Premières lignes #286

Bienvenue à Perfect City, la ville parfaite ! Tout du moins en apparence…
Le livre s’ouvre avec une jolie carte (j’adore les cartes, mais c’est compliqué de les partager) qui pointe déjà un élément intéressant : les frères Archer gèrent une bonne partie de la ville (lunetterie, fabrique de thé, salon de thé…). Mais dans mon rendez-vous du dimanche, ce ne sont pas les premières pages que je vous partage, mais bien les premières lignes – souvent celles du récit. Et c’est ainsi que, dès le début, on constate qu’il y a quelque chose de bien étrange qui semble se tramer à Perfect City. Ca me donne envie de découvrir la suite, et vous ?

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

 

CHAPITRE 1

KID

Tapi contre l’écorce d’un chêne, dans les ombres du crépuscule et des buissons du jardin, il attendait, alerte. De sa cachette, il distinguait toute la maison et l’allée de graviers.
Comme c’était étrange, de craindre d’être vu.
Voilà des semaines que toute la ville de Perfect City ne parlait plus que de l’arrivée du docteur Eugene Brown. Il aurait une solution, Kid en était convaincu. Tout ce qu’il avait à faire, c’était trouver cet homme avant qu’il ne change.
À la nuit tombée, George et Edward Archer gravirent le perron de pierre de la demeure. Une fois les lampes allumées à l’intérieur, Kid put les voir se déplacer d’une pièce à l’autre.
Soudain, un faisceau lumineux jaillit sur la pelouse, tout près de ses pieds, le contraignant à se replier davantage dans la pénombre.
Dans un crissement, une voiture argentée remonta l’allée avant de s’arrêter non loin de lui. Son cœur s’emballa. Le moteur se tut.
La grande porte de la maison s’ouvrit, et les silhouettes des jumeaux Archer se dessinèrent dans la clarté du vestibule. Aussi immobile qu’une statue, Kid les épia, parcouru d’un frisson.
Du côté conducteur, un homme sortit ; de l’autre, une femme.
Kid ne s’attendait pas à ce que le dicteur vienne accompagné. La femme – Mrs Brown – lança à son mari un regard pressant par-dessus le toit de la voiture, manifestement angoissée. En retour, le docteur la gratifia d’un sourire contrit avant de rejoindre les jumeaux, qu’il salua d’une poignée de main. Mrs Brown lui emboîta le pas et tous disparurent à l’intérieur.
Kid s’aventura hors de sa cachette. Il se figea brusquement lorsqu’il entendit le docteur lancer :
— Ne reste pas dans la voiture, Violet ! Il fait froid dehors, ma puce.
La portière arrière s’entrouvrit pour se refermer sur-le-champ, soulevant un courant d’air qui agita les feuilles juste au-dessus de la tête de Kid.
Ce dernier retint son souffle et battit en retraite. Quand la portière s’ouvrit derechef, une jeune fille effarouchée s’élança précipitamment vers la maison.
Le garçon ne put réprimer un rire. La dénommée Violet accéléra l’allure, gravit les marches d’un seul bond et franchit la porte d’entrée comme une tornade avant de la claquer derrière elle, plongeant de nouveau la cour dans les ténèbres.
Kid ferma la portière restée ouverte et s’approcha prudemment de la fenêtre de la cuisine. Il eut tout juste le temps de voir la jeune fille y entrer dans une glissade.
Il s’assit près du perron et patienta. Un peu. Beaucoup… Trop.
La nuit s’écoulait lentement, mais sûrement. Bientôt, les Guetteurs entameraient leur ronde. Il ne pouvait pas risquer de se faire prendre une nouvelle fois hors des murs. Il décida de revenir de bonne heure, le lendemain matin, pour s’entretenir avec le docteur.
Avant de partir, il jeta un dernier regard vers la fenêtre. La jeune fille était assise entre ses parents – une vraie famille.
Le cœur lourd, il lissa de la pulpe de son pouce le bout de papier froissé au fond de sa poche…

Bienvenue à Perfect City, Helena Duggan, 2017.

