Premières lignes #222

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.

HETTY

1.

Quelque chose. Là-bas dans l’ombre blafarde. Entre les arbres, là où les fourrés s’enchevêtrent à foison. Ça bouge. On peut le voir du toit, à la façon dont les broussailles se referment sur sa course bruissante vers l’océan.
De cette taille-là, sans doute un coyote, le grand format, ceux qui t’arrivent à l’épaule. Des dents comme des lames qui tiennent dans la paume de ma main. Je sais parce que j’en ai trouvé une, un jour, qui dépassait de la grille, juste le bout. Je l’ai rapportée, planquée sous mon lit.
Une dernière charge saccageant les broussailles et puis retour au calme. De l’autre côté du toit, Byatt abaisse sa carabine, la cale contre la rambarde. Route dégagée : la voie est libre.
Je garde mon arme épaulée, juste au cas où, viseur vissé à mon œil gauche. L’autre est mort.

Wilder Girls, Rory Power, 2019.

Wilder Girls

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Premières lignes #221

Salutations !
Aujourd’hui, je vous présente les premières lignes d’un roman qui m’avait tapé dans l’œil il y a quelques semaines, l’ayant découvert sur plusieurs de vos blogs. La couverture m’avait attirée d’emblée mais il faut dire que le début de ce roman, dans lequel le narrateur se présente brièvement, m’a bien plu aussi.

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avant de commencer

Bon, j’ai deux noms.
C’est ce que je dis quand on me demande mon deuxième prénom. Je dis :
« Bon, j’ai deux noms. »
Mon premier nom est Frank Li. Papa-maman pensaient surtout au nombre de lettres quand ils me l’ont donné.
Si, si, c’est vrai : F+R+A+N+K+L+I, ça fait sept lettres, et le sept est un chiffre porte-bonheur en Amérique.
Frank est mon prénom américain, donc le vrai.
Mon second nom est Sung-Min Li, c’est mon nom coréen, et il est soumis à la même cosmologie numéro-logique : S+U+N+G+M+I+N+L+I, neuf lettres, or le neuf est un chiffre porte-bonheur en Corée. Personne ne s’appelle Sung-Min, pas même papa-maman. Ils m’appellent juste Frank.
Je n’ai donc pas de deuxième prénom. À la place, j’ai deux noms.
Enfin bref, je suppose que mes deux chiffres porte-bonheur, le sept et le neuf, sont censés faire de moi une sorte de pont entre les cultures ou quelques chose dans le genre. Amérique, je te présente la Corée, Corée, je te présente l’Amérique.
C’est bon ? Je peux retourner à mes occupations ?
Très bien.

Frankly in Love, David Yoon, 2019.

Frankly in Love

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Premières lignes #220

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Chapitre 1

Deuxième classe Kiriya

1

Quand les balles commencent à fuser, ce n’est plus qu’une question de temps avant que la peur n’envahisse le soldat. Tu es là, avec la Mort qui siffle au-dessus de ta tête.
Les obus au loin détonent avec un bruit sourd et boueux, un son creux que tu ressens plus que tu ne l’entends. Ceux qui tombent près sonnent haut et clair. Ils hurlent d’une voix qui te fait crisser les dents, et tu sais que ceux-là viennent dans ta direction. Ils s’enfoncent profondément dans le sol et soulèvent un rideau de poussière qui reste suspendu, dans l’attente du prochain qui va le déchirer.
Des milliers d’obus éventrent les cieux – des éclats de métal pas plus gros que mon doigt – mais un seul suffit à te tuer. Un seul suffit à transformer ton meilleur pote en steak fumant.
La Mort vient sans crier gare, en un battement de cœur, et elle ne fait pas la difficile.

Edge of Tomorrow, Hiroshi Sakurazaka, 2004.

Edge of Tomorrow

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Premières lignes #219

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La Voix de la raison 1

Elle arriva chez lui au petit matin.
Elle entra discrètement, tout doucement, à pas feutrés, flottant dans la pièce comme un fantôme, un spectre. Le froufrou de sa mante à capuchon sur sa peau nue était le seul bruit qui accompagnait ses gestes. C’est pourtant cet infime bruissement, à peine audible, qui réveilla le sorceleur, ou plutôt le tira du demi-sommeil qui le berçait avec monotonie. Il était comme dans un gouffre insondable, en suspens entre le fond et la surface d’une mer paisible, parmi les lianes de goémons qui ondulaient tout doucement.

Sorceleur, tome 1 : Le dernier vœu, Andrzej Sapkowski, 1990.

Sorceleur, intégrale

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Premières lignes #218

Bonjour, les lecturovores !
Une fois n’est pas coutume, je publie les Premières lignes aujourd’hui afin de garder le dernier jour de mai pour vous partager mon bilan de lectures.
Je vous présente aujourd’hui un livre qu’une amie m’a donné il y a quelques semaines (encore merci!) et qui est une suite mais dont l’incipit ne dévoile rien. Il s’agit de Docteur Sleep, la suite du très célèbre Shining de Stephen King. Ici, nous avons en tout trois lignes mais qui me semblent donner le ton du roman – que je vais certainement lire cet été.
Petite précision pour que tout le monde puisse comprendre de quoi il est question : les AA sont les Alcooliques anonymes, et Jack Torrance luttait contre ses problèmes avec l’alcool dans le précédent roman de King.
Bon week-end à vous !

