Premières lignes #351

Nouveau dimanche, nouvelles premières lignes que je vous partage. Cette fois, il s’agit d’un roman d’anticipation qui a énormément plu à la personne qui me le prête ; elle a souhaité partager avec moi son coup de cœur littéraire. Le roman en question est Vongozero de Yana Vagner.
Bon dimanche à vous 🙂

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

 

Maman est morte le mardi 17 novembre. J’ai appris la nouvelle par une voisine. Quelle ironie : ni maman ni moi n’avons jamais été proches de cette femme acariâtre, toujours maussade, dont le visage ingrat semblait taillé dans la pierre. Nous avons vécu quinze ans sur le même palier et à une époque, pendant plusieurs années, je me dispensais même de la saluer. J’aimais à appuyer avec une joie maligne sur le bouton de l’ascenseur pour l’empêcher de monter dans la cabine ; elle, le pas lourd, soufflant comme un phoque, voyait les portes automatiques se refermer sous son nez et je me souviens encore de l’indignation ridicule qui lui déformait la face. Durant ces quelques années (j’avais alors quatorze ans, peut-être quinze), elle nous offrait la même grimace toutes les fois, nombreuses, où elle sonnait à notre porte – maman ne lui a jamais proposé d’entrer – pour nous exposer ses griefs : nos bottes avaient laissé des traces de neige fondue dans le hall, un individu avait sonné par erreur chez elle à plus de dix heures du soir… « Qu’est-ce qu’elle veut encore, maman ? » criais-je quand je devinais à la voix de ma mère qu’elle n’arrivait pas à se débarrasser de cette femme. Car maman n’a jamais appris à se défendre et n’importe quel minuscule conflit dans une file d’attente, de ces incidents qui enflamment l’œil et les jours des protagonistes, suscitait chez elle maux de tête, tachycardie et crises de larmes. Lorsque j’ai eu dix-huit ans, les interventions hebdomadaires de la voisine ont soudain cessé – sans doute avait-elle senti que j’étais désormais en mesure de la recevoir comme il se devait, et préféré mettre un terme à ses incursions offusquées ; quelques temps plus tard, j’ai recommencé à la saluer, éprouvant chaque fois un vague sentiment de triomphe, mais ensuite, très vite, j’ai quitté la maison (il est bien possible que la guerre ait repris après mon départ, mais maman ne m’en a jamais rien soufflé) et l’image de cette femme aussi revêche qu’inamicale, affublée d’un prénom qui ne lui convenait pas du tout – Lioubov, « amour » –, s’st rabougrie dans ma mémoire et a rejoint mes autres souvenirs d’enfance.

Vongozero, Yana Vagner, 2011.

Vongozero

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La mythologie viking

 

La mythologie viking

Quatrième de couverture :

Premières lignes #349

Salutations !
Pour ces nouvelles premières lignes, il s’agit de celles de ma lecture en cours : La mythologie viking de Neil Gaiman. Dans cette introduction, l’auteur revient sur les raisons qui l’ont poussé à en savoir plus sur la mythologie nordique et qui l’ont amené à écrire ce livre. De mon côté, j’ai commencé à le lire hier et j’en suis déjà presque à la moitié – c’est une bonne lecture, comme vous pouvez l’imaginer !
Bon dimanche à vous ⚡️

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N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

 

Une introduction

Il est aussi difficile de désigner son cycle de mythes préféré que de choisir son type de cuisine favori (certains soirs, on peut avoir envie de manger thaï, d’autres soirs des sushis, d’autres encore on a faim de la simple cuisine de chez soi, avec laquelle on a grandi). Mais si je devais indiquer ma préférence, elle irait sans doute aux mythes nordiques.
Ma première rencontre avec Asgard et ses habitants s’est produite quand j’étais petit, pas plus de sept ans, en lisant les aventures du puissant Thor telles que les représentaient Jack Kirby, le créateur américain de bandes dessinées, dans des histoires imaginées par Kirby et Stan Lee et dialoguées par le frère de Stan Lee, Larry Lieber. Le Thor de Kirby était beau et costaud ; son Asgard une vertigineuse ville de science-fiction, aux bâtiments majestueux et aux édifices dangereux ; son Odin sage et noble ; son Loki une créature sardonique de pure malveillance, coiffée d’un casque à cornes. J’adorais le Thor blond de Kirby et le marteau qu’il maniait, et j’ai voulu en savoir plus long sur lui.

