Iron Widow, tome 1

Iron Widow, tome 1

Quatrième de couverture :

Les frontières d’Huaxia sont défendues par les Chrysalides, gigantesques machines pilotées par les énergies psychiques combinées d’un homme et de sa concubine. Hélas ! les combats sont violents, et si les hommes en réchappent, les femmes sont presque toujours sacrifiées.

Malgré cela, Zetian s’engage dans l’armée. Son objectif ? Venger sa sœur en tuant le pilote responsable de sa mort.

[…]

.
Mon avis :

Iron Widow est un roman de Xiran Jay Zhao, un·e auteurice chinois·e non-binaire (je le précise car il y a du mégenrage dans les remerciements, gloups). Ce qui n’est pas indiqué dans le livre, et peut-être cela vient-il de l’édition originale, c’est qu’il s’agit d’un premier tome ; s’il se tient bien en tant que tome unique, il appelle toutefois à une suite et cela peut être frustrant pour certain·es lecteur·rices. Pour ma part, pas de frustration car je ne compte pas lire la suite.

Ce roman est un hommage à l’impératrice Wu Zetian qui régna sur la Chine au cours du VIIe siècle. Xiran Jay Zhao a ainsi donné son nom à son héroïne, une jeune femme de 18 ans qui se bas contre les carcans imposés aux femmes et qui souhaite venger la mort de sa sœur. En effet, cette dernière a été tuée par un pilote, Yang Guang. Or, les pilotes sont considérés comme des héros et il n’est pas aisé de les approcher. C’est pour cette raison que Zetian décide de s’engager dans l’armée, afin de se rapprocher du meurtrier. Pour se faire, elle va donc quitter sa famille (ravie de voir Zetian enrôlée, puisque cela va leur permettre de toucher de l’argent pour que le frère puisse faire des études) et Yizhi, un riche jeune homme qui aurait bien voulu l’épouser.
Ma première réflexion était que Iron Widow est une histoire de libérations. Zetian a les pieds bandés, en cause le fait qu’elle est involontairement enfermée dans son rôle de femme à marier. La première libération du récit vient de là ; en devenant pilote, comme c’est le qi et la gestion de la pression spirituelle qui permettent de contrôler les machines, qu’importe les infirmités. Vient ensuite la vengeance, qui arrive très rapidement et libère Zetian de son chagrin et… Ah, non, pardon, je n’ai pas ressenti de réel chagrin de sa part, mais plutôt de la haine et de la colère. Et une fois la vengeance accomplie, la jeune femme ne va pas retrouver la sérénité. On le sait, elle le constate elle aussi, les femmes sont prisonnières du système patriarcal. Si les hommes en souffrent aussi, il est toutefois évident qu’il leur est bien plus profitable qu’à l’autre moitié de la population. Alors Zetian se dit que, si elle a pu venir à bout d’un homme, pourquoi ne pas mettre abattre tout le système et rééquilibrer l’ensemble, libérant ainsi les femmes. Mais là aussi, c’est très peu concluant et on ne peut donc parler d’Iron Widow par le prisme de la libération. La vérité est que le roman tourne toujours autour de la rage et de la vengeance.
Pour être honnête, cela m’a un peu saoulée car  Wu Zetian ne semble connaître que deux émotions : la colère et l’amour. Si l’on comprend son désir de représailles, et si c’est un très bon moteur pour démarrer l’intrigue, cela devient un poison par la suite, pour elle comme pour les gens qui l’entourent et comme pour nous, lecteur·rices. Je l’aurais voulue en héroïne vengeresse, elle tient finalement plus de l’anti-héroïne. La seule chose qui la sauve un peu à mes yeux, ce sont ses amours. Toutefois, ce sont plus ses amours qu’elle-même qui la rendent vaguement sympathique, un poil touchante à l’occasion. C’est bien dommage car, de pauvre paysanne à redoutable pilote, surnommée la Veuve de Fer, il y aurait eu tant à développer ! Parfois, elle doute (mais si peu). Parfois, elle crée des liens en dehors des pilotes avec qui elle doit travailler (mais c’est si rare). Parfois, elle aime (mais c’est survolé, on reste en surface des sentiments). Bref, je pourrais continuer pas mal ainsi, seulement, quel intérêt ? La seule véritable émotion qu’elle transmet, c’est la colère couplée au désir de vengeance. Et encore, c’est celle d’une femme de 18 ans qui ne se canalise que pour faire souffrir ; pour elle, il n’y a de rédemption possible pour personne, tout le monde étant si ancré dans son carcan patriarcal – autant dire que j’y ai peu été sensible.
Dans une story Instagram, Nadège (du blog Planète Diversité) évoquait également les liens que Wu Zetian entretient avec les autres femmes et… C’est en effet loin d’être glorieux. Sa mère et sa grand-mère ? Enfermées dans le patriarcat, elles l’ont brisée afin qu’elle correspondent à leurs attentent et, plus généralement, à celles de la société et donc des hommes. Pour le reste, on a la rivale pas sympa, l’hypocrite retorse… et c’est tout. Finalement, les seuls personnages avec qui l’héroïne sympathise, de même que les seuls personnages qui la sauvent, les seuls qu’elle aime, ou les seuls qu’elle exècre encore plus que sa mère et sa grand-mère, ce sont des hommes et sa sœur (morte, pour rappel, et je peux vous dire qu’elle est très vite oubliée). Ainsi, malgré le titre (Iron Widow = Veuve de Fer, donc une femme), malgré Wu Zetian, héroïne vengeresse, héroïne luttant contre la société patriarcale, tout tourne autour des hommes. C’est hallucinant.

