Premières lignes #200

Le deux-centième rendez-vous « Premières lignes », ça claque, non ?
Pour l’occasion, j’aurais voulu vous trouver des premières lignes extraordinaires, j’aurais voulu dire mille choses mais, finalement, j’ai simplement choisi les premières lignes d’un roman que je n’ai pas encore lu, d’une autrice que j’ai découvert l’an dernier et que j’ai beaucoup aimé. Il s’agit d’Hélène de Monferrand dont son roman Les amies d’Héloïse a été l’une de mes lectures préférées de 2019. Aujourd’hui, je vous laisse découvrir Journal de Suzanne qui, je n’en doute pas, saura également m’émouvoir.
Je profite également de cette introduction pour vous remercier de suivre ce rendez-vous et d’en faire son petit succès ♥

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Auparavant, je vous demandais de mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article. Désormais, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.

Pierre Lacombe, Saint-Julien-Beychevelle
à la Comtesse de Marèges, Ambassade de France,
à Copenhague

Saint-Julien, le 20 septembre 1971

Madame,
Quelques jours après l’enterrement de ma sœur, j’ai reçu un paquet qu’elle posté à Paris, le 16 juillet. Il a mis un certain temps à me parvenir, parce qu’elle l’avait envoyé rue de La-Ville-de-Mirmont, et non pas à Saint-Julien où nous passons l’été. Est-ce volontaire ? Je n’en sais rien.
Ce paquet contenait des lettres, soigneusement classées, dont les vôtres que je vous renvoie. Il contenait aussi des cahiers, que je vous joins, qu’elle a commencé à remplir au début du mois de mai. J’ai fait des photocopies de ce texte. Elles ne sont pas très lisible : Suzanne a toujours écrit très petit, et il me semble bien que son écriture des derniers mois s’était détériorée. Négligence peut-être, si elle écrivait pour elle-même, ou bien symptômes de sa maladie ? Quoi qu’il en soit, je préfère vous envoyer l’original. Je sais que vous le lirez. Peut-être pourrez-vous le donner à votre fille à qui il est probablement destiné en fin de compte. J’imagine que, comme moi, vous découvrirez des aspects de la personnalité de ma sœur qui était généralement masqués.

Journal de Suzanne, Hélène de Monferrand, 1991.

Journal de Suzanne

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

Lire la suite

Les amies d’Héloïse

Les amies d’Héloïse

Quatrième de couverture :

En 1964, Claire et Héloïse achèvent leurs études secondaires. Leur amitié ne s’interrompt pas pour autant, et leurs lettres vont nous rendre témoins de leur vie.
À Vienne, Héloïse rencontre Erika, qui lui révèle l’amour homosexuel. Bientôt, d’autres femmes, jeunes ou moins jeunes, sages épouses ou amazones, apparaissent dans ce livre à plusieurs voix.
Si l’amour entre femmes, évoqué librement et simplement avec ses joies, ses drames, ses plaisirs, est le thème dominant de ces pages, c’est aussi le roman de l’amitié, des passions, de la liberté, de la vie comme elle va. Et du monde qui change, de la décolonisation aux lendemains de Mai 68.
Une chronique impertinente et brillante, pleine de personnages singulièrement attachants, couronnée en 1990 par le prix Goncourt du premier roman.

Premières lignes #149

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Auparavant, je vous demandais de mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article.  Désormais, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.

.

ANNÉE 1964

Claire Rochaz
à Héloïse de Marèges
Paris, le 30 juin 1964
Ave, amicarum optima !
Un prix d’honneur parti en vacances la veille de la distribution des prix, voilà qui n’a pas été du goût de Madame ! Elle ne s’est affiché que lorsque j’ai insinué, sans le dire vraiment, que tu avais dû aller rejoindre ta famille… « Son père est nommé à Stockholm, elle est invitée chez l’ambassadeur d’Espagne à Vienne… » Bref je ne sais pas si elle te croit à Madrid, à Vienne ou à Stockholm, mais elle matée.
Tu n’as rien perdu. Madame a fait un discours d’agrégée de sciences-nat, plein de fleurs, de petits oiseaux chantant dans les arbres, de pollen et d’abeilles. La chorale a exécuté (dans tous les sens du terme) La Nuit de Rameau avec Tauberg en soliste pour la dernière fois car elle devient mezzo malgré tous ses efforts, on nous a distribué des bouquins affreux : des invendus même pas coupés que tu découvriras à ton retour. J’ai confié les liens à Maman qui rentrait en voiture chez nous, et j’ai porté les tiens chez toi, où j’ai trouvé Victor qui les a pris en constatant qu’il n’en avait jamais eu autant.
Je pourrais te raconter bien des choses, mais je dois aller au local préparer le camp avec les autres CE, les cheftaines et les intendantes. Nous partons dans quatre jours et pour presque trois semaines. Ensuite bref passage en Savoie avec la famille puis allemand intensif à Osnabrück. Ecris-moi vite au camp, où je prévois une atmosphère saine et sportive, certes, mais un peu limitée intellectuellement. La plupart des filles n’ont jamais quitté la petite école de la rue de Milan où le niveau est, disons, moyen. Seule Marie-Christine, seconde des Cigognes, est à Jules-Ferry et s’y défend honorablement. Enfin, c’est une autre vie !
Bon, j’y vais, dans cette autre vie.
Vale.

Les amies d’Héloïse, Hélène de Monferrand, 1990.

Les amies d’Héloïse

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

Lire la suite