Premières lignes #323

Salutations !
Je ne sais pas si vous connaissez le compte Instagram Mère Lachaise ? Je le suis depuis sa création en 2019 et je n’ai pas manqué la sortie du livre éponyme. Enfin, il a rejoint ma bibliothèque et, si la météo le permet, je m’en vais aujourd’hui même parcourir quelques allées du cimetière du Père-Lachaise en compagnie dudit bouquin. Notons au passage le beau travail d’édition, quoique ce ne soit pas là le sujet de cet article ; nous sommes dimanche, place aux Premières lignes ! Il s’agit du début de l’introduction, pour savoir d’où est née « Mère Lachaise ».
Bon dimanche à vous.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

 

Introduction

En m’installant à Paris, j’ai eu un coup de foudre pour les morts. Plus exactement pour ceux du Père-Lachaise, si dignes derrière leurs vieilles pierres, côtoyant perruches, corneilles et arbres centenaires. J’ai refait cent fois le même chemin, celui menant à la tombe d’Éluard avant de me demander pour la première fois où était donc Nusch, l’amoureuse dont il chantait la dernière demeure dans Ma Morte vivante : « Et l’avenir mon seul espoir c’est mon tombeau / Pareil au tien, cerné d’un monde indifférent ». Dans le carré communiste, les mots d’amour, les graviers blancs et les arbustes taillés parfaitement sur sa tombe faisaient mentir le poète : autour de lui, le monde n’avait rien d’indifférent. La tombe blanche et confidentielle de Nusch, plus haut dans le cimetière, a été pour moi un déclic : comment avais-je pu passer autant de temps dans ce cimetière des grands hommes sans me demander où étaient les femmes ? Alors j’ai commencé à les collectionner, les mortes, et elles se sont mises à prendre beaucoup de place dans ma vie, dans mon apprentissage et ma culture. J’ai fouillé dans leur passé timidement d’abord, avec l’impression de les déranger dans leur repos, et puis, peu à peu, je les ai laissées me guider.

Mère Lachaise – 100 portrait pour déterrer le matrimoine funéraire, Camille Paix, 2022.

Mère Lachaise – 100 portrait pour déterrer le matrimoine funéraire

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

Viendra le temps du feu

Viendra le temps du feu

Quatrième de couverture :

« Elles étaient toutes brisées et pourtant incassables. Elles existaient ensemble comme un tout solidaire, un orchestre puissant, les organes noués en ordre aléatoire, un grand corps frémissant. Et j’étais l’une d’entre elles. »
Une société totalitaire aux frontières closes, bordée par un fleuve. Sur l’autre rive subsistent les vestiges d’une communauté de résistantes inspirée des Guérillères de Monique Wittig. Dans la capitale du territoire fermé, divers personnages se racontent, leurs aspirations, leurs souvenirs, comment survivre, se cacher et se faufiler dans un monde où les livres sont interdits.
Une dystopie où se reflètent les crises que nous traversons aujourd’hui. Un roman choral poétique et incandescent, où l’on parle d’émancipation des corps, d’esprit de révolte et de sororité. Un hommage à la littérature et à son potentiel émancipateur et subversif.

Premières lignes #287

Aujourd’hui, place à un livre sorti en début d’année 2021 et qui m’intrigue depuis : Viendra le temps du feu. En passant à la bibliothèque, je suis tombée dessus et j’en ai donc profité pour l’emprunter (il fera logiquement partie de mes prochaines lectures).
Ce roman de Wendy Delorme est décrit comme une dystopie féministe, autant dire que j’ai hâte de le découvrir !

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

ÈVE

Elles sont mortes, toutes. Elles étaient peu nombreuses et elles sont mortes, il n’y a pas de traces. Je les ai vues souvent, sans plus faire partie de leur groupe, leur cercle, leur assemblée. D’autres les ont vues. Certains se souviennent mais aucun ne sait ce qu’elles sont devenues. Je ne connais pas l’emplacement de leurs tombes. Je ne sais pas s’il y a des corps qui pourrissent sous terre, elles ont disparu.
Je ne sais pas si j’ai la force d’écrire cette histoire. Si je meurs avant de l’avoir racontée, c’est comme si elles n’avaient pas existé.
Il y avait Louve. Il y avait Maïna, Raquel et Grâce. Rosa et Francesca. Il y en avait d’autres. J’ai aimé Louve, plus que de raison, dès le début. Je l’observais. Elle était d’une beauté frappante et ne ressemblait à personne. Ne ressemblait à aucune de ces femmes que l’on trouve belles. Elle était d’une beauté sanguine, calme et féroce.
Penser à elles me saisit au centre du corps et une coulée de plomb m’emplit. Puis vient la nausée, puissante, quand je pense à la fuite. Il me faudra du temps.
Parfois je sens que je vais mourir. Je me sens mourir. Cela me prend une fois par jour au moins. Je me ressaisis parce que je sais qu’ils guettent. Il faut faire attention. Ne pas donner de signe de faiblesse. Il m’arrive d’oublier qu’ils sont nos ennemis. Au mieux je peux considérer qu’ils ne sont pas mes alliés.
Il n’y as plus lieu de dire « nous » car il n’y a plus que moi. Ça me donne le vertige de savoir cela et d’être seule à le savoir. Je les laisse penser que je suis parmi eux, quand je ne suis pas là mais dans un repli de mon âme où elles existent encore. Je leur laisse croire que nous sommes faits pareils quand la mémoire de ma peau conte une tout autre histoire.
Il y a eu la main de Louve sur ma nuque. Il y a eu son souffle et le mien entre nos bouches ouvertes l’une à l’autre. Entre nous, l’oxygène a circulé. Y penser est une façon de lutter contre l’asphyxie.
Chaque jour je rassemble les morceaux de mon être. Chaque jour il m’est plus difficile d’effectuer ce geste de composition. Il me semble que bientôt je n’aurai plus la force mais il y a cette enfant que j’ai voulue, que j’ai portée, donc je n’ai pas le droit de mourir et chaque jour je rassemble les morceaux de moi épars.

Viendra le temps du feu, Wendy Delorme, 2021.

Viendra le temps du feu

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

Violeta – Corazón maldito

Violeta – Corazón maldito

Quatrième de couverture :

Grâce à sa voix et à sa guitare qu’elle « violétait » comme nulle autre – selon les mots de Pablo Neruda – Violeta Parra a revivifié le folklore authentique du Chili, lui redonnant sa dignité dans le monde entier. Femme passionnée, artiste avant tout, elle a consacré toute son existence à incarner la voix de son pays.

Une destinée unique dans le Chili de l’avant-dictature.