Ni vues ni connues

Ni vues ni connues

Résumé de l’éditeur :

Connaissez-vous Christine de Pizan, Berty Albrecht ou Rosa Parks ? Saviez-vous que c’est une femme qui, avant Galilée, a affirmé l’existence du système solaire, une autre qui, avant Kandinsky, a inventé l’art abstrait, une troisième qui a théorisé les pulsions de mort avant Freud… ?
En balayant les légendes, en soulevant les tapis, en fouillant les placards, le collectif Georgette Sand donne à voir et à (re)connaître soixante-quinze femmes – aventurières, militantes, artistes, scientifiques… – qui ont marqué l’Histoire sans qu’on le sache ou que l’on s’en souvienne.
Grâce à ses portraits, l’invisibilité n’est plus une fatalité et peut même être désamorcée très simplement : pour être reconnues, il faut être connues, et pour êtres connues, il faut être vues.

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Mon avis :

Eh oui, encore un livre avec de courtes biographies de femmes qui ont fait bouger les choses mais qui, pour une raison ou une autre, ont été invisibilisées. Et si parfois le nom nous parle, si parfois on pense connaître l’une de ces femmes, on se rend vite compte que l’on est loin de tout savoir à son sujet. Enfin… Je dis ça mais les trois noms cités dans le résumé, de Pizan, Albrecht et Parks, étaient loin de m’être inconnus ! Toutefois, il faut dire que je m’intéresse beaucoup à toutes ces femmes que l’Histoire a oublié, ou dont le rôle a été réduit à peau de chagrin, et je ne doute donc pas que ces femmes peuvent être peu voire pas du tout connues auprès d’autres personnes. Enfin, j’admets tout de même que, sur les soixante-quinze femmes présentées dans cet ouvrage, je n’en connaissais pas vingt – et une quinzaine m’évoquait vaguement quelque chose, j’en avais déjà entendu parler mais sans vraiment retenir leur parcours.
Et c’est justement là la grande force de Ni vues ni connues, à mon sens : ce nombre de soixante-quinze portraits de femmes. Personnellement, je n’avais jamais lu de livre avec autant de femmes présentées ! Et puis, disons-le tout de suite, le travail fait est assez phénoménal ; pour chaque biographie, une femme du collectif Georgette Sand a fait des recherches, déterré des archives… et rédigé une biographie, bien sûr – n’est-ce pas là le but de l’ouvrage ? Pour autant, bien que chacune des soixante-quinze biographies soit écrite par une personne différente, cela ne m’a pas sauté aux yeux lors de la lecture ; l’ensemble était fluide, ça se lit vraiment bien.
Le livre présente chaque portrait de la même façon : une première page avec le portrait d’une femme (quand cela existe car, pour certaines, c’est une illustration en rapport, n’ayant aucune représentation de celles-ci) et trois pages de texte narrant sa vie et les faits pour lesquels la femme en question mérite d’être (re)connue ; la biographie se termine par un renvoi à d’autres personnalités qui ont un lien avec celle dont on vient de découvrir la vie.
Mon conseil pour profiter pleinement de Ni vues ni connues, c’est de lire un portrait ou deux par jour, de prendre le temps de retenir qui étaient les sœurs Mirabal, de connaître l’œuvre de Camille Claudel ou le travail de Bow-Sim Mark… Parce que, finalement, si chaque biographie est assez courte, si on nous parle de l’essentiel, c’est tout de même assez dense. Alors certes, on n’est pas là pour apprendre par cœur et j’ai moi-même déjà oublié quelques noms, mais quitte à lire un bouquin de ce genre, autant essayer d’en retenir au moins une partie, pas vrai ?
A noter que vous ne trouverez pas de biographies de femmes encore vivantes, elles sont toutes décédées il y a plus ou moins longtemps. Est-ce bien grave ? Pas du tout, plein d’autres ouvrages parlent de femmes actuelles (à ce propos, je vous renvoie à une liste non-exhaustive à la fin de ma chronique) et cela permet d’avoir des histoires de vie complète, chose que j’apprécie assez. Et si ce sont des femmes d’un autre temps, certaines nous paraissent pourtant très actuelles, tant leurs combats sont toujours d’actualité, tant leur œuvre fait encore écho dans notre société.
J’ai également apprécier découvrir des portraits autres que de femmes blanches, quoique ces derniers restent indéniablement majoritaires. Il y en a pour qui cela peut paraître anecdotique, mais cela me semble important : ce peuvent être des modèles, et il est plus facile de s’identifier et de prendre pour modèle une personne qui nous ressemble. De vivre dans un pays à une certaine époque, d’être blanche ou noire ou d’un certain milieu, etc., ce sont des choses qui façonnent la vie d’autrui.
Ainsi me reste-t-il deux choses à faire maintenant que j’ai lu ce livre, et pas des moindres : la première est de découvrir d’autres femmes qui ont fait l’Histoire, par leur art, leurs inventions, leurs textes…, et la seconde est de lire des biographies plus complètes sur ces femmes – plus complètes et plus récentes (autant vous le dire, c’est le projet de toute une vie!). Et je vous invite également à le faire car, si j’ai repéré une biographie qui s’avère quelque peu inexacte par son manque de nuance, cela peut être le cas pour d’autres, non ? Et donc, la biographie dont il s’agit, c’est celle de Violette Morris, que l’on trouve dans le chapitre « Les aventurières ». C’était une grande sportive du début du XXe siècle, connue pour ses nombreux records, pour avoir fait une double mastectomie, pour son franc-parler et ses insultes, pour ses relations avec des femmes… et également connue pour avoir collaboré avec les Nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. L’autrice de cette biographie, Aude-Marie Lalanne Berdouticq, relativise en disant que « ses missions pour la Gestapo restent incertaines » mais tout le reste du texte décrit Morris comme une tortionnaire au service de l’ennemi. C’est vrai, cela s’est dit pendant très longtemps mais, en 2011, le discours a commencé à se nuancer, pour la simple raison qu’il n’y a jamais eu de preuves et que cette athlète faisait un parfait bouc-émissaire, d’autant qu’elle en énervait plus d’un (pensez donc, une femme plus forte que les hommes et ayant des relations avec d’autres femmes!). Or, la première édition de Ni vues ni connues date de 2017. C’est certes un travail remarquable qui a été fourni sur toutes les biographies, travail a priori bénévole, mais concernant Violette Morris, j’ai de fait le sentiment que cela a été un peu bâclé, cette partie de la vie de l’athlète manquant de nuance (trois livres cités dans la bibliographie, publiés entre 1998 et 2011). Bon, voilà, sacré pavé que ce paragraphe mais je me devais d’en parler, ne serait-ce que par égard pour une amie connaissant bien le sujet.

