Premières lignes #210

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Auparavant, je vous demandais de mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article. Désormais, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.

 

Première partie

LA mort
de Bon Agornin

1

La confession

Bon Agornin se tortilla sur son lit de mort en battant des ailes comme pour s’envoler vers sa nouvelle vie. Les médecins étaient partis, résignés, et même ses filles avaient cessé de lui répéter qu’il irait bientôt mieux. Dans sa grande caverne pleine de courants d’air, il posa la tête sur son maigre tas d’or, tenta de rester immobile, respira avec difficulté. Il lui restait peu de temps à vivre ; peu de temps pour laisser sa marque sur ce qui allait se passer ensuite. Une heure, peut-être moins. Bientôt, la souffrance physique prendrait fin ; mais tant de regrets le taraudaient encore…

Les griffes et les crocs, Jo Walton, 2003.

Les griffes et les crocs

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Premières lignes #209

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1

LA PLAINE DE LA PEUR

L’air calme du désert avait la limpidité d’une lentille. Les cavaliers paraissaient figés dans le temps, ils se déplaçaient sans se rapprocher. Nous les avons comptés à tour de rôle. Je n’arrivais pas à trouver deux fois le même chiffre.
Un souffle a tourbillonné dans le corail, agité les feuilles du Vieil Arbre Ancêtre. Elles ont tinté les unes contre les autres pour participer au chant carillonnant du vent. Au nord, la lueur d’un éclair transmuant a profilé l’horizon comme le choc lointain de dieux en guerre.
Du sable a crissé sous une semelle. Je me suis retourné. Silence était planté bouche bée devant un menhir parlant. Il venait d’apparaître depuis quelques secondes à peine et lui avait fichu la trouille. Sournois, ces cailloux. Ils adorent les blagues.

La Compagnie noire, tome 3 : La Rose blanche, Glen Cook, 1985.

Les annales de la Compagnie noire,t.3 : La Rose blanche

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Premières lignes #208

Salutations !
Il y a quelques semaines, je partageais avec vous l’incipit du roman Le Prieuré de l’Oranger de Samantha Shannon. Je l’ai terminé hier et je vous en reparle au cours de la semaine qui arrive. En tout cas, me voici, à vous partager cette fois les premières lignes du récit…

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I

Est

L’inconnu sorti de l’eau tel un spectre aquatique, pieds nus et arborant les cicatrices de son périple. Il fendait tel un ivrogne la brume qui s’accrochait par filaments à la Seiiki.
Les légendes d’antan affirmaient que les spectres aquatiques étaient condamnés à vivre dans le silence. Que leur langue s’était flétrie en même temps que leur peau, et que leurs os n’étaient plus recouverts que d’algues. Qu’ils se tapissaient dans les hauts-fonds pour entraîner les imprudents au cœur de l’Abysse.
Tané n’avait plus craint ces racontars depuis la petite enfance. Désormais, son poignard incurvé tel un sourire brandi devant elle, elle fixait du regard la silhouette avançant dans l’obscurité.
Quand le spectre l’appela, elle tressaillit.

Le Prieuré de l’Oranger, Samantha Shannon, 2019.

Le Prieuré de l’Oranger

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Premières lignes #207

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Prologue

J’avais six ans.
Elle, elle était plantée sur le quai. Avec chaque train qui passait, le ruban rouge de son uniforme dansait dans le vent, il faisait comme un petit bond souple. On était en été. Je m’en souviens très bien, parce que c’était la veille de mon anniversaire.
— Sôsuke !
Quelque part, j’ai entendu la voix de maman qui m’appelait. A l’époque, j’adorais les trains et,  pressé de les voir, je l’avais précédée sur le quai. Du coup, entraîné par la foule, j’avais été séparé de maman.
— Sôsuke !
Lorsqu’elle m’a appelé pour la deuxième fois, je me suis rendu compte que je tenais la jeune fille par la main. Troublé, j’ai vite lâché sa main. Mon cœur s’est mis à cogner, comme s’il tapait des pieds. Soudain, j’avais du mal à respirer, la gorge sèche.

Le jardin arc-en-ciel, Ito Ogawa, 2014.

Le jardin arc-en-ciel

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Premières lignes #206

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Partie I

The Fat and the Furious

Les connards qui klaxonnent

— Ça, c’est un dragon ! constata Hugo, trois ans, avec beaucoup d’enthousiasme.
Cookie, assise entre sa nièce et son neveu, tenait le livre d’Histoire sur les créatures surnaturelles et n’était pas aussi enjouée. Elle avait pensé qu’il s’agissait d’un livre d’histoires, avec un petit h et un pluriel, alors que c’était au singulier et avec un grand H. Ce n’était pas du tout fait pour les enfants. Ni pour elle, d’ailleurs, même si elle allait bientôt avoir quarante ans. Heureusement, il y avait tout de même des images, mais il fallait ensuite trouver des choses à raconter. Elle doutait que les deux mômes aient vraiment envie d’une analyse savante sur la place des elfes dans l’antiquité au lieu de leur histoire avant de s’endormir. Quoique, niveau soporifique, ça avait l’air pas mal.
— Oui, admit Cookie. C’est un dragon.
— Pourquoi il n’y en a plus ? demanda Zoé, qui avait quelques années de plus que son frère.
Cookie ne s’était jamais posé la question.

La sorcellerie est un sport de combat, Lizzie Crowdagger, 2020.

La sorcellerie est un sport de combat : Les tribulations de lesbiennes hooligans face à un sorcier nazi

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Premières lignes #205

Bien le bonjours, les lecturovores !
L’incipit du jour est une note de la maison d’édition au début d’un livre ; je l’ai trouvée très intéressante alors la voici.

