C’est lundi, que lisez-vous ? #270

C’est lundi, que lisez-vous ? est un rendez-vous organisé par Millina, qui a désormais repris le flambeau.

Ce que j’ai lu la semaine passée

Que du bon ! J’ai beaucoup aimé me plonger dans le recueil Revenants et diableries ainsi que dans le sixième tome (très attendu) de Blacksad. Enfin, un peu à la traîne, j’ai lu Passing Strange qui était la lecture d’octobre pour le club de lecture de Planète diversité – là aussi, une superbe découverte.

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Premières lignes #292

Habituellement, je publie les Premières lignes le dimanche mais aujourd’hui fera exception.
Au programme, l’introduction du recueil Revenants et diableries, parfait pour cette saison. Les textes ont été choisis et regroupés par Christian Poslaniec ; peut-être vous souvenez-vous qu’il est déjà à l’origine de l’anthologie D’étranges visiteurs. Cette fois, pas de science-fiction, pas d’extraterrestres, place au fantastique, au frisson et au diable…

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

Introduction

Les fantômes existent depuis aussi longtemps que les fantasmes dont ils partagent l’étymologie, mais ils n’étaient pas maléfiques, au début.
Dans l’Égypte ancienne, on croit que les défunts vivent autrement après leur décès – d’où les rites funéraires –, mais il y a d’autres interactions entre les vivants et les morts.
Dans l’Antiquité gréco-romaine, les dieux peuvent se rendre invisibles, agir sans se faire remarquer, mais cela n’a rien à voir avec la mort, puisqu’ils sont immortels.
C’est au Moyen Âge que les diableries commencent à s’imposer dans les croyances, que les morts reviennent tourmenter les vivants, que sorciers et sorcières ont commerce avec Lucifer, dans l’affrontement sans fin entre Dieu et Satan : les sarabandes et les danses macabres alternent avec les processions religieuses.
Au XIXe siècle, beaucoup se persuadent qu’il est possible de communiquer avec l’au-delà, où les âmes détachées des corps, après la mort, continueraient d’exister. Par exemple, on fait tourner les tables au cours de cérémonies destinées à faire parler les défunts à l’aide d’un dispositif particulier. Victor Hugo, Arthur Conan Doyle, Théophile Gautier, Camille Flammarion, notamment, se sont livrés à cette pratique. D’autres, comme Allan Kardec (1804-1869) codifient, sous le nom de « spiritisme », les relations entre les vivants et les morts, dans Le Livre des esprits et Le Livre des médiums. Un siècle et demi après sa mort, sur sa tombe, au cimetière du Père-Lachaise,  à Paris, on trouve en permanence des fleurs fraîches, preuve qu’il a toujours des adeptes. D’autres encore répertorient toutes les manifestations supposées provenir de l’au-delà : esprits frappeurs, matérialisation de fantômes sous forme de poltergeist, déplacement ou disparition d’objets, etc. Tout un folklore de mythes qui a abondamment été repris dans la littérature, puis au cinéma.
Dans les lettres, cela donne naissance au genre fantastique, qui se caractérise par le surgissement de l’irrationnel ou du surnaturel dans notre monde familier. Ce genre se développe dans la seconde moitié du XIXe siècle, surtout en France, en Allemagne, en Russie et en Angleterre, et il fait bon ménage avec le romantisme. Hoffmann, Balzac, Gautier, Maupassant, Poe, Pouchkine, Gogol en sont les pionniers.
Cependant, cette littérature fantastique tend à dériver très tôt vers des histoires qui font peur, comme celles qui sont rassemblées dans ce recueil, des histoires de revenants et de diableries. Il ne s’agit pas encore de l’épouvante, qui a fini par se constituer en un genre à part entière et, au cinéma, a inspiré les films d’horreur. Mais, face à ces histoire qui presque toutes, originellement, étaient publiées dans la presse, le lecteur est déjà terrorisé parce qu’il ne peut définir ce qui n’est ni rationnel ni explicable : des bougies qui s’éteignent toutes seules, un rat qui s’érige en juge des Enfers, une défunte qui semble se changer en animal vampirique, ou une messe de minuit fantomatique qui se reproduit chaque année dans une église en ruine…
Dans ces histoires, il y a des créatures de la nuit terrifiantes, des choses innommables, des maisons hantées, des statues redoutables et des revenants qui pensent avoir encore leur mot à dire…

CHRISTIAN POSLANIEC

Revenants et diableries, collectif, 2017.

