Premières lignes #310

Salutations !
Aujourd’hui, je vous partage les premières lignes de Sœurs dans la guerre que j’ai découvert grâce à Yuyine qui participe au Challenge de l’Imaginaire. Son retour m’a grandement donné envie de découvrir ce roman et je l’ai donc ajouté à ma pile à lire ; je ne sais pas encore quand je le lirai mais, quoi qu’il en soit, ce début me plaît bien.
Passez un très bon dimanche, et bonne lecture à vous !

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

 

Archives de l’Administration pénitentiaire anglaise – archive no 498. Copie provenant du site de la banque de données de Lancaster.

Déposition de la prisonnière détenue en vertu de l’article 4 (b) de la loi anti-insurrectionnelle (pleins pouvoirs).

 

FICHIER 1

RÉCUPÉRATION INTÉGRALE

Mon nom est Sœur.
C’est le nom qui m’a été donné il y a trois ans. C’est comme ça que les autres m’ont baptisée. C’est comme ça que je m’appelle moi-même. Mon nom avant n’avait aucune importance. Je n’ai pas souvenir qu’on l’ait utilisé un jour. Il n’est pas question que j’y réponde aujourd’hui, ni que je m’entende le prononcer. Pas question non plus que je l’approuve par ma signature. Il n’existe plus. Vous m’appellerez Sœur.
J’ai été la dernière à partir en quête de Carhullan.
C’était par un mois d’octobre humide et pourrissant. En ville, les feuilles avaient commencé à tomber pour déposer leur pulpe jaunâtre sur le sol. Les dernières formations orageuses et pluvieuses balayaient le Nord. L’été cédait la place. L’atmosphère donnait l’impression de se désagréger, et quelque chose de plus frais s’installait la nuit et à l’aube. C’était un soulagement de ne plus se réveiller en nage sous le drap dans notre quartier de résidences mitoyennes, émergeant de quelque brûlant cauchemar avec une moiteur laiteuse sur la poitrine. J’ai toujours mieux dormi en hiver. Il me semble alors que mon pouls ralentit.
C’était comme si cette fraîcheur purifiait aussi la ville. La nuit, quand les nuages se dissolvaient et que retombait la chaleur, les odeurs bactériennes de la raffinerie et des centrales à combustible commençaient à se disperser. Après la Réorganisation civile, chaque année l’humidité estivale s’attardait plus longuement, repoussant les saisons plus froides dans une partie réduite du calendrier, nous environnant en permanence des fumées du brûlage des résidus de colza et de sables bitumeux, nous confinant étroitement comme dans un fumoir à poisson.
Ce changement de température apportait un sentiment d’exaltation, une acuité qui supplantait l’appréhension ou la conscience accrue des risques que je savais encourir. C’était revigorant. Cette fraîcheur me rappelait mon enfance. En ce temps-là, la météo était plus nette, plus tranchée. À l’usine où je travaillais, les gens plus âgés disaient que, de toutes les traditions anglaises mises à mal, la plus triste était le climat. Comme si ça avait été l’objet d’une sorte de choix, d’un référendum instituant ces semi-tropiques.
Je me rappelle encore le frais crépitement de la grêle sur mon visage en mars, tandis que j’attendais le car scolaire. Et les tourbillons de l’automne, quand les objets petits et grands étaient chahutés en tous sens. Le froid pénétrant de janvier, mains et pieds gourds sous la polaire et la laine. On ne redoute pas les possibles lorsqu’on est jeune. On ne croit pas que le monde puisse vraiment se fracturer ou que rien d’affreux se produira de son vivant.
Même la pluie est différente aujourd’hui : erratique, violente, elle n’a plus rien de cette bruine grise, incessante, des vieilles cartes postales, des plaisanteries et des bulletins météo d’autrefois. C’est une pluie qui paraît blessée. On voit rarement la moindre neige sur les hauteurs, même si les gens de la ville la guettent par habitude.
L’endroit où je me rendais était en altitude, isolé, et une part de moi espérait qu’en y restant suffisamment longtemps, je finirais par revoir ces blancs amoncellements.
Je suis partie au point du jour afin de quitter Rith sans me faire remarquer. Mon sac à dos était suffisamment léger pour être porté sur une longue distance et jusque dans les montagnes. Je n’emportais pas grand-chose – des vêtements, des chaussures de marche, quelques conserves, des biscottes, une gourde d’eau, une trousse de premiers soins au cas où le stérilet pourrait m’être enlevé, même si j’ignorais si une telle chose était possible. J’emportais aussi un vieux fusil de la Seconde Guerre mondiale, serré entre pulls et imperméables, son canon court niché sous le rabat. Je comptais dessus pour négocier à Carhullan.