Bienvenue à Perfect City

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Hôtel Parallell

Hôtel Parallell

Quatrième de couverture :

« Nous fournissons tout le confort moderne : des mondes de poche aptes à satisfaire les plus exigeants, des chambres avec vues sur n’importe quel continuum, des raccourcis faciles à emprunter entre les univers… sans oublier nos célèbres mini-bars. »

Lorsque Will répond à une petite annonce pour un job d’été à l’Hôtel Parallell, il est loin d’imaginer l’incroyable aventure qui l’attend…
Car l’Hôtel Parallell n’est pas un hôtel ordinaire : bâti entre les univers, il accueille des clients venus de milliers de Terres parallèles. Des clients un brin spéciaux…
Embauché pour devenir l’assistant d’Arbogast, le détective de l’hôtel, Will va aller de surprise en surprise : échapper à une tentative d’assassinat, éviter une mort affreuse par ingestion, combattre des créatures abominables, et tenter de survivre à un séjour sur l’Île des Morts…
Qui aurait cru qu’une banale histoire de robinet qui fuit cacherait autant de secrets ?
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Premières lignes #277

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
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CHAPITRE 1

 

LE CLAIRON DE BEAUPRÉ,
ÉDITION DU 15 AVRIL 1990

Will contempla d’un air absent les titres du journal : lancement du télescope Hubble, décès de Greta Garbo, appel à la paix de Nelson Mandela… Il soupira et ouvrit le quotidien directement à la page des petites annonces.
Il devait dénicher un job pour cet été. Ses parents avaient été clairs : ils ne le supporteraient pas une saison de plus à tourner en rond dans la maison. Will savait qu’ils cherchaient surtout à ce que leur fils expérimente l’autonomie. Il approchait de ses dix-sept ans et, dans quelques temps, il quitterait le foyer pour poursuivre ses études.
La page convoitée s’étala bientôt devant lui, mur intimidant dont chaque brique promettait autant d’espoirs que de déceptions. Il parcourut la première colonne comme un alpiniste étudie une paroi avant son ascension. Quelques formules attirèrent son attention : job d’été, tourisme, horaires souples. Il prit une longue inspiration et plongea dans sa lecture. Il parcourut posément chaque annonce, parfois à plusieurs reprises afin de décrypter les abréviations que les radins utilisaient pour gagner dix centimes sur le nombre de lettres.
Prestations de menuisier, d’employé, offre de garde d’enfants, de cours à donner, recherches d’apprenti… Au milieu de la deuxième page, il sentit la migraine le gagner. Il se tortilla sur sa chaise, se massa le front et tomba sur un minuscule entrefilet tout en bas de la rubrique. Il le considéra avec perplexité. Il ne l’avait pas remarqué auparavant, ce qui était étonnant car il avait été entouré au feutre rouge.
Il se pencha et lut : Hôtel Parallell cherche homme à tout faire pour la période juillet-août. Se rendre sur place, chemin des Sept-Chutes, pour plus d’informations.
Plusieurs pensées jaillirent simultanément dans l’esprit de Will. La première était l’orthographe fantaisiste du nom de l’établissement, avec ses deux paires de L comme autant de segments parallèles. Une coquille du rédacteur ou un effet voulu par le gérant ?
La seconde réflexion était qu’il n’avait jamais vu aucun hôtel aux Sept-Chutes. D’un autre côté, on construisait tellement vite, ces jours-ci… Et puis, si l’annonce recherchait de la main-d’œuvre pour cet été, c’est peut-être qu’elle n’avait pas encore recruté de saisonniers, ce qui allait dans le sens d’une édification récente.
Et pour finir, qui avait entouré l’insert ? Il baissa la tête jusqu’à effleurer le papier. Ce n’était pas un effet d’impression destiné à mettre le paragraphe en évidence mais bien un tracé manuel.

Hôtel Parallell, Alexis Flamand, 2021.

