Premières lignes #185

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Auparavant, je vous demandais de mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article. Désormais, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.

Avant-propos

Je venais de finir l’écriture d’un essai sur les femmes, les maisons et les tâches ménagères. Je me sentais vide et désœuvrée. Mes journées se résumaient à traîner mon pyjama sale avec mon corps dedans en me demandant que faire. Un matin, avachie sur le canapé, j’écoutais la radio quand quelqu’un évoqua la maison de Balzac, à Passy. Je sentis un frémissement. Blzac, c’était le grand amour de ma jeunesse. J’avais grandi avec ses personnages et la nostalgie d’un temps où les auteurs étaient des superstars. Et si j’y allais ?
Dans le métro, je me suis dit que c’était parfaitement grotesque. J’ai hésité à faire demi-tour. Qu’est-ce que j’allais foutre là-bas toute seule ? Tromper mon ennui et ma dépression ?J’ai poussé malgré tout jusqu’à la rue Raynouard – qui a cette caractéristique d’être très précisément à l’autre bout de Paris peu importe votre point de départ. Devant le musée, nouvelle hésitation. C’était gratuit. Je suis entrée. Il faisait sombre. Il n’y avait personne. J’ai erré dans les deux premières pièces. Il n’y avait pas grand chose à regarder. Quelques portraits posthumes mettant en scène la puissance du créateur – lui, le désœuvrement, il ne connaissait visiblement pas. Les tableaux étaient accrochés sur des murs peints dans une espèce de violet qui n’était pas sans rappeler le catalogue Castorama 2003. Ça n’avait rien d’une maison, tout était impersonnel. J’ai essayé de me convaincre que j’appréciais ce moment mais, en vrai, j’étais assez déçue.
Et puis j’ai pénétré la pièce du fond, la plus petite, le bureau de l’écrivain, seul endroit resté à peu près en l’état.

Honoré et moi, Titiou Lecoq, 2019.

Honoré et moi

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Premières lignes #184

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PROLOGUE

C’est l’histoire d’un triangle, je crois qu’on peut bien le dire : Arnie Cunningham, Leigh Cabot et, bien entendu, Christine. Mais Christine était là la première. Elle a été le premier amour d’Arnie, et je pense pouvoir affirmer, du haut de l’extraordinaire sagesse que je peux avoir atteinte en mes vingt-deux ans de vie, qu’elle en a été le seul.  C’est pourquoi je dis que ce qui est arrivé est une tragédie.

Arnie et moi, on a grandi dans le même quartier, et on a été dans les mêmes écoles depuis la maternelle. Je crois que c’est grâce à cela qu’il s’en est sorti vivant quand on est arrivé dans les grandes classes. J’étais costaud, et c’est ce qui l’a sauvé. Il en a pris plein la tronche pour pas un rond, d’accord, mais il a eu la vie sauve.
C’était le pauvre mec de la classe, vous me suivez ?

Christine, Stephen King, 1983.

Christine

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Premières lignes #183

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Maëlle

— Tu dis que ça vient de Corée du Sud ?
—  Mais non, Corée du Nord ! Sinon, je ne vois pas l’intérêt…
— Clairement ! intervient Anne-Charlotte tandis que je reprends ce truc qui me sert de téléphone des mains de Maxime pour le fourrer dans ma poche. Il faut vraiment tout t’expliquer, Mon pauvre Max ! pourquit-elle en gardant les yeux rivés sur ses ongles manucurés. Quel intérêt d’avoir un portable qui vient d’un pays où tout le monde peut aller ? Puisqu’on te dit que dans un an on reviendra tous aux vieux portables, c’est ultra classe le style rétro, you understand ? Allez, sois gentil, circule ! lui lance-t-elle d’un ton excédé, en secouant sa chevelure blonde tout en m’adressant un clin d’œil amusé.
Après avoir esquissé une moue sceptique, Maxime obéit et s’éloigne en traînant les pieds.
— Je suis contente que tu fasses partie de notre groupe, reprend Anne-Charlotte en retournant à la contemplation de ses ongles, en fait, t’es plutôt cool comme fille…
Si tu veux qu’elle t’accepte, ne montre aucune réaction. Reste neutre, détachée… tu es cool !
— Merci…, lui dis-je d’un ton laconique, alors que la sonnerie retentit.

Mytho !, Pascal Brissy et Yaël Hassan, 2019.

Mytho!

