Premières lignes #228

Salutations, les lecturovores !
Pour le rendez-vous d’aujourd’hui, je vous propose les premières lignes du dernier tome de la trilogie de Gormenghast de Mervyn Peake. J’ai décidé de les partager avec vous car elles ne révèlent rien de plus que les titres des romans, parce que c’est un très bon exemple de début qui intrigue (pourquoi? comment le personnage en est-il arrivé là?) et que ça donne envie de se plonger dans les tomes précédents. Aussi, je n’ai pas été totalement conquise par les deux premiers romans, or celui-ci commence fort et, arrivant sur la fin, je peux vous l’affirmer : moins de longueurs, plus de plaisir de lecture ! Le reste du livre est à l’image de cet introduction qui m’a embarquée tout de suite dans le récit.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.

 

1

Tournant selon son humeur vers le nord, le sud, l’est ou l’ouest, il perdit un à un ses repères. Disparu l’horizon de sa montagneuse demeure. Disparu le monde déchiqueté de tours. Disparu le lichen gris ; disparu le lierre noir. Disparu le labyrinthe qui alimentait ses rêves. Disparu le rituel qui fut sa nourriture première et son malheur. Disparue l’enfance. Disparue.
À présent ce n’était plus qu’un souvenir, une ride sur le temps, une rêverie ou le bruit d’une clé qui tourne.
Des rivages d’or aux rivages froids, à travers des régions ensevelies sous une poussière somptueuse et des terres aussi dures que du métal, il allait bon chemin. Parfois le bruit de ses pas était inaudible. Parfois il résonnait sur la pierre. Parfois un aigle l’observait du haut d’un rocher. Parfois un agneau.
Où est-il maintenant ? Titus l’Abdicateur ? Sors des ombres, traître, qu’on te voie sur la rive folle de ma tête !
Où qu’il soit, il ne sait pas qu’à travers les portes rongées aux vers et les murs éboulés, les fenêtres brisées, béantes, duvetées de pourriture, un orage déferle sur Gormenghast. Un orage qui nettoie les dalles, fait bouillonner les douves moroses, attaque les poutres par les solives qui s’effritent, et hurle.

Gormenghast, tome 3 : Titus errant, Mervyn Peake, 1959.

Gormenghast, t.3 : Titus errant

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Premières lignes #227

Si je vous présente aujourd’hui les premières lignes d’un sixième tome, je vous rassure, nulle divulgation quant à l’intrigue ! En effet, dans L’assassin royal, chaque chapitre débute par quelques lignes développant l’univers mais ne révélant rien de l’histoire à venir.
Bonne lecture à vous.

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1

LA CITÉ

A travers le royaume des Montagnes court une ancienne piste commerciale qui ne dessert plus aucune ville actuelle. On trouve des portions de cette voie d’autrefois jusque dans le sud-est, aux rives du lac Bleu. Elle ne porte pas de nom, nul ne se rappelle qui l’a tracée et rares sont ceux qui en empruntent les parties encore intactes. Par endroits, l’éclatement dû au gel, commun dans les Montagnes, a peu à peu dégradé la route ; en d’autres, les crues et les glissements de terrain l’ont réduite en pierrier. De loin en loin, un jeune Montagnard aventureux entreprend de la remonter jusqu’à son origine ; ceux qui en reviennent rapportent d’extraordinaires histoires de cités en ruine et de vallées envahies de vapeurs où fument des étangs sulfureux ; ils parlent aussi de la nature inhospitalière du territoire que traverse la route. On n’y trouve guère de gibier, disent-ils, et nulle archive ne mentionne qui quiconque ait jamais eu envie de chercher avec insistance où elle prenait fin.

L’assassin royal, tome 6 : La reine solitaire, Robin Hobb, 1997.

L’assassin royal, tome 6 : La reine solitaire

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Premières lignes #226

Super espions de Christine Saba, vous connaissez ? Eh bien moi, non ! Enfin… je connais de nom parce que je suis le travail de Mioz Lamine, une illustratrice jeunesse qui a justement illustré la série de romans de Saba.
J’ai désormais le tome Mission Odette en mains et j’ai donc décidé de vous partager le début de cette aventure de Juliette et de son cousin Nathan.

