Premières lignes #327

L’autre jour, sur France Inter, Laélia Véron a parlé de stylométrie dans sa chronique : Votre style peut-il vous trahir ? et elle y a évoqué un livre : Affaires de style de Florian Cafiero et Jean-Baptiste Camps. J’ai tout de suite été intriguée par le titre, qui n’est pas sans évoquer un roman d’Agatha Christie, et par le contenu. Les premières livres de ce livre, qui mêle sciences et enquêtes, me tentent d’autant plus.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

 

SOURIEZ, VOUS ÊTES LUS

Le style est l’homme même.
Georges-Louis Leclerc de Buffon

Un mystérieux roman policier signé « Robert Galbraith » paraît en 2013. Ce Robert Galbraith est présenté comme un vétéran de la police militaire britannique, mais rapidement un journaliste lâche un pavé dans la mare : Robert Galbraith n’existerait pas et le roman serait en réalité l’œuvre d’une autrice connue, célébrissime même.
Un demandeur d’asile, ayant récemment fui aux États-Unis, passe devant la justice ; sous peine d’être expulsé, il doit fournir la preuve qu’il est bien un opposant politique et en danger de mort dans son pays natal.
Une horde bariolée d’extrémistes, chauffée à blanc par le perdant de l’élection présidentielle américaine, Donald Trump, tente de prendre possession du Capitole, siège de la démocratie américaine. L’objectif : interrompre le processus électoral. Mais d’où viennent ces personnes ? Elles se sont donné rendez-vous au Capitole sous l’influence d’un complotiste qui se laconiquement appeler « Q ».

Qu’ont en commun ces trois affaires ? Pour toutes, à un moment ou un autre, on a cherché à identifier qui se cachait derrière un texte, qu’il s’agisse de pamphlets politiques, d’un roman ou de théories du complot sur internet. Comment s’y est-on pris ? En tentant de reconnaître et de caractériser le style de l’autrice ou de l’auteur grâce à une méthode scientifique, la stylométrie (c’est-à-dire la mesure, « -métrie », du style) : cette méthode tient à la fois des mathématiques et de la philologie (la science des textes). Elle permet de quantifier et de mesurer le style.

Affaires de style – Du cas Molière à l’affaire Grégory : la stylométrie mène l’enquête, Florian Cafiero et Jean-Baptiste Camps, 2022.

Affaires de style – Du cas Molière à l’affaire Grégory : la stylométrie mène l’enquête

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Premières lignes #326

En 2018, je vous partageais l’incipit de Vingt-quatre heures de la vie d’une femme de Stefan Zweig. Alors que je vais enfin me lancer dans ce texte d’ici peu, je me rends compte que ce n’est pas tant l’introduction qui m’intéresse – elle est intéressante, mais elle parle de l’écrivain or, je ne vais pas vous mentir, quand je veux lire un bouquin, c’est l’histoire qui m’attire avant tout. Alors, aujourd’hui, je vous partage les premières lignes du récit ; il prend place avant la Première Guerre mondiale.
Bon dimanche à vous.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

 

Dans la petite pension de la Riviera où je me trouvais alors (dix ans avant la guerre) avait éclaté à notre table une violente discussion qui brusquement menaça de tourner en altercation furieuse et fut même accompagnée de paroles haines et injurieuses. La plupart des gens n’ont qu’une imagination émoussée. Ce qui ne les touche pas directement, en leur enfonçant comme un coin aigu en plein cerveau, n’arrive guère à le sémouvoir ; mais si devant leurs yeux, à portée immédiate de leur sensibilité, se produit quelque chose, même de peu d’importance, aussitôt bouillonne en eux une passion démesurée. Alors ils compensent, dans une certaine mesure, leur indifférence coutumière par une véhémence déplacée et exagérée.
Ainsi en fut-il cette fois-là dans notre société de commensaux tout à fait bourgeois, qui d’habitude se livraient paisiblement à de small talks et à de petites plaisanteries sans profondeur, et qui le plus souvent, aussitôt après le repas, se dispersaient : le couple conjugal des Allemands pour excursionner et faire de la photo, le Danois rondelet pour pratiquer l’art monotone de la pêche, la dame anglaise distinguée pour retourner à ses livres, les époux italiens pour faire des escapades à Monte-Carlo, et moi pour paresser sur une chaise du jardin ou pour travailler. Mais cette fois-ci, nous restâmes tous accrochés les uns aux autres dans cette discussion acharnée ; et si l’un de nous se levait brusquement, ce n’était pas comme d’habitude pour prendre poliment congé, mais dans un accès de brûlante irritation qui, comme je l’ai déjà indiqué, revêtait des formes presque furieuses.
Il est vrai que l’événement qui avait excité à tel point notre petite société était assez singulier.