Revenants et diableries

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Premières lignes #291

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
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Chapitre 1

N’oublie pas

– Halte-là !
Le bruit d’un fouet qui claque tira Héla de sa torpeur. On n’entendait plus les sabots des chevaux. La calèche devait s’être arrêtée.
Épuisée, la jeune fille aux long cheveux bruns se redressa dans l’obscurité de la voiture, fermée par de lourds rideaux noirs. Le voyage entre le royaume des Corbeaux et celui des Dragons lui avait paru interminable.
Elle plissa les paupières, surprise d’avoir encore des larmes à retenir. Combien en avait-elle versé depuis le jour où on leur avait annoncé, à elle et à sa famille, la nécessité absolue de cet « échange commercial » ?
Ce matin)là, sa mère l’avait serrée contre elle à lui en broyer les côtes, sa petite sœur avait été inconsolable et même son père, si stoïque d’ordinaire, lui avait semblé vieillir d’un coup.
La terreur qu’inspirait le peuple Dragon était légendaire : ces soldats, féroces et sanguinaires, tenaient en respect la plupart des royaumes de la région, qui les craignaient comme la peste. Rares étaient ceux qui avaient osé ouvertement leur résister. Ils n’étaient d’ailleurs plus là pour en parler.
Longtemps, Dragons et Corbeaux s’étaient mené la guerre, jusque’à ce qu’un accord soit trouvé. La pais en échange de la connaissance, de la science, du savoir. Médecine, mécanique… Les Corbeaux devaient continuellement se surpasser pour découvrir davantage, pour avoir quelque chose à offrir. C’était le prix à payer pour survivre.
Et, de temps à autre, les Dragons avaient besoin de satisfaire un caprice. C’était leur manière de montrer qu’ils étaient toujours les plus forts, et d’asseoir chaque fois un peu plus leur pouvoir.
Aussi, lorsque ces derniers avaient exigé une fille de haute naissance, tout juste  majeure, pour épouser un de leurs princes, le peuple des Ailes-Noires n’avait-il pas hésité. Les Dragons avaient envoyé trois émissaires chargés de sélectionner les filles à marier les plus « qualitatives » du royaume. Après un entretien avec les familles, ils avaient désigné celle qui aurait l’honneur de devenir la femme du prince Erebe.
C’était tombé sur Héla, qui venait de fêter ses dix-huit ans et qui depuis s’était souvent répété, désespérée : « Pourquoi moi ? »

Héla et les quatre Royaumes, Marie-Line Brault, 2021.

Héla et les quatre Royaumes

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C’est lundi, que lisez-vous ? #268

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Ce que j’ai lu la semaine passée

La semaine à mille pages de Petit Pingouin vert s’est terminée et elle a pour moi été l’occasion de lire une dizaine de livres (pas mal de manga, j’ai terminé L’Equarrisseur et De polyamour et d’eau fraîche, et j’ai enfin repris Costumes de Bretagne). J’ai réussi le challenge en dépassant de quelques centaines de pages l’objectif ! Et ainsi ma PAL a bien baissé, ça fait plaisir.

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Premières lignes #290

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Je descends l’escalier en consultant ma montre. Il est trois heures passées. Je viens de prendre un déjeuner tardif au restaurant à l’étage.
Ce matin, j’ai interviewé monsieur L. pour le présenter aux lecteurs : il tiendra dorénavant une rubrique de conseils de vie dans notre revue. Après quoi, j’ai passé un long moment dans mon bureau à transcrire l’enregistrement de cette entrevue. On avait besoin du texte final avant deux heures cet après-midi. Plongé dans ma rédaction, j’ai complètement oublié d’aller manger.
Il me reste encore trente minutes de pause. En contemplant le bois naturel qui revêt le mur extérieur du restaurant, je me demande comment tuer le temps.
Je m’engage dans la rue commerçante à arcades, d’où je peux retourner directement à mon bureau. Il y a beaucoup de monde, car ce sont les vacances du golden-week. Je flâne sans but dans la foule.
Deux femmes entre deux âges me dépassent en caquetant à plein gosier. Une forte odeur de parfum me pique le nez. La couleur de leurs cheveux teints est pareille : violâtre. À leur air inhabituel, j’ai l’impression qu’elles sont entraîneuses de bar ou de cabaret. Elles entrent dans le pachinko-ten situé au bout de la rangée de boutiques à ma gauche. Le pachinko me tente, mais je continue de marcher.
Au bout de quelques pas, je m’arrête devant une vitrine. C’est un magasin soécialisé dans les stylos-plumes haut de gamme. Attiré par un stylo noir de marque P., je songe à en un acheter un plus tard, si ma femme est d’accord.
En passant devant un magasin de musique, j’entends une chanson populaire des années 70. Immobile, je tends l’oreille. En l’écoutant, je me souviens de la berceuse de ma grand-mère, Azami.

« Ce soir encore, ton oreiller est baignée de larmes.
À qui rêves-tu ? Viens, viens vers moi.
Je m’appelle Azami. Je suis la fleur qui berce la nuit.
Pleure, pleure dans mes bras. L’aube est loin encore. »

Quelqu’un chuchote mon prénom. Une voix masculine. Ce doit être une coïncidence. Je l’ignore.
— Kawano-san.
« C’est mon nom ! » Je me retourne vers la voix.

