Premières lignes #190

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Auparavant, je vous demandais de mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article. Désormais, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.

 

3 août 1873

Je n’ai jamais eu peur comme en ce moment. On m’a laissée dans le noir, avec rien que la lumière de la rue pour écrire. On m’a ramenée dans ma chambre, on m’y a enfermée sous clef. On voulait que ce soit Ruth qui le fasse, mais elle a refusé : comment ! Moi, enfermer ma propre maîtresse, qui n’a rien fait ? Voilà ce qu’elle a dit, & pour finir le médecin lui a pris la clef & c’est lui qui a fermé, puis il a emmené Ruth. Maintenant la maison est pleine de voix, & toutes les voix disent mon nom. Si je ferme les yeux & que j’écoute, ça pourrait être un soir comme les autres.

Affinités, Sarah Waters, 1999.

Affinités

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Premières lignes #189

Bien le bonjour, très cher·es lecturovores !
Les premières lignes d’aujourd’hui sont celles d’une bande dessinée : Blacksad. Pour pouvoir en profiter pleinement, je vous invite à visiter le site de l’éditeur qui propose de feuilleter les premières pages ; vous pourrez ainsi apprécier les dessins en plus des premières lignes.

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Il y a des matins où l’on a du mal à digérer son petit-déjeuner… surtout si on se retrouve devant le cadavre de son ancien amour…

… Les dépouilles d’un beau rêve.

Blacksad, t.1 : Quelque part entre les ombres, Juan Díaz Canales et Juanjo Guarnido, 2000.

Blacksad, t.1 : Quelque part entre les ombres

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Premières lignes #188

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X UN X

Si on m’avait dit qu’en une semaine, j’allais faire tomber le Président, le Mouvement Pur, et ce petit merdeux incompétent de Morgan LeBron, je n’y aurais pas cru. Mais je n’aurais pas protesté. Je n’aurais pas dit un mot.
Je ne suis plus du genre bavarde.
Ce soir, pendant le dîner, avant que je n’articule mes dernières syllabes de la journée, Patrick tend son bras pour tapoter l’appareil argenté qui ceint mon poignet gauche. Son geste est léger, comme s’il partageait ma douleur, à moins qu’il ne veuille me rappeler de rester silencieuse jusqu’à ce que le compteur se remette à zéro, à minuit. Le miracle aura lieu pendant mon sommeil, et je commencerai mon mardi avec une page blanche. Le compteur de ma fille Sonia fera de même.
Mes fils ne portent pas de compte-mots.
À table, ils sont là, en train de discuter de leur journée à l’école, comme d’habitude.
Sonia aussi va à l’école, pourtant elle ne gaspille jamais ses mots à en parler. Entre deux bouchées d’un ragoût tout bête que j’ai cuisiné de mémoire, Patrick l’interroge sur ses progrès en histoire, en éducation civique. Est-ce qu’elle obéit bien à la maîtresse ? Est-ce qu’elle aura de bonnes notes ce trimestre ? Il sait parfaitement comment poser les bonnes questions : des questions fermées, auxquelles on peut répondre d’un simple mouvement de tête.

Vox, Christina Dalcher, 2018.

Vox

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Premières lignes #187

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1. L’orage

Voici ce qui s’est passé. La nuit qui vit la fin de la pire vague de chaleur que le nord de la Nouvelle-Angleterre ait connue – la nuit du 19 juillet – fut aussi celle où toute la région du Maine occidental fut balayée par les plus épouvantables orages que j’aie jamais vus.
Nous habitions aux bord de Long Lake et nous vîmes le premier orage s’abattre sur les eaux en progressant dans notre direction juste avant la tombée de la nuit. Tout au long de l’heure qui avait précédé, l’air était resté parfaitement immobile. Le drapeau américain que mon père avait planté sur notre hangar à bateaux en 1936 pendait mollement contre son mât. Même l’ourlet ne tressaillait pas. La chaleur était comme un objet massif, et elle semblait aussi profonde que les trous d’eau glauque que l’on trouve dans les carrières à l’abandon.

Brume, Stephen King, 1987.

Brume

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Premières lignes #186

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1

Ce qu’il y a de plus important, c’est le plus difficile à dire. Des choses dont on finit par avoir honte, parce que les mots ne leur rendent pas justice – les mots rapetissent des pensées qui semblaient sans limites, et elles ne sont qu’à hauteur d’homme quand on finit par les exprimer. Mais c’est plus encore, n’est-ce pas ? Ce qu’il y a de plus important se trouve trop près du plus secret de notre cœur et indique ce trésor enfoui à nos ennemis, ceux qui n’aimeraient rien tant que de le dérober. On peut en venir à révéler ce qui vous coûte le plus à dire et voir seulement les gens vous regarder d’un drôle d’air, sans comprendre ce que vous avez dit ou pourquoi vous y attachez tant d’importance que vous avez failli pleurer en le disant. C’est ce qu’il y a de pire, je trouve. Quand le secret reste prisonnier en soi non pas faute de pouvoir l’exprimer mais faute d’une oreille qui vous entende.

Le Corps, Stephen King, 1982.