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Premières lignes #182

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Aux hommes et aux femmes
des unités de sciences du comportement et d’aide
aux enquêtes du FBI, de Quantico, Virginie,
camarades d’exploration, partenaires du voyage,
d’hier et d’aujourd’hui.


Même recouverts par la terre entière,
les crimes finissent par venir au jour.

William SHAKESPEARE
Hamlet, acte I, scène 2.

Mindhunter – Dans la tête d’un profileur, John Douglas et Mark Olshaker, 1995.

Mindhunter – Dans la tête d’un profileur

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Premières lignes #181

Bonjour !
Une fois n’est pas coutume, un peu de littérature jeunesse, adressée aux enfants à partir de 9 ans ! J’ai beaucoup aimé ce petit roman dans lequel Lilou, une fille handicapée motrice, nous raconte son entrée au collège et qui nous parle de ses projets comme faire du théâtre, par exemple. Et ce ne sont pas quelques marches qui l’empêcheront de réaliser ses rêves, ça non ! Chaque problème à sa solution, et elle compte bien le démontrer.

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1     Le grand jour

Carte d’identité

NOM : Leroux
PRÉNOM : Lilou dite Lilou à roulettes
ÂGE : Dix ans (pour le moment !)
YEUX : Marron
CHEVEUX : Châtains
SIGNES PARTICULIERS : R.A.S. ! MDR
CENTRES D’INTÉRÊTS : Le chant, le théâtre,
la plongée sous-marine, le saut en parachute,
la danse, et des milliards d’autres choses,
tout m’intéresse sur Terre.

Lilou, ma vie comme sur des roulettes, Yaël Hassan, illustré par Terkel Risbjerg, 2019.

Lilou, ma vie comme sur des roulettes

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Premières lignes #180

Bonjour les lecturovores !
Aujourd’hui, je vous mets les premières lignes de Cogito de Victor Dixen que je lis en commun avec Bouquinovores. C’est un mail reçu par l’héroïne qui entame le roman.

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Roxane Le Gall


De : Stages Science Infuse <stages-science-infuse@noosynth.com>
Envoyé : Jeudi 2 février, 10 h 09
Objet : Préselection bourse au Stage Science Infuse de printemps
Pièce jointe : Dossier de candidature.doc

Chère mademoiselle Le Gall,

Je me permets de vous contacter aujourd’hui pour vous annoncer que vous avez été préselectionnée pour une bourse offerte par l’entreprise Noosynth, afin de participer au stage « Science Infuse » du printemps prochain – du 14 au 22 avril inclus –, dans les eaux internationales de l’Atlantique.

Ce séjour de préparation intensive au BAC (brevet d’accès aux corporations) repose sur la technologie révolutionnaire de la programmation neuronale. D’une valeur marchande d’un million d’euros, il offre un taux de réussite à l’examen de 100%.

Votre profil a été repéré parmi des milliers d’autres lycéens en forte difficulté scolaire, sur la base des résultats du contrôle continu, librement accessibles aux corporations sur les serveurs de l’Éducation nationale.

Pour valider votre candidature et tenter de bénéficier de cette bourse, veuillez compléter le dossier en pièce jointe et me le renvoyer avant le 15 février.

Je vous prie d’agréer, chère mademoiselle Le Gall, mes studieuses salutations.

Noosynth

Édouard Delaunay
Directeur du pôle Recrutement, Stages Science Infuse
Noosynth France
Quai de Grenelle
75008 Paris

Cogito, Victor Dixen, 2019.

Cogito

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Premières lignes #179

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Chapitre premier

De la fenêtre de sa chambre, dans la tourelle de l’hôtel particulier parisien de Mada Vittora, Anouk ne voyait pas la fontaine qui se dressait tout au bout de la rue des amants. Elle voyait, en revanche, les âmes pleines d’espoir qui foulaient le trottoir, touristes et parisiens confondus, certains leur nez plongé dans leur guide, d’autres connaissant le chemin par cœur, venant formuler des vœux qui, selon une obscure légende du quinzième siècle (rendue célèbre par un film sorti l’été précédent), se réaliseraient par un simple contact l’élément porte-bonheur de la fontaine. Quel élément porte-bonheur, Anouk l’ignorait. Personne n’était capable de lui dire ce que la statue représentait. Aucun des livres de la maison ne faisait la moindre allusion à la légende, et Mada Vittora interdisait les ordinateurs et les écrans de télévision. Peut-être s’agissait-il d’une sirène au milieu des flots, d’un cheval caracolant, ou d’un petit garçon faisant pipi, et dont les faiseurs de vœux devaient toucher une certaine nageoire, ou un certain sabot, ou une certaine… partie du corps. Anouk ne pouvait même pas le découvrir de ses propres yeux. Mada Vittora lui interdisait formellement de quitter la maison. De toute sa vie, qui s’élevait à douze mois et huit jours bien qu’on lui donnât dix-sept ans, elle n’avait jamais posé davantage que le gros orteil de l’autre côté de la porte.