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, Stefan Zweig, 1927.

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme

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Premières lignes #325

Pour ce nouveau rendez-vous « Premières lignes », il s’agit du deuxième tome d’une saga jeunesse dont le premier m’avait agréablement surprise : Les licornes du Belöwan de Thomas Verdois. Si vous n’avez pas lu le précédent livre, cela ne vous divulgachera pas grand chose, mais ce sera peut-être un brin mystérieux (et intrigant). Dans le premier tome, nous découvrions un groupe de licornes fuyant leur monde (le Belöwan) attaqué par les Ratskalls, les terrifiants hommes-rats ; nos héroïnes partaient en quête d’aide dans le monde d’Enderal, où vivent les humain·es. Désormais, au Belöwan, la révolte gronde, les licornes refusent d’être exploitées et maltraitées plus longtemps…
Pour mieux comprendre le passage suivant, notez bien que le ker peut enlever aux licornes leurs pouvoirs.
Bonne lecture et bon dimanche à vous !

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
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CHAPITRE 1

L’étincelle

Virandyaa, je n’en peux plus.
Dans les profondeurs du Belöwan, la plus âgée des licornes se retourna pour voir qui venait de s’adresser à elle. En contrebas, sur le chemin qui serpentait depuis l’Eden Ker, elle aperçut Rosalia, membre du clan des licornes de Glace, dont la robe bleutée était mouchetée de timides flocons blancs.
Comme toutes les licornes, elle traînait de lourds blocs de ker d’un bleu turquoise, presque translucide. Elle avait l’air épuisée.
Encore un effort, petite Rosalia. Nous y sommes presque. Ce soir, tu pourras te reposer.
Rosalia n’avait que trente-sept ans, ce qui particulièrement était jeune pour une licorne. Virandyaa veillait sur elle avec la bienveillance d’une grand-mère, et s’en voulait de ne rien pouvoir faire pour alléger son fardeau.
Parce qu’elle était jeune, les Ratskalls la faisaient travailler plus que les autres et ne lui accordaient aucun répit. De toute façon, ces monstres leur en demandaient toujours plus. Toujours plus de ker. Toujours plus de magie brute qu’elles devaient remonter sous forme de cubes luminescents depuis l’Eden Ker, le poumon du monde.
Je ne sais pas si j’en suis capable, Virandyaa. Je n’y arrive plus. Je suis à bout.
Tiens bon. Je te l’ai dit, nos amies vont bientôt nous délivrer. Fais-leur confiance. Ce calvaire va prendre fin.
En effet, il était temps !
Depuis presque un an, elles vivaient sous le joug des hommes-rats, les Ratskalls, qui s’étaient échappés par dizaines de la Grotte du Temps Figé. Franchissant le Ryorim, ils avaient transformé leurs villages autrefois féeriques en terribles camps de puise-magie, et les licornes n’avaient eu d’autre choix que de leur obéir. Elles qui avaient toujours veillé sur le ker, la source de toute vie et de toute magie, s’étaient retrouvées forcées de travailler afin d’en livrer autant que possible à leurs bourreaux.
C’était d’ailleurs parce qu’elles étaient les seules à pouvoir extraire cette substance des tréfonds du Belöwan que les Ratskalls les avaient épargnées. Grâce à leurs luminorias, leurs cornes magiques, les licornes pouvaient manipuler le ker et le transformer en des blocs solides utilisables par les autres créatures.
Comble de malheur, elles-mêmes étaient maintenant incapables de se servir de la magie du ker. La faute aux horribles colliers kericides, vestiges de la Guerre du Ker, que leur avaient attachées de force les Ratskalls.

Les licornes du Belöwan, tome 2 : Rébellion, Thomas Verdois, 2022.

Les licornes du Belöwan, tome 2 : Rébellion

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Premières lignes #324

Un peu de piraterie, ça vous dit ?
Aujourd’hui, je vous invite à découvrir les premières lignes de l’introduction de la bande dessinée La République du Crâne. Terminée hier, elle m’a beaucoup plu. En lisant ces quelques paragraphes, l’on comprend tout de suite une chose : ici, pas drôles de pirates, pas de monstrueux pirates… juste des hommes en quête de liberté.
Bonne lecture à vous.