Sœurs dans la guerre, Sarah Hall, 2007.

Sœurs dans la guerre

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Premières lignes #309

J’ai découvert Kiran Millwood Hargrave avec Les Graciées, un livre qui m’a beaucoup plu. Fin 2021 est sorti un autre de ses romans et il semble se tourner plus vers du young adult et vers le fantastique. J’ai l’intention de le lire en mars et je vous propose donc de découvrir avec moi les premières lignes des Filles qui ne mouraient pas.
Bon dimanche à vous.

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LE REBOND

Ici, il existe une période qu’on nomme le rebond.
Après que les Installés ont extrait leurs moissons de la terre, qu’ils les ont liées et engrangées dans des greniers sombres, où les chats les protègent des rats, une fois relâchés des maisons exiguës dans lesquelles ils ont trompé la faim et l’enfermement en se battant, en s’accouplant et en dormant. Après que la ronde des saisons a enflammé les arbres d’or rouge dans le froid, que la terre ridée par le gel a durci sous les semelles. Après la venue de la neige qui s’abat sur tout telle une épaisse couverture, ouatant les montagnes et déclenchant la douce furie des avalanches, se nichant jusque dans les fissures des rochers qu’elle fait éclater comme les graines profondément enfouies dans la terre figée. Après la fonte et la bascule sur une autre année, après tout cela, vient le rebond.
Les premiers moments verts de la prochaine moisson, la montée du lent travail qui a repris sous la terre en dégel. Pour les Installés, c’est l’annonce du labeur à venir, toujours le même, aussi certain que les saisons. Pour nous, c’est le moment de se remettre en route.
Le rebond venait à peine de commencer cette année-là quand les soldats franchirent l’étroit col dans la montagne, la gravirent à travers les arbres aux troncs cuivrés et gagnèrent cette terre sur laquelle nous vivions sans chercher à la posséder. Ils arrivèrent lors d’un début, en amenant avec eux la fin.

Les filles qui ne mouraient pas, Kiran Millwood Hargrave, 2019.

Les filles qui ne mouraient pas

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Premières lignes #308

Voilà un dimanche qui, pour ma part, commence tranquillement avec des viennoiseries, le jeu vidéo Légendes Pokémon : Arceus, une nouvelle lecture (Coming in)… et les Premières lignes hebdomadaires ! Cette fois, j’ai choisi un roman jeunesse basé sur des faits réels : Sweet Sixteen d’Annelise Heurtier, qui nous parle de ségrégation. Je compte le lire prochainement et c’était donc l’occasion de découvrir comment il débute – un prologue qui situe le contexte de l’intrigue.
Bon dimanche à vous.

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Avant-propos

Dans l’Amérique des années cinquante, la ségrégation fait rage. Dans les magasins, les administrations, les transports en commun, les jardins publics… tout est soigneusement pensé pour que les Blancs n’aient pas à « supporter » la présence des Noirs. Considérés comme des êtres inférieurs, on les dit sales, grossiers et vecteurs de maladies en tous genres. Pour la plupart des Blancs, il est tout simplement impensable de se baigner dans les mêmes piscines, d’utiliser les mêmes toilettes, d’entrer par la même porte ou d’être enterré dans le même cimetière.
Cependant, sous la pression d’organisations diverses, les temps commencent à changer. C’est ainsi qu’en mai 1954, la Cour suprême des États-Unis prend l’une des décisions les plus importantes de l’histoire sociale de son pays. Rendant inconstitutionnelle la ségrégation raciale dans les écoles publiques, l’arrêt « Brown versus Board of Education » remet en cause une règle vieille de quatre-vingts ans. La doctrine « séparés mais égaux » n’a plus lieu d’être dans l’éducation : désormais, les Noirs pourront bénéficier du même enseignement que les Blancs.

Sweet Sixteen, Annelise Heurtier, 2013.

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Premières lignes #307

Bien le bonjour !
Pour ce nouveau rendez-vous des Premières lignes, je vous propose un roman jeunesse qui est sorti fin janvier : La revanche des méchants. Le titre et la couverture me plaisent beaucoup ! Bon, je me doute que ce ne seront pas des méchants si méchants que cela, mais c’est peut-être l’occasion de parler du jugement des apparences – on verra bien quand je le lirai !
Pour le coup, je ne suis pas des phrase super courtes, d’autant plus qu’il n’y a pratiquement que ça, mais j’ai bien envie de faire plus ample connaissance avec Lycie et Bérénice.

