Premières lignes #155

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Auparavant, je vous demandais de mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article.  Désormais, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.

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Pourquoi partent-elles ?

L’obéissance, c’est la mort !

En commençant par ces mots son premier livre, qu’elle intitule Pour la vie, Alexandra David-Néel a déjà tout dit. Avec cet aphorisme, elle conteste les idées reçues, lie l’aventure et l’écriture, éclaire la genèse de son propre cheminement et raconte d’un trait toute l’histoire des Grandes Aventurières.
Leur curiosité du monde et la quête de leur propre vérité passent par ce courage-là : celui de désobéir.
Qu’est-ce que l’Aventure au féminin ?
Si parler d’aventure, c’est parler d’hommes et de femmes mus par la passion des confins, le mot « aventurière », lui, n’évoque ni le départ, ni l’éloignement, ni le voyage. Plutôt l’ambition, l’intrigue et l’amour vénal. Même au XXe siècle, quand l’« aventure » prend le sens que lui donne Malraux – aller plus loin –, les aventurières ne sont pas « celles qui s’avancent dans l’inconnu ». Il faut leur adjoindre un qualificatif pour qu’elles se distinguent de la cohorte des espionnes et des courtisanes : les Grandes Aventurières. Mais, peine perdue, Malraux plaisante : « Les hommes ont les voyages, les femmes ont des amants ! »

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Elles ont conquis le monde – Les Grandes aventurières, 1850-1950, Alexandra Lapierre et Christel Mouchard, 2009.

Elles ont conquis le monde – Les Grandes aventurières, 1850-1950

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Premières lignes #154

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Prologue

Le magicien pénétra en trombe dans le bordel, sa cape d’or virevoltant derrière lui.
– Où est-elle ? rugit-il.
La jeune fille qui se tenait à l’accueil recula, effrayée, puis disparut derrière un lourd rideau de velours en apercevant sa patronne. Celle-ci, longue femme au teint ambré et à la maigreur androgyne, marcha tranquillement vers le magicien, comme immunisée contre la fureur qui vibrait dans son regard d’acier.
Je l’ignore, avoua-t-elle. Elle a quitté l’établissement il y a quatre lunaisons.
Les paupières de l’homme s’étrécirent.
Tu l’as laissée partir ?
Bien sûr que non. Vous connaissez ma politique concernant les rejetons de vos semblables. Elle s’est échappée.
Il s’accorda un instant de réflexion durant lequel sa colère sembla retomber, mais le calme qu’il afficha en relevant la tête était plus menaçant encore.
A-t-elle de la famille chez qui elle aurait pu se réfugier ? s’enquit-il.
Pas à ma connaissance.
À quel stade en est-elle ?
Huitième mois. L’affaire date de votre dernier passage à Dorderès.
Je vais fouiller les lieux.
Je ne vous mens pas, elle est partie.
Écarte-toi, Ludmilla.
Elle s’écarta.

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Les illusions de Sav-Loar, Manon Fargetton, 2016.

Les illusions de Sav-Loar

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Premières lignes #153

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Ce serait une erreur de prétendre que personne n’entendit ni ne vit rien. Cette nuit-là, de nombreux témoins perçurent l’écho des balles et virent une silhouette s’enfuir de la maison pour s’engouffrer dans la voiture qui l’attendait.
Les témoins retournèrent ensuite à leurs occupations ou peut-être restèrent-ils dans les environs pour assister à l’épilogue, lorsque la police arriva et que les corps furent emportés. Mais ils ne parlèrent pas. Ils se faufilèrent parmi les buissons, se perchèrent sur la branche d’un arbre, glissèrent sur le sol. Ils ne faisaient qu’un avec la nature, souvent invisibles aux yeux des humains. Petits ou grands. Rapides ou lents. Aux yeux perçants ou presque aveugles.
Quoi qu’il en soit, la vérité sur ce qui s’était réellement passé dans cette maison se dissipa progressivement pour finir par disparaître totalement.
Exactement comme le font si souvent tant d’autres choses.

