Rebecca

Rebecca

Résumé de l’éditeur :

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Mon avis :

Avant de commencer, je tiens à préciser que j’ai lu Rebecca dans sa traduction de 1939 (que l’on doit à Denise Van Moppès), mon édition datant de 1967. Depuis, le roman a eu droit à une nouvelle traduction (d’Anouk Neuhoff) ; comme c’est celle-ci que vous trouverez le plus fréquemment dans le commerce, ce sont ses informations que je vais renseigner en fin de chronique, et non celles de mon édition. De même, mon édition n’a pas de résumé en quatrième de couverture, c’est donc celui du site du Livre de Poche que je vous partage. Sur ce, bonne lecture à vous 🤓

Le début du roman prend place à Monte-Carlo ; la narratrice, alors dame de compagnie de Madame Van Hopper, fait la rencontre de Maximilien (Maxim) de Winter. Après quelques temps, elle l’épouse et le couple prend la direction de Manderley, la demeure de Maxim. Si les lieux sont magnifiques, l’humeur de ce dernier s’assombrit et la jeune femme commence à se sentir oppressée – avec la gouvernante, Mrs Danvers, qui ne cesse de la comparer à feu la première Madame de Winter, de son prénom Rebecca, c’est assez normal.
J’ai bien conscience que la première partie du roman pourra sembler longue pour certain·es lectrices et lecteurs, voire même qu’il pourrait être question d’un profond ennui. Mais bon, les goûts et les couleurs… et, de fait, je n’ai pas eu ce ressenti. Daphné du Maurier prend le temps de nous planter le décor, les ambiances, les personnages et ça me plaît. Nous avons tout d’abord quelque chose de très solaire, d’assez insouciant, baignant entre l’innocence de la narratrice et les ragots de Mme Van Hopper. Puis apparaît le veuf de Winter ; commencent les secrets mais le séjour à Monte-Carlo conserve une certaine candeur. Le changement se fait en arrivant à Manderley ; la narratrice redoute que les domestiques la comparent avec Rebecca, la précédente Madame de Winter morte tragiquement dans un accident de bâteau. Certes, nous avons quitté le sud de la France pour la plus fraîche Angleterre mais ce n’est pas cela qui fait paraître la sublime demeure de Manderley de plus en plus sinistre. Il y a beaucoup de descriptions, que ce soit des lieux ou des activités des différents protagonistes, et l’on prend vite conscience de la magnificence de Manderley (presque un personnage, au final !) et de sa grandeur. Seulement, en dehors du fait que Maxim se doit de retourner à ses occupations de riche propriétaire, voilà que la narratrice se retrouve jetée dans le grand bain, elle qui n’a jamais eu à s’occuper de domestiques ni de l’organisation de festivités ; en prime, le fantôme de la défunte se superpose à Manderley, comme si Manderley ne faisait qu’un avec Rebecca (elle aussi grande et magnifique). En fait, l’emprunte de cette femme extraordinaire persiste à Manderley. Nul ne peut l’oublier et, avec Mrs Danvers (qui l’adorait) et les murs et les jardins que Rebecca a imprégner de sa présence à jamais, ce serait de toute façon bien impossible. Rebecca est peut-être morte, mais elle est partout présente à Manderley.
Il y a une chose qui m’a marquée dans Rebecca : la narratrice n’a pas de prénom ni de nom, excepté de Winter une fois mariée. Je m’en suis assez vite rendue compte et j’ai pensé que je n’avais juste pas fait attention mais, en cherchant sur le net, ma remarque a été confirmée : elle est anonyme. Dans le sens où c’est un récit à la première personne, ça se comprend, cela dit il y a tout de même des dialogues, mais l’écrivaine a pris le parti de ne l’appeler que par son nom, par le tutoiement ou le vouvoiement ou encore par des adjectifs (comme vous pourriez l’appeler « ma chérie », « petite sotte », etc.). Cela m’interroge encore : pourquoi ne pas lui avoir donné de prénom ? Je n’aurai certainement jamais la réponse mais voici mon interprétation : de la bouche des individus qui l’entourent, il y a une évolution du statut de la narratrice. Elle passe en effet de dame de compagnie, que l’on nomme par de piètres qualificatifs, à Madame de Winter – elle était insignifiante, elle devient importante. Quant à l’héroïne du récit elle-même, bien sûr, elle dit « je », elle ne parle pas d’elle à la troisième personne. Maintenant que j’ai fini cette lecture et que j’ai laissé reposer un peu, je pense que l’on peut voir là une certaine humilité (c’est en effet un trait de caractère du personnage) ; de la part de Daphné du Maurier, je pense qu’il y a peut-être là une volonté d’anonymiser afin que les lectrices (notamment) puissent en quelque sorte s’identifier à cette jeune femme, comme si le fait de ne pas avoir de prénom lui donnait une certaine universalité. Enfin, il est tout à fait possible que l’on puisse simplement voir là-dedans une femme que nous croiserions à l’hôtel, avec qui nous sympathiserions et qui déciderait alors de nous raconter Manderley et Rebecca. Ainsi, ce serait aux lectrices et aux lecteurs de la nommer, de lui insuffler cette dernière chose qui lui donnerait pleinement vie.
Je me suis quelque peu égarée et j’aurais pu supprimer le paragraphe précédent mais, comme je le disais, c’est un détail qui m’a marquée. Cela peut sembler anodin mais, pour moi, ça ne l’est pas. Enfin, passons donc à la suite ! Mais restons sur cette fameuse narratrice anonyme. Après ma lecture, j’ai lu quelques retours et force est de constater que nous sommes plusieurs à être d’accord : elle est sotte. D’ailleurs, elle le reconnaît elle-même. De fait, entre un début très long et une héroïne idiote, il y a des gens qui ont décroché (voire qui n’avaient pas un seul instant accroché). Pourtant, je vous l’ai dit, les longueurs ne m’ont pas dérangée – j’étais plongée dans ma lecture, impossible de la laisser de côté ! – et je vous le dis tout de suite : j’ai aimé l’héroïne. C’est vrai, elle est sotte ; elle a la naïveté d’une jeune femme au début du XXe siècle et qui veut croire en l’amour. Parfois, elle tombe dans des pièges grossiers ; elle s’imagine beaucoup trop de choses de la part des autres mais qui, pris·e d’anxiété, n’a jamais fantasmer les pensées détestables des autres à son encontre ? Elle est humaine, peut-être un peu plus cruche que la moyenne, mais elle est aussi très sympathique, j’avais envie de lui apporter mon soutien et puis, on ne peut le nier, elle grandit. Le fantôme de Rebecca l’enfermait, un événement va la pousser à gagner en assurance, à s’affirmer.
Et c’est là que j’en viens au seul point qui me laisse dubitative et qui fait que, si Rebecca a frôlé le coup de cœur, ça restera juste une très bonne lecture. Ca arrive approximativement aux deux tiers du roman et donc, pour éviter de spoiler qui que ce soit, je vous fais tout un paragraphe à surligner si vous souhaitez le lire :