Azami, Aki Shimazaki, 2014.

Azami

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C’est lundi, que lisez-vous ? #267

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Ce que j’ai lu la semaine passée

Après avoir terminé Bienvenue à Perfect City et refait une aventure de 30 minutes pour survivre, je me suis plongée dans une adaptation en manga de Hamlet, j’ai lu quelques pages de De Polyamour et d’eau fraîche et, surtout, j’ai commencé le thriller L’Equarrisseur qui est vraiment prenant ! Moi qui pensais le lire plus tard dans le mois, je suis contente de ne pas avoir attendu.

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Premières lignes #289

Quelle belle journée qui commence !
D’habitude, je publie mes articles plus tôt le matin (il est un peu plus de 10h au moment où j’écris ces lignes, alors que j’ai tendance à poster avant 8h). Seulement, il se trouve que je suis actuellement plongée dans un thriller et que j’ai du mal à le lâcher : L’Équarrisseur de Nathalie Matheson. Ce sont donc les premières lignes de ce roman que je vous partage aujourd’hui. Ce que j’aime avec celles-ci, c’est qu’elles nous présentent tout d’abord un simple témoin, que l’on sait comment la découverte se fait, tout comme j’aime que l’autrice prend le soin de nommer les personnages, même la chienne. Cela donne un aspect tout de suite plus humain au récit – alors même qu’il va être question de meurtres inhumains.
Bonne journée à vous, et bonne lecture.

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Prologue

6 h 44, Greenwich Pier, à marée basse. Maxwell Perkins, qui promène sa chienne au bord du fleuve, ne s’attend pas à trouver des morceaux de cadavre. Évitant bouts de bois et pneus de voiture abandonnés, il marche sur une argile grise semée de galets humides et d’éclats de verre. Au moment où il délivre de sa laisse sa chienne, Petra, le soleil se reflète sur un objet par terre. Perkins se penche pour s’en emparer avec précaution.Hier, il a trouvé une escarboucle médiévale et une pièce radiée romaine. Aujourd’hui, hélas !, ce ne sont que les maillons d’une chaîne de bonde arrachée à une baignoire. Il se redresse, déçu, et surprend alors sa chienne à renifler quelque chose au milieu de la boue. C’est la fin de l’été. La vague de chaleur n’est pas terminée et la température monte rapidement dès le petit matin. Le tee-shirt collé aux bourrelets de graisse de son ventre, Maxwell se remet en marche en essuyant la sueur qui perle sur son front. À 6 h 48, il rejoint sa chienne et voit ce qui a attiré son attention.
– Oh, nom de Dieu !

L’Équarrisseur, Nadine Matheson, 2021.

L’Équarrisseur

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C’est lundi, que lisez-vous ? #266

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Ce que j’ai lu la semaine passée

Les manga et les BD, c’est assez rapide à lire ; le reste prend un peu plus de temps mais, ça tombe bien, j’en avais plus que la semaine précédente à consacrer à la lecture.

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Premières lignes #288

Salutations !
Cette semaine, je vous propose à nouveau les premières lignes de l’une de mes prochaines lectures. Il s’agit de Passing Strange, proposé ce mois-ci pour le club de lecture de Planète Diversité. Comme il vient de sortir en format poche, j’ai sauté sur l’occasion. Le début m’intrigue beaucoup (je n’ai volontairement pas relu le résumé). Si vous l’avez lu, l’avez-vous aimé ?

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UN

AU SOIR DU DERNIER LUNDI DE SA VIE, Helen Young rentra de chez son médecin et se prépara une tasse de thé. Comme elle s’y était attendue, les nouvelles n’étaient pas bonnes ; il n’y avait plus rien à espérer.
Depuis les fenêtres de son appartement, au sommet de Nob Hill, les alignements en terrasses des maisons de San Francisco lui faisaient l’effet d’un empilement précaire de cubes en bois. Le soleil couchant transformait verre et acier en flaques de lumière orange et baignait la vieille pierre et les stucs d’une douce teinte pêche. Le brouillard sinuait au pied des collines comme un serpent d’albâtre.
Elle posa la fragile tasse de porcelaine sur un guéridon en teck et réfléchit à ce qu’il lui restait à accomplir. Sa liste des dernières choses à faire.Ivy, sa compagne – qui était aussi son aide-soignante – avait pris sa journée, ce qui allait tout à la fois simplifier la tâche et la rendre plus problématique. Elle n’aurait aucune explication à fournir, mais d’un autre côté elle devrait se débrouiller seule.
Peut-être valait-il mieux remettre au lendemain matin ? Helen trancha et s’empara de son téléphone. Après soixante-quinze ans, elle était la dernière encore en vie ; il n’y avait plus de temps pour les hésitations et la procrastination. Elle tapota sur l’écran pour commander un taxi.

Passing Strange, Ellen Klages, 2017.

Passing Strange

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