Malou dit Vrai

Malou dit Vrai

Quatrième de couverture :

Sur la place du marché, On raconte que la ville fut bâtie sur des strates d’histoires, et les rues tracées par des géants. On raconte aussi qu’Ivraie est née sur un tas d’ordures lors d’une nuit d’orage ; qu’il fut un temps lointain où Malou la sorcière était Reine.
On murmure à qui veut le croire que dans la Salle Ouverte aux Quatre Vents, le Vieux Roi a quitté son trône et marche vers sa mort, égrenant derrière lui la promesse de vœux exaucés, et qu’un Jeune Prétendant naîtra de la mer pour faire advenir un nouveau cycle.
Entre ombre et lumière, comme un jeu de piste à travers les pages, Malou dit Vrai est une immersion dans les « On-dit » et les « non-dits » pour mieux comprendre leurs mensonges et leurs vérités.
Plongez dans le dédale pour percer les secrets de familles qui empoisonnent Ivraie et l’entravent dans ces histoires qui constituent son héritage.

Premières lignes #284

Bien le bonjour !
Pour les premières lignes du jour, j’ai choisi celles de Malou dit vrai, dont le début me plaît beaucoup, avec ce façonneur de récits.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

Chapitre Un

Chaque jour de marché, quelle que soit la saison, qu’il pleuve ou qu’il vente, On raconte des histoires. C’est son métier. C’est ce qu’il crie aux chalands qui passent et haussent un sourcil devant sa marchandise. Des romances, des épopées, des contes en vrac, tranchés dans le vif et posés sur la balance en fer forgé. Car On les vend aussi, au poids. Il a de quoi satisfaire les clients les plus difficiles. Mieux encore, il peut réparer n’importe quel récit. Les drames familiaux trop embrouillés, les aventures au parfum de scandale, les réputations boiteuses… Tout, vraiment tout. Il ampute les parties trop gênantes, cautérise les passages douloureux, polit les motivations, redresse les fiertés en berne contre quelques pièces seulement.
Ivraie l’a déjà vu à l’œuvre.
Lorsque quelqu’un lui confie une histoire à ravauder, On commence par évider avec un grand couteau à poisson. Puis il excise les morceaux incommodes, ceux qui grattent les beaux clients à l’entournure de leurs cols amidonnés, pour finalement les remplacer par des bouquets de mots doux ou soyeux, patinés par l’usage, de ceux déjà dits cent fois mais qui satisfont toujours. Pour ce faire, le bonimenteur pioche ses rapièces dans la caisse aux rebuts cachée derrière son étal, celle où il conserve les histoires trop usées, trop fragiles, trop inconvenantes pour les oreilles de ces messieurs-dames. Qu’importe si le résultat est ensuite un rien bouffi, si les intrigues sont de guingois ou si la troisième sœur du héros disparaît en cours de route. Du moment que l’honneur est sauf et que tout se finit par un mariage, ses clients sont trop heureux de fermer les yeux sur de petites incohérences ou sur une ficelle grossière oubliée dans le dénouement. Recoudre ainsi des morceaux qui s’accordent si peu, mais qui contentent tout le monde, laisse forcément de petits défauts.

Malou dit vrai, Gwen Guilyn, 2021.

Malou dit vrai

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