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Préliminaires

« PEUR signifie tout Plaquer En URgence »
Vieux slogan des AA

Docteur Sleep, Stephen King, 2013.

Docteur Sleep

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Premières lignes #217

Bonjour, les lecturovores !
Aujourd’hui, je vous propose de découvrir les premières lignes d’un roman que j’ai très très envie de découvrir : Wyld de Nicholas Eames.

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1

LE FANTÔME SUR LA ROUTE

Il suffisait de jeter un coup d’œil à l’ombre de Clay Cooper pour deviner que l’homme était sans doute plus impressionnant encore qu’il en avait l’air. Plus grand que la plupart des gens, il avait de larges épaules et un torse évoquant un tonneau cerclé de fer. Les chopes prenaient des allures de tasses en porcelaine entre ses mains. Cachée sous une barbe brune et broussailleuse, sa mâchoire était large et tranchante comme une lame de pelle. Son ombre étirée par le soleil couchant se traînait derrière lui comme si elle cherchait obstinément à rappeler celui qu’il avait été : un géant redoutable qui n’avait eu qu’une vague notion du concept de pitié.
Sa journée de travail terminée, Cooper traversa Coverdale en empruntant le chemin de terre qui faisait office de grande avenue. Il marchait d’un pas pesant, adressant un petit sourire ou un signe de tête à ceux qui se hâtaient de rentrer chez eux avant la nuit. Il portait le tabard vert de la milice sur un justaucorps en cuir râpé. Une vieille épée rangée dans un fourreau usé se balançait à sa hanche, et un bouclier – fendu, balafré et lacéré par d’innombrables lames, flèches et griffes – était accroché dans son dos. Quant à son casque… eh bien, Clay avait égaré celui que le sergent lui avait donné la semaine d’avant. Comme le précédent, un mois plus tôt. Comme tous ceux qu’il avait reçus au cours de ses dix années de service. Ils disparaissaient mystérieusement à intervalles plus ou moins réguliers.
Un casque limitait le champ de vision, étouffait les sons et vous donnait l’air passablement idiot. Il était hors de question que Clay Cooper porte un casque.
— Clay ! Hé, Clay !
Pip marchait vers lui d’un pas alerte. Il portait l’uniforme vert de la milice et tenait son ridicule galure blindé au creux du bras.
— Je viens de terminer mon quart à la porte sud, déclara le jeune homme avec enthousiasme. Et toi ?
— À la nord.
— Génial ! (Pip sourit et hocha la tête comme si Clay venait de lui raconter une histoire fascinante.) T’as vu des trucs intéressants ?
Clay haussa les épaules.
— Des montagnes.
— Ha ! Des montagnes, qu’il dit ! Classique. Au fait, t’as entendu la nouvelle ? Y paraît que Ryk Yarsson a vu un centaure du côté de la ferme de Tassel.
— Sans doute un élan.
Le jeune homme toisa Clay d’un air sceptique. À l’évidence, il estimait peu probable que Ryk ait confondu un centaure avec un cervidé.
— Ouais, bon… Ça te dit d’aller écluser quelques chopes à La Tête du Roi ?
— Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, répondit Clay. Ginny m’attend à la maison et…
Il s’interrompit, incapable de trouver une autre excuse.
— Allez ! insista Pip. Juste une, alors. Une seule.
Clay laissa échapper un grognement, plissant les yeux dans le soleil et se demandant si la saveur amère d’une bière valait la peine d’affronter la colère de Ginny.
— Bon, d’accord, céda-t-il. Juste une.

Wyld, tome 1 : La Mort ou la gloire, Nicholas Eames, 2017.

Wyld, t.1 : La Mort ou la gloire

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Premières lignes #216

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INTRODUCTION

Suite à la publication dans le World du récit de mes mésaventures à l’asile d’aliénées de Blackwell’s Island, j’ai reçu plusieurs centaines de lettres.
Le numéro contenant mon témoignage étant épuisé, on m’a conseillé d’y consacrer un livre pour les lecteurs qui souhaiteraient en obtenir une copie.
Par bonheur, après mes révélations sur ce sujet, la Ville de New York a alloué un million de dollars supplémentaire à la prise en charge des malades mentaux. Je puis donc me réjouir d’au moins une chose : grâce à mon travail, les affligés bénéficieront de meilleurs soins.

Nellie Bly

Dix jours dans un asile, Nellie Bly, 1887.

10 jours dans un asile

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Premières lignes #215

Salutations !
Aujourd’hui, je vous propose de découvrir les premières lignes de Semiosis, l’une de mes lectures en cours. Même si je trouve peu de temps pour avancer dans ma lecture, bien qu’il n’y ait pas des masses d’action, je vous avoue que je trouve le récit très prenant ! J’espère que cet incipit vous donnera envie d’en découvrir plus.

