Premières lignes #268

Mes libraires sont merveilleuses. Cela fait une éternité que je veux lire Stone Butch Blues et voilà que j’apprends qu’il y a une traduction française, éditée au format papier. Je me dis que ce roman doit être assez confidentiel et que l’on ne doit le trouver que dans certaines librairies comme Violette & Co. Problème : ce n’est pas tout à fait la porte à côté et j’aime beaucoup la librairie près de chez moi, alors je décide d’y commander le livre. Nul besoin d’attendre : elles l’avaient en stock et me l’ont mis de côté. Décidément, je les aime !
Et donc c’est quoi, ce roman ? C’est l’histoire de Jess, une lesbienne butch ; une butch, c’est une femme qui se réapproprie les codes de la masculinité (en tout cas vestimentaires). Il y aurait plein de choses à dire mais cette introduction ne sert qu’à vous faire comprendre de quoi il est question quand il est question des « femmes comme [Jess] ». De toute façon, je serais bien incapable de vous résumer Stone Butch Blues car je ne l’ai pas encore lu mais, dites-moi ce que vous en pensez, j’ai l’impression qu’il est question de rupture dès le début du livre et que c’est compliqué de passer à autre chose, non ? En tout cas, j’ai hâte de m’y mettre !

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

 

1

Chère Theresa,

Je suis allongée sur mon lit ce soir et tu me manques. J’ai les yeux tout gonflés. Des larmes chaudes coulent sur mon visage. Un violent orage éclate dehors, illuminé d’éclairs.
Ce soir, j’ai marché dans les rues. Je te cherchais dans chaque visage de femme, comme je l’ai fait chaque nuit de cet exil solitaire. J’ai peur de ne plus jamais voir tes yeux rieurs et moqueurs.
Tout à l’heure, j’ai pris un café à Greenwich Village avec une femme. Une amie commune nous a mises en contact, convaincue que nous aurions beaucoup à partager puisque nous faisions toutes les deux « de la politique ». Eh bien ! On a été au café et elle a causé de la politique démocrate, de colloques, de photo, de ses problèmes avec sa coopérative et de son opposition au plafonnement des loyers. Pas étonnant, Papa est un grand promoteur immobilier.
Pendant qu’elle parlait, je la regardais en me disant que j’étais une étrangère dans ses yeux de femme. Elle me regardait mais ne me voyait pas. Puis elle a fini par me dire combien elle haïssait cette société pour ce qu’elle faisait aux « femmes comme moi » qui se détestent tellement qu’elles se sentent obligées de ressembler à des mecs et de se comporter comme eux. Je me suis senti rougir, mon visage s’est un peu crispé et j’ai commencé à lui répondre, très calme et tranquille, que des femmes comme moi existaient depuis la nuit des temps, bien avant d’être opprimées. Puis je lui ai raconté comment les sociétés les respectaient. Alors elle s’est donné un air très intéressé – et puis il était temps d’y aller.

Stone Butch Blues, Leslie Feinberg, 1993.

Stone Butch Blues

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Premières lignes #267

Après une semaine sacrément chargée, j’ai enfin pu aller en librairie chercher une nouveauté que j’avais précommandé : L’empire d’écume d’Andrea Stewart. J’achète rarement des premiers tomes, ne sachant jamais dans quelle direction les suivants partiront, toutefois, en lisant la chronique d’Apophis, j’ai finalement cédé aux sirènes.

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Lin

Île Impériale

Mon père m’a dit que j’étais brisée.
Il n’a pas exprimé sa déception à voix haute quand j’ai répondu à sa question. Je l’ai vue à sa façon de plisser les yeux, de mordre ses joues déjà creuses, de baisser très légèrement la commissure gauche de ses lèvres en un mouvement presque imperceptible sous sa barbe.
C’est lui qui m’a appris à lire les pensées des gens sur leur visage. Il n’ignorait pas que je saurais interpréter son expression. Alors, entre nous, c’était comme s’il avait parlé haut et fort.
Sa question :
– Qui était ta plus proche amie d’enfance ?
Ma réponse :
– Je ne sais pas.
Je courais aussi vite qu’un vol de moineaux, je maniais l’albaque avec autant d’adresse que les meilleurs comptables de l’empire et je savais nommer toutes les îles connues dans le temps qu’il fallait pour laisser infuser du thé, mais je ne me rappelais rien de mon passé d’avant la maladie. J’avais parfois l’impression que je n’y arriverais jamais – que cette fille-là m’était perdue.
Le fauteuil de mon père grinça sous son poids, et il poussa un long soupir. Il tenait entre ses doigts une clé en laiton, dont il tapotait la table.
– Comment puis-je te confier mes secrets ? Comment veux-tu que je te confie mon empire si tu ne sais même pas qui tu es ?
Je savais qui j’étais. J’était Lin, la fille de l’empereur. Je hurlai ces mots dans ma tête mais je ne les prononçais pas. Contrairement à mon père, je dissimulai mes pensées derrière un visage impassible.

