Premières lignes #137

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Auparavant, je vous demandais de mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article.  Désormais, si vous avez une page dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; ce sera plus rapide pour moi d’actualiser vos liens – et je passerai toujours découvrir vos premières lignes.

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Première partie

en guise d’introduction

1
premier entretien

Petit con prétentieux, pensa Jack Torrance. Ullman mesurait tout juste un mètre soixante et il avait les gestes brusques et secs des hommes petits et gros. La raie de ses cheveux était impeccable, son complet sombre strict mais rassurant. Tout en disant au client : « Je suis à vous, je vous écoute », et aux employés, plus sèchement : « Attention, je vous ai à l’œil. » Il avait piqué un œillet rouge à sa boutonnière, peut-être pour éviter qu’on ne le prît pour un croque-mort.
L’écoutant parler, Jack se disait que de toute façon, vu les circonstances, il aurait eu du mal à éprouver de la sympathie pour quiconque se fût de l’autre côté de ce bureau.
Ullman venait de lui poser une question qu’il n’avait pas saisie. C’était un mauvais point pour lui, car Ullman était homme à relever ce genre de gaffe et à l’enregistrer dans son ordinateur mental pour la lui ressortir un jour.
— Je vous demande pardon ?
— Je vous demandais si votre femme comprends bien les risques que vous courez en venant ici. Et puis il y a votre fils (il jeta un coup d’œil sur la demande d’emploi posée devant lui), Daniel, cinq ans. Votre femme n’est pas un peu réticente ?
— Wendy est une femme extraordinaire.
— Et votre fils aussi ?
Jack lui adressa son plus beau sourire « dents blanches » :
— Nous avons la faiblesse de le croire. Il est très indépendant pour son âge.

Shining, Stephen King, 1977.

Shining

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Premières lignes #136

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La forme du pouvoir est toujours la même, c’est la forme d’un arbre : des racines à la cime, un tronc central d’où naissent des branches d’où renaissent d’autres branches, toujours plus longues, toujours plus fines. La forme du pouvoir est semblable au tracé d’une chose vivante qui se démène pour se projeter vers l’extérieur, pour étendre ses vrilles un peu plus loin, toujours un peu plus loin.
Cette forme est celle des fleuves qui se jettent dans l’océan – de filets d’eau en ruisseaux, de ruisseaux en courants, de courants en torrents, une formidable force se rassemble, bouillonne, et gagne en vigueur pour se déverser dans l’imposante puissance marine.

Le Pouvoir, Naomi Alderman, 2017.

Le Pouvoir

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Premières lignes #135

Partant en vacances, j’actualiserai les liens dès que j’en aurai la possibilité. En attendant, pour les partager avec les autres lecteurs et lectrices, n’hésitez pas à les mettre en commentaires !

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Présentation

Qu’elles vendent des grimoires sur Etsy, postent des photos de leur autel orné de cristaux sur Instagram ou se rassemblent pour jeter des sorts à Donald Trump, les sorcières sont partout. Davantage encore que leurs aînées des années 1970, les féministes actuelles semblent hantées par cette figure. La sorcière est à la fois la victime absolue, celle pour qui on réclame justice, et la rebelle obstinée, insaisissable. Mais qui étaient au juste celles qui, dans l’Europe de la Renaissance, ont été accusées de sorcellerie ? Quels types de femmes ces siècles de terreur ont-ils censurés, éliminés, réprimés ?
Ce livre en explore trois et examine ce qu’il en reste aujourd’hui, dans nos préjugés et nos représentations : la femme indépendante – puisque les veuves et les célibataires furent particulièrement visées ; la femme sans enfant – puisque l’époque des chasses a marqué la fin de la tolérance pour celles qui prétendaient contrôler leur fécondité ; et la femme âgée – devenue, et restée depuis, un objet d’horreur. Enfin, il sera aussi question de la vision du monde que la traque des sorcières a servi à promouvoir, du rapport guerrier qui s’est développé alors tant à l’égard des femmes que dans la nature : une double malédiction qui reste à lever.

Sorcières – La puissance invaincue des femmes, Mona Chollet, 2018.

Sorcières – La puissance invaincue des femmes

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Premières lignes #134

Aujourd’hui, je ne vais pas vous faire découvrir des premières lignes à proprement parler car, dans ce livre, il s’agit du résumé des tomes précédents. Je vais plutôt vous partager les premières lignes du récit qui ne dévoilent rien de l’intrigue. Je ne sais pas pourquoi mais, en lisant ces lignes, j’ai eu envie de placer l’événement en automne (peut-être parce qu’il est question de gaufres et que j’aime en manger durant cette saison!).