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Chapitre 1

Un calendrier au poil

 

Ça y est ! Elle a encore hurlé, perdu le contrôle.
Lycie est debout devant toute la classe, les poings serrés, les articulations blanchies, les épaules tremblantes à force d’être crispées.
Elle sait qu’elle est sans doute d’un rouge pivoine.
Un long frisson la traverse et elle sent les poils de ses avant-bras se hérisser.
Qu’est-ce qui a bien pu la mettre dans cet état ?
En cet instant, elle ne s’en souvient même plus. Il n’y a que la colère.
Non : la rage.
Dans ces moments-là, elle se sent prête à mordre quelqu’un.
Ah oui : c’est encore Hachem qui l’a poussée à bout. Il a fait des remarques désagréables, des petits commentaires.
Et maintenant, elle se paie l’affiche devant tout le monde. Monsieur Ponchon, le professeur de français, semble stupéfait. Il est nouveau dans le collège. Il ne la connaît pas encore.
– Mais enfin, Lycie ! s’exclame-t-il. Ce n’est pas une manière de se comporter en classe !
Elle le sait très bien. Elle ne peut juste pas s’en empêcher. Il suffit parfois d’un rien pour qu’elle se transforme en animal sauvage. Le pire, c’est que, dans ces cas-là, elle s’en prend même à sa seul véritable amie, Bérénice.
Lycie reste donc toujours debout, la tête baissée, raide, les mâchoires contractées.
– Fais attention, Da Silva, tu baves, remarque Hachem en désignant la commissure de ses lèvres.
La classe de 5e B éclate de rire. Même Monsieur Ponchon ne peut retenir un sourire. Finalement, ce n’est pas plus mal, la plaisanterie de Hachem a détendu l’atmosphère.
Bérénice pousse un soupir et remet en place la table que Lycie a renversé en se dressant comme propulsée par un ressort. Lycie a honte de ne pas pouvoir l’aider mais elle utilise toute son énergie pour ne pas se rouler par terre en poussant des cris de bête.
Enfin, Bérénice a reposé la trousse sur le bureau. D’une main douce mais ferme, elle appuie sur l’épaule de sa camarade pour la forcer à se rasseoir. Les genoux de Lycie résistent comme une porte rouillée.
Finalement, elle repose ses fesses sur sa chaise.
L’incident est clos. On peut reprendre le cours de français.

La revanche des méchants, Fabien Clavel, 2022.

La revanche des méchants

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Premières lignes #306

Salutations !
Pour les Premières lignes de ce dimanche, j’ai opté pour un roman jeunesse biographique que l’on m’a conseillé. Les héroïnes de cette histoire sont trois sœurs YouTubeuses et cela s’annonce bien plus intéressant que je ne l’aurais pensé de prime abord.

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1
Un amour impossible

 

– Attention, cœurs de pierre s’abstenir ! Le récit qui va suivre est celui de la rencontre entre notre mère et notre père. Plus romantique, tu meurs ! Même à nous, les Sisters, ça nous met la petite larme à chaque fois ! Et surtout, on parie : vous êtes loin d’imaginer que notre histoire a commencé comme ça !

Eslamshahr, Iran, 1998

Bam ! Bam ! Bam ! Quelqu’un lance un ballon de foot en visant la façade d’une petite maison en pierre.
– Et buuuuut !
À l’abri de la chaleur écrasante, Norya, jeune réfugiée afghane, regarde par la fenêtre. Elle a tout juste 17 ans et des rêves de liberté plein la tête. Son regard brille et son cœur s’emballe. Elle n’a d’yeux que pour son voisin, celui qui habite juste en face et qui joue dehors avec ses copains. Hamid. Dans cette petite ville ouvrière au sud de Téhéran et comme partout en Iran, les enfants et les adolescents s’amusent dehors… sauf les filles. Elles, elles restent à la maison. Fils de drapier, Hamid est à peine plus âgé qu’elle. Il fait exprès d’envoyer le ballon contre sa fenêtre pour attirer son attention. Entre eux, tout passe par des regards depuis quelques semaines. Norya est en train de tomber amoureuse. Mais comment faire pour lui parler ? Ici, rien n’est simple entre une fille et un garçon et encore moins entre un Iranien et une Afghane. Elle doit trouver un moyen.
« Je sais ! se dit-elle un jour. Je vais aller faire une course. Avec un peu de chance, je le croiserai. »

L’incroyable histoire des Sisters Alipour, Kate Livio, 2021.