L’empire d’écume, tome 1 : La fille aux éclats d’os, Andrea Stewart, 2020.

L’empire d’écume, tome 1 : La fille aux éclats d’os

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Premières lignes #266

Aujourd’hui, je vous propose de découvrir les premières lignes du deuxième tome du Sorceleur : L’épée de la providence. Aucun divulgachage, et pour cause : comme dans le premier livre, ce sont des nouvelles indépendantes les unes des autres en terme de linéarités, qui nous permettent simplement d’apprendre à mieux connaître Geralt de Riv.

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LES LIMITES DU POSSIBLE

I

– Il n’en sortira plus, je vous le dis, finit par lancer le grêlé en branlant du chef. Ça fait une heure et quart qu’il est entré. C’en est fini de lui.
Les bourgeois, pressés les uns contre les autres au milieu des ruines et des gravats, observaient en silence le trou noir béant de l’entrée du souterrain. Un gros homme vêtu d’une vareuse jaune se dandinait d’un pied sur l’autre en toussant. Il fit glisser de sa tête une toque toute fripée.
– Attendons encore un peu, dit-il en essuyant la sueur qui perlait de ses sourcils clairsemés.
– Attendre quoi ? mugit le grêlé. Là-bas, dans les oubliettes, se terre un basilic. L’auriez-vous oublié, burgrave ? Celui qui entre signe irrévocablement sa perte. Ils ne sont pas assez nombreux, ceux qui n’en sont pas revenus ? Qu’est-ce que nous attendons ?
– Nous nous sommes mis d’accord, murmura sans conviction le gros homme. N’est-ce pas ?
– C’est accord, nous l’avons conclu avec un vivant, bourgmestre, déclara le compagnon du grêlé, un géant ceint d’un tablier de boucher en cuir. Il est mort, aussi sûrement que le soleil brille dans le ciel. Il était évident dès le début qu’il courait à sa perte, tout comme les autres avant lui. Il n’a pris aucun miroir, seulement son épée. Et sans miroir, tout le monde le sait, il est impossible de tuer un basilic.

Sorceleur, tome 2 : L’épée de la providence, Andrzej Sapkowski, 1992.

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Sorceleur, intégrale

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Premières lignes #265

Salutations !
Je vous propose aujourd’hui de découvrir les premières lignes de Femmes, race et classe d’Angela Davis, un bon essai accessible et que je vous recommande.
Dans cette introduction, en un paragraphe, on sait déjà de quoi ça va parler (si on n’avait pas lu le titre) : les femmes noires, leur effacement des luttes, les oppressions qu’elles ont subit (et subissent toujours, par ailleurs – le livre est un peu daté mais pas tant que ça)… A lire !

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CHAPITRE1

L’HÉRITAGE DE L’ESCLAVAGE :
ÉLÉMENTS POUR UNE AUTRE APPROCHE
DE LA CONDITION DE FEMME

Lorsque Ulrich B. Phillips déclara en 1918 que l’esclavage dans les vieux États du Sud avait marqué les sauvages d’Afrique et leurs descendants américains du sceau illustre de la civilisation, cet éminent universitaire entama un débat interminable et passionné. Plusieurs dizaines d’années passèrent, le débat s’amplifia et les historiens se vantèrent tous d’avoir déchiffré l’énigme de cette « curieuse institution ». Parmi toutes les thèses académiques, on aurait cherché en vain une étude consacrée aux femmes esclaves. L’éternelle question du « libertinage des femmes noires » ou de leurs tendances « matriarcales » ne faisait qu’obscurcir leur condition au lieu de l’éclairer. Herbert Aptheker est l’un des rares historiens qui ait tenté de les comprendre en se basant sur des éléments plus réalistes.

Femmes, race et classe, Angela Davis, 1981.