Pour conclure, même si j’y ai trouvé un manque de nuance pour Violette Morris (ayant déjà lu à son sujet), je pense que Ni vues ni connues est un ouvrage réussi et essentiel à lire. Il est important de redonner à ces femmes la place qui est la leur dans l’Histoire, et il est important de les faire connaître.

Ni vues ni connues, Collectif Georgette Sand Pocket • 2017 • 352 pages • 7,60€ • Genre : biographies, invisibilisation des femmes • ISBN : 9782266286794

Pour aller plus loin : Culottées de Pénélope Bagieu • Gertrude Belle – Aventurière, archéologue, agent secret de Christel Mouchard • L’A, B, C… Z des héroïnes de Marilyn Degrenne et Florette Benoit • Rosa Bonheur, l’audacieuse de Natacha Henry • Elles ont conquis le monde d’Alexandra Lapierre de Christel Mouchard • La Poudre de Lauren Bastide • etc.

11 réflexions sur “Ni vues ni connues

  1. vinushka64 dit :

    Ce livre a l’air super intéressant ! Je l’ai noté. J’ai pris un livre qui s’appelle « Femme et littérature » avec mes bons de Noël. Je vais essayer de suivre ton exemple et de lire petit à petit car j’ai vraiment du mal à tenir mes lectures « essais » même si ça m’intéresse beaucoup. Je ne l’ai pas encore commencé, mais en janvier j’ai lu un livre d’Elsa Triolet. Super bien, vraiment. Je regarde sur un livre d’histoire littéraire général que j’avais déjà chez moi : l’autrice ne figure même pas dans l’index !!! (elle est juste mentionnée en tant que compagne d’Aragon, mais pas à l’index donc pas en tant qu’écrivaine malgré son oeuvre importante et significative). Et par hasard, cette semaine, via une conférence Facebook de la BNF j’ai appris l’existence d’une certaine Catherine Bernard, une dramaturge, poétesse, romancière du XVIIème qui a été invisibilisée et dont les oeuvres ont été attribuées à des auteurs masculins (Voltaire l’a plagié 40 ans plus tard et a dit que de toute façon elle n’avait pas vraiment écrit la tragédie en question, etc.). Cette femme a quand même eu de multiples prix (six je crois), avait sa renommée à l’époque, fut une des premières autrices de contes, et c’est comme si elle n’avait jamais existé… bref, hallucinant (le podcast est sur youtube). Grand sentiment d’injustice quand j’ai écouté ce podcast, pour ces femmes, mais aussi pour l’élève que j’étais et qui n’étudiais que des auteurs masculins (ça s’est amélioré depuis, au moins pour les oeuvres du bac). On se sent déposséder de nos modèles et tout est justifié par « le contexte de l’époque » alors que c’est plus compliqué que ça. C’est aussi pour cela qu’il est important de fouiller ce passé, du côté des femmes, mais aussi des autres personnes sous-représentées. Bref, quand j’aurais fini le livre qui parle spécifiquement des femmes dans la littérature, je compte bien lire « Ni vues, ni connues » car c’est important de réhabiliter ces femmes.

    Aimé par 1 personne

    • Ma Lecturothèque dit :

      Merci beaucoup pour ton commentaire, j’ai découvert deux nouvelles femmes grâce à toi ♡ J’ai trouvé très facilement le lien pour la conférence, je l’ai mise de côté pour la suivre quand j’aurais le temps. C’est en effet important de réhabiliter les femmes, et c’est encore un sacré travail à effectuer, mais elles ont droit d’occuper leur place, après tout, elles ont le droit qu’on leur accorde la considération et l’admiration qu’elles méritent.
      Encore merci !

      Aimé par 1 personne

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