L’incroyable histoire des Sisters Alipour

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Premières lignes #305

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Première partie

 

Je vis en marge de la société,
et les règles de la société normale
n’ont pas cours parmi les marginaux.
TAMARA DE LEMPICKA.

Mes trois premières années à la fac de médecine se soldèrent par un lamentable échec. Je me souviens de cette lumineuse journée de juin, des marchandes de quatre-saisons qui vantaient leurs primeurs sous un soleil de plomb, de ce ciel serein où les nuages s’effilochaient sans tenir. J’ai marché longtemps, ballottée par le flot des badauds, passant et repassant les ponts dorés ou noircis qui relient les deux rives de la Seine.
Allais-je continuer, me présenter à la session de septembre, ou bien renoncer. Renoncer… ce mot battait mes temps, me faisait courir soudain sans but. Puis je retombais dans l’abattement. Accoudée à des zinc frais, je basculais dans une rêverie chaude et alcoolisée.
Je rentrai chez moi, ivre de fatigue et de dégoût, titubant tristement dans les escaliers qui menaient à une minable chambre d’étudiant. Le confort en était banni, les propriétaires considérant sans doute que l’étudiant n’avait aucun besoin d’hygiène. On était intellectuel, donc pauvre, donc sale… Une fois les examens passés, et réussis, les chapeaux se soulevaient, les lèvres réapprenaient le sourire, une sorte de respect renaissait comme par enchantement, et l’espoir de l’argent qui allait enfin tomber à chaque fin de mois faisait de l’ex-étudiant et du bourgeois des alliés inconscients.
Devais-je renoncer à l’ambiance de ce monde que j’aimais, pantalons de velours, cols roulés en toute occasion, pipes de bruyère et grosses lunettes d’écaille ? Soirées interminables à la Contrescarpe, autour des bougies fumantes et alignements de bouteilles non cachetées ? Devais-je désormais vivre autrement, une vie intellectuellement moins riche, mais financièrement plus confortable ?

Gigola, Laure Charpentier, 2002.

Gigola

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Premières lignes #304

Salutations !
Pour les Premières lignes de ce dimanche, j’ai opté pour un roman fantastique jeunesse : La monstrueuse invasion de Crater Lake. C’est l’histoire d’ados qui font un séjour scolaire au bord d’un lac, mais ça ne va pas se passer comme prévu…

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CHAPITRE 1
Geek, robot, big boss

– On joue le dernier cookie à geek, robot, big boss ? je suggère, au moment où le bus prend un virage à droite pour s’engager sur une route de campagne.
Assis sur la banquette du devant, Big Mak se retourne.
– D’accord, mais c’est couru d’avance. Si tu gagnes, tu vas l’offrir à Katia, si c’est elle, elle te rendra la pareille et, si c’est moi qui l’emporte, Chet va pleurnicher jusqu’à ce que je le lui donne…
– Ne vous fatiguez pas, il l’a déjà dévoré, affirme Kat, qui nous jette un coup d’œil par-dessus son dossier. Pas vrai, Chetan ?
– Qu’est-ce qui te fait dire ça ? demande l’intéressé.
Après un bref regard dans sa direction, j’éclate de rire.
– Tu as des miettes de la honte plein la figure, mon pote.
Il fait mine de les épousseter, mais, en réalité, il les fourre dans sa bouche. Je détourne la tête, comme si je n’avais rien vu.

La monstrueuse invasion de Crater Lake, Jennifer Killick, 2020.

La monstrueuse invasion de Crater Lake

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Premières lignes #303

Enfin, je commence à vraiment sortir la tête des cartons et mon nouveau chez-moi prend forme petit à petit. Le sommeil revient également, ce qui est très appréciable, on ne va pas se mentir. En déménageant, j’en ai profité pour prendre des livres chez ma mère, la débarrassant et m’encombrant par la même occasion – mais ce sont des livres que je veux lire depuis un bon moment déjà, comme Rebecca de Daphné du Maurier dont je vous présente aujourd’hui les premières lignes.

