Premières lignes #250

Salutations !
En ce début d’année, il y a pas mal de nouveautés qui ont l’air fort sympathiques. L’une d’elles est Les dossiers du Voile d’Adrien Tomas que je compte lire prochainement (et qui entrera parfaitement dans le Challenge de l’Imaginaire!). Les premières lignes du roman m’ont beaucoup plu : un mariage, des ronds de jambes et de belles apparences, mais déjà on ressent quelques inimitiés… Si jamais vous souhaitez lire un extrait plus long, je vous invite à vous tourner vers le site de la maison d’édition, Fleurus.
Belle journée à vous.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

 

CHAPITRE
1

Mona tira sur le col de sa robe. Elle lui enserrait la gorge au point de dessiner un cercle rouge sur son cou. Elle détestait les mariages. Elle détestait les gens habillés en pingouins dont ils adoptaient progressivement la démarche à mesure que leur sang s’imbibait d’alcool. Elle haïssait les vieilles dames émues aux chapeaux improbables qui se tamponnaient les yeux pour un oui ou pour un non et la complimentaient sur l’abomination couleur pêche que sa mère l’avait forcée à porter. Elle vomissait l’insistance presque pathétique du DJ à alterner les valses d’un autre âge et les morceaux à la mode dans le vain espoir de donner aux invitées les plus vieux ou les plus jeunes l’envie de danser.
Pour l’occasion, tout le monde faisait bonne figure. Il s’agissait d’un mariage très attendu au sein du Voile : pareil événement forçait les clans ennemis à taire leur inimitiés. Mona vit pourtant Grisby Pavoisier, l’imposant archimage du cercle élémentaliste, jeter des regards hostiles à l’élégant Édouard Unterwald, la patriarche des nécromanciens. Le mage noir l’ignorait avec superbe, occupé à empêcher son sourire éclatant de se fissurer tandis qu’il devisait avec les leaders récemment élus des fées du Voile, Obéron et Titania. Ces derniers faisaient de leur côté semblant d’oublier que les Unterwald n’avaient que récemment abandonné leur tradition d’écorcher et disséquer leurs semblables.

Les dossiers du Voile, Adrien Tomas, 2021.

Les dossiers du Voile

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Premières lignes #249

Bien le bonjour !
Pour ces toutes premières Premières lignes de l’année, j’ai opté pour l’une de mes futures lectures : Tant qu’il le faudra, tome 1 de Cordélia. Et attention, je parle bien de premières lignes et non d’incipit car je vous présente le début de l’histoire et non la note de l’autrice, ni les content warnings.
Passez un bon dimanche.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

 

CHAPITRE 1

— Prudence —
Samedi 15 septembre

Tic. Tic. Tic. Tic.
Le cliquetis de mes ongles sur la barre jaune du bus. Je les ai vernis ce matin. Really red de chez Essie, une couleur classique et une valeur sure. Je me demande si j’aurais pu me permettre plus d’originalité. Je veux faire bonne impression. J’ai conscience que ma manucure est futile. Il est probable que personne ne la remarque. Néanmoins, il était impensable de me présenter sans des ongles irréprochables. Comme il était impossible de sortir sans avoir retouché mon maquillage, le rose sur mes lèvres et les boucles dans mes cheveux roux. J’espère que je n’aurais pas l’air trop apprêtée par rapport aux autres.
Le stress m’envahit, alors que j’avais jusqu’à présent réussi à rester calme. Peut-être est-ce une mauvaise idée ? J’ai encore le temps de faire demi-tour. Rien ne m’oblige à y aller. Je n’en ai parlé à personne, personne n’en saura rien. Après tout, quel est l’intérêt de rentrer dans cette association ?
Je sors mon portable de mon petit sac en bandoulière. Un selfie avec ma petit sœur s’affiche sur l’écran verrouillé. Il date du mariage de notre cousine cet été. Demoiselles d’honneur, Amanda et moi portions des robes rose poudré assorties. Nos visages souriants disparaissent pour laisser place au chat de mes parents.
Je rouvre la page Facebook de l’association.
Ce samedi : réunion d’information pour HoMag !
Ancien·ne·s comme nouveaux·elles, vous êtes les bienvenu·e·s 🙂
Nous vous présenterons le journal, le calendrier de l’année et le conseil d’administration élu la semaine dernière.
Féminisme, interviews  de personnalités, actualité internationale, musique, sport… de nombreuses rubriques n’attendent que vous ! Nous recherchons aussi des correcteur·trices et un·e maquettiste ! N’hésitez pas à venir avec vos idées, nous sommes ouvert·e·s à toutes les propositions… concernant le journal 😉
RDV à 16h au local.
Goûter vegan de bienvenue

Tant qu’il le faudra, tome 1, Cordélia, 2021.