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Après dix années d’existence faste, de 1716 à 1726, les pirates du XVIIIe siècle ont été exterminés, moralement et physiquement. Il ne reste plus d’eux que des légendes plus ou moins noires de romans d’aventures.
À leur époque, la bonne société, le clergé et la presse les ont condamnés , salis ; les marines militaires et les gouvernements les ont traqués, capturés, jugés puis pendus. Étaient-ils pourtant les démons braillards, sanguinaires et amoraux décrits par les journaux de leur temps ?
En réalité, ils étaient surtout, pour la plupart, issus des couches les plus pauvres et les plus fragiles de la société. Et ils exerçaient le métier le plus difficile et le plus terrible qui soit alors : marin.
Le métier âpre du marin, véritable forçat de la mer, s’inscrivait profondément dans les chairs et dans les os. Les capitaines marchands avaient droit de vie et de mort sur leur équipage et certains n’hésitaient pas à faire valoir ce « bon droit » avec la plus extrême sévérité.
Ainsi, les pirates se décrivaient plus volontiers comme des « honnêtes hommes », avides de revanche certes, mais aussi de justice : une justice à opposer à ces capitaines criminels et une revanche à prendre sur cette société qui leur avait pris leur dignité.

La République du Crâne, Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat, 2022.

La République du Crâne

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Premières lignes #323

Salutations !
Je ne sais pas si vous connaissez le compte Instagram Mère Lachaise ? Je le suis depuis sa création en 2019 et je n’ai pas manqué la sortie du livre éponyme. Enfin, il a rejoint ma bibliothèque et, si la météo le permet, je m’en vais aujourd’hui même parcourir quelques allées du cimetière du Père-Lachaise en compagnie dudit bouquin. Notons au passage le beau travail d’édition, quoique ce ne soit pas là le sujet de cet article ; nous sommes dimanche, place aux Premières lignes ! Il s’agit du début de l’introduction, pour savoir d’où est née « Mère Lachaise ».
Bon dimanche à vous.

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Introduction

En m’installant à Paris, j’ai eu un coup de foudre pour les morts. Plus exactement pour ceux du Père-Lachaise, si dignes derrière leurs vieilles pierres, côtoyant perruches, corneilles et arbres centenaires. J’ai refait cent fois le même chemin, celui menant à la tombe d’Éluard avant de me demander pour la première fois où était donc Nusch, l’amoureuse dont il chantait la dernière demeure dans Ma Morte vivante : « Et l’avenir mon seul espoir c’est mon tombeau / Pareil au tien, cerné d’un monde indifférent ». Dans le carré communiste, les mots d’amour, les graviers blancs et les arbustes taillés parfaitement sur sa tombe faisaient mentir le poète : autour de lui, le monde n’avait rien d’indifférent. La tombe blanche et confidentielle de Nusch, plus haut dans le cimetière, a été pour moi un déclic : comment avais-je pu passer autant de temps dans ce cimetière des grands hommes sans me demander où étaient les femmes ? Alors j’ai commencé à les collectionner, les mortes, et elles se sont mises à prendre beaucoup de place dans ma vie, dans mon apprentissage et ma culture. J’ai fouillé dans leur passé timidement d’abord, avec l’impression de les déranger dans leur repos, et puis, peu à peu, je les ai laissées me guider.

Mère Lachaise – 100 portrait pour déterrer le matrimoine funéraire, Camille Paix, 2022.

Mère Lachaise – 100 portrait pour déterrer le matrimoine funéraire

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Premières lignes #322

Pour ces Premières lignes, j’ai choisi un livre que l’on m’a offert (et que j’ai lu) il y a longtemps. Autant vous dire que je ne me souvenais pas que la mère (je crois ?) du héros est raciste. Je pense relire prochainement ce roman ; il me semble que rappeler que c’est un polar et j’ai bien envie d’en lire, en ce moment.
Passez un bon dimanche.

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I

La mare aux diam’s

Je suis à bord du Chérie Noire quand tout commence.
Mon yacht. J’écris yacht par orgueil. Mon bateau n’est que la copie d’une tartane méditerranéenne, bricolée par un pêcheur unijambiste (un requin ?) à la retraite. La totalité de mes droits d’auteur s’y est engloutie. Le Chérie Noire mesure 14 mètres quand même. Je l’ancre dans le luxueux port de Saint-Martin. Encore de l’orgueil. Pas question de hasarder ma tartane en pleine mer. Elle coulerait à la première vague. D’ailleurs, je déteste l’eau et je ne sais pas nager. Les promeneurs qui se baladent sur le quai se figurent je ne sais quoi en lisant le nom ! Ils n’ont pas entièrement tort. Il a fallu ruser avec Manman dont l’imagination dépasse de beaucoup celle des touristes.
– Une femme ! Philémon, ne mens pas, tu as une femme dans ta vie ! Une de tes fiancées, comme d’habitude… Et noire, par-dessus le marché !
Fiancée, c’est le mot de Manman. Elle le prononce avec un crissement de roulette de dentiste.
– Mais non Manman, que vas-tu chercher ? Le pêcheur est illettré. Comment veux-tu qu’il comprenne qu’on baptise un bateau Série Noire, du nom d’une collection de bouquins ? Une simple erreur de peinture sur la coque, Manman !