Je vous ai fait un sacré blabla, et je crois bien que ce n’est pas fini. Il faut encore que je vous parle de l’univers.
Des extraterrestres, appelés Hunduns, ont débarqué il y a quelques siècles pour s’approprier des matières premières présente sur Terre. Alors a commencé une guerre interminable, ponctuée de très nombreuses batailles. Si les humains s’en sortent bien jusqu’à présent, c’est parce qu’ils ont réussi à construire des Chrysalides, machines de plus ou moins grandes tailles, dirigées par des binômes de pilotes. Ce n’est pas sans rappeler Pacific Rim de Guillermo del Toro – film que j’apprécie beaucoup et, lorsque la première bataille est venue, j’avais le thème iconique en tête. La comparaison s’arrête finalement là puisque, dans Iron Widow, le binôme est plus spécifiquement un couple formé d’un homme et d’une femme et, si les deux sont en osmose, alors la machine peut évoluer de façon temporaire (tel les Digimons) en une forme héroïque, plus puissante et plus dévastatrice. Aussi les pilotes dirigent ces engins a l’aide du qi ; les femmes, pauvres d’elles (êtres si faibles), meurent souvent lors des batailles car elles ne supportent pas suffisamment la puissance spirituelle qui se dégage lors des combats. Heureusement, des évaluations permettent d’évaluer la puissance des pilotes et ainsi de créer des couples qui se valent (tout du moins dans la théorie). Ce que j’ai du mal à comprendre, c’est que l’armée a bien fait les tests avec Zetian mais il faut croire qu’elle a réussi à berner tout le monde, même elle : au lieu d’avoir un qi de quelques centaines de points comme elle le pensait, il est dix fois plus élevé ! Il y a là, pour moi, une incohérence ; si Zetian semble apprendre assez vite et a de bonnes intuitions mais rien n’indique qu’elle a maîtrisé le test. Cela dit, ça n’empêche pas nullement d’apprécier l’idée du fonctionnement et les batailles sont assez chouettes à suivre. Seulement, avant chacune d’entre elles, il y a une partie qui se déroule dans le monde spirituel et je dois dire que je me suis parfois ennuyée en lisant ces passages. Que la première fois que Wu Zetian s’y retrouve ce soit long, normal. La deuxième et la troisième fois, ça devient lassant.
Je pourrais parler de tellement de choses encore ! Mais ma chronique est déjà bien longue et je vais donc abréger. L’univers est vraiment bien, il m’a plu, c’est certain. Seulement, s’il semble assez riche de prime abord, ça reste toutefois assez survolé. Peut-être parce que l’histoire est narrée par Zetian – j’ai pourtant eu le sentiment qu’elle savait plus de choses et que nous n’en avions qu’un résumé. Tant mieux pour certaines personnes, dommage pour moi qui aime les univers fournis !
J’en viens à faire un point général sur le roman. Il y a des événements et des twists assez attendus ; ça aurait pu être plus surprenant. Mais ce qui m’a surtout gênée, c’est qu’après une première partie qui fonctionnait très bien, l’auteurice semble s’être mis en tête de remplir un cahier des charges. Iel le modernise certes quelque peu, mais on retrouve le triangle amoureux, la construction médiatique des pilotes, le mythe pas inutile, tel et tel retournements de situation… De fait, rien de neuf à l’horizon.