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La règle de proximité

Les Éditions iXe invitent leurs autrices et leurs auteurs à appliquer la règle dite de proximité, de voisinage ou de contiguïté, qui accorde en genre, et en nombre, l’adjectif, le participe passé et le verbe avec le nom qui les précède ou les suit immédiatement. Couramment appliquée jusqu’au XVIe siècle, elle fut attaquée au début du XVIIe par Malherbe, et dans une moindre mesure par Vaugelas, en raison de la plus grande « noblesse » reconnue au genre masculin. Un siècle plus tard, Beauzée revenait à la charge avec cet argument explicite : « Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin, à cause de la supériorité du mâle sur la femelle. »
Au lieu d’ancrer ainsi la domination dans la langue, la règle de proximité amène à écrire : « Les hommes et les femmes sont belles », « Toutes sortaient les couteaux et les dagues qu’elles avaient affûtées », « Joyeuses, des clameurs et des cris montaient de la foule », ou, comme Racine dans Iphigénie, « Mais le fer, le bandeau, la flamme est toute prête ».

Les dessous lesbiens de la chanson, Léa Lootgieter et Pauline Paris, illustré par Julie Feydel, 2019.

Les dessous lesbiens de la chanson

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Premières lignes #204

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8 mai. – Quelle journée admirable ! J’ai passé toute la matinée étendu sur l’herbe, devant ma maison, sous l’énorme platane qui la couvre, l’abrite et l’ombrage tout entière. J’aime ce pays, et j’aime y vivre parce que j’y ai mes racines, ces profondes et délicates racines, qui attachent un homme à la terre où sont nés et morts ses aïeux, qui l’attachent à ce qu’on pense et à ce qu’on mange, aux usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, des villages et de l’air lui-même.
J’aime ma maison où j’ai grandi. De mes fenêtres, je vois la Seine qui coule, le long de mon jardin, derrière la route, presque chez moi, la grande et large Seine, qui va de Rouen au Havre, couverte de bateaux qui passent.
À fauche, là-bas, Rouen, la vaste ville aux toits bleus, sous le peuple pointu des clochers gothiques. Ils sont innombrables, frêles ou larges, dominés par la flèche de fonte de la cathédrale, et pleins de cloches qui sonnent dans l’air bleu des belles matinées, jetant jusqu’à moi leur doux et lointain bourdonnement de fer, leur chant d’airain que la brise m’apporte, tantôt plus fort et tantôt plus affaibli, suivant qu’elle s’éveille ou s’assoupit.
Comme il faisait bon ce matin !
Vers onze heures, un long convoi de navires, traînés par un remorqueur, gros comme une mouche, et qui râlait de peine en vomissant une fumée épaisse, défila devant ma grille.
Après deux goélettes anglaises, dont le pavillon rouge ondoyait sur le ciel, venait un superbe trois-mâts brésilien, tout blanc, admirablement propre et luisant. Je le saluai, je ne sais pourquoi, tant ce navire me fit plaisir à voir.

Le Horla, Guy de Maupassant, 1887.

Le Horla

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Premières lignes #203

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PROLOGUE

ELLE ÉTAIT ATTACHÉE sur une étroite couchette au cadre en acier. Des courroies de cuir l’emprisonnaient et un harnais lui maintenait la cage thoracique. Elle était couchée sur le dos. Ses mains étaient retenues par des lanières de cuir de part et d’autre du lit.
Elle avait depuis longtemps abandonné toute tentative de se détacher. Elle était éveillée mais gardait les yeux fermés. Quand elle les ouvrait, elle se trouvait dans le noir et la seule source de lumière visible était un mince rayon qui filtrait au-dessus de la porte. Elle avait un mauvais goût dans la bouche et ressentait un besoin impérieux de se laver les dents.
Une partie de sa conscience épiait le bruit de pas qui signifierait qu’il venait. Elle savait que c’était le soir mais n’avait aucune idée de l’heure, à part qu’elle sentait que ça devenait trop tard pour une de ses visites. Elle sentit une vibration soudaine dans le lit et ouvrit les yeux. On aurait dit qu’une sorte de machine s’était mise en marche quelque part dans le bâtiment. Quelques secondes plus tard, elle n’aurait su dire si elle l’inventait ou si le bruit était réel.
Dans sa tête, elle cocha un jour de plus.
C’était son quarante-troisième jour de captivité.

Millénium 2 – La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette, Stieg Larsson, 2006.

Millénium 2 – La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette

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Premières lignes #202

Cher·es lecturovores, les premières lignes présentées aujourd’hui sont bel et bien l’incipit d’un livre ; il s’agit de la dédicace et elle m’a accrochée tout de suite. Peut-être vous partagerai-je prochainement les premières lignes du texte… En attendant, profitez donc de ces deux lignes, et bon dimanche à vous !

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À mon père,
qui n’est pas captif du modèle.

L’identité masculine en crise au tournant du siècle, Annelise Maugue, 1987.

L’identité masculine en crise au tournant du siècle

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Premières lignes #201

Salutations !
Aujourd’hui, je vous parle du roman La maîtresse de Rome de Kate Quinn, lu il y a quelques années de cela. J’avais adoré ! Je ne sais pas si, aujourd’hui encore, ce serait un coup de cœur mais, ce que je sais, c’est que j’en aimerais toujours la lecture.
Ce n’est pas l’incipit à proprement parler, ni les premières lignes du récit, mais juste trois lignes qui nous pose un peu l’ambiance, qui nous présentent de quoi il sera question.

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«Je promets de supporter le feu, les chaînes,
les coups, la mort par le fer. »

Serment des gladiateurs

La maîtresse de Rome, Kate Quinn, 2010.

La maîtresse de Rome

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