La voix du volcan

La voix du volcan

Quatrième de couverture :

Martinique, 1902. Lucie vit sur les pentes de la Montagne Pelée, dans la plantation de son grand-père, un homme sévère. Elle s’y ennuie terriblement jusqu’au jour où elle rencontre Amétise.
Mais leur amitié est interdite. Car le grand-père de Lucie voue une haine farouche au père d’Amétise, un ancien esclave de sa famille. Il l’accuse même de sorcellerie lorsque d’étranges phénomènes se produisent sur sa propriété. Tandis que le volcan commence à gronder, Lucie découvre que les deux hommes sont liés par de troublants secrets…

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Mon avis :

Evelyne Brisou-Pellen est une écrivaine prolifique. Petite, je l’ai découverte avec La Cinq Écus de Bretagne et j’ai par la suite enchaîné avec les aventures de Garin Troussebœuf et quelques autres de ses romans. Au fil du temps, j’ai délaissé ses récits historiques pour me tourner vers la fantasy et la science-fiction. Mais voilà, depuis quelques années, j’y reviens – ma madeleine de Proust – et je découvre d’autres de ses écrits. C’est le cas ici avec La voix du volcan récemment réédité par Nathan (il est initialement paru en 1993). Le problème avec un auteur ou une autrice dont on apprécie beaucoup le travail, c’est la peur de la déception. Mais rassurez-vous, EBP signe-là encore une bonne histoire !
Celle-ci prend place en Martinique, en 1902. L’héroïne s’appelle Lucie, elle a bientôt 10 ans et c’est son grand-père, qui veut être appelé bon papa, qui l’élève. En effet, les parents de la petite sont restés en France pour affaires. Seulement, Lucie aimerait découvrir l’île (elle ne connaît que l’habitation – la maison où elle vit et le terrain) et se faire des amies (elle ne va pas à l’école, elle a une préceptrice et ne côtoie donc aucune fille de son âge). Malgré tout, et parce qu’elle outrepasse ses droits, elle va faire la rencontre d’une autre enfant. Ah, oui, mais celle-ci est noire et bon papa ne serait pas content s’il découvrait que sa petite-fille fréquente celle d’un ancien esclave !
La voix du volcan est plus qu’une histoire d’amitié. Avant tout, il est question de racisme et la maison d’édition a d’ailleurs mis un avertissement au début du livre : « nègre », « négresse » et « négrillon » sont régulièrement utilisés dans le récit. Cela s’inscrit dans la réalité historique du roman, or le racisme était omniprésent. Bien que même Lucie emploie ces termes, il est toutefois clair qu’elle ne partage pas les opinions de bon papa. Ce dernier porte d’ailleurs très mal son nom : présenté au début comme sévère, il s’avère être un homme terrible et, quand un bout de terrain entre en jeu, il est près à tout pour l’obtenir. Face à lui, le père d’Amétise, l’amie de Lucie, ne se laisse pas faire et l’on se retrouve face à une lutte parfois des plus crasses pour un lopin. Or, d’un côté, on a un homme blanc et riche qui a déjà de nombreuses terres, de l’autre on a une petite famille, relativement aisée pour des Noir·es, qui n’a que ce petit bout de terrain où vivre. Et entre ces deux hommes se trouvent donc Lucie et Amétise. Leur amitié, au début, est difficile mais elle va se révéler solide. Aussi les deux filles comprennent bien une chose : l’amitié est plus importante qu’un terrain, qu’un chemin ou qu’autre chose de cet acabit. L’essentiel ne serait-il pas de vivre en bonne intelligence ?
Il est également question d’Histoire. Que se passa-t-il en 1902 en Martinique ? L’éruption de la montagne Pelée. Dès le début du roman, ce volcan nous fait sentir sa présence et, plus que tout, nous fait savoir que c’est lui le véritable personnage principal. D’abord ignoré, il s’exprime de plus en plus, il grogne, il nous fait savoir qu’il est bel et bien là et qu’il ne partira pas – s’il le voulait, il ne pourrait pas, de toute façon. Alors, au fur et à mesure que l’histoire avance, que Lucie et Amétise se lient d’amitié, que le grand-père et le père se déchirent, la montagne Pelée prend de l’ampleur, elle se fait de plus en plus menaçante malgré les autorités qui se veulent rassurantes et les adultes qui croient les autorités. La tension monte et, nous qui connaissons l’Histoire au contraire de nos jeunes héroïnes qui la vivent, nous nous inquiétons pour elles. Jusqu’à la dernière ligne, j’ai redouté la fin.
Un dernier point non négligeable : l’écriture qui ne prend pas les enfants pour des illettrés, qui ne sont pas infantilisés plus que de raison. Ca fait beaucoup de bien ! Et, par ailleurs, il y a de belles descriptions, notamment quand il s’agit du volcan. Donc on dit « oui » à la plume d’Ebelyne Brisou-Pellen !

La voix du volcan est un bon roman jeunesse, une bonne fiction historique. Comme tous les livres d’Evelyne Brisou-Pellen que j’ai lu jusqu’à présent, je vous le conseille 🌋

La voix du volcan, Éveline Brisou-Pellen Nathan • 2022 • 123 pages • 7€ • Genre : fiction historique, littérature jeunesse, racisme • ISBN : 9782092494158

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