La République du Crâne

La République du Crâne

Quatrième de couverture :

Mourir libre la corde au cou, plutôt que vivre les fers aux poings.

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Mon avis :

J’ai découvert La République du Crâne grâce au YouTubeur Nota Bene qui s’est entretenu avec Vincent Brugeas, le scénariste de cette bande dessinée, et Ronan Toulhoat, le dessinateur. Initialement, j’avais lancé la vidéo (que je vous mets à la fin de ma chronique) plus pour me faire un fond sonore que pour écouter avec attention mais je me suis finalement retrouvée à être attentive à ce que les deux auteurs racontaient car c’était bien intéressant. J’ai ensuite noté la BD dans ma liste d’envies et, la voyant en tête de gondole dans la librairie en bas de chez moi, après avoir tourné autour pendant une dizaine de minutes, après l’avoir feuilletée et suite à quelques hésitations (25€, c’est un budget, je préfère être sûre de mon coup), je l’ai achetée. Et quelle bonne découverte !
La République du Crâne s’ouvre sur un texte politique et historique des deux auteurs, nous rappelant qui étaient les pirates. Quant à l’histoire elle-même, elle commence avec un abordage mené par Olivier de Vannes, le second du capitaine Sylla, que j’ai tout de suite aimé. D’emblée, on constate que c’est un brave homme, bien que certains s’en méfient, affirmant qu’il porte la malchance en lui. Suite à cet abordage, Sylla offre à Olivier l’opportunité d’être à son tour capitaine. C’est là que va véritablement débuter l’aventure.
Avant de vous parler du positif dans cette bande dessinée, je vous propose de découvrir le négatif. Croyez-moi, ça va être très court : je n’ai pas aimé la chevelure du capitaine Sylla. De longs et épais cheveux d’un blond presque blanc, cramé par le soleil et le sel de la mer. Oui, il m’a fallu en arriver là pour trouver du négatif. Mais, eh, ce n’est pas ma faute si La République du Crâne est magistrale !
En lisant cette BD, je ne m’attendais pas à être autant emportée par le récit. On a l’aventure, la quête de liberté mais aussi une véritable démocratie qui prend place sous nos yeux. Les obstacles sont nombreux mais toujours bien amenés ; aucun ne tombe comme un cheveux sur la soupe, le scénario est maîtrisé. Un point qui m’a beaucoup plu est le découpage en chapitres ; cela permet d’avoir des pauses, de ne pas avoir de frustration si l’on doit arrêter notre lecture – on ne nous coupe pas en pleine action. Mais ce que j’ai préféré dans tout ça, c’est que chaque nouvelle section du livre s’ouvre sur un journal de bord. C’est celui d’Olivier de Nantes qui, plutôt que de prendre des notes précises des différents voyages, fait comme s’il s’adressait à un commodore fictif. Olivier est réaliste et il ne doute pas qu’il se fera un jour arrêter alors, pour hanter celui qui sera son bourreau (la pendaison était monnaie courante pour les pirates capturés), il a décidé de le troller avec des mots. Cela reste courtois mais j’ai trouvé que c’était drôle, que ça apportait une touche d’humour dans ce récit assez grave (c’est une fiction historique, pas une BD à la Pirates des Caraïbes).
Bon, je vous parle d’Olivier, Olivier, Olivier… Oui, bon, c’est le personnage principal, j’ai beaucoup aimé le suivre, il m’a été très sympathique, on a compris. Mais les autres, ça donne quoi ? Pour ce qui est du capitaine Sylla, en dehors de sa chevelure, bien qu’il ne soit pas toujours des plus aimables, il m’a plu aussi. Ou, plutôt, il a su me toucher comme il l’a fait avec ses hommes : c’est un très bon orateur, il sait accorder du temps à l’amusement, sa quête de liberté est communicative et, s’il déteste l’inaction alors que, de mon côté, une vie pépère, ça me dit bien, j’ai compris son besoin de parcourir les mers, de se confronter aux dangers qui s’y terrent.
Comment parler des personnages de La République du Crâne sans parler de la fascinante reine Maryam ? Certes, il y a quelque chose de très magnétique qui se dégage d’elle mais cela n’est pas seulement dû à son physique ; elle est belle, oui, elle a un regard qui captive, mais sa force réside dans l’amour que lui porte son peuple et dans la volonté qu’elle a de protéger les siens. Maryam ne vit pas que pour elle mais aussi et surtout pour son peuple. De plus, cette femme apporte des questionnements dans le récit : nos chers pirates sont férus de démocratie or, cette femme qu’ils recueillent est une reine. Comment réussir à conjuguer ces idéaux politiques à l’opposer l’un de l’autre ? Honnêtement, je me suis rangée du côté des pirates mais je ne pouvais que comprendre le peuple de Maryam ; il fallait beaucoup de courage, de force et de détermination pour faire ce qu’elle a fait pour les libérer.
J’en viens à un autre point qui a son importance dans mon appréciation de La République du Crâne : en dehors des commodores et autres confrères au service de rois, qui sont clairement les antagonistes du récit, il n’y a pas de manichéisme. Je vous l’ai dit : Sylla est un super capitaine, mais il n’est pas parfait. De même, Maryam a sa façon de voir les choses et de régler ses comptes avec ses oppresseurs, mais comment ne pas la comprendre ? Et Olivier de Vannes, quant à lui, se trouve dans cette histoire être le parfait point de jonction, permettant ainsi aux uns et aux autres de se comprendre ou, à défaut, de cohabiter sans heurts.
Enfin, je me dois de vous dire que, si je m’attendais à la conclusion du récit, j’ai toutefois été chamboulée et, au moment d’écrire ces lignes, je suis encore émue. La République du Crâne est une bande dessinée superbe ; certains personnages sont hauts en couleurs, d’autres sont simplement attachants ; les discours sur la liberté, la démocratie, la façon de traiter les marins à bord… font mouche ; les notes qu’Olivier de Vannes adresse à un commodore fictif sont impertinentes et pleines de vie ; les quêtes de certain·es protagonistes nous parlent et nous secouent.

