C’est lundi, que lisez-vous ? #304

C’est lundi, que lisez-vous ? est un rendez-vous organisé par Millina, qui a désormais repris le flambeau.

Ce que j’ai lu la semaine passée

Je n’ai mis que la première couverture de Migali car je n’ai pas trouvé les autres dans une qualité satisfaisante, mais j’ai lu les trois BD (et je me suis régalée). J’ai terminé le deuxième tome de L’Empire d’Écume et c’était franchement super. En fait, je n’ai eu que de bonnes lectures, cette semaine !

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Premières lignes #326

En 2018, je vous partageais l’incipit de Vingt-quatre heures de la vie d’une femme de Stefan Zweig. Alors que je vais enfin me lancer dans ce texte d’ici peu, je me rends compte que ce n’est pas tant l’introduction qui m’intéresse – elle est intéressante, mais elle parle de l’écrivain or, je ne vais pas vous mentir, quand je veux lire un bouquin, c’est l’histoire qui m’attire avant tout. Alors, aujourd’hui, je vous partage les premières lignes du récit ; il prend place avant la Première Guerre mondiale.
Bon dimanche à vous.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

 

Dans la petite pension de la Riviera où je me trouvais alors (dix ans avant la guerre) avait éclaté à notre table une violente discussion qui brusquement menaça de tourner en altercation furieuse et fut même accompagnée de paroles haines et injurieuses. La plupart des gens n’ont qu’une imagination émoussée. Ce qui ne les touche pas directement, en leur enfonçant comme un coin aigu en plein cerveau, n’arrive guère à le sémouvoir ; mais si devant leurs yeux, à portée immédiate de leur sensibilité, se produit quelque chose, même de peu d’importance, aussitôt bouillonne en eux une passion démesurée. Alors ils compensent, dans une certaine mesure, leur indifférence coutumière par une véhémence déplacée et exagérée.
Ainsi en fut-il cette fois-là dans notre société de commensaux tout à fait bourgeois, qui d’habitude se livraient paisiblement à de small talks et à de petites plaisanteries sans profondeur, et qui le plus souvent, aussitôt après le repas, se dispersaient : le couple conjugal des Allemands pour excursionner et faire de la photo, le Danois rondelet pour pratiquer l’art monotone de la pêche, la dame anglaise distinguée pour retourner à ses livres, les époux italiens pour faire des escapades à Monte-Carlo, et moi pour paresser sur une chaise du jardin ou pour travailler. Mais cette fois-ci, nous restâmes tous accrochés les uns aux autres dans cette discussion acharnée ; et si l’un de nous se levait brusquement, ce n’était pas comme d’habitude pour prendre poliment congé, mais dans un accès de brûlante irritation qui, comme je l’ai déjà indiqué, revêtait des formes presque furieuses.
Il est vrai que l’événement qui avait excité à tel point notre petite société était assez singulier.

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, Stefan Zweig, 1927.

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme

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C’est lundi, que lisez-vous ? #303

C’est lundi, que lisez-vous ? est un rendez-vous organisé par Millina, qui a désormais repris le flambeau.

Ce que j’ai lu la semaine passée

Le deuxième tome de L’empire d’Écume est une jolie brique, mais qui se lit très bien !
J’enchaîne les bonnes lectures et ça fait du bien.

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Premières lignes #325

Pour ce nouveau rendez-vous « Premières lignes », il s’agit du deuxième tome d’une saga jeunesse dont le premier m’avait agréablement surprise : Les licornes du Belöwan de Thomas Verdois. Si vous n’avez pas lu le précédent livre, cela ne vous divulgachera pas grand chose, mais ce sera peut-être un brin mystérieux (et intrigant). Dans le premier tome, nous découvrions un groupe de licornes fuyant leur monde (le Belöwan) attaqué par les Ratskalls, les terrifiants hommes-rats ; nos héroïnes partaient en quête d’aide dans le monde d’Enderal, où vivent les humain·es. Désormais, au Belöwan, la révolte gronde, les licornes refusent d’être exploitées et maltraitées plus longtemps…
Pour mieux comprendre le passage suivant, notez bien que le ker peut enlever aux licornes leurs pouvoirs.
Bonne lecture et bon dimanche à vous !

