Sidooh, tomes 1 à 14

Résumé de l’éditeur :

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Mon avis :

J’ai lu ces quatorze premiers tomes dans leur première édition, qui date un peu, alors ce sont les informations de la réédition que je vous mets en fin de chronique. Quand j’ai découvert ce manga, j’ai tout de suite adoré ! Mais voilà que Panini a stoppé la publication avec le tome 14. J’étais vraiment déçue et c’est la raison pour laquelle je rechigne désormais à commencer des séries. Enfin, voilà qu’après des années à ne plus espérer, Panini a finalement décidé de rééditer Sidooh, et ainsi de terminer la publication. Me voilà bien contente ! Au fait, ça parle de quoi ?
Le XIXe siècle a vu la fin de la période isolationniste de l’ère Edo au Japon. C’est à ce moment-là que prend place l’histoire de deux frères, Shotaro (Sho) et Gentaro (Gen) Yukimura. Livrés à eux-mêmes après le décès de leur mère, ils tentent de survivre tout en espérant pouvoir, un jour, devenir des samouraïs. 
Je dois bien admettre que, lorsque j’ai relu le premier tome, je suis restée dubitative : c’était bien mais, si je retrouvais la détermination de Gen et Sho ainsi que le dessin, je cherchais le reste qui m’avait tant plu à l’époque. L’introduction du récit est violente (TW à surligner : meurtres, viols, pédophilie) et nous présente un monde sans pitié aucune, surtout pas envers des gamins et encore moins envers des femmes. Mais j’ai bien sûr poursuivi et wouah ! Oui, l’univers est violent – le contexte historique l’est, avec diverses épidémies, avec des han (des unités administratives, d’après Wikipédia) qui se font la guerre tout en soutenant ou, au contraire, tout en attaquant les étrangers occidentaux, avec le shogunat qui se retrouve dans une position délicate et, tout simplement, avec le pays tout entier qui est dans une situation des plus précaires : il suffirait d’un rien pour que le Japon s’embrase. 
Si l’on suit Sho et Gen dans leurs pérégrinations, j’ai apprécié que l’on nous montre le quotidien de personnages aisés, pro ou anti-étrangers, mais aussi celui de gens du peuple comme celui de marginaux. Il est vrai que Sidooh est une fiction historique, il y a donc pas mal d’inventions ; il n’empêche que, au fur et à mesure que le récit avance, les éléments historiques se font de plus en plus présents. Ca m’a parfois un peu perdue car je ne connais pas beaucoup l’Histoire du Japon, pourtant ça apporte une sacrée dimension au manga et, surtout, en tant que lectrice, je me retrouve à comprendre les ambivalences de certaines décisions, à vouloir soutenir un groupe alors que je sais que l’autre n’est pas mauvais pour autan, etc. Et il faut bien le dire, si je ne connais pas vraiment l’Histoire de ce pays et si le manga est avant tout une fiction, nul doute que le contexte historique a été travaillé.
Du côté des personnages, je me souvenais adorer Gen mais, à la relecture, je pense préférer Sho, le grand frère. Dès le début, il se ressaisi et s’affirme et, au fil des tomes, il n’a de cesse de s’imposer. Il veut se battre, il veut devenir un samouraï digne de ce nom et il cultive donc non seulement sa technique de combat mais aussi son être : il est réfléchi et responsable. A contrario, Gen est fougueux, très impulsif, ce qui lui joue parfois des tours. J’ai d’ailleurs constaté que, si l’on se focalise pas mal sur l’aîné au début, on transitionne assez rapidement vers le plus jeune. Il faut dire que, avec son caractère, c’est le plus prompt à faire bouger les choses, généralement malgré lui. Pourtant, il y a de beaux moments avec Gen, notamment quand il se lie d’amitié avec un garçon de son âge et la petite sœur muette de ce dernier, ou encore quand il montre à un jeune homme ce que c’est d’être samouraï pour l’empêcher de s’engager (et donc mourir). Voilà pour les deux héros mais, à leurs côtés, on retrouve d’autres protagonistes qui sont tout aussi attachants – voire plus. Je pense notamment à Same (qui apparaît trop peu à mon goût). Véritable sentinelle, il est aussi un grand soutien, notamment pour la belle Mozu qui ne manque clairement pas de piquant (littéralement), mais aussi pour Sho. Car, ce que je ne vous ai pas dit, c’est que les deux frères intègre assez vite dans le récit un groupe d’élite mené par le charismatique Kiyozo. Ils doivent servir maître Rugi dans son ambition, mais il s’avère bien retors (envers à peu près tout le monde, même envers certains de ses alliés). Rugi est le personnage qui semble un peu fou au début mais, en vérité, c’est qu’il sait attiser la ferveur des pauvres hères – c’en est terrifiant. 
Du côté des étrangers, je regrette qu’il n’y ait pas plus de nuances. Tout est laid chez eux, ils sont comme des démons, ils sont maléfiques. Pourtant, ça fonctionne bien car ça accentue le ressenti de Gen, parce que ça nous donne envie à nous aussi de voir les étrangers boutés hors du pays. Donc, oui, la fiction exacerbe des faits (qui ont probablement eu lieu – ça ne m’étonnerait pas, en tout cas), oui, la fiction nous fait voir des bâtiments des plus bizarres, qui n’ont probablement jamais existé mais, d’un côté, cela motive d’autant plus les héros, et de l’autre, cela nous permet de découvrir des architectures bâtardes d’une certaine beauté. Ainsi, comme je l’ai dit, si ça manque de nuances, ça reste réussi.
Parlons maintenant des ellipses. Le mangaka, Tsutomu Takahashi, n’hésite pas à en faire, ainsi le récit avance bien, faisant des bonds quand il n’y a pas grand chose d’intéressant à raconter. Cela ne pose pas de problème à la lecture puisqu’elles arrivent au bon moment, et parce que c’est l’occasion de faire des points sur la situation politique du Japon. Ce sont peut-être des moments parfois difficiles à appréhender (cf. ma méconnaissance de l’Histoire du Japon), pourtant je trouve tout ça intéressant et c’est surtout l’occasion de disséminer de nouveaux enjeux dans le récit. 
Enfin, je le disais, j’aime le trait de Takahashi. C’est à la fois délicat, détaillé et nerveux. On le constate notamment dans le regard des personnages mais aussi lors des duels et autres batailles que je trouve très dynamiques. Je prends un réel plaisir à observer les planches, je les trouve superbes.  

Sidooh est une fiction historique qui mêle habilement les combats, la politique (et les trahisons qui vont avec) et l’Histoire. Les personnages sont attachants et je n’ai désormais qu’une envie : pouvoir, enfin, découvrir la suite des aventures de Sho, Gen et de leurs compagnons.
Voilà un manga que je vous recommande chaudement en ce début d’année. La série se termine en 24 tomes – parfait pour un manga avec tant d’enjeux.
Très bonne lecture à vous 🎌

Sidooh, Tustomu Takahashi • Titre VO : Sidooh • Traduction : Arnaud Takahashi, GB One puis Mariko Iki Panini • 2013 (VO) • 226 pages/tome • 8,29€/tome • Genre : manga, fiction historique, Japon • ISBN : 9782809493931

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