Premières lignes #244

Bien le bonjour !
Ce dimanche comme le dimanche précédent, je vous propose de découvrir les premières lignes d’un roman de Stephen King. De celui-ci, je sais seulement que c’est une uchronie : et si JFK n’était pas mort le 22 novembre 1963 ? L’incipit de ce roman nous replonge dans les faits.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

« Il est pratiquement impossible à la rai-
son d’assimiler le fait qu’un petit homme
solitaire ait pu abattre un géant au milieu de
ses limousines, des ses légions, des ses foules,
de sa sécurité. Si une telle nullité a pu
détruire le chef de la nation la plus puissante
de la terre, alors un monde de démesure nous
engloutit et nous vivons dans un univers
absurde. »
Norman MAILER

« Quand il y a de l’amour, les cicatrices
de la variole sont aussi jolies que des fos-
settes. »
Proverbe japonais

« La danse, c’est la vie. »

22/11/63, Stephen King, 2011.

22/11/63

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

Lire la suite

Premières lignes #243

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

 

Première Partie

Le départ

1

« Prononcez le mot secret et gagnez cent dol-
lars. George, qui sont nos cent premiers concur-
rents ? George… ? Tu es là, George ? »
Groucho MARX, You Bet Your Life

Une vieille Ford bleue se présenta ce matin-là au guichet du parking, l’air d’un petit fatigué après une longue course. Un des gardiens, un jeune homme sans expression portant un uniforme kaki et ceinturon, demanda à voir la carte d’identité en plastique bleu. Le garçon assis à l’arrière la donna à sa mère, qui la remit au gardien. Celui-ci l’emporta vers un terminal d’ordinateur qui avait l’air bizarre et déplacé dans ce cadre rural. Le terminal avala la carte et écrivit sur son écran :

GARRATY RAYMOND DAVIS
RTE 1 POWNAL MAINE
CANTN D’ANDROSGOGGIN
N° d’immat.  49-801-89
O.K. — O.K. — O.K.

Le gardien appuya sur un bouton et tout disparut, laissant l’écran lisse, vert et vide. Il leur fit signe d’avancer.
— Ils ne rendent pas la carte ? demanda Mrs. Garraty. Ils ne…
— Non, maman, répondit patiemment Garraty.
— Eh bien, je n’aime pas ça, remarqua-t-elle en allant se garer dans un espace libre.
Elle répétait cela depuis qu’ils étaient partis dans la nuit, à 2 heures du matin. Ou plutôt, elle gémissait.
— Ne te fais pas de souci, dit-il à sans même y prêter attention.
Il était occupé à tout observer et absorbé par ses propres sentiments, d’attente et de peur. Il descendit avant même que la voiture eût pu pousser son dernier soupir. C’était un grand garçon, bien charpenté, portant un blouson militaire fané contre la fraîcheur de ce petit matin de printemps.

Marche ou crève, Stephen King, 1979.

Marche ou crève

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

Lire la suite

Premières lignes #242

Bien le bonjour, les lecturovores !
Après quelques hésitations, qui ne furent pas bien longues, à dire vrai, j’ai opté aujourd’hui pour la bande dessinée Du côté de l’Olympe. Pourtant, c’est un texte et nous une planche que je vous partage ; il s’agit en effet d’une adaptation en BD d’un livre de Denis Lindon : Les Dieux s’amusent. Pour tout vous avouer, je triche un peu aujourd’hui car, à la vérité, la première page propose une correspondance latine des noms des dieux et déesses grecques. A noter que ce que je vous partage reprend globalement l’incipit du roman de Lindon.
C’est la couverture dorée et le dessin qui m’a tout de suite attirée ! Et je suis actuellement en train de lire cette BD et elle me plaît beaucoup.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

 

Naguère, tous les écoliers connaissaient par cœur la liste des travaux d’Hercule. Aujourd’hui la mythologie est un peu oubliée. Denis Lindon, dans son ouvrage Les Dieux s’amusent, la ressuscite, déroulant avec humour la guirlande des plus belles histoires du monde : les amours de Jupiter, les facéties de Mercure, les complexes d’Œdipe, les colères d’Achille, les ruses d’Ulysse… Dans cet ouvrage, une fidèle adaptation de l’œuvre de Denis Lindon, Gabrielle Lavoir a voulu rendre hommage à notre culture et l’incroyable modernité de la mythologie.

