Premières lignes #66

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Mettez le lien de votre RDV en commentaire de l’article, et je dresserai une petite liste. Elle est actualisée chaque semaine en fonction des participant.e.s.

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Mathilde sortit son agenda et nota : « Le type qui est assis à ma gauche se fout de ma gueule. »
Elle but une gorgée de bière et jeta un nouveau coup d’œil à son voisin, un type immense qui pianotait sur la table depuis dix minutes.
Elle ajouta sur son agenda : « Il s’est assis trop près de moi, comme si l’on se connaissait alors que je ne l’ai jamais vu. Certaine que je ne l’ai jamais vu. On ne peut pas raconter grand-chose d’autre sur ce type qui a des lunettes noires. Je suis à la terrasse du Café Saint-Jacques et j’ai commandé un demi-pression. Je le bois. Je me concentre bien sur cette bière. Je ne vois rien de mieux à faire. »
Le voisin de Mathilde continuait de pianoter.
– Il se passe quelque chose ? demanda-t-elle.
Mathilde avait la voix grave et très ébréchée. L’homme jugea que c’était une femme, et qu’elle fumait autant qu’elle le pouvait.
– Rien. Pourquoi ? demanda l’homme.
– Je crois que ça m’énerve de vous voir tambouriner sur la table. Tout me crispe aujourd’hui.
Mathilde termina sa bière. C’était fade, typique d’un dimanche. Mathilde avait l’impression de souffrir plus que d’autres de ce mal assez commun qu’elle appelait le mal du septième jour.
– Vous avez environ cinquante ans, je suppose ? demande l’homme, sans s’écarter d’elle.

L’homme aux cercles bleus, Fred Vargas, 1991.

L’homme aux cercles bleus

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