La querelle des femmes, ou « N’en parlons plus »

La querelle des femmes, ou « n’en parlons plus »

Quatrième de couverture :

« La querelle du féminisme a fait couler assez d’encre,
à présent elle est à peu près close :
n’en parlons plus »…

… écrit Simone de Beauvoir en ouverture du Deuxième sexe, pour rapporter le sentiment d’irritation qui prévaut autour d’elle en 1949, quatre ans après que les Françaises soient devenues citoyennes. « On en parle encore, cependant », ajoute-t-elle tout de suite après. D’où le pavé qu’elle lance dans la mare, car l’égalité est loin d’être accomplie et toutes sortes de stratégies sont mises en place pour qu’elle ne le soit pas de sitôt.
L’effacement de l’histoire en fait partie, en particulier s’agissant de la très longue bataille pour ou contre l’asservissement des femmes. Née au XIIIe siècle, avec la création des premières universités, elle a donné lieu, en Occident, à la production de moult règlements, lois, constitutions, codes – et de milliers de textes explicitant les positions des uns et des autres.
Plus qu’une histoire de cette polémique, ce livre propose une réflexion sur la manière dont elle a été occultée depuis n’est plus possible de soutenir ouvertement que les femmes sont inférieures aux hommes. Et sur l’urgence qu’il y a à retrouver cette histoire, à en identifier les acteurs et les actrices, à comprendre ce qui les mobilisait… à cesser de croire que le progrès marche tout seul et que le féminisme est né au XIXe siècle.

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Mon avis :

La querelle des femmes, ou « N’en parlons plus » n’est pas un essai très long mais cela ne l’empêche pas d’être riche mais, avant de vous en parler, commençons déjà par revenir sur ce qu’est la Querelle des femmes – je ne pense pas me tromper en affirmant que peu en ont déjà entendu parler. Vers la fin du Moyen Âge, une bataille d’arguments et d’idées a débuté entre les défenseurs des femmes et ceux pour l’avilissement et l’asservissement de celles-ci. Cette polémique a duré de nombreux siècles, pourtant elle semble disparaître de notre histoire alors que la Guerre de Cent Ans, plus longue que son nom ne l’indique, s’avère bien courte en comparaison de la Querelle ! Oui mais voilà, la Querelle, ça en arrange bien qu’on n’en parle plus. En effet, en occultant des parties de notre histoire, on finit par les oublier et c’est comme si elles n’avaient jamais existé. Or, si tel est le cas, si on omet l’existence de la Querelle, alors on peut en déduire que le féminisme est très récent. Vous vous en doutez, c’est faux ; certes, le terme « féminisme » n’est pas très vieux, mais les luttes sont encore et toujours les mêmes : les relations amoureuses, le mariage, le travail, l’art, l’éducation, etc., tout y passe et ça n’a pas vraiment changé, depuis le temps… Il est facile de se battre perpétuellement pour des droits, pour l’égalité, quand on ne sait pas que cela a déjà été débattu ; c’est sans cesse reprendre la discussion à partir de zéro, finalement. C’est également dire qu’il en a toujours été ainsi, que les femmes se sont toujours occupées du foyer et des enfants, que le travail n’est pas pour elles car elles n’ont jamais exercé de quelconque métier hors de la maison (excepté ce qui touche au soin et à l’entretien, des métiers peu valorisants). Cette perte de mémoire collective est d’autant plus étrange que, comme le souligne Eliane Viennot, la Querelle a emprunté moult moyens d’expression et pas que des textes philosophiques ou politiques. Non, la Querelle s’est étendue à la poésie, au théâtre, à la peinture, même au vitrail et j’en passe. Vous pouvez facilement le comprendre, c’était quelque chose de connu, en tout cas dans les milieux dits intellectuels (comprendre les milieux dans lesquels les gens savaient lire donc la noblesse et le clergé, grosso modo).
C’est donc de cela dont il est question dans cet ouvrage : d’où nous vient la Querelle, de quand ? Sur quels plans s’est-elle déroulée ? Qui a défendu les femmes et qui les a attaquées ?
Je termine de vous parler de ce livre en vous parlant de l’écriture de Viennot. On le sait, les essais ne sont pas toujours très abordables : l’écriture peut être complexe ou l’on peut ne pas avoir les multiples références nécessaires à la compréhension, voire même les deux… Mais ce n’est pas le cas ici, bien au contraire : nous avons un essai qui se lit avec facilité et qui ne nécessite pas de se référer à diverses annexes ou notes de bas de page à tout bout de champ – c’est limpide. De plus, Eliane Viennot a une plume très abordable ; elle revient sur la Querelle, elle développe certains points, mais c’est fait dans l’optique qu’un large public puisse y accéder.