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Chapitre 1

Un départ compromis

— T’es prêt, Nathan ?
Mon cousin installait son énorme sac à dos sur ses épaules. Il m’a répondu dans une grimace :
— Ouais ! Mais qu’est-ce que c’est lourd ! Enfin, on ne sait pas quel temps il va faire à New York. Je préfère être paré à toutes les éventualités…
Il a accroché la lanière autour de sa taille. Ça a fait un petit clic.
J’ai rigolé en disant :
— Non, mais c’est bien, tu as raison. C’est la tactique de l’escargot, tu as pris toute ta maison.
— Arrête, Juliette ! Le climat peut être rude là-bas, aux…
— USA !
On a crié la fin de sa phrase ensemble en levant les poings et en nous trémoussant le derrière. Ça faisait plusieurs semaines qu’on faisait ça tout le temps. On se téléphonait pour parler de l’organisation de notre voyage et on s’arrangeait pour placer des phrases qui se terminaient par : USA ! Trop marrant. (J’ai inventé la petite danse des poings levés en bougeant mon postérieur après coup. Nathan s’est entraîné chez lui et, maintenant, il le fait super bien aussi.)
Il faut dire que j’attendais ce voyage avec tellement d’impatience ! J’allais partir dix jours aux États-Unis avec mes parents, mon petit frère et Nathan.

Super espions, tome 2 : Mission Odette, Christine Saba (illustré par Mioz Lamine), 2020.

Super espions, tome 2 : Mission Odette

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Premières lignes #225

Salutations !
Pour ce nouveau rendez-vous, je vous propose de retomber en enfance avec l’un des romans des Super Nanas. J’espère que vous avez déjà pris votre petit-déjeuner, c’est parti !

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Le grille-pain enragé

Tout le monde sait que le petit déjeuner est le repas le plus important de la journée. Mais peu de gens savent à quel point le pain grillé peut être dangereux…

Les Super Nanas se battaient contre un énorme grille-pain. Son fil électrique noir fouettait l’air telle une queue, et il faisait claquer ses mâchoires avec voracité.
— Il est temps de nous débarrasser de ce casse-pieds, dit Rebelle.
Elle s’envola pour le marteler de ses poing. PIF ! PAF ! Mais ses coups de cabossèrent même pas les parois gris métallisé brillantes du monstre. Le grille-pain saccageait tout sur son passage. Dans les rues de Townsville, les passants qui faisaient leurs courses lâchèrent leurs sacs et coururent se mettre à l’abri, poussant des cris terrifiés.

The Powerpuff Girls – Les Super Nanas : Opération maison, 2017.

The Powerpuff Girls – Les Super Nanas : Opération maison

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Premières lignes #224

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PROLOGUE

COMMENT pourrait-on décrire Artemis Fowl ? Les nombreux psychiatres qui s’y sont essayés ont dû confesser leur échec. La principale difficulté de l’entreprise réside dans l’intelligence d’Artemis. Celui-ci parvient en effet à déjouer tous les tests auxquels on le soumet. Face à lui, les plus grands esprits du monde médical se sont trouvés plongés dans une infinie perplexité et nombre d’entre eux, balbutiants et hagards, sont retournés dans leurs propres hôpitaux, à titre de patients cette fois.
Artemis est sans nul doute un enfant prodige. Mais pourquoi un être aussi brillant a-t-il décidé de consacrer sa vie à des activités délictueuses ? Voilà une question à laquelle une seule personne serait en mesure de répondre. Or, il prend un malin plaisir à ne jamais parler de lui-même.

Artemis Fowl, tome 1, Eoin Colfer, 2001.

Artemis Fowl, tome 1

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Premières lignes #223

Bonjour, les lecturovores !
Aujourd’hui, je vous partage les premières lignes de La petite dernière de Fatima Daas. Le roman ne sortira qu’en août mais il me tente énormément, comme vous l’avez peut-être remarqué, et j’ai donc décidé de partager avec vous les premières lignes de ce roman, en attendant sa sortie.
Et comme, par un heureux concours de circonstances, je l’ai désormais en ma possession, attendez-vous à ce que je vous en parle prochainement dans une chronique. Mais voilà, en attendant, voici l’incipit.

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Je m’appelle Fatima.
Je porte le nom d’un personnage symbolique en islam.
Je porte un nom auquel il faut rendre honneur.
Un nom qu’il ne faut pas « salir », comme on dit chez moi.
Chez moi, salir, c’est déshonorer. Wassekh, en arabe algérien.
On dit darja, darija, pour dire dialecte.

Wassekh : salir, foutre la merde, noircir.
C’est comme « se rapprocher », en français, c’est polysémique.

Ma mère utilisait le même mot pour me dire que j’avais sali mes vêtements, le même mot quand elle rentrait à la maison et qu’elle trouvait son Royaume en mauvais état.

Son Royaume : la cuisine.
Là où l’on ne pouvait pas mettre les pieds ni la main.

Ma mère détestait que les choses ne soient pas remises à leur place.
Il y avait des codes dans la cuisine, comme partout ailleurs, il fallait les connaître, les respecter et les suivre.
Si l’on n’en était pas capable, on devait se tenir à l’écart du Royaume.