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la fête

L’horloge fonçait à toute allure. C’était une immense comtoise montée sur roulettes avec un balancier qui battait puissamment les secondes. Ce n’était pas tous les jours qu’Ophélie voyait un meuble de cette stature se précipiter sur elle.
– Veuillez l’excuser, chère cousine ! s’exclama une jeune fille en tirant de toutes ses forces sur la laisse de l’horloge. Elle n’est pas si familière d’habitude. À sa décharge, maman ne la sort pas souvent. Puis-je avoir une gaufre ?
Ophélie observa prudemment l’horloge dont les roulettes continuaient de crisser sur le dallage.
– Je vous mets du sirop d’érable ? demanda-t-elle en piochant une gaufre croustillante sur le présentoir.
– Sans façon, cousine. Joyeuses Tocantes !
– Joyeuses Tocantes.
Ophélie avait répondu sans conviction en regardant la jeune fille et sa grande horloge se perdre dans la foule. S’il y avait un événement qu’elle n’avait pas le cœur à fêter, c’était bien celui-là. Assignée au stand de gaufres, au beau milieu du marché artisanal d’Anima, elle n’ene finissait pas de voir défiler des pendules à coucou et des réveille-matin.

La Passe-miroir, livre 3 : La Mémoire de Babel, Christelle Dabos, 2017.

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Premières lignes #133

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Prologue

mai

Barney Doyle était assis devant son établi en désordre et tentait, pour la quatrième fois en sept ans, de réparer l’antique tondeuse d’Olaf Andersen. Il avait démonté le cylindre et envisageait sérieusement de faire donner l’extrême-onction à la machine – ce que les bons pères de l’église de Sainte-Catherine désapprouveraient sûrement. La tête du cylindre était fêlée – c’était pour ça qu’Olaf ne pouvait pas mettre l’appareil en marche – et sa chemise avait l’épaisseur d’une feuille de papier, du fait de l’usure et d’une précédente réparation. Andersen serait mieux inspiré d’investir dans une Toro électrique, avec cloches et sifflets incorporés, et de laisser cette ruine rouiller en paix. Barney savait qu’Olaf ferait tout un foin s’il lui fallait acheter un nouvel engin, mais c’était son problème. Il savait aussi que s’il réussissait à se faire payer après avoir émis une telle opinion, cela tiendrait du miracle. Toutes les parties concernées seraient bien plus satisfaites si Barney parvenait à convaincre cette machine agonisante de travailler un dernier été. Il se mit à aiguiser les lames d’un geste automatique tout en réfléchissant au problème. Il pouvait encore tenter un coup. Un joint de bonne taille ferait l’affaire – et il réparerait la fêlure au moyen d’une soudure. Cela suffirait amplement. Mais, s’il échouait, il aurait perdu à la fois son temps et l’argent des pièces de rechange. Non, finit-il par décider, mieux valait dire à Andersen de se préparer à un enterrement.
Une brise chaude vint faire vibrer la fenêtre entrouverte. Barney décolla sa chemise humide de sa poitrine. Meggie McCorly, pensa-t-il distraitement tandis qu’un sourire naissait sur son visage ridé. Comme elle était belle quand elle rentrait de l’école chaque soir, vêtue d’une robe de coton toute simple dont le tissu tendu révélait de larges hanches et des seins plantureux. L’espace d’un instant, il fut envahi par un flot de souvenirs, si vivaces qu’il sentit l’écho du désir monter au creux de ses vieux reins. Il prit un mouchoir et s’essuya le front. Il savourait les senteurs printanières, le chaud parfum de la nuit, si semblables aux odeurs qui couraient dans les vergers et les champs du comté de Wexford.

Faërie, Raymond E. Feist, 1988.

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Premières lignes #132

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été

J’habite une petite maison au pied d’une petite colline. C’est à Kamakura, dans la préfecture de Kanagawa, mais dans les terres, assez loin de la mer.
Avant, je vivais avec l’Aînée; depuis sa disparition il y a trois ans environ, j’occupe seule cette vieille maison traditionnelle. Mais je ne me sens pas trop isolée car il y a toujours une présence aux alentours. Même dans ce quartier où, la nuit, c’est si calme qu’on se croirait dans une ville fantôme, au matin la vie reprend ses droits et l’on entend des voix s’élever ici et là.

La papeterie Tsubaki, Ito Ogawa, 2016.

La papeterie Tsubaki

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Premières lignes #131

Salutations, ami.e.s lecturovores !
De nouveau, je partage avec vous les premières lignes de ma lecture en cours. J’ai quitté l’espace et le CIEL pour retourner sur Terre, en Angleterre, à l’époque victorienne. C’est Nancy, une jeune femme du Kent, qui nous raconte son histoire, à commencer par sa vie en bord de mer, à travailler dans le restaurant familial. Par la suite, elle fait la connaissance d’une chanteuse de music-hall. Cette rencontre va changer sa vie.