La mythologie viking, Neil Gaiman, 2017.

La mythologie viking

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Premières lignes #328

Salutations !
Pour ces nouvelles Premières lignes, je me rends compte que je fais du vieux car j’ai opté pour Entretien avec un vampire dont j’avais déjà partagé le début dans le deuxième rendez-vous (il y a six ans !). Je triche donc un peu, c’est vrai, mais je vais aussi plus loin ; j’ai regardé l’adaptation cinématographique de 1994 l’autre jour et, en prenant le roman, je me suis rendue compte que j’avais du mal à arrêter ma lecture. Bien sûr, il a fallu que je choisisse un endroit où stopper le partage des premières lignes de ce récit. Je vous laisse découvrir tout cela.
Bon dimanche à vous.

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N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

 

— Je vois…, dit le vampire d’un air pensif.
Puis, lentement, il traversa la pièce pour aller se poster à la fenêtre. Il y resta un long moment ; sa silhouette se découpait sur la clarté diffuse qui émanait de Divisadero Street et sur les rayons de phares des automobiles. L’ameublement de la pièce apparaissait maintenant plus clairement au jeune homme : la table de chêne ronde, les chaises. Contre l’un des murs, il y avait un lavabo surmonté d’un miroir. Il posa sa serviette sur la table et attendit.
— De combien de bandes disposez-vous ? demanda le vampire en tournant la tête de manière à offrir son profil au regard du jeune homme. Assez pour l’histoire de toute une vie ?
— Certainement, si c’est une vie intéressante. Quand j’ai de la chance, il m’arrive d’interviewer jusqu’à trois ou quatre personnes le même soir. Mais il faut que l’histoire en vaille la peine. C’est normal, non ?
— Parfaitement normal, répondit le vampire. Eh bien, cela me ferait plaisir de vous raconter ma vie, vraiment plaisir.
— Très bien ! dit le jeune homme.
Il sortit vivement de sa serviette un petit magnétophone à cassette, vérifia l’état de la bande et des piles. Il allait parler quand le vampire l’interrompit brutalement :
— Nous ne pouvons pas commencer comme cela. Votre appareil est-il prêt ?
— Oui.
— Alors, asseyez-vous. Je vais allumer le plafonnier.
— Mais je croyais que les vampires n’aimaient pas la lumière ! s’exclama le jeune homme. Si vous estimez que l’obscurité ajoute à l’atmosphère…
Il s’arrêta au milieu de sa phrase. Le vampire l’observait, adossé à la fenêtre. Les traits de son visage étaient maintenant totalement plongés dans l’ombre, mais quelque chose, dans la silhouette immobile, avait attiré l’attention du jeune homme. Il ouvrit la bouche, mais, de nouveau, s’arrêta avant d’avoir dit un mot. Un soupir de soulagement lui échappa quand le vampire revint vers la table et tira le cordon du plafonnier.
La pièce fut brutalement inondée d’une lumière jaune, crue, et le jeune homme, ayant levé les yeux sur son interlocuteur, ne put réprimer un sursaut. Ses doigts cherchèrent le rebord de la table pour s’y agripper.
— Bon Dieu ! murmura-t-il.
Puis il garda les yeux fixés sur le vampire, sans un mot.
La peau du vampire était parfaitement blanche et lisse, comme s’il avait été sculpté dans de la craie, et son visage semblait aussi inanimé que celui d’une statue, à l’exception de deux yeux verts et brillants qui regardaient fixement le jeune homme, telles des flammes logées dans des orbites. Le visage du vampire s’éclaira d’un sourire presque désenchanté, et la matière lisse et blanche de sa chair avait le mouvement infiniment flexible, mais schématique, des dessins animés.
— Vous voyez ? demanda-t-il avec douceur.
Avec un frémissement, le jeune homme éleva la main comme pour se protéger d’une lumière trop violente. Son regard erra lentement sur l’habit noir à la ocupe impeccable qu’il n’avait fait qu’apercevoir dans le bar, sur les longs plus de la cape, sur le nœud de soie noire et sur le col éclatant de blancheur, aussi blanc que la chair du vampire. Il contempla les cheveux d’un noir intense, dont les ondulations venaient recouvrir la pointe des oreilles ; les boucles touchaient presque le bord du col blanc.
— Et maintenant, vous désirez toujours cette interview ? demanda le vampire.
Le jeune homme ouvrit la bouche sans qu’aucun son en sortit. Il acquiesça de la tête, puis réussi à articuler :
— Oui.

