y aurait beaucoup à dire encore sur ce roman, sur les sujets qu’il aborde – pas seulement les concours de mini-miss et les enfances volées, mais aussi la recherche de performances, le culte du corps, le culturisme, l’art contemporain (j’ai d’ailleurs beaucoup aimé le personnage d’Agatha Christik), le fait que tout soit possible aux USA (l’écrivain glisse des histoires vraies dans son roman et c’est glaçant), etc. Beaucoup de choses m’ont plu dans ce livre parce qu’il évoque de nombreux sujets et que l’héroïne en parle de façon franche, en étant à la fois percutante et mordante. Cela dit, plus la fin approchait, plus je la devinais et je l’appréhendais. Elizabeth est une femme intelligente, qui a beaucoup souffert, prisonnière de son corps… Mais la conclusion se tournait vers quelque chose de déplaisant, de très réfléchi mais qui n’était pas, pour moi, en adéquation avec qui est Elizabeth. En fin de compte, j’ai été satisfaite. C’est peut-être moins marquant que le fantasme de vengeance qui anime Elizabeth, mais c’est aussi quelque chose de plus brutal, en un sens, et qui ouvre en même temps sur un avenir qu’on lui souhaite bon, tout simplement.

Florida est donc un roman que je recommande ; il nous impacte comme son héroïne couche les mots dans son carnet, il nous marque comme le contrôle et le culte du corps marquent la petite fille qu’elle a été. Florida, c’est la démesure et l’excès à l’américaine, sans tomber dans la caricature grotesque – Olivier Bourdeaut a su trouver un bon équilibre, pour notre plus grand plaisir de lecteur·rices.

Florida, Olivier Bourdeaut  Folio • 2022 (2021 pour le GF) • 266 pages • 8,20€ • Genre : culte du corps, Miami, vengeance • ISBN : 9782072943591

10 réflexions sur “Florida

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