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CHAPITRE PREMIER

J’ai rêvé l’autre nuit que je retournais à Manderley.
J’étais debout près de la grille devant la grande allée, mais l’entrée m’étais interdite, la grille fermée par une chaîne et un cadenas. J’appelais le concierge et personne ne répondit ; en regardant à travers les barreaux rouillés, je vis que la loge était vide.
Aucune fumée ne s’élevait de la cheminée et les petites fenêtres mansardées bâillaient à l’abandon. Puis je me sentis soudain douée de la puissance merveilleuse des rêves et je glissai à travers les barreaux comme un fantôme.

Rebecca, Daphné du Maurier, 1938.

Rebecca

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Premières lignes #302

Toujours dans les cartons, j’ai de nouveau pris un livre au hasard – l’un des rares encore atteignables (j’écris ces lignes le vendredi, comme ce sera la ensuite la dernière ligne droite). Il s’agit d’un roman de fantasy dont j’ai déjà entendu beaucoup de bien : La Belgariade de David Eddings.
Bon dimanche à vous !

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Prologue

Où se trouvent relatées l’Histoire de la Guerre des Dieux et la Geste de Belgarath le Sorcier.
D’après Le Livre d’Alorie

Le monde était jeune alors. Les sept Dieux vivaient en harmonie, et les races de l’homme étaient comme un seul peuple. Belar, le plus jeune des Dieux, était aimé des Aloriens. Il demeurait près d’eux et les chérissait, et ils prospéraient sous sa protection. Les autres Dieux vivaient eux aussi parmi les peuples, et chaque Dieu affectionnait les siens.
Mais le frère aîné de Belar, Aldur, n’était le Dieu d’aucun peuple. Il vivait.à l’écart des hommes comme de ses pareils. Le moment vint pourtant où un enfant perdu alla le quérir dans sa retraite.

La Belgariade, tome 1 : Le Pion blanc des présages, David Eddings, 1982.

La Belgariade, tome 1 : Le Pion blanc des présages,

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Premières lignes #301

Cette nouvelle année commence sur les chapeaux de roue, pour moi, car je prépare mon déménagement. Je vais tout de même tâcher de publier quelques chroniques et les bilans (notamment celui du Challenge de l’Imaginaire de 2021) dans les jours à venir mais, soyons honnêtes, je ne vais pas trop pouvoir vous répondre au cours des deux semaines à venir. Toutefois, je tiens à vous souhaiter une merveilleuse année 2022, que vous puissiez concrétiser vos projets, vivre de belles aventures et que vous soyez entouré·es de bonheur 🎉

Nouveau dimanche, nouveau rendez-vous des Premières lignes ! Aujourd’hui, j’ai pris un livre au hasard dans mes cartons ; c’est un roman de Sarah Waters qui traîne depuis longtemps dans ma PAL (il serait bien que je l’en sorte en 2022, ne croyez-vous pas?).

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1947

1

Donc voilà, se dit Kay, voilà le genre de personne que je suis devenue : quelqu’un dont les pendules et les montres se sont arrêtées, et qui peut dire l’heure en regardant en bas quel nouvel estropié sonne à la porte de son logeur.
Elle se tenait devant la fenêtre ouverte, vêtue d’une chemise sans col et d’une culotte grisâtre, fumant une cigarette et observant les allées et venues des patients de Mr Leonard. Ils étaient ponctuels — si ponctuels qu’elle pouvait effectivement dire l’heure en les voyant arriver : la femme au dos cassé, le lundi à dix heures ; le soldat blessé, le mardi à onze. Tous les jeudis, c’était un homme âgé, assisté par un jeune homme à l’air un peu égaré : Kay aimait bien surveiller leur arrivée. Elle aimait bien les voir remonter lentement la rue : l’homme impeccable dans son costume sombre de croque-mort, le garçon sérieux, patient, séduisant aussi — comme une allégorie de la jeunesse et du grand âge, se disait-elle, sur une toile de Stanley Spencer, ou un de ces peintres modernes excessivement réalistes. Après eux, c’était le tour d’une femme accompagnée de son fils, un gamin affligé de lunettes et d’un pied bot ; après, d’une vieille Indienne souffrant de rhumatismes. Le petit garçon traînait parfois, s’amusant à gratter la mousse et la poussière accumulées entre les dalles brisées de l’allée avec sa chaussure d’infirme, tandis que sa mère discutait avec Mr Leonard, dans l’entrée. Une fois, récemment, elle avait levé les yeux au ciel et vu Kay qui les observait ; et elle avait entendu le petit faire une comédie dans l’escalier car il ne voulait pas aller aux toilettes tout seul.

Ronde de nuit, Sarah Waters, 2006.

Ronde de nuit

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