Iron Widow commençait donc très fort mais ce fut toutefois une déception. L’héroïne est très limitée dans ses émotions et les révélations ne sont pas vraiment des surprises. Vous ne passerez pas un mauvais moment, mais il reste assez peu transcendant et il est finalement assez limité sur plusieurs points.
Vous l’aurez compris, ce n’est pas un roman que je vous conseille particulièrement.

 

Pour vous faire une idée des machines et des personnages, c’est sur le site de Xiran Jay Zhao.

Et pour le plaisir, le thème de Pacific Rim :

Iron Widow, Xiran Jay Zhao • Titre VO : Iron Widow  Traduction : Isabelle Troin La Martinière • 2021 • 462 pages• 20€ • Genre : SFFF, combats, libération • ISBN : 9782732499291

Ce livre participe au Challenge de l’Imaginaire.

 

 

 

 

D’autres en parlent sur leur blog : Ours inculte ; Les blablas de Tachan ; Sir This and Lady That ; Les voyages de Ly

37 réflexions sur “Iron Widow, tome 1

  1. tampopo24 dit :

    Même si j’ai été moins dure, parce que j’ai apprécié d’avoir une héroïne pleine d’émotions négatives, je dois dire que je te rejoins sur l’ensemble. Moi aussi j’ai été frustrée par le survol d’à peu près tout. Moi aussi, j’ai trouvé ça téléphoné. Moi aussi j’aurais aimé plus de SF, plus de profondeur, plus de beaucoup de chose…

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  2. lire à la folie dit :

    J’ai beaucoup aimé justement cette colère qui ne s’apaise pas 🙂 et le triangle polyamoureux m’a changé du cliché habituel 🙂
    Mais je comprends tes arguments et je vois totalement pourquoi ça ne t’a pas trop plu!
    J’avoue que j’aime beaucoup l’auteurice donc ça doit aussi m’influencer^^

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    • Ma Lecturothèque dit :

      Ahah ! Eh bien, je comprends que l’on puisse le qualifier de féministe car on a là une héroïne qui se bat contre le patriarcat. Mais, pour moi, ça ne suffit pas à en faire un roman féministe – là aussi, comme beaucoup de choses, ça reste en surface. Donc, oui, il y a une figure féminine puissante, il y a des réflexions féministes, mais ce n’est pas suffisant pour en faire une œuvre féministe ^^
      J’ai en effet lu la chronique de l’Ours tout à l’heure – moi qui craignais d’être trop sévère ! Je le rejoins totalement, en tout cas.

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  3. juliet595 dit :

    Ah zut, dommage, il y avait des éléments qui m’attiraient mais si ça manque de développements, je préfère passer mon tour sur celui-là :/ C’est marrant, je viens de finir un polar historique qui s’inspire aussi de l’impératrice Wu, « L’impératrice des mensonges » : dense et des longueurs mais vaut quand même le coup d’oeil 😉

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  4. Light And Smell dit :

    Il me tentait beaucoup, mais plus je lis d’avis dessus, plus je pense passer mon tour sauf à le trouver d’occasion à vraiment petit prix… Et j’avoue que l’héroïne limitée à deux sentiments, ça ne me motive pas des masses.

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  5. lasorcieredesmots dit :

    Il y a des choses qui m’attirent dans ce roman, comme le traitement de la vengeance, mais l’univers a vraiment l’air particulier. Les chroniques sont vraiment différentes sur ce roman, et je me demande si je me laisserais tenter, ou si je vais passer mon tour ^^ c’est dommage, car on n’a pas beaucoup d’auteurs asiatiques dans le young adult, et dans ce genre-là…

    Aimé par 1 personne

    • Ma Lecturothèque dit :

      Si on parle du traitement de la vengeance, comme beaucoup de choses dans ce roman, je l’ai trouvé faible, mal foutu =/
      En tout cas, si tu tentes, j’espère que tu aimeras. Et je pense que, malgré les retours très partagés sur ce roman, on devrait avoir de plus en plus d’auteur·rices asiatiques mis en avant en young adult 🤞

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