C’est lundi, que lisez-vous ? #267

C’est lundi, que lisez-vous ? est un rendez-vous organisé par Millina, qui a désormais repris le flambeau.

Ce que j’ai lu la semaine passée

Après avoir terminé Bienvenue à Perfect City et refait une aventure de 30 minutes pour survivre, je me suis plongée dans une adaptation en manga de Hamlet, j’ai lu quelques pages de De Polyamour et d’eau fraîche et, surtout, j’ai commencé le thriller L’Equarrisseur qui est vraiment prenant ! Moi qui pensais le lire plus tard dans le mois, je suis contente de ne pas avoir attendu.

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Premières lignes #290

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
N’oubliez pas de me citer, ça fait toujours plaisir ♡

Je descends l’escalier en consultant ma montre. Il est trois heures passées. Je viens de prendre un déjeuner tardif au restaurant à l’étage.
Ce matin, j’ai interviewé monsieur L. pour le présenter aux lecteurs : il tiendra dorénavant une rubrique de conseils de vie dans notre revue. Après quoi, j’ai passé un long moment dans mon bureau à transcrire l’enregistrement de cette entrevue. On avait besoin du texte final avant deux heures cet après-midi. Plongé dans ma rédaction, j’ai complètement oublié d’aller manger.
Il me reste encore trente minutes de pause. En contemplant le bois naturel qui revêt le mur extérieur du restaurant, je me demande comment tuer le temps.
Je m’engage dans la rue commerçante à arcades, d’où je peux retourner directement à mon bureau. Il y a beaucoup de monde, car ce sont les vacances du golden-week. Je flâne sans but dans la foule.
Deux femmes entre deux âges me dépassent en caquetant à plein gosier. Une forte odeur de parfum me pique le nez. La couleur de leurs cheveux teints est pareille : violâtre. À leur air inhabituel, j’ai l’impression qu’elles sont entraîneuses de bar ou de cabaret. Elles entrent dans le pachinko-ten situé au bout de la rangée de boutiques à ma gauche. Le pachinko me tente, mais je continue de marcher.
Au bout de quelques pas, je m’arrête devant une vitrine. C’est un magasin soécialisé dans les stylos-plumes haut de gamme. Attiré par un stylo noir de marque P., je songe à en un acheter un plus tard, si ma femme est d’accord.
En passant devant un magasin de musique, j’entends une chanson populaire des années 70. Immobile, je tends l’oreille. En l’écoutant, je me souviens de la berceuse de ma grand-mère, Azami.

« Ce soir encore, ton oreiller est baignée de larmes.
À qui rêves-tu ? Viens, viens vers moi.
Je m’appelle Azami. Je suis la fleur qui berce la nuit.
Pleure, pleure dans mes bras. L’aube est loin encore. »

Quelqu’un chuchote mon prénom. Une voix masculine. Ce doit être une coïncidence. Je l’ignore.
— Kawano-san.
« C’est mon nom ! » Je me retourne vers la voix.

Azami, Aki Shimazaki, 2014.

Azami

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C’est lundi, que lisez-vous ? #266

C’est lundi, que lisez-vous ? est un rendez-vous organisé par Millina, qui a désormais repris le flambeau.

Ce que j’ai lu la semaine passée

Les manga et les BD, c’est assez rapide à lire ; le reste prend un peu plus de temps mais, ça tombe bien, j’en avais plus que la semaine précédente à consacrer à la lecture.

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Premières lignes #288

Salutations !
Cette semaine, je vous propose à nouveau les premières lignes de l’une de mes prochaines lectures. Il s’agit de Passing Strange, proposé ce mois-ci pour le club de lecture de Planète Diversité. Comme il vient de sortir en format poche, j’ai sauté sur l’occasion. Le début m’intrigue beaucoup (je n’ai volontairement pas relu le résumé). Si vous l’avez lu, l’avez-vous aimé ?

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
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UN

AU SOIR DU DERNIER LUNDI DE SA VIE, Helen Young rentra de chez son médecin et se prépara une tasse de thé. Comme elle s’y était attendue, les nouvelles n’étaient pas bonnes ; il n’y avait plus rien à espérer.
Depuis les fenêtres de son appartement, au sommet de Nob Hill, les alignements en terrasses des maisons de San Francisco lui faisaient l’effet d’un empilement précaire de cubes en bois. Le soleil couchant transformait verre et acier en flaques de lumière orange et baignait la vieille pierre et les stucs d’une douce teinte pêche. Le brouillard sinuait au pied des collines comme un serpent d’albâtre.
Elle posa la fragile tasse de porcelaine sur un guéridon en teck et réfléchit à ce qu’il lui restait à accomplir. Sa liste des dernières choses à faire.Ivy, sa compagne – qui était aussi son aide-soignante – avait pris sa journée, ce qui allait tout à la fois simplifier la tâche et la rendre plus problématique. Elle n’aurait aucune explication à fournir, mais d’un autre côté elle devrait se débrouiller seule.
Peut-être valait-il mieux remettre au lendemain matin ? Helen trancha et s’empara de son téléphone. Après soixante-quinze ans, elle était la dernière encore en vie ; il n’y avait plus de temps pour les hésitations et la procrastination. Elle tapota sur l’écran pour commander un taxi.