Hôtel Parallell

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Si longue soit la nuit

silonguesoitlanuit

Si longue soit la nuit

Quatrième de couverture :

Ils sont cinq. Cinq ados prisonniers de leur lycée désert, par une nuit sans lune et sans étoiles, incapables de se rappeler comment ils sont arrivés là.
Et tandis que d’étranges aurores boréales illuminent le ciel, tandis que les eaux du fleuve bordant le campus montent anormalement, menaçant de les engloutir, une créature rôde dans les couloirs. Une créature qui les pourchasse sans relâche…

Ils sont cinq. Cinq camarades classe, même pas vraiment amis. Et pourtant, ce soir, ils vont devoir s’allier pour survivre… Car ils ne pourront compter que sur eux-mêmes.

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Mort et déterré

Mort et déterré

Quatrième de couverture :

Yan Faucher, 14 ans, a la mort devant lui !

Fauché par un poids lourd, mort et enterré mais toujours conscient, Yan croupit au fond de son cercueil sans cesser de cogiter. Le voilà transformé en zombie ! Mais pourquoi ne sombre-t-il pas dans le repos éternel ?
Quand, par le plus grand des miracles, il parvient enfin à s’extirper de sa tombe, il n’a qu’un réflexe : retrouver sa famille !
Sauf que cette dernière a bien du mal à se remettre de la mort de Yan… Ses parents sont au bord du divorce, son petit frère s’est replié sur lui-même et sa sœur aînée cultive colère et rancœur.
Yan doit à tout prix les aider à retrouver le goût de vivre !
Qui a dit qu’il fallait être vivant pour sauver sa famille ?

Les zombies ne sont définitivement pas ce que vous croyez…

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Premières lignes #262

Salutations !
Aujourd’hui, je vous propose les premières lignes d’un huis-clos fantastique : Si longue soit la nuit de Christophe Lambert. Ce roman fait partie de mes lectures prévues en avril et je me demande bien où il va nous mener…

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Chapitre 1
Danny

J’entends une voix jaillir de nulle part – « Trois, deux, un… » – puis il y a un flash, accompagné d’un grésillement.
J’ouvre les yeux, le cœur battant, la sueur aux temps. Complètement désorienté. Je suis dans une salle de cours, celle de sciences – biologie et physique. Je la reconnais tout de suite avec ses paillasses plastifiées et ses petits éviers carrelés. Mr Willoughby, le prof de sciences, est absent. Je ne l’aime pas, Willoughby. Il est proche de la retraite, ronchon, pas motivé et pas motivant. J’ai toujours trouvé sa voix aussi soporifique d’un gaz chimique. Et puis, de toute façon, je n’aime pas les sciences. J’ai pas l’esprit formaté pour ça. Mon truc à moi, c’est plutôt la littérature.
Willoughby a disparu et je découvre quatre de mes camarades debout à mes côtés. Enfin, quand je dis « camarades », je vais peut-être vite en besogne. Je ne parle jamais, ou presque, à la plupart d’entre eux. Et je doute que Johnny Esparza, la petite brute de service, devienne un jour un ami. Pour l’heure, Johnny ouvre de grand yeux ronds. Il regarde autour de lui, poings serrés. Il est tout en nerfs et en muscles. Pas vilain – il a des traits fins, des pommettes saillantes –, mais sec et dur.
– Quelqu’un peut m’expliquer ? il lâche, sur la défensive.
Nous ressemblons tous à une bande de somnambules mal réveillés.
– Je ne me sens pas bien du tout…, dit Calista Hamilton.
Elle est aussi blanche que la rangée d’éviers. Tout à coup, elle tombe à genoux et vomit des litres d’eau. Littéralement des litres ! Les spasmes plissent son ventre en hoquets douloureux. Les autres s’écartent d’instinct. On se croirait dans un film d’horreur. Calista tousse, crache ses poumons et finit par expulser un jet de bile jaunâtre. Laura Jackson est la première à se ressaisir. Elle sort de sa stupeur pour aider Calista à se relever.

Si longue soit la nuit, Christophe Lambert, 2021.