Maxim a tué Rebecca, et ça n’a rien d’un accident. Il l’avoue à la narratrice, lui confessant au passage qu’il n’aimait pas Rebecca et même qu’il la détestait. Comme il la trouvait exécrable, manipulatrice et que, une fois de plus, elle a été ignoble envers lui, il l’a tuée. On a donc là un féminicide. Vous êtes une femme, votre mari vous dit qu’il a assassiné sa première épouse, que faites-vous ? Rassurée par l’amour qu’il vous porte (amour qu’il n’a jamais eu pour la précédente), vous restez à ses côtés et le soutenez face aux accusations portées par le cousin de la défunte auprès de la justice ? Non ? Ah, vous vous méfiez voire vous fuyez à toutes jambes ? Pourtant, c’est bien ce que décide de faire la narratrice : elle reste car elle aime Maxim. Rebecca n’était pas du tout la femme parfaite que tout le monde pense et son époux ne l’avait jamais aimé, or il aime la narratrice. Alors elle n’écoute plus que son cœur et se dévoue corps et âme à son cher et tendre. Pour moi, c’est son dernier acte de sottise, couplé à une jalousie révélée. Par la suite, comme je le disais, elle gagne en assurance, en volonté, en fermeté. Elle devient une femme plus sûre et plus mature.


Mais je le redis, malgré le choix de notre jeune héroïne que je désapprouve, j’ai tout de même passé un bon moment, et tout ce qui suit cet événement m’a plu (les rencontres, les actes, la fin…) d’autant plus que cela nous fait sortir de notre indolence à Manderley pour nous plonger dans un récit plein de tension.

Rebecca n’est donc pas parfait mais cela tient du choix de la narratrice et non du roman de Daphné du Maurier. J’ai été embarquée à Manderley, j’ai passé un très bon moment de lecture et je vous recommande donc Rebecca.
Bonne lecture à vous 🥀

Rebecca, Daphné du Maurier • Titre VO : Rebecca • Traduction : Anouk Neuhoff Le Livre de Poche • 2016 (1938 VO) • 640 pages • 8,90€ • Genre : littérature anglaise • ISBN : 9782253067986

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21 réflexions sur “Rebecca

    • Ma Lecturothèque dit :

      En fonction du moment où on découvre une œuvre, des évolutions sociétales ou de notre âge, j’imagine que l’on n’en a pas tout à fait la même perception. Je suis à peu près certaine que, si j’avais lu ce roman il y a une quinzaine d’années, j’aurais trouvé cette loyauté remarquable ! Alors qu’aujourd’hui, ça me dérange 😬 Ce qui ne m’a pas empêchée d’apprécier cette lecture, cela dit 😉

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