Tant qu’il le faudra, tome 1

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Premières lignes #248

Salutations, les lecturovores !
J’espère que vous avez passé de bons moments durant ce Noël, pour celles et ceux d’entre vous qui le fêtent, et de bonnes soirées si vous ne le fêter pas. Noël, c’est ce moment où beaucoup d’entre vous a dû recevoir au moins un livre en cadeau – c’est mon cas et je vous partage donc aujourd’hui les premières lignes du Prix Goncourt 2020.
Passez un très bon dimanche – le dernier de cette année !

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

 

RAMLA

« La patience d’un cœur
est proportion
de sa grandeur »
Proverbe arabe

I

« Patience, mes filles ! Munyal ! Telle est la seule valeur du mariage et de la vie. Telle est la vraie valeur de notre religion, de nos coutumes, du pulaaku. Intégrez-la dans votre vie future. Inscrivez-la dans votre cœur, répétez-la dans votre esprit ! Munyal, vous ne devez jamais l’oublier ! » fait mon père d’une voix grave.
La tête baissée, l’émotion me submerge. Mes tantes nous ont amenées, Hindou et moi, dans l’appartement de notre père. À l’extérieur, l’effervescence de ce double mariage bat son plein. Les voitures sont déjà garées. Les belles familles attendent, impatientes. Les enfants, excités par cet air de fête, crient et dansent autour des véhicules. Nos amies eu nous sœurs cadettes, inconscientes de l’angoisse dans laquelle nous sommes, se tiennent à nos côtés. Elles nous envoient, rêvant du jour où elles seront aussi les reines de la fête. Les griots, accompagnés de joueurs de luth et de tambourin, sont là. Ils chantent à tue-tête des louanges en l’honneur de la famille et des nouveaux gendres.
Mon père, lui, est assis sur son canapé favori. Il sirote tranquillement un verre de thé parfumé au clou de girofle. Hayatou et Oumarou, mes oncles, sont également présents, entourés de quelques amis proches. Ces hommes sont censés nous transmettre leurs derniers conseils, nous énumérer nos futurs devoirs d’épouses puis nous dire adieu – non sans nous avoir accordé leurs bénédictions !
« Munyal, mes filles, car la patience est une vertu. Dieu aime les patientes, répète mon père, imperturbable. J’ai aujourd’hui achevé mon devoir de père envers vous. Je vous ai élevées, instruites, et je vous confie ce jour à des hommes responsables ! Vous êtes désormais mariées et devez respect et considération à vos époux.»

Les impatientes, Djaïli Amadou Amal, 2020.

Les impatientes

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Premières lignes #247

Bien le bonjour, cher·es lecturovores !
Je n’ai pas terminé de lire mes emprunts à la bibliothèque que j’ai encore pris d’autres livres… Aujourd’hui, je vous présente donc les premières lignes de La main gauche de la nuit, un livre d’Ursula Le Guin, autrice que l’on m’a chaudement recommandé et que je compte donc découvrir d’ici peu de temps.
Bonne lecture et bon dimanche à vous.

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1

PLEINS FEUX SUR ERHENRANG

Document tiré des archives de Hain. Transcription du message ansible 01-01101-934-2-Géthen. Rapport adressé au Stabile d’Olloul par Genly Aï, Premier Mobile sur Géthen-Nivôse, cycle hainien 93, année ékuménique 1490-97.