Passing Strange, Ellen Klages, 2017.

Passing Strange

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C’est lundi, que lisez-vous ? #265

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Ce que j’ai lu la semaine passée

Un peu plus de temps pour lire au cours de la semaine passée, j’ai donc pu terminer deux romans et une bande dessinée, et j’ai commencé deux nouvelles lectures : L’œil le plus bleu de Toni Morrison et Bienvenue à Perfect City de Helena Duggan. Le premier est tellement dur qu’un peu de légèreté avec un roman jeunesse, ça fait du bien !

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Premières lignes #287

Aujourd’hui, place à un livre sorti en début d’année 2021 et qui m’intrigue depuis : Viendra le temps du feu. En passant à la bibliothèque, je suis tombée dessus et j’en ai donc profité pour l’emprunter (il fera logiquement partie de mes prochaines lectures).
Ce roman de Wendy Delorme est décrit comme une dystopie féministe, autant dire que j’ai hâte de le découvrir !

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ÈVE

Elles sont mortes, toutes. Elles étaient peu nombreuses et elles sont mortes, il n’y a pas de traces. Je les ai vues souvent, sans plus faire partie de leur groupe, leur cercle, leur assemblée. D’autres les ont vues. Certains se souviennent mais aucun ne sait ce qu’elles sont devenues. Je ne connais pas l’emplacement de leurs tombes. Je ne sais pas s’il y a des corps qui pourrissent sous terre, elles ont disparu.
Je ne sais pas si j’ai la force d’écrire cette histoire. Si je meurs avant de l’avoir racontée, c’est comme si elles n’avaient pas existé.
Il y avait Louve. Il y avait Maïna, Raquel et Grâce. Rosa et Francesca. Il y en avait d’autres. J’ai aimé Louve, plus que de raison, dès le début. Je l’observais. Elle était d’une beauté frappante et ne ressemblait à personne. Ne ressemblait à aucune de ces femmes que l’on trouve belles. Elle était d’une beauté sanguine, calme et féroce.
Penser à elles me saisit au centre du corps et une coulée de plomb m’emplit. Puis vient la nausée, puissante, quand je pense à la fuite. Il me faudra du temps.
Parfois je sens que je vais mourir. Je me sens mourir. Cela me prend une fois par jour au moins. Je me ressaisis parce que je sais qu’ils guettent. Il faut faire attention. Ne pas donner de signe de faiblesse. Il m’arrive d’oublier qu’ils sont nos ennemis. Au mieux je peux considérer qu’ils ne sont pas mes alliés.
Il n’y as plus lieu de dire « nous » car il n’y a plus que moi. Ça me donne le vertige de savoir cela et d’être seule à le savoir. Je les laisse penser que je suis parmi eux, quand je ne suis pas là mais dans un repli de mon âme où elles existent encore. Je leur laisse croire que nous sommes faits pareils quand la mémoire de ma peau conte une tout autre histoire.
Il y a eu la main de Louve sur ma nuque. Il y a eu son souffle et le mien entre nos bouches ouvertes l’une à l’autre. Entre nous, l’oxygène a circulé. Y penser est une façon de lutter contre l’asphyxie.
Chaque jour je rassemble les morceaux de mon être. Chaque jour il m’est plus difficile d’effectuer ce geste de composition. Il me semble que bientôt je n’aurai plus la force mais il y a cette enfant que j’ai voulue, que j’ai portée, donc je n’ai pas le droit de mourir et chaque jour je rassemble les morceaux de moi épars.

Viendra le temps du feu, Wendy Delorme, 2021.

Viendra le temps du feu

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C’est lundi, que lisez-vous ? #264

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Ce que j’ai lu la semaine passée

J’ai terminé Rêves d’acier, qui m’aura pris un certain temps, et ce que j’ai aimé ce tome ! Vivement la suite, mais je vais faire une pause pour avancer dans d’autres séries – comme Undertaker, par exemple ! C’est une série de BD que j’aime beaucoup ; j’ai relu le tome 5 pour bien tout me remettre en mémoire avant d’entamer la lecture du sixième volume qui est récemment sorti.

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Premières lignes #286

Bienvenue à Perfect City, la ville parfaite ! Tout du moins en apparence…
Le livre s’ouvre avec une jolie carte (j’adore les cartes, mais c’est compliqué de les partager) qui pointe déjà un élément intéressant : les frères Archer gèrent une bonne partie de la ville (lunetterie, fabrique de thé, salon de thé…). Mais dans mon rendez-vous du dimanche, ce ne sont pas les premières pages que je vous partage, mais bien les premières lignes – souvent celles du récit. Et c’est ainsi que, dès le début, on constate qu’il y a quelque chose de bien étrange qui semble se tramer à Perfect City. Ca me donne envie de découvrir la suite, et vous ?