Le Corps

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Premières lignes #185

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Avant-propos

Je venais de finir l’écriture d’un essai sur les femmes, les maisons et les tâches ménagères. Je me sentais vide et désœuvrée. Mes journées se résumaient à traîner mon pyjama sale avec mon corps dedans en me demandant que faire. Un matin, avachie sur le canapé, j’écoutais la radio quand quelqu’un évoqua la maison de Balzac, à Passy. Je sentis un frémissement. Blzac, c’était le grand amour de ma jeunesse. J’avais grandi avec ses personnages et la nostalgie d’un temps où les auteurs étaient des superstars. Et si j’y allais ?
Dans le métro, je me suis dit que c’était parfaitement grotesque. J’ai hésité à faire demi-tour. Qu’est-ce que j’allais foutre là-bas toute seule ? Tromper mon ennui et ma dépression ?J’ai poussé malgré tout jusqu’à la rue Raynouard – qui a cette caractéristique d’être très précisément à l’autre bout de Paris peu importe votre point de départ. Devant le musée, nouvelle hésitation. C’était gratuit. Je suis entrée. Il faisait sombre. Il n’y avait personne. J’ai erré dans les deux premières pièces. Il n’y avait pas grand chose à regarder. Quelques portraits posthumes mettant en scène la puissance du créateur – lui, le désœuvrement, il ne connaissait visiblement pas. Les tableaux étaient accrochés sur des murs peints dans une espèce de violet qui n’était pas sans rappeler le catalogue Castorama 2003. Ça n’avait rien d’une maison, tout était impersonnel. J’ai essayé de me convaincre que j’appréciais ce moment mais, en vrai, j’étais assez déçue.
Et puis j’ai pénétré la pièce du fond, la plus petite, le bureau de l’écrivain, seul endroit resté à peu près en l’état.

Honoré et moi, Titiou Lecoq, 2019.

Honoré et moi

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Premières lignes #184

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PROLOGUE

C’est l’histoire d’un triangle, je crois qu’on peut bien le dire : Arnie Cunningham, Leigh Cabot et, bien entendu, Christine. Mais Christine était là la première. Elle a été le premier amour d’Arnie, et je pense pouvoir affirmer, du haut de l’extraordinaire sagesse que je peux avoir atteinte en mes vingt-deux ans de vie, qu’elle en a été le seul.  C’est pourquoi je dis que ce qui est arrivé est une tragédie.

Arnie et moi, on a grandi dans le même quartier, et on a été dans les mêmes écoles depuis la maternelle. Je crois que c’est grâce à cela qu’il s’en est sorti vivant quand on est arrivé dans les grandes classes. J’étais costaud, et c’est ce qui l’a sauvé. Il en a pris plein la tronche pour pas un rond, d’accord, mais il a eu la vie sauve.
C’était le pauvre mec de la classe, vous me suivez ?

Christine, Stephen King, 1983.

Christine

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Premières lignes #183

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Maëlle

— Tu dis que ça vient de Corée du Sud ?
—  Mais non, Corée du Nord ! Sinon, je ne vois pas l’intérêt…
— Clairement ! intervient Anne-Charlotte tandis que je reprends ce truc qui me sert de téléphone des mains de Maxime pour le fourrer dans ma poche. Il faut vraiment tout t’expliquer, Mon pauvre Max ! pourquit-elle en gardant les yeux rivés sur ses ongles manucurés. Quel intérêt d’avoir un portable qui vient d’un pays où tout le monde peut aller ? Puisqu’on te dit que dans un an on reviendra tous aux vieux portables, c’est ultra classe le style rétro, you understand ? Allez, sois gentil, circule ! lui lance-t-elle d’un ton excédé, en secouant sa chevelure blonde tout en m’adressant un clin d’œil amusé.
Après avoir esquissé une moue sceptique, Maxime obéit et s’éloigne en traînant les pieds.
— Je suis contente que tu fasses partie de notre groupe, reprend Anne-Charlotte en retournant à la contemplation de ses ongles, en fait, t’es plutôt cool comme fille…
Si tu veux qu’elle t’accepte, ne montre aucune réaction. Reste neutre, détachée… tu es cool !
— Merci…, lui dis-je d’un ton laconique, alors que la sonnerie retentit.

Mytho !, Pascal Brissy et Yaël Hassan, 2019.

Mytho!

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Premières lignes #182

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Aux hommes et aux femmes
des unités de sciences du comportement et d’aide
aux enquêtes du FBI, de Quantico, Virginie,
camarades d’exploration, partenaires du voyage,
d’hier et d’aujourd’hui.


Même recouverts par la terre entière,
les crimes finissent par venir au jour.

William SHAKESPEARE
Hamlet, acte I, scène 2.

Mindhunter – Dans la tête d’un profileur, John Douglas et Mark Olshaker, 1995.

Mindhunter – Dans la tête d’un profileur

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Premières lignes #181

Bonjour !
Une fois n’est pas coutume, un peu de littérature jeunesse, adressée aux enfants à partir de 9 ans ! J’ai beaucoup aimé ce petit roman dans lequel Lilou, une fille handicapée motrice, nous raconte son entrée au collège et qui nous parle de ses projets comme faire du théâtre, par exemple. Et ce ne sont pas quelques marches qui l’empêcheront de réaliser ses rêves, ça non ! Chaque problème à sa solution, et elle compte bien le démontrer.

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1     Le grand jour

Carte d’identité

NOM : Leroux
PRÉNOM : Lilou dite Lilou à roulettes
ÂGE : Dix ans (pour le moment !)
YEUX : Marron
CHEVEUX : Châtains
SIGNES PARTICULIERS : R.A.S. ! MDR
CENTRES D’INTÉRÊTS : Le chant, le théâtre,
la plongée sous-marine, le saut en parachute,
la danse, et des milliards d’autres choses,
tout m’intéresse sur Terre.

Lilou, ma vie comme sur des roulettes, Yaël Hassan, illustré par Terkel Risbjerg, 2019.

Lilou, ma vie comme sur des roulettes

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