Je pourrais vous parler encore longuement de La République du Crâne. Je pourrais entrer dans le détails et analyser chapitre par chapitre ce qui m’a plu mais ce n’est pas le but de ma chronique. Mon objectif, c’est de vous donner mon ressenti et, si vous ne l’aviez pas encore compris (cela me surprendrait), je l’écris clairement : j’ai adoré cette BD et je vous la recommande vivement.
Je vous souhaite une très bonne aventure.

La République du Crâne, Vincent Brugeas (scénario) et Ronan Toulhoat (dessin) Dargaud • 2022 • 224 pages • 25€ • Genre : BD, pirates • ISBN : 9782505087335

4 réflexions sur “La République du Crâne

  1. lescarnetsdemango dit :

    Cette BD déconstruit notre vision des pirates. On les imagine brutaux et siphonnant du rhum à longueur de journée. Ils n’y vont pas avec le dos de la cuillère mais c’est plus subtil que ça. « La république du crâne » place la liberté au-dessus de tout. Tous les personnages, quels que soient le clan auxquels ils appartiennent, sont prêts à risquer leur vie pour leurs idéaux. La fin n’est pas une grande surprise, en effet, mais elle est très bien racontée. J’ai souri en lisant que tu n’avais pas aimé les cheveux de Sylla. S’il n’y a que ce détail qui t’a déplu, tout va bien 🙂

    Aimé par 1 personne

    • Ma Lecturothèque dit :

      En effet, la liberté est le moteur des actions des personnages principaux et de leurs compagnons d’armes ! De toute façon, ils avaient beau aimer le rhum, j’imagine qu’il valait mieux rester sobre en mer et rester prêt à toute éventualité, que ce soit le combat, des manœuvres difficiles, des tempêtes…
      Eh oui, seul ce détail m’a déplu ^^

      J’aime

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