Savez-vous comment on pouvait reconnaître les dieux, lorsqu’ils s’amusaient à prendre humaine ? Ils ne transpiraient pas, même par grosse chaleur, ils ne cillaient pas, même en regardant le soleil, et leur corps ne projetait pas d’ombre sur le sol.
Un livre passionnant, à la portée de tous, qui est une autre façon (la meilleure) de (re)découvrir la mythologie.

Du côté de l’Olympe, Denis Lindon et Gabrielle Lavoir, 2020.

Du côté de l’Olympe

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

Lire la suite

Premières lignes #241

Salutations !
Aujourd’hui, je vous partage les premières lignes d’un roman récemment sorti et choisi presque au hasard : j’avais beaucoup aimé Philip Pullman avec À la croisée des mondes alors, en voyant le nom de l’auteur sur la première de couverture, j’ai craqué.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

 

Préface

À l’époque où se passe cette histoire, on mesurait le temps avec des horloges. Je veux dire de vraies horloges, avec des ressorts, des roues dentées, des engrenages, des balanciers, etc. On pouvait les démonter pour voir comment elles marchaient et puis les remonter. Aujourd’hui, il existe des horloges électriques, des horloges à quartz et Dieu sait quoi encore. On peut même acheter des montres à panneau solaire qui se règlent automatiquement par signal radio et n’ont jamais une seconde de retard. Allez donc y comprendre quelque chose… Pour moi, c’est de la sorcellerie.
L’horloge mécanique est déjà bien assez mystérieuse. Prenez, par exemple, un ressort de réveil. Il est fait d’une lame d’acier trempé, tranchante comme un rasoir, et si vous le tripotez sans faire attention, il est capable de vous sauter à la figurecomme un serpent et de vous crever un œil. Ou bien imaginez un poids, vous savez, ces poids en fer qui font avancer les grosses horloges des clochers… Eh bien, si par malchance vous en receviez un sur la tête, il vous écrabouillerait la cervelle.
Mais normalement ces ressorts et ces poids sont tout à fait inoffensifs et ne servent qu’à tourner les aiguilles. De simples poulies, quelques ressorts et un balancier suffisent à canaliser leur force à travers le mécanisme.
Dès que l’on remonte l’horloge, les aiguilles se mettent en marche. Il y a quelque chose d’implacable et de terrifiant dans la ronde des aiguilles autour du cadran. Tic, tac, tic, tac !… Millimètre après millimètre, elles avancent sans répit, et leur tic-tac nous accompagne jusqu’à la tombe.
Certaines histoires fonctionnent de la même manière. Une fois que le mécanisme est enclenché, rien ne peut plus l’arrêter, et les personnages ont beau faire, ils ne peuvent rien changer à leur destin. L’histoire que vous allez lire est de ce type. Vous êtes prêts ? Alors commençons.

La mécanique du diable, Philip Pullman, 1996.

La mécanique du diable

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

Lire la suite

Premières lignes #240

Bien le bonjour, ami·es lecteur·rices !
Pour les premières lignes de ce jour, c’est un peu particulier puisqu’il s’agit de celles du premier roman des Aventuriers de la mer de Robin Hobb, histoire se déroulant dans l’univers de L’assassin royal mais avec des personnages qui n’ont aucun rapport les uns avec les autres (en tout cas pour ce début). Le livre s’ouvre avec un prologue où l’on suit les échanges de bien étranges serpents… J’avoue que je ne m’attendais pas à cela en commençant ma lecture et j’ai pourtant été prise par cette introduction. Je vous laisse découvrir cela…

