Dans ton cul

Dans ton cul

Résumé de l’éditeur :

Puissante et transgressive, Dans ton cul brandit sur scène les arguments du SCUM Manifesto. Prophétie de rue au caractère visionnaire, elle annonce la fin de la domination masculine.

« Valerie Solanas écrit du point de vue des putes, des gouines et des enragées… Son ironie est une arme, sa seule arme dans un système qui détruit les marginales, aussi brillantes soient-elles. » W.D.

.
Mon avis :

Valerie Solanas aura mis trois ans à écrire sa pièce de théâtre Dans ton cul, qu’elle achèvera ainsi en 1965. C’est ce script qui lui était si précieux (à l’époque, on n’imprimait pas à tour de bras ni chez soi ou au pied de son immeuble) qu’elle confia à Andy Warhol et que ce dernier perdit, ce qui fut l’une des raisons pour lesquelles Solanas tenta de le tuer. Mais, si c’est un acte brutal et remarquable, là ne réside pas l’intérêt que je porte à cette écrivaine. Ce qui m’intéresse, ce sont ses textes. Or, suite à son décès, sa mère a tout brûlé, ou presque : ne reste aujourd’hui que SCUM Manifesto et le script de Dans ton cul.
Dans cette pièce de théâtre de Solanas, on suit Bongi, une travailleuse du sexe ; sur le trottoir, elle croise plusieurs personnes, du mec en rut à la mère épuisée. Et je ne vais pas y aller par quatre chemins : c’est tantôt gênant (dans le sens où je n’ai pas su quelle réaction avoir) tantôt très drôle, toujours percutant et plein de sarcasme. Ce n’est pas que Solanas n’aime pas les hommes, c’est toute la société capitaliste et hétéropatriarcale qu’elle déteste du plus profond d’elle-même – et les hommes en sont le rouage essentiel. Dit ainsi, ça a tout pour me plaire, j’aime les pièces avec du mordant, qui dérangent (un peu, ne nous emballons pas)… Sauf que, ayant fini ma lecture, je suis incapable de dire si j’ai aimé ou non. Peut-être parce qu’il faut lire les explications pour comprendre les jeux de mots (ce qu’ils disent en anglais et pourquoi ils ont été traduits ainsi – c’est intéressant mais ça coupe dans la lecture), peut-être parce que c’est une pièce à voir plus qu’à lire, je ne sais pas. Toutefois, il y a une chose qui est indéniable : Valerie Solanas savait écrire et ses mots frappaient juste. Aussi, elle maîtrise l’art de faire réagir tout en jouant avec un humour singulier et avec les sous-textes. Je pense notamment à la femme très BCBG qui se promène avec une crotte qu’elle compte manger le soir-même car les hommes aiment les femmes qui mangent de la merde, et je pense surtout à la fin. C’est ce moment qui m’a réellement dérangée, avec le petit garçon qui fait des allers-retours vers la crèche, et c’est juste après que Solanas nous surprend le plus, avec un final terrible, qui en dit plus qu’il ne semble le paraître de prime abord. Là s’achève la domination des hommes sur les femmes ; on commence par une qui se libère, et les autres suivront. C’est très violent mais, encore une fois, ça nous dit beaucoup sur la pensée de Valerie Solanas et j’aime quand il en va ainsi.

Finalement, la lecture de Dans ton cul me laisse un peu perplexe, bien que je lui trouve de nombreuses qualités. J’aimerais vraiment que la pièce soit adaptée en France et que l’on puisse la voir jouée. Je vous laisse avec cette émission de France Culture dédiée à cette écrivaine et militante et cette merveilleuse chronique d’Isabelle Sorente :

Bonne écoute et bonne lecture !

Dans ton cul, Valerie Solanas • Titre VO : Up Your Ass • Traduction : Wendy Delorme • Fayard • 2022 (1965 VO) • 80 pages • 4,50€ • Genre : pièce de théâtre • ISBN : 9782755508710

13 réflexions sur “Dans ton cul

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s