Je donnerai à mon rapport la forme d’un récit romancé. C’est que l’on m’a appris lorsque j’étais petit, sur ma planète natale, que la Vérité est affaire d’imagination. Un fait irréfutable peut être accepté ou refusé suivant le style dans lequel il est présenté – tel cet étrange joyau organique de nos mers dont l’éclat s’avive ou se ternit selon la personnalité de la femme qui le porte : ne peut-il même tomber en poussière ? Les faits ne sont pas plus solides, cohérents, réels. Mais, comme les perles, ils ont une sensibilité.

La main gauche de la nuit, Ursula Le Guin, 1969.

La main gauche de la nuit

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Premières lignes #246

Salutations, les lecturovores !
Ma sœur m’a prêté des romans il y a quelques temps et l’un de ceux-ci est Les années douces de Hiromi Kawakami. Je l’ai choisi totalement au hasard pour ce rendez-vous et, en lisant les premières lignes, j’ai été convaincue, je les ai beaucoup aimées ; je me devais donc de les partager avec vous.
Bonne lecture et bon dimanche !

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La lune et les piles

En bonne et due forme, c’est le professeur Matsumoto Harutsuna, mais moi je l’appelle seulement « le maître ». Et encore sans majuscule, le maître, tout simplement.
Je l’avais eu comme prof de japonais au lycée. Ce n’était pas le professeur principal, moi en plus je ne suivais pas les cours de japonais avec une assiduité particulière, si bien qu’il ne m’était pas resté de lui une impression notable. Après ma sortie du lycée, j’étais restée très longtemps sans le voir.
Il y a quelques années, je me suis retrouvée à côté de lui dans un petit troquet près de la gare, et depuis, nous en sommes venus à nous rencontre de temps à autre. Il était assis au comptoir, le dos légèrement tourné.
Pendant que je m’installais au comptoir, j’ai commandé sans attendre : « Des haricots fermentés au thon, des tiges de lotus frites, et des échalotes au sel, s’il vous plaît ! » pour entendre presque simultanément le vieux dos fatigué énoncer : « Echalotes au sel, tiges de lotus frites, haricots fermentés au thon ! » Tout en me faisant la remarque que nous avions des goûts semblables, je l’ai observé tandis que lui aussi se tournait de mon côté. Alors que j’hésitais encore, à peu près certaine d’avoir déjà vu cette tête quelque part, le maître a ouvert la bouche le premier et m’a dit : « Vous êtes Omachi Tsukiko, n’est-ce pas ? » Stupéfaite, j’ai opiné de la tête. Il a continué : « Je vous ai vue ici plusieurs fois déjà, vous savez ! » Sans pouvoir détacher mes yeux de lui, j’ai murmuré une vague réponse. Cheveux blancs coiffés avec soin, chemise soigneusement repassée, gilet gris. Sur le comptoir, un flacon de saké, une assiette sur laquelle sont alignées des lamelles de baleine fumée, et un petit bol qui contient encore quelques filaments d’algues au vinaigre. Pendant que je reste confondue par les similitudes de mes goûts avec ceux de ce digne vieillard, je me souviens vaguement de sa silhouette dressée sur l’estrade de la salle de classe de mon lycée.

Les années douces, Hiromi Kawakami, 2001.

Les années douces

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Premières lignes #245

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Première Partie

Les Psychohistoriens

1

HARI SELDON : … né en l’an 11988 de l’Ère galactique. Mort en 12069. Hari Seldon est donc né en – 79 de l’ère de la Fondation et est décédé en l’an Un de cette même ère si l’on se réfère, comme on le fait à l’ordinaire, au calendrier actuellement en vigueur. Né de parents issus de la petite-bourgeoisie d’Hélicon, secteur d’Arcturus (planète ou ù son père, à en croire une légende d’authenticité douteuse, aurait été planteur de tabac dans une exploitation d’hydroponiques), il manifesta très tôt de remarquables aptitudes pour les mathématiques. D’innombrables anecdotes circulent à ce sujet. Elles sont parfois contradictoires. On dit ainsi qu’à l’âge de deux ans, il a…
… C’est sans aucun doute au domaine de la psychohistoire que Hari Seldon a apporté sa contribution la plus remarquable. Partant d’un ensemble d’axiomes approximatifs, il a laissé une science statistique aux bases inébranlables…
… La source biographique la plus fiable dont nous disposons à son sujet est sans conteste la biographie due à Gaal Dornick, lequel fit la connaissance du grand mathématicien deux ans avant sa mort. L’histoire de cette rencontre…
Encyclopedia Galactica