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Les âmes englouties, Susanne Jansson, 2010.

Les âmes englouties

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Premières lignes #152

Aujourd’hui, je vous présente les premières lignes d’un roman qui me tentait bien mais, l’ayant terminé hier, je peux vous dire que je suis passée totalement à côté.

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HILARY
Dix lettres à Donna

De : Hilary Hudson hh@msn.com
Objet : Première lettre
Date : Lundi 28 juin 2004. 22:19
À : donna@hotmail.com 

Chère Donna,

Avant tout, je dois te le dire : tu es un amour. Chacune de tes venues me réjouit infiniment, mais celle de ce matin m’a particulièrement ravie. Ton maillot de bain t’allait à la perfection, sa couleur s’accordait à l’écume des vagues et à la glace que tu m’as tendue. Merci. Je savais qu’un jour tu me pardonnerais, quelle qu’ait pu être la raison de ta colère, mais j’ignorais quand. J’ai encore le goût de la vanille dans la bouche. Tu es toujours ma meilleure amie et tu le resteras jusqu’à la fin de mes jours. N’aie crainte, je ne m’imagine pas pour autant que tes apparitions oniriques signifient quelque chose de plus que ton pardon, et pas davantage que tu me considères comme une bonne amie, mais je ne nie pas que je nourris l’espoir de mériter un jour de l’être, espoir désormais bien vivace.

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Un rien de lumière, Vladan Matijević, 2010.

Un rien de lumière

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Premières lignes #151

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I
Fini

1

Après avoir donné ma démission, mis fin à un mariage vidé de toute substance, vendu mon appartement de Xindian, plaqué le milieu théâtral où je m’étais fait un petit nom, rompu à l’amiable avec mes vieux potes (pour les beuveries et les parties de poker, ne comptez plus sur moi !), muni d’un patrimoine des plus réduits et donc aisément transportable, j’ai franchi l’infernal tunnel de Xinhai menant à Wolong Street, ce trou du cul du monde qui a « le charnier » en toile de fond1, et là, me suis installé comme détective privé.

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Rue du Dragon couché, Chi Wei-Jan, 2011.

Rue du Dragon couché

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Premières lignes #150

Bonjour mes lecturovores !
Aujourd’hui, je reviens vers vous avec les célèbres premières lignes de Claudine à l’école. Après avoir vu le film Colette avec Keira Knightley (que j’ai beaucoup aimé), j’ai eu envie de découvrir son premier roman et, à ma grande surprise, j’ai passé un très bon moment alors que je ne me suis pas attachée à l’héroïne mais j’ai apprécié son ton mordant. Vraiment, je vous le conseille !

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Chapitre 1
Je m’appelle Claudine, j’habite Montigny ; j’y suis née en 1884 ; probablement, je n’y mourrai pas. Mon Manuel de géographie départementale s’exprime ainsi : « Montigny-en-Fresnois, jolie petite ville de 1.950 habitants, construite en amphithéâtre sur la Thaize ; on y admire une tour sarrasine bien conservée… » Moi, ça ne me dit rien du tout, ces descriptions-là !
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Claudine à l’école, Colette et Willy, 1900.