Série noire sur le Chérie Noire, Jean-Paul Nozière, 2001.

Série noire sur le Chérie Noire

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Premières lignes #321

Salutations !
Avant de déménager, j’étais passée à la librairie à côté de chez moi et j’avais demandé à l’une des patronnes de me conseiller un livre qu’elle avait aimé. Seule exigence de ma part : qu’il soit au format poche. Et ce sont donc les premières lignes de ce roman que je vous partage aujourd’hui.
Bon dimanche à vous.

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I

Décider

 

1

La veille, Samuel et Sibylle se sont endormis avec les images des chevaux disparaissant sous les ombelles sauvages et dans les masses de fleurs d’alpage ; les parois des glaciers, des montagnes, les nuages cotonneux, la fatigue dans tout le corps et la nuit sous les étoiles, sur le sommet d’une colline format un replat idéal pour les deux tentes.
Et puis au réveil, lorsque Sibylle sort de sa tente, une poignée d’hommes se tient debout et la regarde.
Il lui faut trois secondes pour les compter, ils sont huit, et une seconde de plus pour constater que les deux chevaux sont encore à quelques mètres, là où on les avait laissés hier soir. Samuel se lève à son tour, il ne comprend pas tout de suite. Il regarde sa mère et, à l’agressivité qu’il reconnaît dans la voix des Kirghizes quand ils se mettent à parler, à questionner en russe, et surtout parce qu’à sa façon de répondre il voix que sa mère à peur, il se dit que la journée commence mal.

Continuer, Laurent Mauvignier, 2021.

Continuer

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Premières lignes #320

Bien le bonjour !
Aujourd’hui, je vous partage les premières lignes de ma lecture en cours, un roman sorti durant la semaine : Les enfants des sables mouvants d’Efua Traoré. Il a été primé mais, ce qui m’a le plus attirée, c’est la couverture (cela ne se voit pas sur un écran d’ordinateur mais, en plus d’être belle, elle brille) et la quatrième de couverture qui promet au moins un bon secret de famille et une touche de magie…

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
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1

Vacances au bout du monde

Simi monta à contrecœur dans le taxi. Les sièges étaient râpeux et, si l’on se fiait à leur odeur, les passagers précédents avaient dû être une famille de chèvres. Elle fronça le nez en contenant de son mieux une autre vague de colère et de larmes.
Sa mère, qui venait de donner ses instructions au chauffeur, fit le tour de la voiture et posa une main délicate sur la portière encore ouverte. Simi l’ignora en regardant droit devant elle, les bras croisés.
— Simi, ce n’est que pour deux mois, souffla sa mère d’une voix douce.
Elle ne répondit pas.
— S’il te plaît, ne rends pas les choses plus difficiles qu’elles ne le sont déjà. Je suis vraiment heureuse d’avoir obtenu ce nouveau travail. Mais il faut que j’aille à Londres pour ma formation et je ne peux pas te laisser seule à Lagos aussi longtemps. Tu sais qu’on a vraiment besoin de cet argent maintenant que ton père et moi…
Elle ne termina pas sa phrase. Simi grimaça en rependant au divorce de ses parents et à tout ce que sa famille avait traversé depuis un an.
— Simi, crois-moi, si j’avais pu ne pas t’envoyer là-bas, je l’aurais fait. Mais je n’ai pas les moyens de te payer une colonie de vacances et je n’ai pas d’autre famille qu’elle.
Sa façon de prononcer « elle » ne fit qu’augmenter l’angoisse de Simi à l’idée de rencontrer sa grand-mère pour la première fois.

Les enfants des sables mouvants, Efua Traoré, 2021.

Les enfants des sables mouvants

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Premières lignes #319

Salutations !
Mi-mai sortira au format poche un roman qui me faisait envie lors de sa sortie en grand format et je vais donc enfin saisir l’occasion de découvrir cette histoire. Je vous partage aujourd’hui les premières lignes de Florida d’Olivier Bourdeaut, l’auteur du bien connu En attendant Bojangles (que je n’ai pas lu).

