Premières lignes #204

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Auparavant, je vous demandais de mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article. Désormais, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.

 

8 mai. – Quelle journée admirable ! J’ai passé toute la matinée étendu sur l’herbe, devant ma maison, sous l’énorme platane qui la couvre, l’abrite et l’ombrage tout entière. J’aime ce pays, et j’aime y vivre parce que j’y ai mes racines, ces profondes et délicates racines, qui attachent un homme à la terre où sont nés et morts ses aïeux, qui l’attachent à ce qu’on pense et à ce qu’on mange, aux usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, des villages et de l’air lui-même.
J’aime ma maison où j’ai grandi. De mes fenêtres, je vois la Seine qui coule, le long de mon jardin, derrière la route, presque chez moi, la grande et large Seine, qui va de Rouen au Havre, couverte de bateaux qui passent.
À fauche, là-bas, Rouen, la vaste ville aux toits bleus, sous le peuple pointu des clochers gothiques. Ils sont innombrables, frêles ou larges, dominés par la flèche de fonte de la cathédrale, et pleins de cloches qui sonnent dans l’air bleu des belles matinées, jetant jusqu’à moi leur doux et lointain bourdonnement de fer, leur chant d’airain que la brise m’apporte, tantôt plus fort et tantôt plus affaibli, suivant qu’elle s’éveille ou s’assoupit.
Comme il faisait bon ce matin !
Vers onze heures, un long convoi de navires, traînés par un remorqueur, gros comme une mouche, et qui râlait de peine en vomissant une fumée épaisse, défila devant ma grille.
Après deux goélettes anglaises, dont le pavillon rouge ondoyait sur le ciel, venait un superbe trois-mâts brésilien, tout blanc, admirablement propre et luisant. Je le saluai, je ne sais pourquoi, tant ce navire me fit plaisir à voir.

Le Horla, Guy de Maupassant, 1887.

Le Horla

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Premières lignes #203

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PROLOGUE

ELLE ÉTAIT ATTACHÉE sur une étroite couchette au cadre en acier. Des courroies de cuir l’emprisonnaient et un harnais lui maintenait la cage thoracique. Elle était couchée sur le dos. Ses mains étaient retenues par des lanières de cuir de part et d’autre du lit.
Elle avait depuis longtemps abandonné toute tentative de se détacher. Elle était éveillée mais gardait les yeux fermés. Quand elle les ouvrait, elle se trouvait dans le noir et la seule source de lumière visible était un mince rayon qui filtrait au-dessus de la porte. Elle avait un mauvais goût dans la bouche et ressentait un besoin impérieux de se laver les dents.
Une partie de sa conscience épiait le bruit de pas qui signifierait qu’il venait. Elle savait que c’était le soir mais n’avait aucune idée de l’heure, à part qu’elle sentait que ça devenait trop tard pour une de ses visites. Elle sentit une vibration soudaine dans le lit et ouvrit les yeux. On aurait dit qu’une sorte de machine s’était mise en marche quelque part dans le bâtiment. Quelques secondes plus tard, elle n’aurait su dire si elle l’inventait ou si le bruit était réel.
Dans sa tête, elle cocha un jour de plus.
C’était son quarante-troisième jour de captivité.

Millénium 2 – La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette, Stieg Larsson, 2006.

Millénium 2 – La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette

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Premières lignes #202

Cher·es lecturovores, les premières lignes présentées aujourd’hui sont bel et bien l’incipit d’un livre ; il s’agit de la dédicace et elle m’a accrochée tout de suite. Peut-être vous partagerai-je prochainement les premières lignes du texte… En attendant, profitez donc de ces deux lignes, et bon dimanche à vous !

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À mon père,
qui n’est pas captif du modèle.

L’identité masculine en crise au tournant du siècle, Annelise Maugue, 1987.

L’identité masculine en crise au tournant du siècle

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Premières lignes #201

Salutations !
Aujourd’hui, je vous parle du roman La maîtresse de Rome de Kate Quinn, lu il y a quelques années de cela. J’avais adoré ! Je ne sais pas si, aujourd’hui encore, ce serait un coup de cœur mais, ce que je sais, c’est que j’en aimerais toujours la lecture.
Ce n’est pas l’incipit à proprement parler, ni les premières lignes du récit, mais juste trois lignes qui nous pose un peu l’ambiance, qui nous présentent de quoi il sera question.

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«Je promets de supporter le feu, les chaînes,
les coups, la mort par le fer. »

Serment des gladiateurs

La maîtresse de Rome, Kate Quinn, 2010.

La maîtresse de Rome

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Premières lignes #200

Le deux-centième rendez-vous « Premières lignes », ça claque, non ?
Pour l’occasion, j’aurais voulu vous trouver des premières lignes extraordinaires, j’aurais voulu dire mille choses mais, finalement, j’ai simplement choisi les premières lignes d’un roman que je n’ai pas encore lu, d’une autrice que j’ai découvert l’an dernier et que j’ai beaucoup aimé. Il s’agit d’Hélène de Monferrand dont son roman Les amies d’Héloïse a été l’une de mes lectures préférées de 2019. Aujourd’hui, je vous laisse découvrir Journal de Suzanne qui, je n’en doute pas, saura également m’émouvoir.
Je profite également de cette introduction pour vous remercier de suivre ce rendez-vous et d’en faire son petit succès ♥

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Pierre Lacombe, Saint-Julien-Beychevelle
à la Comtesse de Marèges, Ambassade de France,
à Copenhague