Gaal Dornick, car tel était son nom, n’était encore qu’un jeune homme fraîchement débarqué de sa planète natale. Un provincial qui n’avait même jamais vu Trantor. Du moins, pas de ses propres yeux. Bien des fois, par contre, il avait eu l’occasion de contempler la planète à l’hypervidéo. D’autres fois, un peu moins souvent, en regardant les actualités en tridi, fasciné par le formidable impact visuel de ces images, il avait assisté à un couronnement impérial ou à l’ouverture d’un concile galactique. Bien qu’il eût passé jusque-là toute son existence sur Synnax, une planète en orbite autour d’une étoile située aux confins de la Nébuleuse bleue, Gaal Dornick n’était pas totalement coupé du reste de la civilisation. Ce qu’il vous faut comprendre, c’est qu’à cette époque-là, dans la Galaxie, nulle planète ne l’était vraiment.

Fondation (Le cycle de Fondation, I), Isaac Asimov, 1951.

Le Cycle de Fondation, I : Fondation

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Premières lignes #244

Bien le bonjour !
Ce dimanche comme le dimanche précédent, je vous propose de découvrir les premières lignes d’un roman de Stephen King. De celui-ci, je sais seulement que c’est une uchronie : et si JFK n’était pas mort le 22 novembre 1963 ? L’incipit de ce roman nous replonge dans les faits.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
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« Il est pratiquement impossible à la rai-
son d’assimiler le fait qu’un petit homme
solitaire ait pu abattre un géant au milieu de
ses limousines, des ses légions, des ses foules,
de sa sécurité. Si une telle nullité a pu
détruire le chef de la nation la plus puissante
de la terre, alors un monde de démesure nous
engloutit et nous vivons dans un univers
absurde. »
Norman MAILER

« Quand il y a de l’amour, les cicatrices
de la variole sont aussi jolies que des fos-
settes. »
Proverbe japonais

« La danse, c’est la vie. »

22/11/63, Stephen King, 2011.

22/11/63

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Premières lignes #243

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Première Partie

Le départ

1

« Prononcez le mot secret et gagnez cent dol-
lars. George, qui sont nos cent premiers concur-
rents ? George… ? Tu es là, George ? »
Groucho MARX, You Bet Your Life

Une vieille Ford bleue se présenta ce matin-là au guichet du parking, l’air d’un petit fatigué après une longue course. Un des gardiens, un jeune homme sans expression portant un uniforme kaki et ceinturon, demanda à voir la carte d’identité en plastique bleu. Le garçon assis à l’arrière la donna à sa mère, qui la remit au gardien. Celui-ci l’emporta vers un terminal d’ordinateur qui avait l’air bizarre et déplacé dans ce cadre rural. Le terminal avala la carte et écrivit sur son écran :

GARRATY RAYMOND DAVIS
RTE 1 POWNAL MAINE
CANTN D’ANDROSGOGGIN
N° d’immat.  49-801-89
O.K. — O.K. — O.K.

Le gardien appuya sur un bouton et tout disparut, laissant l’écran lisse, vert et vide. Il leur fit signe d’avancer.
— Ils ne rendent pas la carte ? demanda Mrs. Garraty. Ils ne…
— Non, maman, répondit patiemment Garraty.
— Eh bien, je n’aime pas ça, remarqua-t-elle en allant se garer dans un espace libre.
Elle répétait cela depuis qu’ils étaient partis dans la nuit, à 2 heures du matin. Ou plutôt, elle gémissait.
— Ne te fais pas de souci, dit-il à sans même y prêter attention.
Il était occupé à tout observer et absorbé par ses propres sentiments, d’attente et de peur. Il descendit avant même que la voiture eût pu pousser son dernier soupir. C’était un grand garçon, bien charpenté, portant un blouson militaire fané contre la fraîcheur de ce petit matin de printemps.

Marche ou crève, Stephen King, 1979.