Au final, avec La querelle des femmes, ou « N’en parlons plus », j’ai redécouvert cette dite Querelle mais j’ai surtout réappris tout un pan de notre histoire européenne qui, malheureusement, tend à être oubliée. Et c’est pour que nous la gardions à l’esprit, pour que l’on connaisse les partisan·es de l’égalité femmes-hommes et leurs adversaires, pour que l’on puisse faire avancer toujours plus les choses que je vous invite à lire cet ouvrage.

La querelle des femmes, ou « N’en parlons plus », Eliane Viennot Editions iXe • 2019 • 124 pages • 13€ • Genre : Querelle des femmes, féminisme, essai • ISBN : 9791090062528

26 réflexions sur “La querelle des femmes, ou « N’en parlons plus »

  1. Light And Smell dit :

    Je découvre cet essai grâce à toi et je suis de nouveau estomaquée devant notre histoire plus que sélective ! Je n’avais jamais entendu parler de la Querelle et je trouve cela révoltant…
    Heureusement que ce genre de livre existe et remette les choses en perspective !

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    • Ma Lecturothèque dit :

      Un ou une prof (je ne sais plus…) nous en avait parlé en cours mais ça avait été rapide, une parenthèse car pas du tout au programme. Et ç’avait été tellement survolé que ça m’en était sorti de la tête jusqu’à ce que je tombe sur cet essai : « ça me dit quelque chose… », c’est dire ! Je sais qu’on ne peut pas tout étudier dans les moindres détails mais peut-être que d’apprendre toujours les mêmes choses, on pourrait varier un peu plus ou encourager les élèves à se pencher sur divers sujets ?

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  2. L'ourse bibliophile dit :

    J’ai lu plusieurs essais d’Eliane Viennot, dans lesquels elle aborde le sujet de la Querelle, mais pas de manière aussi détaillée que celui-ci. Autant dire que tu me donnes envie de le lire un jour ! J’aime beaucoup sa plume aussi. Comme tu le dis, ses textes sont vraiment accessibles à tout le monde et se lisent avec beaucoup de fluidité. C’est le cas de la plupart des essais des éditions iXe que j’ai pu lire en fait, les autrices doivent vraiment veiller à être les plus claires possibles. Ce sont des lectures à la fois passionnantes et agréables, je trouve !

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  3. maghily dit :

    Je découvre cet essai, grâce à toi et il a l’air tellement intéressant, merci ! 🙂
    J’ai eu la chance de suivre une conférence sur l’écriture inclusive, il y a deux ans, dans laquelle intervenait Eliane Viennot : j’avais beaucoup aimé la manière dont elle s’exprimait. Et à cette occasion également, elle avait rappelé que les débats sur la féminisation ou non de la langue n’étaient pas nouveaux.

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    • Ma Lecturothèque dit :

      Ah je l’ai vu en conférence l’an dernier ! J’en avais déjà regardé une sur YouTube et c’était aussi sur l’écriture inclusive. C’est comme ça que je l’ai connue ; j’avais beaucoup aimé son propos. C’est l’une des raisons pour lesquelles je n’ai pas hésité en voyant le livre à la librairie ^^

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  4. Ada dit :

    Oh, je ne connaissais pas du tout ce pan de l’Histoire, la Querelle. Ça m’a tout l’air d’être une énième preuve qu’on ne fait qu’essayer de surmonter les mêmes épreuves au fil des siècles ! Je l’achèterai sûrement un jour, je me trouve bien ignorante, là. Merci pour la découverte !

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    • Ma Lecturothèque dit :

      Initialement, je voulais lire « Non le masculin ne l’emporte pas sur le féminin » qui me fait de l’œil depuis un moment mais j’ai finalement opté pour « La querelle des femmes », en partie parce que j’ai déjà vu plusieurs conférences de l’autrice sur le sujet de l’écriture inclusive, mais je compte bien quand même lire « Non le masculin ne l’emporte pas… » ^^

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