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Octavo

An 1 – Première génération

« Reconnaissants de l’occasion qui nous est donnée
de fonder une nouvelle société en pleine harmonie
avec la nature, en scellant ce pacte, nous nous pro-
mettons confiance mutuelle et soutien. Nous serons
confrontés à des épreuves, des dangers, voire à
l’échec, mais nous rechercherons avec prudence et
raison la joie, l’amour, la beauté, la communauté
et la vie. »

Extrait de la Constitution
de la Communauté de Pax,
rédigée sur Terre 2065

La guerre avait commencé bien avant notre arrivée : c’était leur mode de vie. Elle fit ses premières victimes dans nos rangs avant que nous ayons compris ce qui se passait, par une soirée calme en apparence. Pourtant nous savions déjà à l’époque que le danger guettait sans doute.
Mon épouse, Paula, secoua la tête en quittant la hutte-radio sur la place de notre petit village. « Il y a trop de parasites, encore une fois. Je réessaierai plus tard, mais si elles ne répondent pas, on partira à leur recherche. »
Une heure plus tôt, trois femmes étaient sorties cueillir des fruits. Elles ne revenaient pas, ne répondaient pas à nos appels radio, et le soleil touchait presque le sommet des collines.

Semiosis, Sue Burke, 2018.

Semiosis

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Premières lignes #214

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Première partie

Les temps nouveaux

« Vos gratte-ciel ? Ils sont bien petits ! »
(Déclaration de Le Corbusier
aux journalistes new-yorkais.)

François Deschamps soupira d’aise et déplia ses longues jambes sous la table.
Pour franchir les deux cents kilomètres qui le séparaient de Marseille, il avait traîné plus d’une heure sur une voie secondaire et supporté l’ardeur du soleil dans le wagon tout d’acier d’un antique convoi rampant. Il goûtait maintenant la fraîcheur de la buvette de la gare Saint-Charles. Le lon des murs, derrières des parois transparentes, coulaient des rideaux d’eau sombre et glacée. Des vibreurs corpusculaires entretenaient dans la salle des parfums alternés de la menthe et du citron. Aux fenêtres, des nappes d’ondes filtrantes retenaient une partie de la lumière du jour. Dans la pénombre, les consommateurs parlaient peu, parlaient bas, engourdis par un bien-être que toute phrase prononcée trop fort eût troublé.
Au plafond, le tableau lumineux indiquait, en teintes discrètes, les heures de départs. Pour Paris, des automotrices partaient toutes les cinq minutes. François savait qu’il lui faudrait à peine plus d’une heure pour atteindre la capitale. Il avait bien le temps. En face de lui, la caissière, les yeux mi-clos, poursuivait son rêve.

Ravage, René Barjavel, 1943.

Ravage

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Premières lignes #213

Mes cher·es lecturovores,
La semaine dernière, je vous partageais les premières lignes du Seigneur des Anneaux traduit par Francis Ledoux (1972). Comme j’ai enfin eu l’occasion de découvrir le début de cette œuvre traduit par Daniel Lauzon, traduction plus récente datant de 2014, j’ai décidé de vous le partager. Ainsi, vous pourrez comparer vous-mêmes cette introduction à l’univers de Tolkien !

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Prologue
1
À propos Des Hobbits

Ce livre est en grande partie consacré aux Hobbits, et le lecteur pourra découvrir dans ses pages une bonne part de leur caractère et un peu de leur histoire. D’autres informations se trouvent également dans l’extrait du Livre Rouge de la Marche-de-l’Ouest déjà publié sous le titre Le Hobbit. Cette histoire était tirée des premiers chapitres du Livre Rouge, composés par Bilbo lui-même, le premier Hobbit à s’être fait connaître dans le monde entier ; histoire qu’il intitula Un aller et retour, puisqu’elle racontait son voyage dans l’Est et son retour à la maison – une aventure qui finit par entraîner tous les Hobbits dans les grands événements de cet Âge dont il sera ici question.
Mais de nombreux lecteurs voudront peut-être, d’entrée de jeu, en savoir davantage au sujet de ce peuple remarquable, tandis que d’autres pourraient ne pas posséder le précédent livre. C’est pourquoi nous rassemblons ici quelques notes sur les points les plus importants, tirées de la tradition hobbite ; et nous rappelons brièvement la première aventure.

Les Hobbits sont un peuple longtemps passé inaperçu mais néanmoins très ancien, plus nombreux autrefois qu’il ne l’est aujourd’hui ; car ils aiment la paix, la tranquillité, et une bonne terre aux longs labours : rien ne leur convenait mieux qu’une campagne bien ordonnée et bien cultivée.

Le Seigneur des Anneaux, tome 1 : La Fraternité de l’Anneau, J.R.R. Tolkien, 1954.

Le Seigneur des Anneaux, tome 1 : La Fraternité de l’Anneau

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