Premières lignes #63

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Mettez le lien de votre RDV en commentaire de l’article, et je dresserai une petite liste. Elle est actualisée chaque semaine en fonction des participant.e.s.

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1.

Les collines bleues ressemblaient à des nuages de glace flottant sur l’horizon. La peau du lac floculait légèrement sous la morsure du gel naissant. Sous la surface, d’étranges plantes aux corolles sphériques ralentissaient le temps. Le paysage glissait autour de la barque telle une gigantesque sculpture.
– Les algues larguent des bulles d’ammoniaque, m’expliquait mon père. En remontant vers la surface, elles se retrouvent piégées par la glace.
J’adorais l’écouter. Il transformait un simple décor en un vaste laboratoire d’expérimentations baroques.
– C’est l’époque idéale pour la pêche… Regarde… Là !
Il m’indiquait du doigt une forme noire qui ondulait sous les bulles captives.
– Les baratidas ont faim. Ils se préparent à hiberner et les vers de vase se font rares. Si nous n’en ramenons pas au moins une dizaine, nous sommes des moins que rien.
En effet, les cannes se plièrent. Et les poissons s’amoncelèrent dans le grand seau posé au centre de la barque…

Nous étions sur le point de rentrer, fiers de notre pêche, lorsqu’un étrange phénomène d’aspiration sonore installa le silence. Un silence de mort. Vide. À couper le souffle.

Mondocane, Jacques Barbéri, 2016.

Mondocane

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Mémoires de sable

Mémoires de sable

Résumé de l’éditeur :

La Bête n’avait pas de forme et les possédait toutes. Elle combinait les génomes de 666 espèces animales et de quelques animaux fabuleux produits par des milliers de puces combinatoires. C’était une super-chimère et rien n’était supposé pouvoir lui résister. Mais la forêt qui lui faisait face était vivante et pour un arbre arraché il en repoussait dix et lorsqu’elle parvenait à prendre l’avantage, les guerriers de bois l’attaquaient de toutes parts. Elle en démantibulait une centaine, il en réapparaissait un millier. Elle n’arrivait jamais à atteindre la petite lumière, le reflet de cristal qui étincelait au loin, comme une étoile de givre perdue dans la grasse pénombre de la sylve. Elle devait l’atteindre, la détruire, mais n’y parvenait pas. Pour l’instant. Mais elle avait reçu l’ordre de patienter et tôt ou tard…

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