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Chapitre 1

Scotché sur une poubelle à l’intérieur du Popeyes Louisiana Kitchen, au coin des avenues Parkside et Flatbush :

Cherche jeune coloc célibataire pour le T4 du 5e étage. Loyer : 700 $. Conditions : être queer et trans friendly. Ne pas craindre le feu ni les chiens. Tout signe sauf Balance, on en a déjà un. Appeler Niko.

— Ça t’ennuie si je te touche ?
C’est la première question que son hôte tatoué pose à August après qu’elle s’est assise sur le coussin central fatigué du sofa de cuir brun – une épave toute craquelée dont elle n’a cessé de croiser le sosie au cours de ses quatre ans et demi de fac. Du genre où l’on s’écroule, où l’on se laisse ensevelir sous les bouquins, où l’on se réfugie lors des soirées pour boire un Coca éventé et ne plus avoir à parler à quiconque. Le cliché du canap’ de récup de toute colocation d’étudiants qui se respecte.
Le reste du mobilier d’étudiants est du même acabit : dépareillé, chiné dans des brocantes ou ramassé dans la rue, exception faite du fauteuil Eames haut de gamme, en face d’elle, dans lequel le tatoué (Niko de son petit nom, à en croire l’annonce) vient de s’installer.
Tout le logement est à l’avenant. Il mêle le familier au plus inhabituel. Une pièce étriquée, aux murs peints dans des tons verts et jaunes criards. Des plantes qui pendouillent dans tous les coins ou presque, avec leurs tiges lancées à l’assaut des étagères et leur délicat parfum de terreau. Les fenêtres – aux cadres collés par la peinture comme dans les vieux appartement de La Nouvelle-Orléans – ont des vitres à moitié recouvertes de dessins, donnant à la lumière de l’après-midi qui filtre à travers le papier une couleur tamisée, presque cireuse.
Dans un coin se dresse une statue de Judy Garland grandeur nature, constituée de pièces de vélo et de poussins en guimauve. On serait bien en peine de reconnaître l’actrice, sans cette pancarte qui proclame : « BONJOUR, JE M’APPELLE JUDY GARLAND ».
La main tendue, Niko observe August à travers la vapeur qui s’élève de sa tasse de thé. Il a un look rocker (noir, c’est noir), une coupe undercut de jais qui contraste avec sa peau mate plutôt claire, une mâchoire carrée et un cristal qui brille à l’une de ses oreilles. Des tatouages lui courent le long des bras et débordent de son col boutonné pour lui lécher le cou. Sa voix est un peu rauque, comme s’il venait tout juste de se débarrasser d’un rhume. Avec sa langue, il fait joujou avec un cure-dents qu’il balade le long de ses lèvres. Un vrai Danny Zuko, quoi.
August le dévisage, prise de court par sa demande.
— Pardon… Tu disais ?
— Mes intentions sont pures, précise Niko.
Il a une planche Ouija tatouée sur le dos de sa main. « FULL MOON » (pleine lune), lit-elle sur ses phalanges. Il ne manquait plus que ça…
— C’est juste pour me faire une meilleure idée de ton taux vibratoire. Parfois, le contact physique, ça aide.

One Last Stop, Casey McQuiston, 2021.

One Last Stop

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Premières lignes #318

Salutations !
Mi-mai sortira au format poche un roman qui me faisait envie lors de sa sortie en grand format et je vais donc enfin saisir l’occasion de découvrir cette histoire. Je vous partage aujourd’hui les premières lignes de Florida d’Olivier Bourdeaut, l’auteur du bien connu En attendant Bojangles (que je n’ai pas lu).

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
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Ne trouvez-vous pas cocasse que dans un pays de gagnants, ma malédiction soit d’avoir un jour gagné ? Pas n’importe quel jour, celui de mes sept ans. Ma mère me disait que j’étais très belle et que je n’étais pas trop bête. L’ordre des compliments est important, la forme aussi. J’étais très belle, une affirmation. Je n’étais pas trop bête, une négation. Elle aussi était belle et plutôt intelligente. C’était la raison pour laquelle je ne comprendrai jamais cette journée d’anniversaire ni toutes celles qui ont suivi pendant cinq ans. Enfin si, je comprends maintenant. Je comprends, mais je ne pardonne pas. Je ne pardonnerai jamais.

Florida, Olivier Bourdeaut, 2021.

Florida

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