Saint-Julien, le 20 septembre 1971

Madame,
Quelques jours après l’enterrement de ma sœur, j’ai reçu un paquet qu’elle posté à Paris, le 16 juillet. Il a mis un certain temps à me parvenir, parce qu’elle l’avait envoyé rue de La-Ville-de-Mirmont, et non pas à Saint-Julien où nous passons l’été. Est-ce volontaire ? Je n’en sais rien.
Ce paquet contenait des lettres, soigneusement classées, dont les vôtres que je vous renvoie. Il contenait aussi des cahiers, que je vous joins, qu’elle a commencé à remplir au début du mois de mai. J’ai fait des photocopies de ce texte. Elles ne sont pas très lisible : Suzanne a toujours écrit très petit, et il me semble bien que son écriture des derniers mois s’était détériorée. Négligence peut-être, si elle écrivait pour elle-même, ou bien symptômes de sa maladie ? Quoi qu’il en soit, je préfère vous envoyer l’original. Je sais que vous le lirez. Peut-être pourrez-vous le donner à votre fille à qui il est probablement destiné en fin de compte. J’imagine que, comme moi, vous découvrirez des aspects de la personnalité de ma sœur qui était généralement masqués.

Journal de Suzanne, Hélène de Monferrand, 1991.

Journal de Suzanne

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Premières lignes #199

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1

Rakel

CHEZ MOI, ça a toujours senti le feu de cuisine et les roses du désert qui n’exhalent leur parfum qu’au coucher du coleil.
Chez moi, ça a toujours senti l’eau – la seule source à des kilomètres à la ronde.
Je me penche à la fenêtre de ma chambre et inspire profondément la nuit. Lorsque vous craignez d’être sur le point de perdre une chose, vous saisissez toutes les occasions de la savourer.

Shadowscent, t.1 : Le parfum de l’ombre, P.M. Freestone, 2019.

Shadowscent, t.1 : Le parfum de l’ombre

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Premières lignes #198

Bonne année ! 10 réveillons littéraires est un recueil qui nous présente les passages de quelques romans dont l’action se déroule au réveillon du Nouvel An. Pour en savoir plus, je vous renvoie à ma chronique.
Ce livre s’ouvre sur un extrait d’Aurélien de Louis Aragon, un livre que j’ai désormais très envie de découvrir.

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Louis Aragon

Aurélien

À nouveau le bar étroit, enfumé, aux lumières roses ; à nouveau l’acajou et le cuivre, les hauts tabourets, les bouteilles, les shakers, les pailles, les tableautins disparates et ridicules alignés sur les murs avec les oriflammes de Yale et de Harvard ; à nouveau la musique qui vient du dancing mauresque, et le vacarme des voix, et les rires, et l’hystérie des hommes ivres et graves, des Américains et des filles, des dames en grand décolleté avec des cavaliers bruns, les habituées, Suzy, Georgette, Yvonne… À nouveau ce décor d’insomnie et d’alcool, et la durée de la nuit qui vous pèse dessus, lourdement, de toutes les idées qu’on évite, de toutes les pensées perdues, la danse de ceux qui ont peur de dormir, peur de ne pas dormir… Les barmen blancs agitaient les breuvages entre le monde las et leur sourire professionnel.

Bonne année ! 10 réveillons littéraires, recueil, 2018.

Bonne année ! – 10 réveillons littéraires

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Premières lignes #197

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I

Le propriétaire de la Ferme du Manoir, Mr. Jones, avait poussé le verrou des poulaillers, mais il était bien trop saoul pour s’être rappelé de rabattre les trappes. S’éclairant de gauche et de droite avec sa lanterne, c’est en titubant qu’il traversa la cour. Il entreprit de se déchausser, donnant du pied contre la porte de la cuisine, tira au tonneau un dernier verre de bière et se hissa dans le lit où était Mrs Jones, déjà en train de ronfler.
Dès que fut éteinte la lumière de la chambre, ce fut à travers les bâtiments de la ferme un bruissement d’ailes et bientôt tout un remue-ménage. Dans la journée, la rumeur s’était répandue que Sage l’Ancien avait été visité, au cours de la nuit précédente, par un rêve étrange dont il désirait entretenir les autres animaux. Sage l’Ancien était un cochon […].

La ferme des animaux, George Orwell, 1945.

La ferme des animaux

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Premières lignes #196

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Le fortifiant aux cendres

Hollywood est obsédé.
Évidemment, on pense d’abord à des obsessions au sexe, à la violence, aux robots intelligents ou encore aux combats épiques entre le Bien et le Mal. Mais il existe une autre obsession d’Hollywood : les vampires.
On peut admettre, effectivement, qu’il y a beaucoup de choses à aimer chez les vampires. L’immortalité, la richesse, le pouvoir et les capacités surhumaines. Certes, ça vient avec des compromis, comme une intolérance à la lumière et, a fortiori, de sévères coups de soleil, mais tous les films que j’ai vus (et j’en ai vu pas mal, croyez-moi) tendent à montrer des vampires qui sont assez satisfaits de leur vie.

Lore, t.1 : Monstrueuses créatures, Aaron Mahnke, 2017.

Lore, t.1 : Monstrueuses créatures

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Premières lignes #195

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Depuis le lundi de la semaine passée, Kamara se regardait dans les miroirs. Elle se tournait d’un côté, de l’autre, examinait ses bourrelets et imaginait son ventre plat comme une couverture de livre, puis elle fermait les yeux et imaginait Tracy le caressant de ses doigts maculés de peinture. C’est ce qu’elle faisait à présent devant la glace de la salle de bain, après avoir tiré la chasse d’eau.

Lundi de la semaine dernière dans le recueil Le tremblement, Chimamanda Ngozi Adichie, 2009.

Le tremblement

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