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

PROLOGUE

LE NŒUD

D’un mouvement puissant qui souleva un épais nuage de débris, Maulkin s’éleva de la fange dans laquelle il se vautrait ; des lambeaux de mue s’éloignèrent de lui, emportés par les tourbillons de sable et de boue, tels les vestiges d’un songe au réveil. Paresseusement, son long corps sinueux dessina une boucle et se frotta contre lui-même pour arracher les derniers restes de son ancienne peau. Tandis que la vase retombait lentement, il se tourna vers la vingtaine d’autres serpents étendus dans les sédiements qui les grattaient agréablement. Il secoua la crinière de sa grande tête puis banda son long corps musclé. « Il est temps, trompeta-t-il de sa voix profonde. L’heure est venue. » Du fond de la mer, tous levèrent dans sa direction leurs grands yeux verts, or et cuivre qui ne cillaient jamais. Shriver, parlant au nom du groupe, demanda : « Pourquoi ? L’eau est chaude, ici, et la nourriture abondante. L’hiver n’est pas venu depuis cent ans. Pourquoi faut-il partir ? »
Maulkin s’enroula de nouveau sur lui-même. Ses écailles nouvellement mises à nu étincelaient dans la lumière bleue et tamise du soleil. Le frottement aviva les teintes des faux yeux couleur or qui couraient tout le long de son corps et le désignaient comme l’un des détenteurs de la vision d’autrefois : Maulkin possédait des souvenirs, des souvenirs du temps d’avant le temps d’aujourd’hui ; ses perceptions manquaient de logique et de clarté car, comme beaucoup de ceux qui se trouvaient pris entre les époques, il était souvent distrait et incohérent. Il secoua sa crinière jusqu’à ce que son poison paralysant forme un nuage pâle autour de sa tête ; alors il avala sa propre toxine et la recracha par les ouïes pour affirmer la véracité de ses dires. « Parce qu’il est temps ! » lança-t-il d’un ton pressant, et il fut brusquement volte-face pour foncer droit vers la surface, s’élevant plus vite que les bulles d’air. Très loin au-dessus du groupe, il creva le plafond, bondit brièvement dans le grand Vide avant de replonger et de se mettre à nager éperdument en rond, rendu muet par le sentiment d’urgence qu’il éprouvait. « Certains nœuds sont déjà partis, dit Shriver d’un ton pensif. Pas tous, pas même la plupart, mais assez pour constater leur absence quand nous montons chanter dans le Vide. Il est peut-être temps. » Sessuréa s’enfonça davantage dans la boue. « Ou bien non, répondit-il d’une voix indolente.À mon sens, nous devrions attendre que le nœud d’Aubren s’en aille. Aubren est plu… stable que Maulkin. »
Près de lui, Shriver s’extirpa brusquement de la vase. Sa nouvelle peau avait une saisissante couleur écarlate par contraste avec les lambeaux marron qui pendaient encore de son corps. Elle en attrapa un grand morceau dans sa gueule et l’engloutit avant de répliquer : «  Il vaudrait peut-être mieux que tu rallies le nœud d’Aubren si tu doutes de la parole de Maulkin. Pour ma part, je compte le suivre vers le Nord. Je préfère partir trop tôt que trop tard, si cela doit nous éviter d’arriver en même temps que des vingtaines d’autres nœuds et d’être obligés de nous battre pour manger. » Souplement, elle fit une boucle de son corps pour arracher les derniers fragments de sa mue, puis elle secoua sa crinière et dressa la tête. Son barrissement strident ébranla les eaux : « Je viens, Maulkin ! Je t’accompagne ! » Et elle s’élança pour rejoindre le chef qui poursuivait sa danse tournoyante au-dessus d’elle.
Alors, l’un après l’autre, les grands serpents quittèrent la boue collante en y laissant leur peau morte. Tous, même Sessuréa, montèrent des profondeurs pour se joindre au ballet du nœud dans l’eau chaude juste en-dessous du plafond du Plein. Ils allaient partir vers le Nord pour retrouver les eaux d’où ils étaient venus, dans le temps lointain dont bien peu se souvenaient.

Les aventuriers de la mer, tome 1 : Le vaisseau magique, Robin Hobb, 1998.