Entretien avec un vampire, Anne Rice, 1976.

Entretien avec un vampire

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Premières lignes #302

Toujours dans les cartons, j’ai de nouveau pris un livre au hasard – l’un des rares encore atteignables (j’écris ces lignes le vendredi, comme ce sera la ensuite la dernière ligne droite). Il s’agit d’un roman de fantasy dont j’ai déjà entendu beaucoup de bien : La Belgariade de David Eddings.
Bon dimanche à vous !

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Prologue

Où se trouvent relatées l’Histoire de la Guerre des Dieux et la Geste de Belgarath le Sorcier.
D’après Le Livre d’Alorie

Le monde était jeune alors. Les sept Dieux vivaient en harmonie, et les races de l’homme étaient comme un seul peuple. Belar, le plus jeune des Dieux, était aimé des Aloriens. Il demeurait près d’eux et les chérissait, et ils prospéraient sous sa protection. Les autres Dieux vivaient eux aussi parmi les peuples, et chaque Dieu affectionnait les siens.
Mais le frère aîné de Belar, Aldur, n’était le Dieu d’aucun peuple. Il vivait.à l’écart des hommes comme de ses pareils. Le moment vint pourtant où un enfant perdu alla le quérir dans sa retraite.

La Belgariade, tome 1 : Le Pion blanc des présages, David Eddings, 1982.

La Belgariade, tome 1 : Le Pion blanc des présages,

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Drôle de licorne

Résumé de l’éditeur :

Mira est excitée : elle rentre à l’école des Licornes. Mais sa joie disparaît vite quand elle découvre son partenaire : Boulette, un mâle paresseux et gourmand, qui n’en fait qu’à sa tête ! Parviendra-t-elle à l’apprivoiser pour participer avec lui à sa première quête magique ?

Premières lignes #256

Bien le bonjour !
En ce moment, après quelques mois sans en lire, je commence à avoir de grandes envies de thriller… En regardant ma pile à lire, ce roman de Karine Giébel m’a fait de l’œil et, si le prologue me semble quelque peu opaque, ma curiosité est tout de même sacrément piquée.

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PROLOGUE

Tous les soirs se ressemblent, les nuits aussi. Et les jours, c’est pareil.
À quoi se raccrocher, alors ?
Aux repères, ceux qui rythment le temps, évitant qu’il ne devienne une hideuse masse informe.
S’y cramponner, comme à des arbres au milieu d’une plaine infinie, à des voix au cœur du silence.
À chaque heure, quelque chose de précis. Gestes, odeurs ou sons.
Et, au-delà des murs, le train.
Décibels de liberté venant briser l’aphasique solitude. Celle-là même qui vous dévore lentement, morceau après morceau. Qui vous aspire sans heurt vers les abimes du désespoir.
Le train, comme un peu du dehors qui s’engouffre en vous jusqu’à l’âme, se moquant des barrières, de l’épaisseur du béton ou de la dureté de l’acier.
Fuir avec lui.
Voyages imaginaires qui transportent ce qu’il reste de soi vers des destinations choisies.
S’accrocher aux wagons, prendre le train en marche.
Il ne reste plus que ça.
Là, au cœur de la perpétuité.