Femmes, race et classe

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Premières lignes #264

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Préface

On rencontre parfois de bien étranges visiteurs… Des visiteurs qui ne nous ressemblent guère. Qui parfois nous font peur, parfois nous séduisent. Des visiteurs venus d’ailleurs. Mais quel ailleurs ? C’est souvent là que réside le mystère.
Lorsqu’il s’agit d’histoires fantastiques, l’existence même du visiteur, son origine, sa matérialité, laissent largement place au doute. Le héros a-t-il rêvé ? A-t-il été victime d’une hallucination ? L’auteur se garde bien de donner la solution. Au lecteur de conclure. Le Horla de Maupassant en est un bon exemple.
Mais dans les histoires de science-fiction, le visiteur est décrit comme existant vraiment. Le mystère porte plutôt sur ses origines, le danger potentiel qu’il représente, ses modes de vie. Et, très fréquemment, ce type de texte pose le problème du droit à la différence, du racisme, sous une forme romancée.
La plupart des textes rassemblés dans cette anthologie appartiennent au domaine de la science-fiction.

D’étranges visiteurs, Collectif, 1991.

D’étranges visiteurs

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Premières lignes #263

Je ne sais pas si vous connaissez Mary Wollstonecraft, la mère de Mary Shelley ? C’était une écrivaine, féministe et philosophe anglaise du XVIIIe siècle. Je suis passée en librairie l’autre jour et j’ai vu Défense des droits des femmes à 2€. J’ai lu les quatre premières lignes et je l’ai acheté. Ah, si elle savait où on en est aujourd’hui…

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« J’espère que, quand on reverra votre
constitution, les droits de la femme
seront enfin comptés pour quelque chose
et respectés comme ils doivent l’être. »

Défense des droits des femmes, Mary Wollstonecraft, 1792.

Défense des droits des femmes

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Premières lignes #262

Salutations !
Aujourd’hui, je vous propose les premières lignes d’un huis-clos fantastique : Si longue soit la nuit de Christophe Lambert. Ce roman fait partie de mes lectures prévues en avril et je me demande bien où il va nous mener…

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Chapitre 1
Danny

J’entends une voix jaillir de nulle part – « Trois, deux, un… » – puis il y a un flash, accompagné d’un grésillement.
J’ouvre les yeux, le cœur battant, la sueur aux temps. Complètement désorienté. Je suis dans une salle de cours, celle de sciences – biologie et physique. Je la reconnais tout de suite avec ses paillasses plastifiées et ses petits éviers carrelés. Mr Willoughby, le prof de sciences, est absent. Je ne l’aime pas, Willoughby. Il est proche de la retraite, ronchon, pas motivé et pas motivant. J’ai toujours trouvé sa voix aussi soporifique d’un gaz chimique. Et puis, de toute façon, je n’aime pas les sciences. J’ai pas l’esprit formaté pour ça. Mon truc à moi, c’est plutôt la littérature.
Willoughby a disparu et je découvre quatre de mes camarades debout à mes côtés. Enfin, quand je dis « camarades », je vais peut-être vite en besogne. Je ne parle jamais, ou presque, à la plupart d’entre eux. Et je doute que Johnny Esparza, la petite brute de service, devienne un jour un ami. Pour l’heure, Johnny ouvre de grand yeux ronds. Il regarde autour de lui, poings serrés. Il est tout en nerfs et en muscles. Pas vilain – il a des traits fins, des pommettes saillantes –, mais sec et dur.
– Quelqu’un peut m’expliquer ? il lâche, sur la défensive.
Nous ressemblons tous à une bande de somnambules mal réveillés.
– Je ne me sens pas bien du tout…, dit Calista Hamilton.
Elle est aussi blanche que la rangée d’éviers. Tout à coup, elle tombe à genoux et vomit des litres d’eau. Littéralement des litres ! Les spasmes plissent son ventre en hoquets douloureux. Les autres s’écartent d’instinct. On se croirait dans un film d’horreur. Calista tousse, crache ses poumons et finit par expulser un jet de bile jaunâtre. Laura Jackson est la première à se ressaisir. Elle sort de sa stupeur pour aider Calista à se relever.

Si longue soit la nuit, Christophe Lambert, 2021.

Si longue soit la nuit

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Premières lignes #261

Bien le bonjour !
Aujourd’hui, je vous retrouve avec les premières lignes d’un roman qui a l’air drôle, plein de légèreté : L’incroyable vie normale de Joséphine. Bonne lecture et bon dimanche à vous !