Si longue soit la nuit

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Premières lignes #255

Salutations, les lecturovores !
Aujourd’hui, je fais fi de l’incipit pour, de nouveau, plonger directement dans les premières lignes de l’histoire. Ici, c’est l’histoire d’un jeune homme qui, mort, va revenir à la vie. Un roman qui promet d’être à la fois drôle et émouvant !

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Le dernier jour

— As-tu déjà pensé à ta mort ?
Voilà exactement le genre de question auquel on est en droit de s’attendre de la part de Nicolas le ténébreux. Nick est un type formidable, un ami précieux, mais il a un côté macabre qui n’est pas toujours de circonstance.
— Non, je ne pense pas à ma mort. Au risque de te paraître étrange, j’ai plutôt tendance à penser à ce que je vais faire de mon été. Te rends-tu compte, Nick, que l’école est finie ?
Oui, il s’en rend compte, et c’est pourquoi il extirpe de son sac deux masques en caoutchouc. Il m’en prête un et s’empresse d’enfiler l’autre sur son visage. Nicolas n’a pas trouvé de meilleure façon de déclarer son amour que d’apparaître devant l’élue de son cœur déguisé en mort-vivant. Avec sa nouvelle tête, il est persuadé que Sandra va lui tomber dans les bras. C’est dans les pommes qu’elle risque de tomber, s’il veut mon avis.
— De quoi j’ai l’air ? demande-t-il, ravi.
— Du tombeur de ces dames.
Je lui garantis qu’il va faire un malheur.

Mort et déterré, Jocelyn Boisvert, 2008

Mort et déterré

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Les dossiers du Voile

Les dossiers du Voile

Quatrième de couverture :

Chaque jour, à Paris, des incidents menacent de déchirer le Voile, et l’existence des méta-humains d’être révélée à l’humanité… Mais c’est sans compter sur la Brigade et son agente très spéciale Tia Morcese…

Un Paris rempli de créatures fantastiques dans une ambiance polar relevée à la sauce piments… un régal d’humour et de dépaysement !

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Premières lignes #250

Salutations !
En ce début d’année, il y a pas mal de nouveautés qui ont l’air fort sympathiques. L’une d’elles est Les dossiers du Voile d’Adrien Tomas que je compte lire prochainement (et qui entrera parfaitement dans le Challenge de l’Imaginaire!). Les premières lignes du roman m’ont beaucoup plu : un mariage, des ronds de jambes et de belles apparences, mais déjà on ressent quelques inimitiés… Si jamais vous souhaitez lire un extrait plus long, je vous invite à vous tourner vers le site de la maison d’édition, Fleurus.
Belle journée à vous.

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CHAPITRE
1

Mona tira sur le col de sa robe. Elle lui enserrait la gorge au point de dessiner un cercle rouge sur son cou. Elle détestait les mariages. Elle détestait les gens habillés en pingouins dont ils adoptaient progressivement la démarche à mesure que leur sang s’imbibait d’alcool. Elle haïssait les vieilles dames émues aux chapeaux improbables qui se tamponnaient les yeux pour un oui ou pour un non et la complimentaient sur l’abomination couleur pêche que sa mère l’avait forcée à porter. Elle vomissait l’insistance presque pathétique du DJ à alterner les valses d’un autre âge et les morceaux à la mode dans le vain espoir de donner aux invitées les plus vieux ou les plus jeunes l’envie de danser.
Pour l’occasion, tout le monde faisait bonne figure. Il s’agissait d’un mariage très attendu au sein du Voile : pareil événement forçait les clans ennemis à taire leur inimitiés. Mona vit pourtant Grisby Pavoisier, l’imposant archimage du cercle élémentaliste, jeter des regards hostiles à l’élégant Édouard Unterwald, la patriarche des nécromanciens. Le mage noir l’ignorait avec superbe, occupé à empêcher son sourire éclatant de se fissurer tandis qu’il devisait avec les leaders récemment élus des fées du Voile, Obéron et Titania. Ces derniers faisaient de leur côté semblant d’oublier que les Unterwald n’avaient que récemment abandonné leur tradition d’écorcher et disséquer leurs semblables.

Les dossiers du Voile, Adrien Tomas, 2021.

Les dossiers du Voile

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