La petite dernière, Fatima Daas, 2020.

La petite dernière

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Premières lignes #222

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HETTY

1.

Quelque chose. Là-bas dans l’ombre blafarde. Entre les arbres, là où les fourrés s’enchevêtrent à foison. Ça bouge. On peut le voir du toit, à la façon dont les broussailles se referment sur sa course bruissante vers l’océan.
De cette taille-là, sans doute un coyote, le grand format, ceux qui t’arrivent à l’épaule. Des dents comme des lames qui tiennent dans la paume de ma main. Je sais parce que j’en ai trouvé une, un jour, qui dépassait de la grille, juste le bout. Je l’ai rapportée, planquée sous mon lit.
Une dernière charge saccageant les broussailles et puis retour au calme. De l’autre côté du toit, Byatt abaisse sa carabine, la cale contre la rambarde. Route dégagée : la voie est libre.
Je garde mon arme épaulée, juste au cas où, viseur vissé à mon œil gauche. L’autre est mort.

Wilder Girls, Rory Power, 2019.

Wilder Girls

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Premières lignes #221

Salutations !
Aujourd’hui, je vous présente les premières lignes d’un roman qui m’avait tapé dans l’œil il y a quelques semaines, l’ayant découvert sur plusieurs de vos blogs. La couverture m’avait attirée d’emblée mais il faut dire que le début de ce roman, dans lequel le narrateur se présente brièvement, m’a bien plu aussi.

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avant de commencer

Bon, j’ai deux noms.
C’est ce que je dis quand on me demande mon deuxième prénom. Je dis :
« Bon, j’ai deux noms. »
Mon premier nom est Frank Li. Papa-maman pensaient surtout au nombre de lettres quand ils me l’ont donné.
Si, si, c’est vrai : F+R+A+N+K+L+I, ça fait sept lettres, et le sept est un chiffre porte-bonheur en Amérique.
Frank est mon prénom américain, donc le vrai.
Mon second nom est Sung-Min Li, c’est mon nom coréen, et il est soumis à la même cosmologie numéro-logique : S+U+N+G+M+I+N+L+I, neuf lettres, or le neuf est un chiffre porte-bonheur en Corée. Personne ne s’appelle Sung-Min, pas même papa-maman. Ils m’appellent juste Frank.
Je n’ai donc pas de deuxième prénom. À la place, j’ai deux noms.
Enfin bref, je suppose que mes deux chiffres porte-bonheur, le sept et le neuf, sont censés faire de moi une sorte de pont entre les cultures ou quelques chose dans le genre. Amérique, je te présente la Corée, Corée, je te présente l’Amérique.
C’est bon ? Je peux retourner à mes occupations ?
Très bien.

Frankly in Love, David Yoon, 2019.

Frankly in Love

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Premières lignes #220

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Chapitre 1

Deuxième classe Kiriya

1

Quand les balles commencent à fuser, ce n’est plus qu’une question de temps avant que la peur n’envahisse le soldat. Tu es là, avec la Mort qui siffle au-dessus de ta tête.
Les obus au loin détonent avec un bruit sourd et boueux, un son creux que tu ressens plus que tu ne l’entends. Ceux qui tombent près sonnent haut et clair. Ils hurlent d’une voix qui te fait crisser les dents, et tu sais que ceux-là viennent dans ta direction. Ils s’enfoncent profondément dans le sol et soulèvent un rideau de poussière qui reste suspendu, dans l’attente du prochain qui va le déchirer.
Des milliers d’obus éventrent les cieux – des éclats de métal pas plus gros que mon doigt – mais un seul suffit à te tuer. Un seul suffit à transformer ton meilleur pote en steak fumant.
La Mort vient sans crier gare, en un battement de cœur, et elle ne fait pas la difficile.

Edge of Tomorrow, Hiroshi Sakurazaka, 2004.

Edge of Tomorrow

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Premières lignes #219

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La Voix de la raison 1

Elle arriva chez lui au petit matin.
Elle entra discrètement, tout doucement, à pas feutrés, flottant dans la pièce comme un fantôme, un spectre. Le froufrou de sa mante à capuchon sur sa peau nue était le seul bruit qui accompagnait ses gestes. C’est pourtant cet infime bruissement, à peine audible, qui réveilla le sorceleur, ou plutôt le tira du demi-sommeil qui le berçait avec monotonie. Il était comme dans un gouffre insondable, en suspens entre le fond et la surface d’une mer paisible, parmi les lianes de goémons qui ondulaient tout doucement.

Sorceleur, tome 1 : Le dernier vœu, Andrzej Sapkowski, 1990.

Sorceleur, intégrale

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