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

 

CHAPITRE 1

L’étincelle

Virandyaa, je n’en peux plus.
Dans les profondeurs du Belöwan, la plus âgée des licornes se retourna pour voir qui venait de s’adresser à elle. En contrebas, sur le chemin qui serpentait depuis l’Eden Ker, elle aperçut Rosalia, membre du clan des licornes de Glace, dont la robe bleutée était mouchetée de timides flocons blancs.
Comme toutes les licornes, elle traînait de lourds blocs de ker d’un bleu turquoise, presque translucide. Elle avait l’air épuisée.
Encore un effort, petite Rosalia. Nous y sommes presque. Ce soir, tu pourras te reposer.
Rosalia n’avait que trente-sept ans, ce qui particulièrement était jeune pour une licorne. Virandyaa veillait sur elle avec la bienveillance d’une grand-mère, et s’en voulait de ne rien pouvoir faire pour alléger son fardeau.
Parce qu’elle était jeune, les Ratskalls la faisaient travailler plus que les autres et ne lui accordaient aucun répit. De toute façon, ces monstres leur en demandaient toujours plus. Toujours plus de ker. Toujours plus de magie brute qu’elles devaient remonter sous forme de cubes luminescents depuis l’Eden Ker, le poumon du monde.
Je ne sais pas si j’en suis capable, Virandyaa. Je n’y arrive plus. Je suis à bout.
Tiens bon. Je te l’ai dit, nos amies vont bientôt nous délivrer. Fais-leur confiance. Ce calvaire va prendre fin.
En effet, il était temps !
Depuis presque un an, elles vivaient sous le joug des hommes-rats, les Ratskalls, qui s’étaient échappés par dizaines de la Grotte du Temps Figé. Franchissant le Ryorim, ils avaient transformé leurs villages autrefois féeriques en terribles camps de puise-magie, et les licornes n’avaient eu d’autre choix que de leur obéir. Elles qui avaient toujours veillé sur le ker, la source de toute vie et de toute magie, s’étaient retrouvées forcées de travailler afin d’en livrer autant que possible à leurs bourreaux.
C’était d’ailleurs parce qu’elles étaient les seules à pouvoir extraire cette substance des tréfonds du Belöwan que les Ratskalls les avaient épargnées. Grâce à leurs luminorias, leurs cornes magiques, les licornes pouvaient manipuler le ker et le transformer en des blocs solides utilisables par les autres créatures.
Comble de malheur, elles-mêmes étaient maintenant incapables de se servir de la magie du ker. La faute aux horribles colliers kericides, vestiges de la Guerre du Ker, que leur avaient attachées de force les Ratskalls.

Les licornes du Belöwan, tome 2 : Rébellion, Thomas Verdois, 2022.

Les licornes du Belöwan, tome 2 : Rébellion

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C’est lundi, que lisez-vous ? #302

C’est lundi, que lisez-vous ? est un rendez-vous organisé par Millina, qui a désormais repris le flambeau.

Ce que j’ai lu la semaine passée

J’ai terminé Les luttes des putes et je l’ai chroniqué dans la foulée (vu mon retard, c’est presque un exploit). Je suis retournée au cimetière du Père-Lachaise et j’ai donc poursuivi ma lecture de Mère Lachaise. Legends & Latte est en VO sinon je l’aurais déjà fini ! Mais bon, il ne me reste que quelques pages, et ensuite je passerai à un autre roman de SFFF. Quant à La République du Crâne, c’était super, je recommande à fond cette BD !

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Premières lignes #324

Un peu de piraterie, ça vous dit ?
Aujourd’hui, je vous invite à découvrir les premières lignes de l’introduction de la bande dessinée La République du Crâne. Terminée hier, elle m’a beaucoup plu. En lisant ces quelques paragraphes, l’on comprend tout de suite une chose : ici, pas drôles de pirates, pas de monstrueux pirates… juste des hommes en quête de liberté.
Bonne lecture à vous.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

 

Après dix années d’existence faste, de 1716 à 1726, les pirates du XVIIIe siècle ont été exterminés, moralement et physiquement. Il ne reste plus d’eux que des légendes plus ou moins noires de romans d’aventures.
À leur époque, la bonne société, le clergé et la presse les ont condamnés , salis ; les marines militaires et les gouvernements les ont traqués, capturés, jugés puis pendus. Étaient-ils pourtant les démons braillards, sanguinaires et amoraux décrits par les journaux de leur temps ?
En réalité, ils étaient surtout, pour la plupart, issus des couches les plus pauvres et les plus fragiles de la société. Et ils exerçaient le métier le plus difficile et le plus terrible qui soit alors : marin.
Le métier âpre du marin, véritable forçat de la mer, s’inscrivait profondément dans les chairs et dans les os. Les capitaines marchands avaient droit de vie et de mort sur leur équipage et certains n’hésitaient pas à faire valoir ce « bon droit » avec la plus extrême sévérité.
Ainsi, les pirates se décrivaient plus volontiers comme des « honnêtes hommes », avides de revanche certes, mais aussi de justice : une justice à opposer à ces capitaines criminels et une revanche à prendre sur cette société qui leur avait pris leur dignité.

La République du Crâne, Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat, 2022.

La République du Crâne

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C’est lundi, que lisez-vous ? #301

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Ce que j’ai lu la semaine passée

J’ai terminé Deux amantes au Caméléon et j’ai enfin pris le temps de lire le deuxième tome de Magic Friends ! J’ai commencé trois autres livres ; en ce qui concerne Mère Lachaise, je le mets en pause jusqu’à ma prochaine visite du cimetière car j’ai apprécié me promener, hier, avec le livre sous le bras et errer à la recherche des tombes des femmes que Camille Paix nous propose de (re)découvrir.