Les aventuriers de la mer, tome 1 : Le vaisseau magique

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

Lire la suite

Premières lignes #239

Salutations, cher·es lecturovores !
Pour ces Premières lignes, j’ai choisi de vous présenter celles du deuxième tome d’Artemis Fowl. Plutôt que de commencer le récit avec les personnages principaux, on découvre le jeune héros (ou plutôt anti-héros) par le biais du Peuple – ou plutôt on y découvre son génie…

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

Evaluation
psychologique

EXTRAIT DE : Les Années d’adolescence

A l’âge de treize ans, Artemis Fowl, notre sujet d’étude, montrait les signes d’une intelligence sans équivalent chez un être humain depuis Wolfgang Amadeus Mozart. Artemis avait battu le champion européen d’échecs Evan Kashoggi au cours d’un tournoi en ligne, déposé les brevets de vingt-sept inventions et remporté le concours d’architecture pour la construction du nouvel opéra de Dublin. Il était également l’auteur d’un programme informatique qui lui avait permis de détourner à son profit plusieurs millions de dollars appartenant à des banques suisses. Il avait par ailleurs fabriqué plus d’une douzaine de faux tableaux impressionnistes et soutiré au Peuple des fées une substantielle quantité d’or.

Artemis Fowl, tome 2 : Mission polaire, Eoin Colfer, 2002.

Artemis Fowl, tome 2 : Mission polaire

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

Lire la suite

Premières lignes #238

J’ai pris un abonnement à la bibliothèque.
Cela fait des années que je souhaite reprendre un abonnement dans une bibliothèque mais que, vu la taille gigantissime de ma PAL, je ne le fais pas. Mais ça y est, j’ai sauté le pas, tant pis pour la PAL. Et puis, alors que j’errais, que je découvrais les lieux, je suis tombée sur un roman sorti cette année et qui me tentait bien… Je vous laisse découvrir.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

 

Chapitre I : Le départ de la Matriarche

« Je donnerais tellement pour, ne serait-ce qu’un instant,
te reconnaître telle que tu fus, avant la série d’événements qui
bousculèrent notre siècle, et ta vie. J’abandonnerais les épées,
les combats, tout ce qui m’a fait soldate ; je renoncerais à mon
verbe, à ma voie. Je tournerais le dos à ma citadelle bien aimée,
au dragon qui partage mes pensées ; j’irais par les chemins à
travers la forêt, au cœur du Ravin sans jamais m’arrêter, si pour
un instant seulement, une petite seconde, un moment volé,
j’apercevais, derrière la nuit et les nuées, ce qui se cache sous ton
âme caparaçonnée.
T’en souveins-tu, Sophie Pendragon, de celle que tu étais avant
Lunde et Baldré, avant cette guerre insensée ? Gardes-tu la
mémoire de l’enfant que tu fus ?
Je donnerais tellement pour, ne serait-ce qu’un instant, découvrir
l’écuyère de tes premières années.
T’en souviens-tu Sophie, que nous nous sommes-aimées ? »
Les Jours de Sophie Pendragon
par Rosaline Ulysienne Mandée Ayrelle

Le chant des cavalières, Jeanne Mariem Corrèze, 2020.

Le chant des cavalières

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

Lire la suite

Premières lignes #237

Salutations !
Aujourd’hui, je vous propose de découvrir les premières lignes d’un roman que j’ai commencé hier soir, un roman inspiré de faits réels, qui se déroule en Norvège, en 1617, et qui parle de sorcellerie…

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

 

Par ordre du Roi

Tout sorcier ou homme de foi qui aura
renoncé à Dieu et sa parole sacrée, et à sa
christianité, et qui se vouera au diable devra
être jeté au feu et brûlé.

Extrait du Décret sur la sorcellerie (Trolddom)
au Danemark-Norvège de 1617, entré en
vigueur dans le comté de Finnmark en 1620.

Les graciées, Kiran Millwood Hargrave, 2020.

Les graciées

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

Lire la suite

Premières lignes #236

Bien le bonjour, cher·es lecturovores !
Pour les Premières lignes de ce jour, j’ai pris au hasard un livre de ma pile à lire. Je dois dire qu’en les lisant, j’ai tout de suite apprécié l’atmosphère qui s’en dégage. Et vous, quel est votre ressenti ?
Passez une belle journée.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.

