Premières lignes #328

Salutations !
Pour ces nouvelles Premières lignes, je me rends compte que je fais du vieux car j’ai opté pour Entretien avec un vampire dont j’avais déjà partagé le début dans le deuxième rendez-vous (il y a six ans !). Je triche donc un peu, c’est vrai, mais je vais aussi plus loin ; j’ai regardé l’adaptation cinématographique de 1994 l’autre jour et, en prenant le roman, je me suis rendue compte que j’avais du mal à arrêter ma lecture. Bien sûr, il a fallu que je choisisse un endroit où stopper le partage des premières lignes de ce récit. Je vous laisse découvrir tout cela.
Bon dimanche à vous.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

 

— Je vois…, dit le vampire d’un air pensif.
Puis, lentement, il traversa la pièce pour aller se poster à la fenêtre. Il y resta un long moment ; sa silhouette se découpait sur la clarté diffuse qui émanait de Divisadero Street et sur les rayons de phares des automobiles. L’ameublement de la pièce apparaissait maintenant plus clairement au jeune homme : la table de chêne ronde, les chaises. Contre l’un des murs, il y avait un lavabo surmonté d’un miroir. Il posa sa serviette sur la table et attendit.
— De combien de bandes disposez-vous ? demanda le vampire en tournant la tête de manière à offrir son profil au regard du jeune homme. Assez pour l’histoire de toute une vie ?
— Certainement, si c’est une vie intéressante. Quand j’ai de la chance, il m’arrive d’interviewer jusqu’à trois ou quatre personnes le même soir. Mais il faut que l’histoire en vaille la peine. C’est normal, non ?
— Parfaitement normal, répondit le vampire. Eh bien, cela me ferait plaisir de vous raconter ma vie, vraiment plaisir.
— Très bien ! dit le jeune homme.
Il sortit vivement de sa serviette un petit magnétophone à cassette, vérifia l’état de la bande et des piles. Il allait parler quand le vampire l’interrompit brutalement :
— Nous ne pouvons pas commencer comme cela. Votre appareil est-il prêt ?
— Oui.
— Alors, asseyez-vous. Je vais allumer le plafonnier.
— Mais je croyais que les vampires n’aimaient pas la lumière ! s’exclama le jeune homme. Si vous estimez que l’obscurité ajoute à l’atmosphère…
Il s’arrêta au milieu de sa phrase. Le vampire l’observait, adossé à la fenêtre. Les traits de son visage étaient maintenant totalement plongés dans l’ombre, mais quelque chose, dans la silhouette immobile, avait attiré l’attention du jeune homme. Il ouvrit la bouche, mais, de nouveau, s’arrêta avant d’avoir dit un mot. Un soupir de soulagement lui échappa quand le vampire revint vers la table et tira le cordon du plafonnier.
La pièce fut brutalement inondée d’une lumière jaune, crue, et le jeune homme, ayant levé les yeux sur son interlocuteur, ne put réprimer un sursaut. Ses doigts cherchèrent le rebord de la table pour s’y agripper.
— Bon Dieu ! murmura-t-il.
Puis il garda les yeux fixés sur le vampire, sans un mot.
La peau du vampire était parfaitement blanche et lisse, comme s’il avait été sculpté dans de la craie, et son visage semblait aussi inanimé que celui d’une statue, à l’exception de deux yeux verts et brillants qui regardaient fixement le jeune homme, telles des flammes logées dans des orbites. Le visage du vampire s’éclaira d’un sourire presque désenchanté, et la matière lisse et blanche de sa chair avait le mouvement infiniment flexible, mais schématique, des dessins animés.
— Vous voyez ? demanda-t-il avec douceur.
Avec un frémissement, le jeune homme éleva la main comme pour se protéger d’une lumière trop violente. Son regard erra lentement sur l’habit noir à la ocupe impeccable qu’il n’avait fait qu’apercevoir dans le bar, sur les longs plus de la cape, sur le nœud de soie noire et sur le col éclatant de blancheur, aussi blanc que la chair du vampire. Il contempla les cheveux d’un noir intense, dont les ondulations venaient recouvrir la pointe des oreilles ; les boucles touchaient presque le bord du col blanc.
— Et maintenant, vous désirez toujours cette interview ? demanda le vampire.
Le jeune homme ouvrit la bouche sans qu’aucun son en sortit. Il acquiesça de la tête, puis réussi à articuler :
— Oui.

Entretien avec un vampire, Anne Rice, 1976.

Entretien avec un vampire

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

7 réflexions sur “Premières lignes #328

  1. LadyButterfly dit :

    Ah, Anne Rice… Elle est bien la seule qui réussit à me faire presque aimer (enfin, ‘faut pas exagérer) les vampires. Je dois dire que j’ai quand même accroché (à crocs ? …) à Lestat et tous les autres, sans doute grâce à son talent. Même si ça fait bien longtemps que je n’ai pas relu « Entretien… ».
    Et le film est encore plus flou dans ma mémoire, j’avoue.

    Aimé par 1 personne

    • Ma Lecturothèque dit :

      « à crocs », j’adore 💜
      Pour le film, casting des beaux gosses de l’époque et l’adorable Kirsten Dunst ! Non puis le film est vraiment bien, impossible de dire le contraire. Je ne m’en souvenais pas si ce n’était que j’avais aimé, donc je suis contente de l’avoir revu ! Si jamais, il est sur Netflix ^^

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