Premières lignes #102

Amie.e.s lecturovores, j’ai choisi les premières lignes d’un roman que j’ai eu l’occasion d’étudier au lycée ; je me souviens l’avoir bien aimé, et relire la première page me conforte assez dans cette idée. J’ai donc l’intention de le lire au cours de l’année.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Mettez le lien de votre RDV en commentaire de l’article, et je dresserai une petite liste. Elle est actualisée chaque semaine en fonction des participant.e.s.

.

Quand surviennent les ennuis, il faut serrer les rangs, dit-on, et c’est ce que font les Blancs. Mais nous n’étions pas dans leurs rangs. Ma mère n’avait jamais plu aux dames de la Jamaïque, « parce qu’elle, jolie, jolie personne comme tout », disait Christophine.
Ma mère était la seconde femme de mon père, bien trop jeune pour lui, pensaient-elles, et, qui pis est, Martiniquaise. Quand je lui demandais pourquoi si peu de personnes venaient nous voir, elle me répondait que la route de Spanish Town au domaine Coulibri, où nous demeurions, était très mauvaise et que le projet de la réparer était maintenant chose du passé. (Mon père, les visiteurs, les chevaux, être en sûreté dans son lit – tout cela appartenait au passé.)

La prisonnière des Sargasses, Jean Rhys, 1966.

La prisonnière des Sargasses

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi  :

Lire la suite

Publicités

Premières lignes #101

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Mettez le lien de votre RDV en commentaire de l’article, et je dresserai une petite liste. Elle est actualisée chaque semaine en fonction des participant.e.s.

.

Première partie

 

Paris,
14 mai 1924

Chers parents,
Hier soir je me suis rendu dans un club de Montparnasse, où les hommes s’habillent en femmes et les femmes en hommes. Papa aurait adoré ça et le visage de Mama se serait crispé en ce sourire si particulier qu’elle arbore quand Papa manifeste sa passion pour tout ce qui est français.
Le lieu s’appelle le Caméléon. On y descend par quelques marches depuis le trottoir. Il faut un mot de passe pour entrer. Le mot de passe est : Police ! Ouvrez ! Les clients trouvent ça drôle.

Deux amantes au Caméléon, Francine Prose, 1932.

Deux amantes au Caméléon

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi  :

Lire la suite

Premières lignes #100

Pour ce centième RDV, j’ai choisi les premières lignes d’un roman que ma copine adore et dont vous avez sûrement déjà entendu parler (et j’ai l’intention de le lire cette année). Il s’agit de L’amie prodigieuse d’Elana Ferrante.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Mettez le lien de votre RDV en commentaire de l’article, et je dresserai une petite liste. Elle est actualisée chaque semaine en fonction des participant.e.s.

.

Prologue

Effacer les traces

 

1

Ce matin Rino m’a téléphoné, j’ai cru qu’il voulait encore de l’argent et me suis préparée à le lui refuser. Mais le motif de son appel était tout autre : sa mère avait disparu.
« Depuis combien de temps ?
– Quinze jours.
– Et c’est maintenant que tu m’appelles ? »
Mon ton a dû lui paraître hostile ; pourtant je n’étais ni en colère ni indignée, juste un tantinet sarcastique. Il a tenté de répliquer mais n’a pu émettre qu’une réponse confuse, gênée, moitié en dialecte et moitié en italien. Il s’était mis dans la tête, m’a-t-il expliqué, que sa mère était en vadrouille quelque part dans Naples, comme d’habitude.
« Même la nuit ?
– Tu sais comment elle est.
– D’accord, mais quinze jours d’absence, tu trouves ça normal ?
– Ben oui. Ça fait longtemps que tu ne l’as pas vue, c’est encore pire : elle n’a jamais sommeil, elle va et vient, elle fait tout ce qui lui passe par la tête. »
Il avait quand même fini par s’inquiéter. Il avait interrogé tout le monde, fait le tour des hôpitaux et s’était même adressé à la police. Rien, sa mère n’tétait nulle part. Quel bon fils ! Un gros bonhomme sur la quarantaine, qui n’avait jamais travaillé de sa vie et n’avait fait que trafiquer et gaspiller. J’ai imaginé avec quelle diligence il avait dû faire ses recherches : aucune. Il n’avait pas de cervelle, et rien ne lui tenait à cœur hormis sa propre personne.

L’amie prodigieuse, Elana Ferrante, 2011.