Meurtres pour rédemption, Karine Giébel, 2006.

Meurtres pour rédemption

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Ni vues ni connues

Ni vues ni connues

Résumé de l’éditeur :

Connaissez-vous Christine de Pizan, Berty Albrecht ou Rosa Parks ? Saviez-vous que c’est une femme qui, avant Galilée, a affirmé l’existence du système solaire, une autre qui, avant Kandinsky, a inventé l’art abstrait, une troisième qui a théorisé les pulsions de mort avant Freud… ?
En balayant les légendes, en soulevant les tapis, en fouillant les placards, le collectif Georgette Sand donne à voir et à (re)connaître soixante-quinze femmes – aventurières, militantes, artistes, scientifiques… – qui ont marqué l’Histoire sans qu’on le sache ou que l’on s’en souvienne.
Grâce à ses portraits, l’invisibilité n’est plus une fatalité et peut même être désamorcée très simplement : pour être reconnues, il faut être connues, et pour êtres connues, il faut être vues.

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Premières lignes #170

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1

Amorti

Le téléphone sonna quelques minutes après 4 heures du matin.
– Toi qui aimes les accidents, Dar, il faudrait que tu vois celui-là.
– J’aime les accidents, moi ? Première nouvelle !
Il n’avait pas demandé qui c’était. Il avait reconnu tout de suite la voix de Paul Cameron, bien qu’ils ne se soient pas vus depuis plus d’un an. Cameron faisait partie de la police de la route de Californie basée à Palm Spring.
– D’accord, lui dit l’officier de police. Disons que tu aimes les énigmes.
Dan se tourna pour regarder sa montre.
– Pas à quatre heure huit du matin, grommela-t-il.
– Celle-là vaut le coup.

L’épée de Darwin, Dan Simmons, 2000.

L’épée de Darwin

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Premières lignes #166

Hello !
Aujourd’hui, je vous présente les premières lignes d’un livre que j’ai acheté le mois dernier. L’idée de ce bouquin, c’est de nous présenter des femmes qui ont marqué l’Histoire mais qui ont été oubliées au profit des « grands hommes ». Que ce soit parmi les plus connues ou les moins connues citées dans cette préface, j’en connais plusieurs, cela dit quelques unes me sont totalement inconnues et j’ai hâte de les découvrir.

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Préface

Connaissez-vous Christine de Pizan, George Sand, Joséphine Baker ? Oui, sans doute, même si les livres scolaires les ignorent ou les minorent. Un interlocuteur de hasard me disait récemment qu’il croyait que George Sand était un homme. Connaissez-vous Hypatie, Berty Albrecht, Rosa Parks ? C’est moins sûr. Et vous ignorez certainement tout de Hatchepsout, pharaonne, première reine dont on ait gardé le nom, Élisabeth Báthory, la comtesse sanglante, Hedy Lamarr, inventrice d’un système de radiocommunication auquel Internet doit tout, ou Rosalind Franklin, brillante biologiste dont le rôle central dans la découverte de l’ADN a été totalement occulté, à l’instar de tant de scientifiques. En testant quelques-uns de ces soixante-quinze noms, vous vous interrogerez sur vos méconnaissances. Elles ne sont pourtant pas seules en cause. C’est que personne ne vous a jamais parlé de ces femmes oubliées, invisibilisées, aux yeux d’une histoire aveugle qui ne connaît que les « grands Hommes ».

Ni vues ni connues, Collectif Georgette Sand, 2017.

Ni vues ni connues

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