1

La riche senteur des roses emplissait l’escalier, et lorsque la brise d’été agitait les arbres du jardin, les lourds effluves de lilas, ou la fragrance plus subtile de l’épine rose, pénétraient par la porte ouverte.
Depuis le coin du divan aux motifs persans sur lequel il était étendu, fumant, comme à son habitude, cigarette sur cigarette, Lord Henry Wotton apercevait tout juste l’éclat d’un cytise aux fleurs couleur de miel, suaves comme le miel, dont les rameaux frémissants paraissaient à peine capables de porter le poids d’une beauté aussi flamboyante que la leur, cependant que de temps à autre les ombres fantastiques projetées par les oiseaux en vol s’inscrivaient un instant sur les longs rideaux de tussor tendus sur la fenêtre immense, et créaient passagèrement une sorte d’effet japonais qui lui rappelait le visage blafard comme le jade de ces peintres de Tokyo qui, par l’intermédiaire d’un art nécessairement immobile, tentent de traduire le mouvement et la vitesse. Le murmure obstiné des abeilles cheminant lourdement parmi les hautes herbes qu’on n’avait pas encore tondues, ou faisant des cercles monotones au-dessus des aigrettes dorées et poudreuses du chèvrefeuille qui poussait en tous sens, semblait rendre le silence encore plus oppressant. Le grondement indistinct de Londres était comme le bourdon d’un orgue dans le lointain.
Au centre de la pièce, fixé sur un chevalet droit, se dressait le portrait en pied d’un jeune homme d’une beauté extraordinaire et, face à lui, à quelque distance, était assis l’artiste lui-même, Basil Hallward, dont la disparition subite, il y a quelques années, suscita dans l’opinion un tel émoi et fit naître de si étranges conjectures.
Le peintre regardait la forme gracieuse et avenante que son art avait si habilement reflétée, et un sourire de plaisir passa sur son visage et parut vouloir s’y attarder. Mais soudain il sursauta et, fermant les yeux, posa les doigts sur ses paupières, comme s’il cherchait à emprisonner dans son cerveau un rêve curieux dont il redoutait de s’éveiller.

Le portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde, 1891.

Le portrait de Dorian Gray

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

Lire la suite

Premières lignes #235

Bien le bonjour, les lecturovores !
Je vous ai récemment fait la chronique de La dernière fois que j’ai cru mourir c’était il y a longtemps de Clémence Michallon et je profite de ce rendez-vous pour vous faire découvrir les premières lignes. Le roman commence par une performance sportive : la narratrice va tenter de battre son record.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.

 

Chapitre 1er

[Dans l’application Notes du téléphone de Véronica, il existe un fichier intitulé Statistiques. Chaque paragraphe commence par une date. Le premier remonte au 23 octobre 2012.]

26 avril 2018
Poids : 52,5 kilos
Taux de graisse corporelle : 15%

Le taux de graisse corporelle d’un corps comme le mien se situe habituellement entre 25 et 31%.
Entre 21 et 24%, l’ébauche des muscles commence à apparaître sous la peau.
Entre 14 et 20%, on peut voir leur forme, leurs détails, leur début et leur fin.
Les culturistes, grâce à leur entraînement et à leur régime alimentaire, parviennent à descendre plus bas. Dans les catégories féminines, on tombe à 9 ou 13%.

Au début, il y a la barre d’haltère. Elle et ses disques de fonte de chaque côté. Caleb m’a regardée les transporter. J’en ai enfilé quatre à gauche, quatre à droite. Le mécanisme de sécurité s’est refermé, mâchoires de crocodile autour d’une proie. Caleb a perçu, peut-être, la tension entre mes omoplates, un léger plissement du front. Il a dit : «C’est pour ça que tu es là, non?»
Pour la première fois, l’haltère pèse quatre-vingt-trois kilos. Mains sur les hanches, jambes écartées, je plie les genoux. Je me suis échauffée. Caleb m’a fait faire des pompes.
Il va falloir soulever.

La dernière fois que j’ai cru mourir c’était il y a longtemps, Clémence Michallon, 2020.

La dernière fois que j’ai cru mourir c’était il y a longtemps

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

Lire la suite