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1

— J’ai chaud aux yeux !
— Rince-les à l’eau glacée, répondit distraitement Sophie, en pleine partie de jeu vidéo.
La jeune maman était allongée sur le ventre, à même le sol, tâtonnant à l’aveugle de sa main libre sur un plateau, à la recherche de sablés bretons ouvert quelques minutes auparavant… Vide. Impossible ! Elle lorgna du côté de son chien, le regard sévère. Pitch dormait paisiblement, la preuve de son délit encore bien en vue : collée à ses moustaches. La pause hebdomadaire qu’elle avait coutume de s’accorder ne se passait jamais comme prévu. Elle soupira d’agacement et focalisa son attention sur sa fille.
Joséphine, à peine neuf ans, les yeux bleus ornés de lunettes rondes, venait de se matérialiser sur le seuil de la pièce de vie, l’air affolé.
— Rapport ? soupira Sophie.
La petite, soulagée, s’assit à l’extrémité du canapé en tissu. Elle prit soin de garder ses distances avec les deux autres membres de la famille, craignant d’être contagieuse.
— Ça dépend des sites… Bon, je commence par le plus sérieux : Doctissimo. Dans le cas le moins grave, fatigue oculaire, voire sécheresse des yeux. Une femme sur le forum a attiré mon attention sur le glaucome…

L’incroyable vie normale de Joséphine, Angéline Michel, 2020.

L’incroyable vie normale de Joséphine

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Premières lignes #260

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I

C’était un cauchemar, un horrible songe aux allures de réalité où s’entrechaquaient ses pires craintes.
An s’accrochait à cet espoir et dans son esprit anesthésié bouillonnait la révolte.
Statique, aussi stoïque qu’une statue de glaise, elle ne pouvait ni bouger, ni avancer, ni réagir, mais seulement percevoir le froid qui envahissait ses entrailles, les gouttes de sueur qui perlaient le long de son cou et de son dos. En face d’elle, un homme ricana et elle eut l’impression d’entendre un tombeau s’ouvrir en grinçant.
Une fraîcheur mortelle régnait dans la pièce. L’esprit ralenti par la température, Ann ne parvenait pas à réfléchir. Spectatrice de l’horrible scène, elle observait, impuissante, l’homme qui avançait lentement, un sourire carnassier éclairant son visage. Au fond de son regard, l’envie de goûter brillait d’une lueur émeraude, étincelante de malice et de cruauté. Aucun mot n’avait besoin de sortir de sa bouche pour dévoiler ses intentions, sa seule présence et le malaise qu’il dégageait suffisaient à Ann pour deviner que la suite ne serait pas à son avantage.

Ann Radcliffe contre Dracula, Bénédicte Coudière, 2020.

Ann Radcliffe contre Dracula

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Premières lignes #259

L’autre jour, je suis tombée sur un livre qui avait l’air chouette, puis j’ai réalisé que c’était un quatrième tome – trop tard. Cela dit, cela me semble être le genre de roman qui n’a pas besoin qu’on lise forcément tout. Au début du roman, la narratrice nous présente en effet les personnages, et ça me donne envie de poursuivre ma lecture !

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1

Ce soir-là, je suis rentrée tard de chez Mme Herrera. Il faisait nuit. Une nuit d’un noir aveuglant, après toute une soirée passée parmi les couvertures multicolores des livres. Ce kaléidoscope m’avait fait tourner la tête !
Mercedes Herrera est la libraire de la ville. Sa boutique ne se trouve pas avec les autres commerces, près de la boulangerie et la boucherie, mais un peu à l’écart, à mi-chemin entre le centre et le cimetière, sur les pentes d’une petite colline.
Si on met de côté la maison en meulière où j’habite en compagnie de mes parents, la librairie est l’endroit où je me sens le mieux.
On s’y retrouve souvent avec Orphée, mon meilleur ami. Orphée est le fils d’Hadès, le gardien du cimetière. Lui n’est pas amateur de romans, comme moi. Il dévore les bandes dessinées. Mme Herrera, qui ne tenait pas le genre en haute estime, s’est mise à l’apprécier grâce aux conseils avisés de mon camarade et a commencé à étoffer son rayon jusqu’à ce qu’il occupe la moitié de la surface du magasin.

Trouille Académie, tome 4 : Fantômes connectés, Bertrand Puard et Claudia Petrazzi (illustrations), 2021.

Trouille Académie, tome 4 : Fantômes connectés

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