Marche ou crève

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Premières lignes #242

Bien le bonjour, les lecturovores !
Après quelques hésitations, qui ne furent pas bien longues, à dire vrai, j’ai opté aujourd’hui pour la bande dessinée Du côté de l’Olympe. Pourtant, c’est un texte et nous une planche que je vous partage ; il s’agit en effet d’une adaptation en BD d’un livre de Denis Lindon : Les Dieux s’amusent. Pour tout vous avouer, je triche un peu aujourd’hui car, à la vérité, la première page propose une correspondance latine des noms des dieux et déesses grecques. A noter que ce que je vous partage reprend globalement l’incipit du roman de Lindon.
C’est la couverture dorée et le dessin qui m’a tout de suite attirée ! Et je suis actuellement en train de lire cette BD et elle me plaît beaucoup.

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Naguère, tous les écoliers connaissaient par cœur la liste des travaux d’Hercule. Aujourd’hui la mythologie est un peu oubliée. Denis Lindon, dans son ouvrage Les Dieux s’amusent, la ressuscite, déroulant avec humour la guirlande des plus belles histoires du monde : les amours de Jupiter, les facéties de Mercure, les complexes d’Œdipe, les colères d’Achille, les ruses d’Ulysse… Dans cet ouvrage, une fidèle adaptation de l’œuvre de Denis Lindon, Gabrielle Lavoir a voulu rendre hommage à notre culture et l’incroyable modernité de la mythologie.

Savez-vous comment on pouvait reconnaître les dieux, lorsqu’ils s’amusaient à prendre humaine ? Ils ne transpiraient pas, même par grosse chaleur, ils ne cillaient pas, même en regardant le soleil, et leur corps ne projetait pas d’ombre sur le sol.
Un livre passionnant, à la portée de tous, qui est une autre façon (la meilleure) de (re)découvrir la mythologie.

Du côté de l’Olympe, Denis Lindon et Gabrielle Lavoir, 2020.

Du côté de l’Olympe

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Premières lignes #241

Salutations !
Aujourd’hui, je vous partage les premières lignes d’un roman récemment sorti et choisi presque au hasard : j’avais beaucoup aimé Philip Pullman avec À la croisée des mondes alors, en voyant le nom de l’auteur sur la première de couverture, j’ai craqué.

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Préface

À l’époque où se passe cette histoire, on mesurait le temps avec des horloges. Je veux dire de vraies horloges, avec des ressorts, des roues dentées, des engrenages, des balanciers, etc. On pouvait les démonter pour voir comment elles marchaient et puis les remonter. Aujourd’hui, il existe des horloges électriques, des horloges à quartz et Dieu sait quoi encore. On peut même acheter des montres à panneau solaire qui se règlent automatiquement par signal radio et n’ont jamais une seconde de retard. Allez donc y comprendre quelque chose… Pour moi, c’est de la sorcellerie.
L’horloge mécanique est déjà bien assez mystérieuse. Prenez, par exemple, un ressort de réveil. Il est fait d’une lame d’acier trempé, tranchante comme un rasoir, et si vous le tripotez sans faire attention, il est capable de vous sauter à la figurecomme un serpent et de vous crever un œil. Ou bien imaginez un poids, vous savez, ces poids en fer qui font avancer les grosses horloges des clochers… Eh bien, si par malchance vous en receviez un sur la tête, il vous écrabouillerait la cervelle.
Mais normalement ces ressorts et ces poids sont tout à fait inoffensifs et ne servent qu’à tourner les aiguilles. De simples poulies, quelques ressorts et un balancier suffisent à canaliser leur force à travers le mécanisme.
Dès que l’on remonte l’horloge, les aiguilles se mettent en marche. Il y a quelque chose d’implacable et de terrifiant dans la ronde des aiguilles autour du cadran. Tic, tac, tic, tac !… Millimètre après millimètre, elles avancent sans répit, et leur tic-tac nous accompagne jusqu’à la tombe.
Certaines histoires fonctionnent de la même manière. Une fois que le mécanisme est enclenché, rien ne peut plus l’arrêter, et les personnages ont beau faire, ils ne peuvent rien changer à leur destin. L’histoire que vous allez lire est de ce type. Vous êtes prêts ? Alors commençons.

La mécanique du diable, Philip Pullman, 1996.

La mécanique du diable

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