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CHAPITRE 1

KID

Tapi contre l’écorce d’un chêne, dans les ombres du crépuscule et des buissons du jardin, il attendait, alerte. De sa cachette, il distinguait toute la maison et l’allée de graviers.
Comme c’était étrange, de craindre d’être vu.
Voilà des semaines que toute la ville de Perfect City ne parlait plus que de l’arrivée du docteur Eugene Brown. Il aurait une solution, Kid en était convaincu. Tout ce qu’il avait à faire, c’était trouver cet homme avant qu’il ne change.
À la nuit tombée, George et Edward Archer gravirent le perron de pierre de la demeure. Une fois les lampes allumées à l’intérieur, Kid put les voir se déplacer d’une pièce à l’autre.
Soudain, un faisceau lumineux jaillit sur la pelouse, tout près de ses pieds, le contraignant à se replier davantage dans la pénombre.
Dans un crissement, une voiture argentée remonta l’allée avant de s’arrêter non loin de lui. Son cœur s’emballa. Le moteur se tut.
La grande porte de la maison s’ouvrit, et les silhouettes des jumeaux Archer se dessinèrent dans la clarté du vestibule. Aussi immobile qu’une statue, Kid les épia, parcouru d’un frisson.
Du côté conducteur, un homme sortit ; de l’autre, une femme.
Kid ne s’attendait pas à ce que le dicteur vienne accompagné. La femme – Mrs Brown – lança à son mari un regard pressant par-dessus le toit de la voiture, manifestement angoissée. En retour, le docteur la gratifia d’un sourire contrit avant de rejoindre les jumeaux, qu’il salua d’une poignée de main. Mrs Brown lui emboîta le pas et tous disparurent à l’intérieur.
Kid s’aventura hors de sa cachette. Il se figea brusquement lorsqu’il entendit le docteur lancer :
— Ne reste pas dans la voiture, Violet ! Il fait froid dehors, ma puce.
La portière arrière s’entrouvrit pour se refermer sur-le-champ, soulevant un courant d’air qui agita les feuilles juste au-dessus de la tête de Kid.
Ce dernier retint son souffle et battit en retraite. Quand la portière s’ouvrit derechef, une jeune fille effarouchée s’élança précipitamment vers la maison.
Le garçon ne put réprimer un rire. La dénommée Violet accéléra l’allure, gravit les marches d’un seul bond et franchit la porte d’entrée comme une tornade avant de la claquer derrière elle, plongeant de nouveau la cour dans les ténèbres.
Kid ferma la portière restée ouverte et s’approcha prudemment de la fenêtre de la cuisine. Il eut tout juste le temps de voir la jeune fille y entrer dans une glissade.
Il s’assit près du perron et patienta. Un peu. Beaucoup… Trop.
La nuit s’écoulait lentement, mais sûrement. Bientôt, les Guetteurs entameraient leur ronde. Il ne pouvait pas risquer de se faire prendre une nouvelle fois hors des murs. Il décida de revenir de bonne heure, le lendemain matin, pour s’entretenir avec le docteur.
Avant de partir, il jeta un dernier regard vers la fenêtre. La jeune fille était assise entre ses parents – une vraie famille.
Le cœur lourd, il lissa de la pulpe de son pouce le bout de papier froissé au fond de sa poche…

Bienvenue à Perfect City, Helena Duggan, 2017.

Bienvenue à Perfect City

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Premières lignes #285

Au cours de l’été passé, j’ai lu Nos monstres d’Angela Marsons. J’étais déjà plongée dans cette lecture lorsque j’ai appris qu’il s’agissait d’un deuxième tome – qui peut se lire indépendamment du précédent. Je n’ai pas trop tardé à acheter le premier tome, Le pensionnat des innocentes. Je vous en partage aujourd’hui les premières lignes.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Pensez à mettre le lien de votre RDV en commentaire de l’article ou, si vous avez une page ou une catégorie dédiée, n’hésitez pas à me le faire savoir ; cela facilitera l’actualisation.
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Prologue

Rowley Regis, Pays noir
2004

Ils étaient cinq, postés en étoile autour d’un petit monticule de terre. Eux seuls savaient qu’il s’agissait d’une tombe.
Creuser le sol gelé sous les couches de glace et de neige avait été aussi dur qu’essayer d’entailler de la roche, alors ils s’étaient relayés. Chacun son tour.
Un trou de la taille d’un adulte leur aurait pris plus de temps.
La pelle était passée de main en main. Certains s’étaient montrés hésitants, incertains. D’autres, plus assurés. Personne en revanche n’avait résisté et personne non plus n’avait soufflé mot.
Une vie innocente avait été emportée. Ça, aucun ne l’ignorait. Mais ils avaient conclu un pacte. Leurs secrets seraient enterrés.
Les cinq silhouettes inclinèrent la tête et se représentèrent le corps sous le sol qui luisait déjà d’une nouvelle couche de givre.
Tandis que les premiers flocons saupoudraient la tombe, un frisson traversa le groupe.
Puis tous se dispersèrent, leurs pas dessinant la queue d’une comète dans la neige fraîche et craquante.
C’était fini.

Le pensionnat des innocentes, Angela Marsons, 2015.

Le pensionnat des innocentes

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