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Premières lignes #323

Salutations !
Je ne sais pas si vous connaissez le compte Instagram Mère Lachaise ? Je le suis depuis sa création en 2019 et je n’ai pas manqué la sortie du livre éponyme. Enfin, il a rejoint ma bibliothèque et, si la météo le permet, je m’en vais aujourd’hui même parcourir quelques allées du cimetière du Père-Lachaise en compagnie dudit bouquin. Notons au passage le beau travail d’édition, quoique ce ne soit pas là le sujet de cet article ; nous sommes dimanche, place aux Premières lignes ! Il s’agit du début de l’introduction, pour savoir d’où est née « Mère Lachaise ».
Bon dimanche à vous.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

 

Introduction

En m’installant à Paris, j’ai eu un coup de foudre pour les morts. Plus exactement pour ceux du Père-Lachaise, si dignes derrière leurs vieilles pierres, côtoyant perruches, corneilles et arbres centenaires. J’ai refait cent fois le même chemin, celui menant à la tombe d’Éluard avant de me demander pour la première fois où était donc Nusch, l’amoureuse dont il chantait la dernière demeure dans Ma Morte vivante : « Et l’avenir mon seul espoir c’est mon tombeau / Pareil au tien, cerné d’un monde indifférent ». Dans le carré communiste, les mots d’amour, les graviers blancs et les arbustes taillés parfaitement sur sa tombe faisaient mentir le poète : autour de lui, le monde n’avait rien d’indifférent. La tombe blanche et confidentielle de Nusch, plus haut dans le cimetière, a été pour moi un déclic : comment avais-je pu passer autant de temps dans ce cimetière des grands hommes sans me demander où étaient les femmes ? Alors j’ai commencé à les collectionner, les mortes, et elles se sont mises à prendre beaucoup de place dans ma vie, dans mon apprentissage et ma culture. J’ai fouillé dans leur passé timidement d’abord, avec l’impression de les déranger dans leur repos, et puis, peu à peu, je les ai laissées me guider.

Mère Lachaise – 100 portrait pour déterrer le matrimoine funéraire, Camille Paix, 2022.

Mère Lachaise – 100 portrait pour déterrer le matrimoine funéraire

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C’est lundi, que lisez-vous ? #300

C’est lundi, que lisez-vous ? est un rendez-vous organisé par Millina, qui a désormais repris le flambeau.

Ce que j’ai lu la semaine passée

Voici mes deux lectures de la semaine passée, un roman et un manga. Chat de yakuza n’a rien de révolutionnaire mais est très sympathique et Deux amantes au Caméléon me plaît beaucoup pour l’instant (il me reste encore à lire, c’est une brique).

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Premières lignes #322

Pour ces Premières lignes, j’ai choisi un livre que l’on m’a offert (et que j’ai lu) il y a longtemps. Autant vous dire que je ne me souvenais pas que la mère (je crois ?) du héros est raciste. Je pense relire prochainement ce roman ; il me semble que rappeler que c’est un polar et j’ai bien envie d’en lire, en ce moment.
Passez un bon dimanche.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

 

I

La mare aux diam’s

Je suis à bord du Chérie Noire quand tout commence.
Mon yacht. J’écris yacht par orgueil. Mon bateau n’est que la copie d’une tartane méditerranéenne, bricolée par un pêcheur unijambiste (un requin ?) à la retraite. La totalité de mes droits d’auteur s’y est engloutie. Le Chérie Noire mesure 14 mètres quand même. Je l’ancre dans le luxueux port de Saint-Martin. Encore de l’orgueil. Pas question de hasarder ma tartane en pleine mer. Elle coulerait à la première vague. D’ailleurs, je déteste l’eau et je ne sais pas nager. Les promeneurs qui se baladent sur le quai se figurent je ne sais quoi en lisant le nom ! Ils n’ont pas entièrement tort. Il a fallu ruser avec Manman dont l’imagination dépasse de beaucoup celle des touristes.
– Une femme ! Philémon, ne mens pas, tu as une femme dans ta vie ! Une de tes fiancées, comme d’habitude… Et noire, par-dessus le marché !
Fiancée, c’est le mot de Manman. Elle le prononce avec un crissement de roulette de dentiste.
– Mais non Manman, que vas-tu chercher ? Le pêcheur est illettré. Comment veux-tu qu’il comprenne qu’on baptise un bateau Série Noire, du nom d’une collection de bouquins ? Une simple erreur de peinture sur la coque, Manman !

Série noire sur le Chérie Noire, Jean-Paul Nozière, 2001.

Série noire sur le Chérie Noire

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