L’amie prodigieuse

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi  :

Lire la suite

Premières lignes #99

Aujourd’hui, j’ai pioché dans ma bibliothèque de livres empruntés ; je suis tombée sur La Tempête du siècle de Stephen King, livre prêté par ma mère. Je pensais qu’il s’agissait d’un roman mais il faut bien dire que les premières lignes du récit m’ont quelque peu surprise : cela ressemble plus à un scénario. En me renseignant sur le net, j’ai découvert qu’il s’agit en vérité d’une mini-série télévisée et dont le scénario est paru sous format papier un peu avant la diffusion des épisodes.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Mettez le lien de votre RDV en commentaire de l’article, et je dresserai une petite liste. Elle est actualisée chaque semaine en fonction des participant.e.s.

.

Acte 1

Fondu sur :

1. Ext. Main Street, Little Tall Island, fin de l’après-midi

Le vent chasse violemment la neige devant la caméra, au point que tout d’abord on ne distingue rien. La tempête fait rage. La caméra entame un travelling avant et nous apercevons une lumière orange clignotante : le feu de signalisation situé au croisement de Main Street et d’Atlantic Street, le seul carrefour ainsi équipé de l’île. Le feu clignotant danse follement dans le vent. Les deux rues sont désertes, mais le contraire serait surprenant : c’est un blizzard grand format qui se déchaîne. On distingue quelques lumières sourdes dans les bâtiments, mais pas âme qui vive. La neige s’accumule jusqu’à mi-hauteur des vitrine de magasins.

La Tempête du siècle, Stephen King, 1999.

La tempête du siècle

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi  :

Lire la suite

Premières lignes #98

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Mettez le lien de votre RDV en commentaire de l’article, et je dresserai une petite liste. Elle est actualisée chaque semaine en fonction des participant.e.s.

.

Avant-propos

Les bouleversements qui marquent l’histoire de la Chine de 1956 à 1970 méritent qu’on s’y arrête pour la compréhension de l’histoire qui va suivre.
En juin 1956, Mao lance le mot d’ordre : « Que cent fleurs s’épanouissent », incitant tous les intellectuels à exprimer leurs opinions. C’est ce qu’ils font librement, se livrant sans méfiance et sans retenue. Observations et critiques vont bon train. La réaction du pouvoir ne se fait pas attendre.

Que cent fleurs s’épanouissent, Feng Jicai, 1986.

Que cent fleurs s’épanouissent

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi  :

Lire la suite

Premières lignes #97

Bonjour mes lecturovores !
Aujourd’hui, je vous ai choisi les premières lignes d’une nouvelle présentée dans un recueil.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Mettez le lien de votre RDV en commentaire de l’article, et je dresserai une petite liste. Elle est actualisée chaque semaine en fonction des participant.e.s.

.

« L’âme est une sorte d’aérostat qui ne peut,
atteindre ses fins dernières dans l’espace,
qu’en jetant son lest. »
En route, Joris-Karl Huysmans

Ésepth, Astéroïde pénitentiaire des Boopis. An 5066. Nébuleuse de Nidô.

Migaloo, aux fers contre le mur poreux de sa geôle, se concentrait sur le mouvement rotatif de l’astéroïde pour oublier le collier à hydrochocs, qui le paralysait en lui insufflant des migraines carabinées. Depuis qu’il était cloîtré ici, je l’observais par le hublot, poussé par l’étrange familiarité envers cet être filiforme qu’une puce-relais m’allouait, en me rattachant directement à son organisme. Je guettais ses signes vitaux, surveilais son respirateur et vérifiais ses constantes sous l’effet des chocs du collet.
De ma vigilance dépendait sa vie.

Le Protectorat des Paumes, Oren Malldri in Dimension – Routes de légendes, Légendes de la route, recueil présenté par Estelle Faye et Jérôme Akkouche, 2017.

Dimension – Routes de légendes, Légendes de la route

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi  :

Lire la suite

Premières lignes #96

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Mettez le lien de votre RDV en commentaire de l’article, et je dresserai une petite liste. Elle est actualisée chaque semaine en fonction des participant.e.s.

.

 

 En 1980, Je m’apprêtais à faire l’achat d’une valise dans un magasin de Beverly Hills, en Californie. La boutique appartenait à Leopold Pfefferberg, un des survivants du groupe Schindler. C’est là, au milieu des articles de cuir importés d’Italie, que j’ai entendu parler pour la première fois d’Oskar Schindler, Allemang, bon vivant, gentleman-traficoteur, qui réussit à sauver de la mort quelques milliers d’individus appartenant à une race condamnée dans une période où l’Histoire s’écrivait Holocauste. Ce récit, je l’ai écrit après avoir interrogé cinquante des survivants du groupe Schindler dans sept pays différents – Australie, Israël, Allemagne fédérale, Autriche, Etats-Unis, Argentine et Brésil.