Grim Lovelies, Megan Shepherd, 2018.

Grim Lovelies

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Premières lignes #178

L’essai qui ouvre le recueil de nouvelles Rêves de femmes, de Virginia Woolf, est un prélude à ce qu’elle développera plus tard dans Une chambre à soi. Bien sûr, il ne s’agit que des toutes premières lignes et non de l’essai dans son ensemble – de quoi attiser notre curiosité…

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LES FEMMES ET LE ROMAN

Le titre de cet article peut se lire de deux façons : il peut renvoyer aux femmes et à la fiction qu’elles écrivent, ou aux femmes et à la fiction qui s’écrit à leur propos. L’ambiguïté est délibérée car, si l’on souhaite traiter des femmes écrivains, la plus grande souplesse est de mise ; il est nécessaire de s’accorder un peu de place pour traiter d’autres sujets que leurs œuvres, tant celles-ci ont été influencées par des circonstances totalement extérieures à leur art.
L’examen, même le plus superficiel, de la littérature produite par les femmes soulève d’emblée toutes sortes de questions. Pourquoi, se demande-t-on, les femmes n’ont-elles pas écrit de manière soutenue avant le XVIIIe siècle ? Pourquoi se mirent-elles alors à écrire aussi naturellement que les hommes pour produire sans interruption quelques-uns des classiques de la fiction anglaise ? Et pourquoi leur art a-t-il pris et prend-il encore la forme de la fiction ?

Rêves de femmes, Virginia Woolf, XXe siècle.

Rêves de femmes

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Premières lignes #177

Aujourd’hui, ce sont les premières lignes de La neuvième tombe que je vous présente. Le roman sort le 4 septembre prochain et j’ai eu la chance de l’avoir en avant-première. Je vous en reparle très bientôt !

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Prologue

14 juin 1998 – 8 novembre 1999

Il faisait si noir qu’il y voyait à peine et le fourgon tanguait si fort sur le chemin défoncé que son écriture était pratiquement illisible. Mais c’était comme ça. Il tenait à tout expliquer avant de se vider de son sang. C’était sa dernière chance de raconter son histoire, l’histoire d’amour qui lui avait fait tout quitter et se lancer dans l’inconnu. Il voulait qu’on sache comment il s’était fait tirer dessus et prendre en otage par ses propre compatriotes et pourquoi il roulait à présent vers une mort quasiment certaine.
Il avait emporté le stylo avant de fuir le camp militaire israélien du barrage de Huwwara et de passer la ligne de cessez-le-feu pour entrer dans la zone libre de Cisjordanie. Il avait aussi pris quelques pages vierges dans le journal intime de Tamir, trouvé dans son sac à dos, ainsi qu’une enveloppe déjà utilisée.
Quand il eu terminé d’écrire, il plia les feuilles de ses mains ensanglantées, les glissa dans l’enveloppe et la ferma comme il put.
Il n’avait ni timbre ni adresse. Il n’avait qu’un nom. Pourtant, c’est sans hésitation qu’il poussa la lettre dans la minuscule fente et la lâcha. Si Dieu le voulait, elle arriverait à destination, songea-t-il avant de se laisser aller à son épuisement.

La neuvième tombe, Stefan Ahnhem, 2015.

La neuvième tombe

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Premières lignes #176

Salutations !
Pour ce nouveau RDV Premières lignes, je pensais en mettre plus mais, en relisant ce matin, j’ai trouvé que m’arrêter là dans l’extrait serait parfait car il marque déjà un certain malaise qui donne envie de lire la suite. C’est un thriller de Fred Vargas que je vais lire ce mois-ci et.

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1

— Pierre, il y a quelque chose qui déraille dans le jardin, dit Sophia.
Elle ouvrit la fenêtre et examina ce bout de terrain qu’elle connaissait herbe par herbe. Ce qu’elle y voyait lui faisait froid dans le dos.

Debout les morts, Fred Vargas, 1995.

Debout les morts

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