Premières lignes #337

Salutations !
Aujourd’hui, ce sont les premières lignes d’un roman sorti il y a un an et qui, depuis, ne cesse de me faire de l’œil : Sidérations de Richard Powers. Je ne sais pas pourquoi, je m’attendais à un début différent. Cela dit, j’ai tout de même bien envie de me plonger dans cette lecture (d’ici la fin de l’année, j’espère). L’avez-vous lu et, si oui, qu’en avez-vous pensé ? Sinon, vous fait-il envie ? Les mots-clés qui reviennent le plus pour ce livre sont « science-fiction », « écologie » et « autisme ».
Bonne lecture et bon dimanche à vous.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

 

MAIS ALORS, ON RISQUE DE NE JAMAIS LES TROUVER ? Nous avions installé le télescope sur la terrasse, par une claire soirée d’automne, à la lisière d’une des ultimes poches de ténèbres de l’Est des États-Unis. C’était dur à dénicher, des ténèbres aussi belles, et ainsi concentrées en un seul lieu elles illuminaient le ciel. Nous avons pointé la lunette vers une trouée entre les arbres, au-dessus de notre cabane de location. Robin a écarté son œil du viseur : mon triste et singulier garçon au bord de ses neuf ans, en porte-à-faux avec ce monde.
“Tu as absolument raison. On risque de ne jamais les trouver.”
Je m’efforçais toujours de lui dire la vérité, dès lors que je la connaissais et qu’elle n’était pas mortelle. Quand je mentais, de toute façon, il le sentait.
Mais il y en a partout, non ? Vous l’avez prouvé, les mecs.
“Enfin, pas vraiment prouvé.”
Peut-être qu’elles sont trop loin. Qu’il y a trop d’espace vide, un truc comme ça.
Ses bras firent des moulinets, comme toujours quand les mots lui faisaient défaut. L’heure du coucher approchait, ce qui n’arrangeait rien. Je posai la main sur sa tignasse châtain-roux. Du même roux qu’elle – Aly.
“Et si par hasard on n’entend jamais le moindre son venir de là-haut ? Qu’est-ce que ça indiquerait ?”
Il me fit taire d’un geste de la main. Alyssa disait souvent que quand il se concentrait, on entendait les rouages. Ses yeux se plissèrent, plongés vers le sombre ravin d’arbres en contrebas. Son autre main rabotait sa fossette au menton – une autre de ses habitudes quand il réfléchissait. Il rabotait avec tant de vigueur que je dus intervenir.
“Hé, Robbie ! Il est temps d’atterrir.”
Sa paume fusa pour me rassurer. Tout allait bien. Il voulait simplement s’abandonner à la question une minute encore, jusque dans le noir de la nuit, tant que c’était possible.
Tu veux dire si on n’entendait jamais rien, jamais jamais ?
J’encourageai mon petit scientifique d’un hochement de tête – vas-y en douceur. Finie pour ce soir, la contemplation des étoiles.

Sidérations, Richard Powers, 2021.

Sidérations

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

8 réflexions sur “Premières lignes #337

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s