La liste de Schindler, Thomas Keneally, 1982.

La liste de Schindler

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi  :

Lire la suite

Premières lignes #95

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Mettez le lien de votre RDV en commentaire de l’article, et je dresserai une petite liste. Elle est actualisée chaque semaine en fonction des participant.e.s.

.

 

Prologue

Un retour tant redouté

L’Est était en pleine célébration. Des parades défilaient chaque jour dans les rues du village, chaque maison, chaque boutique était ornée de drapeaux et de guirlandes multicolores, et des nuées de pétales de fleurs flottaient dans les airs. Tous les citoyens souriaient, fiers de ce qu’ils avaient accompli.
Il avait fallu une décennie pour que le Royaume endormi se remette pleinement de la terrible malédiction passée, mais enfin il avait retrouvé la prospérité d’antan. Le peuple se tournait désormais vers l’avenir et se réappropriait le nom du Royaume de l’Est.
La semaine de célébrations se conclut dans le grand hall du château de la reine Belle au bois dormant. La était si dense qu’on aurait cru tout le royaume réuni […].

Le Pays des contes, t.2 : Le retour de l’Enchanteresse, Chris Colfer, 2013.

Le Pays des contes, t.2 : Le retour de l’Enchanteresse

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi  :

Lire la suite

Premières lignes #94

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Mettez le lien de votre RDV en commentaire de l’article, et je dresserai une petite liste. Elle est actualisée chaque semaine en fonction des participant.e.s.

.

 

Prologue
Vendredi 1er novembre

C’ÉTAIT MAINTENANT devenu un événement annuel. L’homme qui recevait la fleur fêtait ce jour-là ses quatre-vingt-deux ans. Il sortit le paquet de l’enveloppe et retira le papier cadeau. Puis il souleva le combiné du téléphone et composa le numéro d’un ancien commissaire de police qui depuis sa mise à la retraire était installé en Dalécarlie, près du lac Siljan. Non seulement les deux hommes avaient le même âge mais ils étaient aussi nés le même jour – ce qui, vu le contexte, pouvait paraître de l’humour. Le commissaire savait qu’il allait recevoir cet appel après le passage du facteur vers 11 heures du matin, et il prenait son café en attendant. Cette année, le téléphone sonna dès 10 h 30. Il décrocha et ne s’embarrassa même pas des préambules.
— Elle est arrivée, je suppose. Qu’est-ce que c’est, comme fleur, cette année ?
— Aucune idée. Je vais la faire identifier. Une fleur blanche.
— Pas de lettre, évidemment ?
— Non. Rien que la fleur. Le cadre est le même que l’année dernière. Un de ces cadres bon marché à monter soi-même.
— Cachet de la poste ?
— Stockholm.
— Ecriture ?
— Comme toujours, des majuscules d’imprimerie. Des lettres droites et soignées.

Millenium 1 – Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, Stieg Larsson, 2005.

Millenium 1 – Les hommes qui n’aimaient pas les femmes

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi  :

Lire la suite

Premières lignes #93

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Mettez le lien de votre RDV en commentaire de l’article, et je dresserai une petite liste. Elle est actualisée chaque semaine en fonction des participant.e.s.

.

 

1

Sanchez détestait beaucoup de choses, comme les inconnus, aller à l’église, les voyages en autocar et la neige. Mais l’une des choses qu’il détestait par-dessus tout était de se faire réveiller au beau milieu d’un rêve. En particulier lors d’un chouette rêve, comme celui qu’il était en train de faire, et dans lequel il se retrouvait à la place de Bruce Willis dans Piège de cristal. Il lançait des réparties cinglantes tout en canardant des méchants lorsque, soudain, il se retrouva dans son lit, les y eux fixés au plafond, en train d’essayer de deviner ce que pouvait bien être ce bruit qui l’avait réveillé.
Il lui fallut un certain temps pour comprendre ce dont il s’agissait, car ce n’était pas quelque chose qu’il se serait attendu à entendre dans sa chambre en pleine nuit.
Un bruit de chaînes !

Sanchez, un conte de Noël, Anonyme, 2014.

Sanchez, un conte de Noël

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi  :

Lire la suite