Claudine à l’école

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Premières lignes #149

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ANNÉE 1964

Claire Rochaz
à Héloïse de Marèges
Paris, le 30 juin 1964
Ave, amicarum optima !
Un prix d’honneur parti en vacances la veille de la distribution des prix, voilà qui n’a pas été du goût de Madame ! Elle ne s’est affiché que lorsque j’ai insinué, sans le dire vraiment, que tu avais dû aller rejoindre ta famille… « Son père est nommé à Stockholm, elle est invitée chez l’ambassadeur d’Espagne à Vienne… » Bref je ne sais pas si elle te croit à Madrid, à Vienne ou à Stockholm, mais elle matée.
Tu n’as rien perdu. Madame a fait un discours d’agrégée de sciences-nat, plein de fleurs, de petits oiseaux chantant dans les arbres, de pollen et d’abeilles. La chorale a exécuté (dans tous les sens du terme) La Nuit de Rameau avec Tauberg en soliste pour la dernière fois car elle devient mezzo malgré tous ses efforts, on nous a distribué des bouquins affreux : des invendus même pas coupés que tu découvriras à ton retour. J’ai confié les liens à Maman qui rentrait en voiture chez nous, et j’ai porté les tiens chez toi, où j’ai trouvé Victor qui les a pris en constatant qu’il n’en avait jamais eu autant.
Je pourrais te raconter bien des choses, mais je dois aller au local préparer le camp avec les autres CE, les cheftaines et les intendantes. Nous partons dans quatre jours et pour presque trois semaines. Ensuite bref passage en Savoie avec la famille puis allemand intensif à Osnabrück. Ecris-moi vite au camp, où je prévois une atmosphère saine et sportive, certes, mais un peu limitée intellectuellement. La plupart des filles n’ont jamais quitté la petite école de la rue de Milan où le niveau est, disons, moyen. Seule Marie-Christine, seconde des Cigognes, est à Jules-Ferry et s’y défend honorablement. Enfin, c’est une autre vie !
Bon, j’y vais, dans cette autre vie.
Vale.

Les amies d’Héloïse, Hélène de Monferrand, 1990.

Les amies d’Héloïse

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Premières lignes #148

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– 1 –

La veille de l’événement, ses parents lui avaient fêté son anniversaire. Modestement. C’était la pénurie. Pour sa fille, le père avait acheté un vrai savon au marché noir. À un prix exorbitant. Il avait pourtant âprement négocié.
La mère avait cueilli un bouquet de coquelicots qui poussaient librement dans un terrain vague. Ces fleurs avaient la couleur du sang des exclus. Le sang de ceux qu’on méprise et qu’on raille. De ceux qu’on bat et tue.
Sur la table, les vingt bougies avaient été plantées sur une petite miche de pain que la mère s’était procurée à la boulangerie du quartier le matin même. Elle avait eu de la chance. C’était la dernière. Dans son dos, une longue file de clients s’échappait du magasin et s’enroulait sur le trottoir.
Quand la boulangère avait annoncé qu’il n’y avait plus de pain, il y avait eu des cris d’exaspération. Un homme avait lancé qu’il était honteux qu’une Juive passe avant les autres. La mère avait baissé la tête.

Libre d’aimer, Olivier Merle, 2019.

Libre d’aimer

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Premières lignes #147

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Si la semaine dernière, je commençais par la première planche de L’antispécisme c’est pas pour les chiens ! de Rosa B., aujourd’hui je vous présente les premières lignes de la préface du tome suivant : Insolente Veggie – Mort à la viande !. Cette préface est écrite par Martin Page.

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Préface

Carol J. Adams, militante et écrivaine vegan féministe, le rappelle : « Le végétarisme est souvent influencé et nourri par les livres. » Des œuvres d’art ont compté dans la révélation de l’oppression animale et dans notre parcours militant. À cela rien de plus normal : tout art est politique, et malheureusement l’art est majoritairement spéciste. C’est pourquoi des livres antispécistes comme ceux de Rosa B. sont importants : ils s’opposent à une unanimité oppressive, ils font dérayer la norme et ce faisant, ils enrichissent notre réflexion et notre rapport au réel.

Insolente Veggie – Mort à la viande !, Rosa B., 2017.

Insolente Veggie – Mort à la viande !

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Premières lignes #146

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L’antispécisme, c’est refuser
de considérer l’espèce
comme un critère pertinent
de discrimination morale.

L’antispécisme c’est pas pour les chiens !, Rosa B., 2016.

L’antispécisme c’est pas pour les chiens !

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