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1

Avez-vous eu déjà l’occasion de déguster des huîtres de Whitstable ? Si oui, vous ne les aurez pas oubliées. Un caprice de la côte du Kent fait de Whitstable, comme on dit, un très grand « cru », l’huître la plus grasse et la plus moelleuse, la plus succulente et en même temps la plus suave de tout le pays. Une huître dont la réputation n’est plus à faire. Les Français, fins gourmets s’il en est, traversent la Manche pour l’amour d’elle, et on l’expédie, sur un lit de glace, jusqu’à Berlin et à Hambourg. Je me suis laissée dire que le roi lui-même se paie des soupers d’huîtres dans un hôtel discret de Whitstable en compagnie de sa bonne amie Mme Keppel, et quant à feu la reine, si l’on en croit la légende, elle goba une whitstable à dîner tous les jours de sa vie.
Avez-vous eu l’occasion de passer par Whitstable, de voir ses bars à huîtres ? Mon père tenait un de ces petits restaurants.

Caresser le velours, Sarah Waters, 1998.

Caresser le velours

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Premières lignes #130

Bien que plusieurs bouquins de la rentrée littéraire me tentent, je ne pensais pas en lire car j’évite d’acheter des livres pour me concentrer sur ma PAL. Mais une copine m’a prêté Le Roman de Jeanne, et me voici plongée dedans ! Pour tout vous dire, le début m’a semblé un peu bizarre mais maintenant j’ai bien du mal à décrocher.

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PROLOGUE

Des centaines de milliers d’années avant que l’astéroïde Chicxulub ne vienne rayer les dinosaures de la surface du globe, une période d’éruptions a commencé dans le Deccan, une région du sous-continent indien. Les volcans s’y sont mis à vomir du soufre et du dioxyde de carbone, empoisonnant l’atmosphère et déstabilisant les écosystèmes.
Les dinosaures — tout comme la plupart des autres créatures — étaient donc déjà à l’agonie quand l’astéroïde a percuté la planète.
Les volcans ont bouleversé l’environnement. Noirci le ciel. Gravé la mort dans l’histoire du monde. Réécrit sa géographie. Pourtant, la Terre a pu renaître de ses cendres, et ce n’était pas par miracle, non : les organismes vivants étaient simplement trop tenaces. Ils ont refusé de baisser les bras.
Oui, la vie a fini par resurgir, comme elle le fait toujours. Des profondeurs de l’océan, du lit des rivières, des biosphères secrètes enfouies dans d’épais tombeaux de glace, de tous ces mondes parallèles, cachés sur Terre, dont la diversité et l’étrangeté n’ont d’égales que celles de l’espace intersidéral.
Bien plus tard, un nouveau géocataclysme de cette envergure a eu lieu… mais celui-là était tout sauf accidentel.

Le Roman de Jeanne, Lidia Yuknavitch, 2018.

Le Roman de Jeanne

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Premières lignes #129

J’avoue, ce ne sont pas, cette fois-ci, les premières lignes à proprement parler du roman mais les celles du récit.

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1

Uméroooooo unnn
fidêêêê
miraaaaa mérooo unn
Ces sons ; même dans la brume.

2

Mais parfois les sons – comme la douleur – s’estompaient, et il n’y avait plus que le brouillard. Il se souvenait des ténèbres : ténèbres compactes qui avaient précédé la brume. Cela voulait-il dire qu’il faisait des progrès ? Que la lumière soit (même du genre brumeux) car la lumière était bonne et ainsi de suite. Ces sons avaient-ils existé dans les ténèbres ? Il ignorait la réponse à ces questions.
Cela avait-il le moindre sens de les poser ? Même à cela il ne pouvait pas répondre.
La douleur rôdait quelque part en dessous des sons. Elle gisait à l’est du soleil et au sud de ses oreilles. C’était là tout ce qu’il savait.

Misery, Stephen King, 1987.

Misery

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Premières lignes #128

Le livre dont je vous présente aujourd’hui les premières lignes est un roman gothique parlant d’une vampire, Carmilla. Il est sorti en 1872, avant Dracula de Bram Stoker. D’un moindre succès, il reste semble-t-il un grand classique de la littérature gothique et de la littérature vampirique. Je l’ai acheté il y a quelques semaines et je compte bien le lire avant Halloween !

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Prologue

Un feuillet accompagne le récit qui va suivre. Dans cette note assez détaillée, le Dr Hesselius fait référence à l’essai où il aborde le curieux sujet sur lequel le manuscrit jette une vive lumière.
Le docteur traite de cette mystérieuse question de manière très directe et très dense, tout en faisant preuve de son érudition et de sa perspicacité habituelles. Cet essai ne représentera qu’un des volumes de la série rassemblant les écrits de cet homme extraordinaire.
Comme je publie ici ce cas afin d’y intéresser le grand public, je ne modifierai en rien le récit qu’en fait la narratrice, une femme intelligente au demeurant. C’est aussi pourquoi, après mûre réflexion, j’ai décidé de ne pas présenter de résumé des analyses du docteur, ni d’extrait de son exposé sur un sujet qu’il décrit comme « ayant fort probablement trait aux arcanes les plus profonds de notre existence duelle, et à ses intermédiaires ».

Carmilla, Joseph Sheridan Le Fanu, 1872.

Carmilla

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